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Pierre Barbéris (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253146438
380 pages
Le Livre de Poche (01/05/1999)
  Existe en édition audio
3.65/5   264 notes
Résumé :
En 1829, par une jolie matinée de printemps, un homme âgé d'environ cinquante ans suivait à cheval un chemin montagneux qui mène à un gros bourg situé près de la Grande-Chartreuse. Cet homme, le commandant Genestas en recherche un autre: Monsieur Benassis, médecin de campagne et maire de ce bourg. La rencontre a lieu, mais pourquoi le commandant se présente-t-il sous une fausse identité ? Pourquoi un homme aussi brillant que le médecin, étranger à cette région, est-... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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sur 264 notes
C'est un fait que le Balzac des champs est moins connu que le Balzac des villes. On connait ses portraits de jeunes provinciaux naïfs et ambitieux tentant de percer dans la capitale, ses peintures des bas-fonds, parfois ses considérations ironiques sur les notables de petites villes. Mais ‘Le médecin de campagne' est une oeuvre à part par son optimisme sociale, et par la joie de vivre simple et solide qui l'imprègne.

Dans les années 1820 Genestas, un ancien officier de l'armée de Napoléon voyage vers une vallée perdue de Dauphiné. Au chevet d'un crétin des alpes agonisant, il trouve l'homme qu'il est venu chercher. Un simple médecin, mais dont la réputation s'étend bien au-delà de sa commune. Benassis, c'est son nom, accueil le militaire. Au cours de la soirée, il lui raconte comment, en quelques années, il a transformé un trou à misère ravagé par la pauvreté et le manque d'iode en une riante vallée à la population prospère. Les jours suivants, il lui en montre quelques réalisations, et lui fait rencontrer une galerie de personnages hauts en couleurs. Mais le médecin et le militaire cachent chacun un secret…

A travers ses magnifiques descriptions de l'âme humaine et de la nature, Balzac profite de ce roman pour exposer ses opinions sur l'économie et la politique. Pour la première, il s'affiche en partisan résolu du capitalisme, voir du mercantilisme pour certains aspects : importance de l'industrialisation, nécessité d'un commerce dynamique, bonne gestion des ressources naturelles. Il souligne également le rôle capital des infrastructures. Pour le crédit, le problème reste en revanche en suspens : le bon Bénassis fait office de banque d'investissement publique, prête à chacun les capitaux nécessaires pour se mettre à flot, et ses indispensables conseils. Difficile donc de reproduire ce modèle sans un homme providentiel.

Ce qui du reste rejoint se opinions politiques : résolument royaliste et légitimiste ! Pour lui la monarchie est le seul régime politique viable sur le long terme, et le catholicisme le ciment de la société. Autant dire que certains jugeront peut-être qu'elles ont quelque peut vieilli. Et le pire : son analyse sociale éveille de curieux échos ! Selon Balzac, tout le monde ne pouvant être riche et puissant, il est nécessaire de circonscrire le sentiment d'injustice à un petit nombre – l'aristocratie. Sinon, il s'étendra à toute la société, l'affrontement entre le peuple et la bourgeoisie sera inévitable. Les inégalités se reconstituant aussi vite qu'elles disparaissent, une lutte sans fin s'engagerait…

Certain s'étonneront sans doute de ce Balzac ultra-légitimiste, antiparlementaire, résolument paternaliste. Ce serait oublier que Balzac est un écrivain-caméléon, qui s'identifie plus facilement aux personnages qu'il crée que l'inverse.
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Voilà Balzac détonant, bucolique, politique et tragique tout à la fois!
Le roman flirte avec plusieurs genres avec une trame narrative qui vire sans crier gare de l'étude sociale à la confession intimiste, mais peu importe, l'ensemble est admirable de bout en bout.
Au centre du récit, un médecin de campagne qu'un vieux grognard revenu de toutes les guerres napoléoniennes s'en vient trouver au fond de la Chartreuse. Outre cette magnifique vallée montagnarde, peinte avec une beauté à vous tirer des larmes, on découvre ce fameux médecin dans le rôle d'un monsieur madeleine avant l'heure, qui par son action énergique et pétrie de ce capitalisme pré-industriel qui fait encore rêver de progrès, a transformé un fond de vallée moribond en une luxuriante vallée tournée vers l'avenir.
Les considérations politiques abondent sur ce travail de la part de Benassis, le médecin, et je m'attendais par la suite à une solide confrontation idéologique avec le soldat : que nenni, l'intrigue se déploie alors dans des eaux plus intimes, où l'on apprend le parcours de ces deux hommes qu'a lié spontanément une solide amitié.
Ce Balzac-là est différent des autres, touchant, délicat mais aussi dynamique et drôle: la bio express de Napoléon à la veillée est un morceau de bravoure!
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"Lui qui guérit les autres, il a quelque chose que rien ne peut guérir" confie, à propos de "l'âme citoyenne" du dévoué Docteur Bénassis, "la Fosseuse", patiente solitaire et sensible, au Commandant Genestas qui suit le médecin dans ses visites (alors qu'il est arrivé la veille pour quémander des soins).
C'est sur le lourd secret du "brave homme" qui "guérit les pauvres pour rien", qui assiste les mourants, qui accueille chez lui le malade inconnu en quête de guérison que se prétend Genestas, soldat napoléonien; c'est sur les raisons profondes qui le guident à se sacrifier pour le bien-être général, à "changer la face" d'un bourg de la grande Chartreuse, en tant que maire animé de grands sentiments, que Balzac tisse la trame de le Médecin de campagne.
Ce roman, l'un des plus grands de la comédie humaine, oeuvre magistrale d'Honoré de Balzac, est un magnifique portrait d'homme qui démontre que la valeur des sentiments est plus forte que l'argent. Cette fine étude psychologique (on retrouve les descriptions détaillées chères à l'auteur) évoque la culpabilité sous-jacente au don de soi, dépeint l'évolution d'un homme né fils unique et fils de riche vers une autre richesse, celle du coeur. Mais combien de cruelles épreuves faut-il subir pour acquérir cette sagesse?
Balzac, qui a mis beaucoup de lui dans le médecin de campagne, s'est toutefois inspiré d'un vrai médecin rencontré à Vorrepes. A souligner aussi le portrait du comma ndant Genestas, qui agit en tant qu'accompagnant, donc de témoin puis renforce le "mythe paternel" balzacien en confiant sa propre histoire.
Cette étude de moeurs comme les autres romans de la comédie humaine, maniant avec brio les effets tragiques, est une étude de la société.Balzac en profite pour mettre en exergue les valeurs qui lui sont chères: le bien plutôt que le mal et les fautes,le combat contre l'analphabétisme,la volonté,la famille comme base de toute société,l'évitement de la corruption,le respect d'autrui,la "beauté morale"...
Qu'est-ce qu'un médecin? nous interroge Balzac, sinon celui qui donne sans compter,qui assite la mort et accompagne la vie? Un sujet toujours d'actualité à l'heure où les médecins de campagne, les médecins de famille et les vraies vocations disparaissent!
Le médecin de campagne: un chef-d'oeuvre balzacien à lire et à relire!
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Après avoir lu les Trois saisons de la rage de Victor Cohen Hadria (http://www.babelio.com/livres/Cohen-Hadria-Les-trois-saisons-de-la-rage/191149/critiques/886129) j'ai éprouvé le besoin de relire Un médecin de campagne, d'Honoré de Balzac.
Le thème de ces deux romans est quasi identique, seule différence, notable, Cohen Hadria est un auteur actuel qui explore un siècle passé, alors que Balzac est contemporain de l'histoire qu'il raconte.
Beaucoup de critiques, de spécialistes De Balzac, s'accordent à dire que le Médecin de campagne est un roman pré-balzacien. L'un des premiers écrits par l'auteur de la Comédie Humaine qui ne présente ni le style achevé, ni les subtils ressorts de narration qui enchanteront les lecteurs.
Le médecin de campagne est un roman initiatique. Les échafaudages de sa construction sont encore visibles. Mais cela n'est pas pour déplaire.
Le propos est précis et argumenté, emprunte par moment le ton d'un essai ou d'un manuel d'économie, tant les mécanismes économiques et sociaux décrits prennent parfois le pas sur la psychologie des personnages. le texte ressemble, bieN avant l'heure, aux écrits de Böhm-Bawerk et à ses fameux détours de production, et montre à quel point Balzac se documentait sur les sujets dont il faisait ensuite la matière de ses romans.
Le récit n'est en fait qu'un dialogue entre deux hommes, le docteur Benassis établi dans une commune rurale d'un fond de vallée du massif de la Grande Chartreuse et l'ancien chef d'escadron Pierre-Joseph Genestas, qui se présente à Benassis comme Pierre Bluteau capitaine à Grenoble.
Les deux hommes ont leurs manies et leurs secrets. Ils vont apprendre à se connaître et à s'apprivoiser.
«Quittant la conversation banale qu'il avait engagée, le commandant dit au médecin : – Comment avez-vous fait, monsieur, pour tripler en dix ans la population de cette vallée où vous aviez trouvé sept cents âmes, et qui, dites-vous, en compte aujourd'hui plus de deux mille ?»
Le bon docteur Benassis décrit à son hôte, la façon dont il a crée les conditions du développement économique local de cette vallée sinistrée de la vallée de la Maurienne, comment il incita certains paysans à se transformer en producteurs d'osiers ou en éleveurs pour produire le cuir qui, vendu à des artisans, leur permettra de fabriquer les chaussures de la communauté, d'être rémunéré pour cela et à leur tour d'acheter la production d'autres acteurs économiques : maraîchers, boulangers, bouchers, d'inciter les autorités à construire des routes et des équipements.
«Vous allez peut-être rire de mon début, monsieur, reprit le médecin après une pause. J'ai commencé cette oeuvre difficile par une fabrique de paniers. Ces pauvres gens achetaient à Grenoble leurs clayons à fromages et les vanneries indispensables à leur misérable commerce. Je donnai l'idée à un jeune homme intelligent de prendre à ferme, le long du torrent, une grande portion de terrain que les alluvions enrichissent annuellement, et où l'osier devait très bien venir. Après avoir supputé la quantité de vanneries consommées par le canton, j'allai dénicher à Grenoble quelque jeune ouvrier sans ressource pécuniaire, habile travailleur. (...) Je lui persuadai de vendre ses paniers au-dessous des prix de Grenoble, tout en les fabriquant mieux.»
«Tout en aidant le planteur d'oseraies et le faiseur de paniers, tout en construisant ma route, je continuais insensiblement mon oeuvre. J'eus deux chevaux, le marchand de bois, mon adjoint, en avait trois, il ne pouvait les faire ferrer qu'à Grenoble quand il y allait, j'engageai donc un maréchal-ferrant, qui connaissait un peu l'art vétérinaire, à venir ici en lui promettant beaucoup d'ouvrage.»
«La chaussure est une de ces consommations qui ne s'arrêtent jamais, une fabrication dont le moindre avantage est promptement apprécié par le consommateur. J'ai eu le bonheur de ne pas me tromper, monsieur. Aujourd'hui nous avons cinq tanneries, elles emploient tous les cuirs du Département (...) je lui proposai de se fixer dans le bourg en lui promettant de favoriser son industrie de tous mes moyens, et je mis en effet à sa disposition une assez forte somme d'argent. Il accepta. J'avais mes idées. Nos cuirs s'étaient améliorés, nous pouvions dans un certain temps les consommer nous-mêmes en fabriquant des chaussures à des prix modérés.»
«Alors vinrent s'établir ici douze autres ménages dont les chefs étaient travailleurs, producteurs et consommateurs : maçons, charpentiers, couvreurs, menuisiers, serruriers, vitriers qui avaient de la besogne pour longtemps ; ne devaient-ils pas se construire leurs maisons après avoir bâti celles des autres ? n'amenaient-ils pas des ouvriers avec eux ?»
Le docteur Benassis est un philanthrope, qui n'exerce sa fonction de maire que dans le but de servir ses concitoyens, ce qui ne manque pas d'étonner le vieux militaire :
«Genestas mit une interrogation si visible dans l'air de sa physionomie et dans son geste, que le médecin lui raconta, tout en marchant, l'histoire annoncée par ce début.
- Monsieur, quand je vins m'établir ici, je trouvai dans cette partie du canton une douzaine de crétins, dit le médecin en se retournant pour montrer à l'officier les maisons ruinées. La situation de ce hameau dans un fond sans courant d'air, près du torrent dont l'eau provient des neiges fondues, privé des bienfaits du soleil, qui n'éclaire que le sommet de la montagne, tout y favorise la propagation de cette affreuse maladie.»
Je promis donc de laisser le crétin en paix dans sa maison, à la condition que personne n'en approcherait, que les familles de ce village passeraient l'eau et viendraient loger au bourg dans des maisons neuves que je me chargeai de construire en y joignant des terres dont le prix plus tard devait m'être remboursé par la Commune. Eh ! bien, mon cher monsieur, il me fallut six mois pour vaincre les résistances que rencontra l'exécution de ce marché, quelque avantageux qu'il fût aux familles de ce village.»
L'action de Benassis vise l'amélioration de tous les secteurs d'activité, mais aussi celle des conditions sanitaires de la population :
Assainissement :
«J'enrichis l'avenir de la Commune en plantant une double rangée de peupliers le long de chaque fossé latéral.»
Bien-être animal et qualité des productions :
Des soins accordés aux bestiaux dépend la beauté des races et des individus, partant celle des produits ; je prêchai donc l'assainissement des étables. Par la comparaison du profit que rend une bête bien logée, bien pansée, avec le maigre rapport d'un bétail mal soigné, je fis insensiblement changer le régime des bestiaux de la Commune : pas une bête ne souffrit. Les vaches et les boeufs furent pansés comme ils le sont en Suisse et en Auvergne. Les bergeries, les écuries, les vacheries, les laiteries, les granges se rebâtirent sur le modèle de mes constructions et de celles de monsieur Gravier qui sont vastes, bien aérées, par conséquent salubres.
Cette pensée a toujours déterminé les États sans base territoriale, comme Tyr, Carthage, Venise, la Hollande et l'Angleterre, à s'emparer du commerce de transport. Je cherchai pour notre petite sphère une pensée analogue, afin d'y créer un troisième âge commercial.
Genestas ne comprend pas les motivations du bon docteur :
– Monsieur, lui dit-il, vous avez une âme vraiment citoyenne, et je m'étonne qu'après avoir accompli tant de choses, vous n'ayez pas tenté d'éclairer le gouvernement.
Benassis se mit à rire, mais doucement et d'un air triste.
– Écrire quelque mémoire sur les moyens de civiliser la France, n'est-ce pas ? Avant vous, monsieur Gravier me l'avait dit, monsieur. Hélas ! on n'éclaire pas un gouvernement, et, de tous les gouvernements, le moins susceptible d'être éclairé est celui qui croit répandre des lumières.

C'est seulement à la fin du roman que Bluteau/Genestas livrera son secret à Benassis :
La campagne de Russie
Une jeune juive de Pologne
La félonie de son aide de camp Renard
L'enfant dont il hérite de la charge
La recherche d'un médecin digne de confiance.

Un roman à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas, à redécouvrir pour les autres.
Lien : http://desecrits.blog.lemond..
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Petite curiosité dans « La Comédie humaine » que ce roman. Balzac l'a intégré dans son grand oeuvre dans les « Scènes de la vie de campagne » (avec « Les Paysans » et « le Curé de village ») mais, bizarrement aucun de ses personnages n'apparaîtra ailleurs. Autre curiosité : parmi les personnages de ce roman, la grande majorité sont plutôt sympathiques, aucun n'a vraiment le mauvais rôle.
Nous sommes dans le Dauphiné, en 1829. le titre, « le Médecin de campagne » semble donner la préférence au personnage principal, le docteur Benassis, qui est l'âme du village. Mais le roman, en fait, est à deux têtes : le docteur Benassis a son double, le commandant Genestas, son invité, puis, peu à peu son ami. Chacun se découvrira à l'autre au point de révéler son secret le plus intime. Ce que les deux hommes apprennent l'un de l'autre constitue le fond de l'histoire :
Le docteur Benassis n'est pas seulement le médecin du village, il en est aussi le maire et le bienfaiteur. Adepte d'idées novatrices, il les a appliquées, apportant à ses administrés prospérité et richesse : nouvelles cultures, grâce à une meilleure irrigation, nouvelles industries, nouveaux commerces, meilleure salubrité publique, sans oublier les nouvelles structures communales : mairie, école, poste… Ses opinions politiques sont connues : c'est un conservateur (c'était le cas De Balzac à cette époque). Son credo, c'est l'ordre définit par l'autorité (la monarchie, en l'occurrence), la famille (le patriarcat, pour être clair) et enfin la religion. « Religion veut dire LIEN, et certes le culte, ou autrement dit la religion exprimée, constitue la seule force qui puisse relier les Espèces sociales et leur donner une forme durable ». le dévouement qu'il montre sans compter à ses concitoyens, c'est dans ce triple credo qu'il le trouve. Mais pas seulement…
Le commandant Genestas, qui se fait le faire-valoir du docteur, dévoile la raison de sa présence : il a recueilli l'enfant d'une femme qu'il a passionnément aimée (même s'il n'en est pas le père). Mais l'enfant est poitrinaire et il entend le présenter au docteur pour qu'il le soigne, et si possible, le guérisse. Puis l'amitié aidant, le docteur Bénassis avoue lui aussi son secret : tout le bien qu'il fait, c'est en expiation d'une faute commise dans le passé : il avait séduit une jeune fille, qui est morte, laquelle lui avait donné un fils, qui est mort aussi. Après avoir envisagé le suicide, puis le monastère, il a choisi cette troisième voie : l'action désintéressée au profit de ses concitoyens.
On le voie, le dévouement est le fil conducteur qui mène la vie des deux hommes. A la fois par christianisme, et par pure humanité. Il est rare de voir chez Balzac des personnages aussi pleinement vertueux.
Mais d'autres thèmes parcourent l'oeuvre : en particulier tout un chapitre est consacré à l'épopée napoléonienne, au travers du témoignage de deux grognards. La vie rurale est bien montrée, à travers des personnages typiques comme le braconnier Butifer, ou psychologiquement complexe, comme la Fosseuse, jeune paysanne mélancolique qui donne dans le mysticisme…
Roman insolite donc, qui a beaucoup de charme : un roman reposant, où il n'y a pas de turpitudes, pas de méchants, où les personnages vont dans le bon sens. Pour autant il n'y a pas de mièvrerie (personnellement, j'en ai trouvé plus dans « le Lys dans la vallée »), et nos personnages sont tout sauf des bisounours, leur part d'ombre les suit.
A lire en contrepoint des grandes oeuvres balzaciennes.
Pour le plaisir.
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Citations et extraits (106) Voir plus Ajouter une citation
Le prétendu malade entra dans la maison de son médecin où tout se trouva conforme au délabrement de la porte et aux vêtements du possesseur. Les moindres choses y attestaient l’insouciance la plus profonde pour ce qui n’était pas d’une essentielle utilité. Benassis fit passer Genestas par la cuisine, le chemin le plus court pour aller à la salle à manger. Si cette cuisine, enfumée comme celle d’une auberge, était garnie d’ustensiles en nombre suffisant, ce luxe était l’oeuvre de Jacquotte, ancienne servante de curé, qui disait nous, et régnait en souveraine sur le ménage du médecin. S’il y avait en travers du manteau de la cheminée une bassinoire bien claire, probablement Jacquotte aimait à se coucher chaudement en hiver, et par ricochet bassinait les draps de son maître, qui, disait-elle, ne songeait à rien ; mais Benassis l’avait prise à cause de ce qui eût été pour tout autre un intolérable défaut. Jacquotte voulait dominer au logis, et le médecin avait désiré rencontrer une femme qui dominât chez lui. Jacquotte achetait, vendait, accommodait, changeait, plaçait et déplaçait, arrangeait et dérangeait tout selon son bon plaisir ; jamais son maître ne lui avait fait une seule observation. Aussi Jacquotte administrait-elle sans contrôle la cour, l’écurie, le valet, la cuisine, la maison, le jardin et le maître. De sa propre autorité se changeait le linge, se faisait la lessive et s’emmagasinaient les provisions. Elle décidait de l’entrée au logis et de la mort des cochons, grondait le jardinier, arrêtait le menu du déjeuner et du dîner, allait de la cave au grenier, du grenier dans la cave, en y balayant tout à sa fantaisie sans rien trouver qui lui résistât. Benassis n’avait voulu que deux choses : dîner à six heures, et ne dépenser qu’une certaine somme par mois. Une femme à laquelle tout obéit chante toujours ; aussi Jacquotte riait-elle, rossignolait-elle par les escaliers, toujours fredonnant quand elle ne chantait point, et chantant quand elle ne fredonnait pas.
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L’affection des gens de la campagne pour leurs masures est un fait inexplicable. Quelque insalubre que puisse être sa chaumière, un paysan s’y attache beaucoup plus qu’un banquier ne tient à son hôtel. Pourquoi ? Je ne sais. Peut- être la force des sentiments est-elle en raison de leur rareté. Peut-être l’homme qui vit peu par la pensée vit-il beaucoup par les choses ? Et moins il en possède, plus sans doute il les aime. Peut-être en est-il du paysan comme du prisonnier ?... il n’éparpille point les forces de son âme, il les concentre sur une seule idée, et arrive alors à une grande énergie de senti- ment. Pardonnez ces réflexions à un homme qui échange rarement ses pensées. D’ailleurs ne croyez pas, monsieur, que je me sois beaucoup occupé d’idées creuses. Ici, tout doit être pratique et action. Hélas ! Moins ces pauvres gens ont d’idées, plus il est difficile de leur faire entendre leurs véritables intérêts.
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Séparées seulement par le torrent qui rugit dans ses cascades, les deux hautes murailles granitiques s’élèvent tapissées de sapins à noir feuillage et de hêtres hauts de cent pieds. Tous droits, tous bizarrement colorés par des taches de mousse, tous divers de feuillage, ces arbres forment de magnifiques colonnades bordées au-dessous et au-dessus du chemin par d’informes haies d’arbousiers, de viornes, de buis, d’épine rose. Les vives senteurs de ces arbustes se mêlaient alors aux sauvages parfums de la nature montagnarde, aux pénétrantes odeurs des jeunes pousses du mélèze, des peupliers et des pins gommeux. Quelques nuages couraient parmi les rochers en se voilant, en en découvrant tour à tour les cimes grisâtres, souvent aussi vaporeuses que les nuées dont les moelleux flocons s’y déchiraient. A tout moment le pays changeait d’aspect et le ciel de lumière ; les montagnes changeaient de couleur, les versants de nuances, les vallons de forme : images multipliées que des oppositions inattendues, soit un rayon de soleil à travers les troncs d’arbres, soit une clairière naturelle ou quelques éboulis, rendaient délicieuses à voir au milieu du silence, dans la saison où tout est jeune, où le soleil enflamme un ciel pur. Enfin c’était un beau pays, c’était la France.
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Je suis né, reprit le médecin, dans une petite ville du Languedoc, où mon père s'était fixé depuis longtemps, et où s'est écoulée ma première enfance. A l'âge de huit ans, je fus mis au collége de Sorrèze, et n'en sortis que pour aller achever mes études à Paris. Mon père avait eu la plus folle, la plus prodigue jeunesse ; mais son patrimoine dissipé s'était rétabli par un heureux mariage, et par les lentes économies qui se font en province, où l'on tire vanité de la fortune et non de la dépense, où l'ambition naturelle à l'homme s'éteint et tourne en avarice, faute d'aliments généreux. Devenu riche, n'ayant qu'un fils, il voulut lui transmettre la froide expérience qu'il avait échangée contre ses illusions évanouies : dernières et nobles erreurs des vieillards qui tentent vainement de léguer leurs vertus et leurs prudents calculs à des enfants enchantés de la vie et pressés de jouir. Cette prévoyance dicta pour mon éducation un plan dont je fus victime. Mon père me cacha soigneusement l'étendue de ses biens, et me condamna dans mon intérêt à subir, pendant mes plus belles années, les privations et les sollicitudes d'un jeune homme jaloux de conquérir son indépendance ; il désirait m'inspirer les vertus de la pauvreté : la patience, la soif de l'instruction et l'amour du travail.
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Enfin, il y a quelque chose de plus vrai que tout ceci, c'est que la pratique et l'observation sont tout chez un peintre, et que si le raisonnement et la poésie se querellent avec les brosses, on arrive au doute comme le bonhomme, qui est aussi fou que peintre. Peintre sublime, il a eu le malheur de naître riche, ce qui lui a permis de divaguer, ne l'imitez pas ! Travaillez ! Les peintres ne doivent méditer que les brosses à la main.
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Balzac, colosse des lettres, buvait café sur café, travaillait des journées entières et dormait trop peu. Il finit par s'épuiser de tant d'énergie dépensée et meurt en 1850, à seulement 51 ans.
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