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Pierre Barbéris (Éditeur scientifique)
ISBN : 2253146439
Éditeur : Le Livre de Poche (01/05/1999)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.67/5 (sur 152 notes)
Résumé :
En 1829, par une jolie matinée de printemps, un homme âgé d'environ cinquante ans suivait à cheval un chemin montagneux qui mène à un gros bourg situé près de la Grande-Chartreuse. Cet homme, le commandant Genestas en recherche un autre: Monsieur Benassis, médecin de campagne et maire de ce bourg. La rencontre a lieu, mais pourquoi le commandant se présente-t-il sous une fausse identité ? Pourquoi un homme aussi brillant que le médecin, étranger à cette région, est-... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
PhilippeCastellain
  07 octobre 2018
C'est un fait que le Balzac des champs est moins connu que le Balzac des villes. On connait ses portraits de jeunes provinciaux naïfs et ambitieux tentant de percer dans la capitale, ses peintures des bas-fonds, parfois ses considérations ironiques sur les notables de petites villes. Mais ‘Le médecin de campagne' est une oeuvre à part par son optimisme sociale, et par la joie de vivre simple et solide qui l'imprègne.

Dans les années 1820 Genestas, un ancien officier de l'armée de Napoléon voyage vers une vallée perdue de Dauphiné. Au chevet d'un crétin des alpes agonisant, il trouve l'homme qu'il est venu chercher. Un simple médecin, mais dont la réputation s'étend bien au-delà de sa commune. Benassis, c'est son nom, accueil le militaire. Au cours de la soirée, il lui raconte comment, en quelques années, il a transformé un trou à misère ravagé par la pauvreté et le manque d'iode en une riante vallée à la population prospère. Les jours suivants, il lui en montre quelques réalisations, et lui fait rencontrer une galerie de personnages hauts en couleurs. Mais le médecin et le militaire cachent chacun un secret…

A travers ses magnifiques descriptions de l'âme humaine et de la nature, Balzac profite de ce roman pour exposer ses opinions sur l'économie et la politique. Pour la première, il s'affiche en partisan résolu du capitalisme, voir du mercantilisme pour certains aspects : importance de l'industrialisation, nécessité d'un commerce dynamique, bonne gestion des ressources naturelles. Il souligne également le rôle capital des infrastructures. Pour le crédit, le problème reste en revanche en suspens : le bon Bénassis fait office de banque d'investissement publique, prête à chacun les capitaux nécessaires pour se mettre à flot, et ses indispensables conseils. Difficile donc de reproduire ce modèle sans un homme providentiel.

Ce qui du reste rejoint se opinions politiques : résolument royaliste et légitimiste ! Pour lui la monarchie est le seul régime politique viable sur le long terme, et le catholicisme le ciment de la société. Autant dire que certains jugeront peut-être qu'elles ont quelque peut vieilli. Et le pire : son analyse sociale éveille de curieux échos ! Selon Balzac, tout le monde ne pouvant être riche et puissant, il est nécessaire de circonscrire le sentiment d'injustice à un petit nombre – l'aristocratie. Sinon, il s'étendra à toute la société, l'affrontement entre le peuple et la bourgeoisie sera inévitable. Les inégalités se reconstituant aussi vite qu'elles disparaissent, une lutte sans fin s'engagerait…

Certain s'étonneront sans doute de ce Balzac ultra-légitimiste, antiparlementaire, résolument paternaliste. Ce serait oublier que Balzac est un écrivain-caméléon, qui s'identifie plus facilement aux personnages qu'il crée que l'inverse.
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brigittelascombe
  15 octobre 2012
"Lui qui guérit les autres, il a quelque chose que rien ne peut guérir" confie, à propos de "l'âme citoyenne" du dévoué Docteur Bénassis, "la Fosseuse", patiente solitaire et sensible, au Commandant Genestas qui suit le médecin dans ses visites (alors qu'il est arrivé la veille pour quémander des soins).
C'est sur le lourd secret du "brave homme" qui "guérit les pauvres pour rien", qui assiste les mourants, qui accueille chez lui le malade inconnu en quête de guérison que se prétend Genestas, soldat napoléonien; c'est sur les raisons profondes qui le guident à se sacrifier pour le bien-être général, à "changer la face" d'un bourg de la grande Chartreuse, en tant que maire animé de grands sentiments, que Balzac tisse la trame de le Médecin de campagne.
Ce roman, l'un des plus grands de la comédie humaine, oeuvre magistrale d'Honoré de Balzac, est un magnifique portrait d'homme qui démontre que la valeur des sentiments est plus forte que l'argent. Cette fine étude psychologique (on retrouve les descriptions détaillées chères à l'auteur) évoque la culpabilité sous-jacente au don de soi, dépeint l'évolution d'un homme né fils unique et fils de riche vers une autre richesse, celle du coeur. Mais combien de cruelles épreuves faut-il subir pour acquérir cette sagesse?
Balzac, qui a mis beaucoup de lui dans le médecin de campagne, s'est toutefois inspiré d'un vrai médecin rencontré à Vorrepes. A souligner aussi le portrait du comma ndant Genestas, qui agit en tant qu'accompagnant, donc de témoin puis renforce le "mythe paternel" balzacien en confiant sa propre histoire.
Cette étude de moeurs comme les autres romans de la comédie humaine, maniant avec brio les effets tragiques, est une étude de la société.Balzac en profite pour mettre en exergue les valeurs qui lui sont chères: le bien plutôt que le mal et les fautes,le combat contre l'analphabétisme,la volonté,la famille comme base de toute société,l'évitement de la corruption,le respect d'autrui,la "beauté morale"...
Qu'est-ce qu'un médecin? nous interroge Balzac, sinon celui qui donne sans compter,qui assite la mort et accompagne la vie? Un sujet toujours d'actualité à l'heure où les médecins de campagne, les médecins de famille et les vraies vocations disparaissent!
Le médecin de campagne: un chef-d'oeuvre balzacien à lire et à relire!
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SZRAMOWO
  21 juin 2016
Après avoir lu les Trois saisons de la rage de Victor Cohen Hadria (http://www.babelio.com/livres/Cohen-Hadria-Les-trois-saisons-de-la-rage/191149/critiques/886129) j'ai éprouvé le besoin de relire Un médecin de campagne, d'Honoré de Balzac.
Le thème de ces deux romans est quasi identique, seule différence, notable, Cohen Hadria est un auteur actuel qui explore un siècle passé, alors que Balzac est contemporain de l'histoire qu'il raconte.
Beaucoup de critiques, de spécialistes De Balzac, s'accordent à dire que le Médecin de campagne est un roman pré-balzacien. L'un des premiers écrits par l'auteur de la Comédie Humaine qui ne présente ni le style achevé, ni les subtils ressorts de narration qui enchanteront les lecteurs.
Le médecin de campagne est un roman initiatique. Les échafaudages de sa construction sont encore visibles. Mais cela n'est pas pour déplaire.
Le propos est précis et argumenté, emprunte par moment le ton d'un essai ou d'un manuel d'économie, tant les mécanismes économiques et sociaux décrits prennent parfois le pas sur la psychologie des personnages. le texte ressemble, bieN avant l'heure, aux écrits de Böhm-Bawerk et à ses fameux détours de production, et montre à quel point Balzac se documentait sur les sujets dont il faisait ensuite la matière de ses romans.
Le récit n'est en fait qu'un dialogue entre deux hommes, le docteur Benassis établi dans une commune rurale d'un fond de vallée du massif de la Grande Chartreuse et l'ancien chef d'escadron Pierre-Joseph Genestas, qui se présente à Benassis comme Pierre Bluteau capitaine à Grenoble.
Les deux hommes ont leurs manies et leurs secrets. Ils vont apprendre à se connaître et à s'apprivoiser.
«Quittant la conversation banale qu'il avait engagée, le commandant dit au médecin : – Comment avez-vous fait, monsieur, pour tripler en dix ans la population de cette vallée où vous aviez trouvé sept cents âmes, et qui, dites-vous, en compte aujourd'hui plus de deux mille ?»
Le bon docteur Benassis décrit à son hôte, la façon dont il a crée les conditions du développement économique local de cette vallée sinistrée de la vallée de la Maurienne, comment il incita certains paysans à se transformer en producteurs d'osiers ou en éleveurs pour produire le cuir qui, vendu à des artisans, leur permettra de fabriquer les chaussures de la communauté, d'être rémunéré pour cela et à leur tour d'acheter la production d'autres acteurs économiques : maraîchers, boulangers, bouchers, d'inciter les autorités à construire des routes et des équipements.
«Vous allez peut-être rire de mon début, monsieur, reprit le médecin après une pause. J'ai commencé cette oeuvre difficile par une fabrique de paniers. Ces pauvres gens achetaient à Grenoble leurs clayons à fromages et les vanneries indispensables à leur misérable commerce. Je donnai l'idée à un jeune homme intelligent de prendre à ferme, le long du torrent, une grande portion de terrain que les alluvions enrichissent annuellement, et où l'osier devait très bien venir. Après avoir supputé la quantité de vanneries consommées par le canton, j'allai dénicher à Grenoble quelque jeune ouvrier sans ressource pécuniaire, habile travailleur. (...) Je lui persuadai de vendre ses paniers au-dessous des prix de Grenoble, tout en les fabriquant mieux.»
«Tout en aidant le planteur d'oseraies et le faiseur de paniers, tout en construisant ma route, je continuais insensiblement mon oeuvre. J'eus deux chevaux, le marchand de bois, mon adjoint, en avait trois, il ne pouvait les faire ferrer qu'à Grenoble quand il y allait, j'engageai donc un maréchal-ferrant, qui connaissait un peu l'art vétérinaire, à venir ici en lui promettant beaucoup d'ouvrage.»
«La chaussure est une de ces consommations qui ne s'arrêtent jamais, une fabrication dont le moindre avantage est promptement apprécié par le consommateur. J'ai eu le bonheur de ne pas me tromper, monsieur. Aujourd'hui nous avons cinq tanneries, elles emploient tous les cuirs du Département (...) je lui proposai de se fixer dans le bourg en lui promettant de favoriser son industrie de tous mes moyens, et je mis en effet à sa disposition une assez forte somme d'argent. Il accepta. J'avais mes idées. Nos cuirs s'étaient améliorés, nous pouvions dans un certain temps les consommer nous-mêmes en fabriquant des chaussures à des prix modérés.»
«Alors vinrent s'établir ici douze autres ménages dont les chefs étaient travailleurs, producteurs et consommateurs : maçons, charpentiers, couvreurs, menuisiers, serruriers, vitriers qui avaient de la besogne pour longtemps ; ne devaient-ils pas se construire leurs maisons après avoir bâti celles des autres ? n'amenaient-ils pas des ouvriers avec eux ?»
Le docteur Benassis est un philanthrope, qui n'exerce sa fonction de maire que dans le but de servir ses concitoyens, ce qui ne manque pas d'étonner le vieux militaire :
«Genestas mit une interrogation si visible dans l'air de sa physionomie et dans son geste, que le médecin lui raconta, tout en marchant, l'histoire annoncée par ce début.
- Monsieur, quand je vins m'établir ici, je trouvai dans cette partie du canton une douzaine de crétins, dit le médecin en se retournant pour montrer à l'officier les maisons ruinées. La situation de ce hameau dans un fond sans courant d'air, près du torrent dont l'eau provient des neiges fondues, privé des bienfaits du soleil, qui n'éclaire que le sommet de la montagne, tout y favorise la propagation de cette affreuse maladie.»
Je promis donc de laisser le crétin en paix dans sa maison, à la condition que personne n'en approcherait, que les familles de ce village passeraient l'eau et viendraient loger au bourg dans des maisons neuves que je me chargeai de construire en y joignant des terres dont le prix plus tard devait m'être remboursé par la Commune. Eh ! bien, mon cher monsieur, il me fallut six mois pour vaincre les résistances que rencontra l'exécution de ce marché, quelque avantageux qu'il fût aux familles de ce village.»
L'action de Benassis vise l'amélioration de tous les secteurs d'activité, mais aussi celle des conditions sanitaires de la population :
Assainissement :
«J'enrichis l'avenir de la Commune en plantant une double rangée de peupliers le long de chaque fossé latéral.»
Bien-être animal et qualité des productions :
Des soins accordés aux bestiaux dépend la beauté des races et des individus, partant celle des produits ; je prêchai donc l'assainissement des étables. Par la comparaison du profit que rend une bête bien logée, bien pansée, avec le maigre rapport d'un bétail mal soigné, je fis insensiblement changer le régime des bestiaux de la Commune : pas une bête ne souffrit. Les vaches et les boeufs furent pansés comme ils le sont en Suisse et en Auvergne. Les bergeries, les écuries, les vacheries, les laiteries, les granges se rebâtirent sur le modèle de mes constructions et de celles de monsieur Gravier qui sont vastes, bien aérées, par conséquent salubres.
Cette pensée a toujours déterminé les États sans base territoriale, comme Tyr, Carthage, Venise, la Hollande et l'Angleterre, à s'emparer du commerce de transport. Je cherchai pour notre petite sphère une pensée analogue, afin d'y créer un troisième âge commercial.
Genestas ne comprend pas les motivations du bon docteur :
– Monsieur, lui dit-il, vous avez une âme vraiment citoyenne, et je m'étonne qu'après avoir accompli tant de choses, vous n'ayez pas tenté d'éclairer le gouvernement.
Benassis se mit à rire, mais doucement et d'un air triste.
– Écrire quelque mémoire sur les moyens de civiliser la France, n'est-ce pas ? Avant vous, monsieur Gravier me l'avait dit, monsieur. Hélas ! on n'éclaire pas un gouvernement, et, de tous les gouvernements, le moins susceptible d'être éclairé est celui qui croit répandre des lumières.
C'est seulement à la fin du roman que Bluteau/Genestas livrera son secret à Benassis :
La campagne de Russie
Une jeune juive de Pologne
La félonie de son aide de camp Renard
L'enfant dont il hérite de la charge
La recherche d'un médecin digne de confiance.
Un roman à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas, à redécouvrir pour les autres.
Lien : http://desecrits.blog.lemond..
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aouatef79
  28 mai 2015
Les principaux protagonistes de ce récit De Balzac sont le médecin Ben assis
et le commandant Genestas .Ce dernier arrive dans un village et va chez le
médecin .Chacun d ' eux a en son fond un secret .En peu de temps les deux
se lient .Au cours de ses visites médicales le médecin se fait accompagner par
le commandant .Il montre à ce dernier ce que lui en tant que maire a fait pour ce
village .Il a construit pour ses habitants des nouvelles habitations salubres et
décentes.Il a entrepris des travaux hydrauliques et d 'une terre aride il l ' a
transformé en une terre cultivable où l ' on a du blé et des arbres fruitiers .Il a crée de petites entreprises et a relié la petite ville à Grenoble .Il a réalisé toute
l ' infrastructure : la mairie ,l 'école .Le médecin confie son secret au commandant :tout ce qu ' il a fait pour ce village était une manière d 'expiation
d 'une faute qu ' il a commise étant jeune .La mort d ' une jeune fille qu 'il a séduite et son enfant .Il a décidé de mettre sa vie au service des autre .
Le secret du commandant ; Adrien est son fils adoptif est malade et demande
de le prendre et de le soigner .Ce que fut fait et le garçon guérira .
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cmpf
  28 octobre 2014
Ce livre a pour épigraphe « Aux coeurs blessés, l'ombre et le silence ».
C'est en effet un roman sur le renoncement, incarné par deux hommes, le docteur Benassis qui s'est installé dix ans plus tôt dans cette vallée déshéritée du Dauphiné et Génestat, son hôte de passage dont il est dit que lorsqu'on l'interroge sur sa vie privée, il détourne la conversation.
Le commandant Génestat, vétéran de Napoléon est venu voir ce médecin dont il a entendu vanter les mérites. le docteur Benassis accepte de le prendre chez lui et l'emmène dès le lendemain dans sa tournée. C'est ainsi, au hasard des pérégrinations dans cette nature fort belle, et de ses visites ou rencontres que le docteur présente son action dans ce village autrefois très pauvre mais dont il a provoqué l'enrichissement autant en nombre de foyers qu'en termes de biens.
Car ce livre est essentiellement une longue conversation.
Nous avons donc la relation des changements entrepris par le médecin lorsqu'il découvre ce village, pauvre, peuplé en partie de crétins (au sens médical), qui végète sans industrie, et d'un commerce restreint avec la ville la plus proche Grenoble. Il commence par empêcher la reproduction des attardés mentaux, achète des terres qu'il amende, attire quelques artisans, créé une route reliant le village à la ville… Et chaque amélioration en entraine une autre dans un parfait enchainement. le médecin règne ainsi sur ces villageois qui le chérissent et le respectent mais avec lesquels il a des relations de maitre à élèves. Sauf avec les autres notables le juge de paix, le notaire, et le curé qu'il reçoit chez lui.
Au hasard d'une veillée nous avons aussi un conte et un ensemble de souvenirs sur Napoléon.
Enfin Génestat le connaissant mieux l'invite à expliquer sa retraite dans ce village. Et le médecin se livre. En retour le militaire parle aussi de ses blessures morales. Moment très touchant où chacun explique que n'ayant pu être heureux, pensant mériter de plus ses souffrances, il a choisi de se consacrer aux autres ou à un autre.
Je ne connais pas hélas, assez Balzac pour savoir dans quelle mesure les idées politiques présentées dans ce roman sont les siennes, et je le regrette. C'est pourquoi je pense qu'il fera partie des livres à relire dans quelques années.
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Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   23 décembre 2010
Le prétendu malade entra dans la maison de son médecin où tout se trouva conforme au délabrement de la porte et aux vêtements du possesseur. Les moindres choses y attestaient l’insouciance la plus profonde pour ce qui n’était pas d’une essentielle utilité. Benassis fit passer Genestas par la cuisine, le chemin le plus court pour aller à la salle à manger. Si cette cuisine, enfumée comme celle d’une auberge, était garnie d’ustensiles en nombre suffisant, ce luxe était l’oeuvre de Jacquotte, ancienne servante de curé, qui disait nous, et régnait en souveraine sur le ménage du médecin. S’il y avait en travers du manteau de la cheminée une bassinoire bien claire, probablement Jacquotte aimait à se coucher chaudement en hiver, et par ricochet bassinait les draps de son maître, qui, disait-elle, ne songeait à rien ; mais Benassis l’avait prise à cause de ce qui eût été pour tout autre un intolérable défaut. Jacquotte voulait dominer au logis, et le médecin avait désiré rencontrer une femme qui dominât chez lui. Jacquotte achetait, vendait, accommodait, changeait, plaçait et déplaçait, arrangeait et dérangeait tout selon son bon plaisir ; jamais son maître ne lui avait fait une seule observation. Aussi Jacquotte administrait-elle sans contrôle la cour, l’écurie, le valet, la cuisine, la maison, le jardin et le maître. De sa propre autorité se changeait le linge, se faisait la lessive et s’emmagasinaient les provisions. Elle décidait de l’entrée au logis et de la mort des cochons, grondait le jardinier, arrêtait le menu du déjeuner et du dîner, allait de la cave au grenier, du grenier dans la cave, en y balayant tout à sa fantaisie sans rien trouver qui lui résistât. Benassis n’avait voulu que deux choses : dîner à six heures, et ne dépenser qu’une certaine somme par mois. Une femme à laquelle tout obéit chante toujours ; aussi Jacquotte riait-elle, rossignolait-elle par les escaliers, toujours fredonnant quand elle ne chantait point, et chantant quand elle ne fredonnait pas.
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cmpfcmpf   28 octobre 2014
L’affection des gens de la campagne pour leurs masures est un fait inexplicable. Quelque insalubre que puisse être sa chaumière, un paysan s’y attache beaucoup plus qu’un banquier ne tient à son hôtel. Pourquoi ? Je ne sais. Peut- être la force des sentiments est-elle en raison de leur rareté. Peut-être l’homme qui vit peu par la pensée vit-il beaucoup par les choses ? Et moins il en possède, plus sans doute il les aime. Peut-être en est-il du paysan comme du prisonnier ?... il n’éparpille point les forces de son âme, il les concentre sur une seule idée, et arrive alors à une grande énergie de senti- ment. Pardonnez ces réflexions à un homme qui échange rarement ses pensées. D’ailleurs ne croyez pas, monsieur, que je me sois beaucoup occupé d’idées creuses. Ici, tout doit être pratique et action. Hélas ! Moins ces pauvres gens ont d’idées, plus il est difficile de leur faire entendre leurs véritables intérêts.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   15 avril 2015
Séparées seulement par le torrent qui rugit dans ses cascades, les deux hautes murailles granitiques s’élèvent tapissées de sapins à noir feuillage et de hêtres hauts de cent pieds. Tous droits, tous bizarrement colorés par des taches de mousse, tous divers de feuillage, ces arbres forment de magnifiques colonnades bordées au-dessous et au-dessus du chemin par d’informes haies d’arbousiers, de viornes, de buis, d’épine rose. Les vives senteurs de ces arbustes se mêlaient alors aux sauvages parfums de la nature montagnarde, aux pénétrantes odeurs des jeunes pousses du mélèze, des peupliers et des pins gommeux. Quelques nuages couraient parmi les rochers en se voilant, en en découvrant tour à tour les cimes grisâtres, souvent aussi vaporeuses que les nuées dont les moelleux flocons s’y déchiraient. A tout moment le pays changeait d’aspect et le ciel de lumière ; les montagnes changeaient de couleur, les versants de nuances, les vallons de forme : images multipliées que des oppositions inattendues, soit un rayon de soleil à travers les troncs d’arbres, soit une clairière naturelle ou quelques éboulis, rendaient délicieuses à voir au milieu du silence, dans la saison où tout est jeune, où le soleil enflamme un ciel pur. Enfin c’était un beau pays, c’était la France.
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Nastasia-BNastasia-B   23 novembre 2012
Enfin, il y a quelque chose de plus vrai que tout ceci, c'est que la pratique et l'observation sont tout chez un peintre, et que si le raisonnement et la poésie se querellent avec les brosses, on arrive au doute comme le bonhomme, qui est aussi fou que peintre. Peintre sublime, il a eu le malheur de naître riche, ce qui lui a permis de divaguer, ne l'imitez pas ! Travaillez ! Les peintres ne doivent méditer que les brosses à la main.
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LydiaBLydiaB   03 mai 2010

Je suis né, reprit le médecin, dans une petite ville du Languedoc, où mon père s'était fixé depuis longtemps, et où s'est écoulée ma première enfance. A l'âge de huit ans, je fus mis au collége de Sorrèze, et n'en sortis que pour aller achever mes études à Paris. Mon père avait eu la plus folle, la plus prodigue jeunesse ; mais son patrimoine dissipé s'était rétabli par un heureux mariage, et par les lentes économies qui se font en province, où l'on tire vanité de la fortune et non de la dépense, où l'ambition naturelle à l'homme s'éteint et tourne en avarice, faute d'aliments généreux. Devenu riche, n'ayant qu'un fils, il voulut lui transmettre la froide expérience qu'il avait échangée contre ses illusions évanouies : dernières et nobles erreurs des vieillards qui tentent vainement de léguer leurs vertus et leurs prudents calculs à des enfants enchantés de la vie et pressés de jouir. Cette prévoyance dicta pour mon éducation un plan dont je fus victime. Mon père me cacha soigneusement l'étendue de ses biens, et me condamna dans mon intérêt à subir, pendant mes plus belles années, les privations et les sollicitudes d'un jeune homme jaloux de conquérir son indépendance ; il désirait m'inspirer les vertus de la pauvreté : la patience, la soif de l'instruction et l'amour du travail.
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Vidéo de Honoré de Balzac
Le CNRS au Collège de France. Journée du 6 avril 2019. Exposé de Jean-Baptiste Amadieu, chercheur au CNRS au sein de l?unité "République des savoirs" (CNRS/Collège de France/ENS). Il est notamment l?auteur de la Littérature du XIXe siècle mise à l?Index (2017). Pourquoi Balzac, Sand, Dumas, Flaubert, Stendhal, Hugo, Lamartine, Sue ou Zola firent l?objet de procès pour un ou plusieurs de leurs romans ? Pour un littéraire de formation, de telles investigations dans les archives de la censure nécessitent des connaissances en droit, en jurisprudence et, quand ces procédures appartiennent à un état caduc de la règlementation, en histoire du droit. Lorsque le tribunal en question est la Congrégation romaine de l?Index, le savoir exigé est celui du droit canonique et de son régime de juridicité singulier ; quant aux débats de fond, ils ne se comprennent qu?à la lumière de la théologie, de l?ecclésiologie et de la théologie morale. Cette interdisciplinarité rendue indispensable par l?objet étudié s?épanouit dans des établissements propices aux recherches non conditionnées par la délivrance d?un diplôme disciplinaire, c?est-à-dire des institutions comme le CNRS et le Collège de France. Pour plus d'informations : https://www.college-de-france.fr/site/evenements-culturels/Le-CNRS-au-College-de-France.htm
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