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Félicien Marceau (Préfacier, etc.)Thierry Bodin (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070409341
436 pages
Éditeur : Gallimard (14/05/1999)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.69/5 (sur 5722 notes)
Résumé :
La maison Vauquer est une pension parisienne où se côtoient des résidents que tout oppose, et pourtant inexorablement liés : Rastignac, un jeune étudiant en droit, le Père Goriot, un ancien fabriquant de vermicelles, ou encore le mystérieux Vautrin.
Tous ont leurs secrets et leurs faiblesses : Rastignac, obsédé par la haute société, délaisse ses études pour tenter de s’y intégrer ; Vautrin cache un passé douloureux ; le Père Goriot s’est ruiné pour ses filles ingrates.
La maison Vauquer s’apparente alors à une peinture de cette époque, un cliché de personnages aussi différents qu’unis, criants de vérité, acteurs d’une comédie humaine.
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Critiques, Analyses et Avis (247) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  12 septembre 2012
Qu'est-ce qui n'a pas été dit, écrit, filmé, dessiné, radiodiffusé sur le Père Goriot, en particulier, et sur Balzac, en général ? Réponse : à peu près rien.
Mais s'il est vrai que parmi cet amas épais et hétérogène tout a probablement été dit et bien dit, tout le monde, moi la première — moi surtout — n'a probablement pas lu le monceau impressionnant d'avis ou de critiques littéraires qui ont été laissés à son sujet.
Alors je ne ferai très certainement que répéter ce que d'autres auront dit bien avant moi et de bien meilleure façon que je ne saurais le faire. Excusez-moi pour cette somme de mauvaises redites.
En premier lieu, première redite, qu'il s'agit d'un très bon roman et que c'est une bonne porte d'entrée pour s'en aller frétiller dans l'immense testament littéraire que nous a laissé le bon Honoré et qui se nomme La Comédie Humaine. Néanmoins, je tiens à souligner que manifestement trop de lycéens ont eu à " subir " ce roman à un âge où, selon toute vraisemblance, ils n'étaient pas prêts à goûter toute la saveur du vécu et le cruel réalisme qui émane de cette pièce maîtresse lorsqu'on le lit quelques années plus tard.
Je vais donc clairement vous dire que si j'avais à faire découvrir Balzac à quelques jeunes personnes, je ne choisirais sans doute pas ce roman comme première approche. Passé la trentaine, pourquoi pas, même s'il va sans dire qu'on est apte à jouir de toute la saveur de cette oeuvre bien avant trente ans, je suis fermement convaincue qu'il réclame à la fois vécu et investissement dans sa lecture, deux choses qui ne sont pas monnaie courante à un âge précoce.
Ensuite, deuxième redite, que toutes les clefs d'écriture qui sont propres à Honoré de Balzac se retrouvent ici : la description première (celle qui rebute souvent les néophytes) un peu comme le ferait un peintre qui soignerait particulièrement son décor avant d'entamer la figure centrale de sa toile, ensuite, la mesquinerie ou la loupe focalisée sur les défauts de ses personnages souvent très haut ou très bas en couleur, puis le ton ironique, sarcastique, cynique, caustique, désabusé avec lequel l'auteur nous raconte ses histoires, viennent ensuite les accélérations, les montées en puissance de l'intrigue, les coups de projecteur sur le passé d'un personnage que l'on croit bien connaître (les fameux éclairages rétrospectifs dont parle Proust), puis les sortes de tonnerres ou de descentes aux enfers du final.
Enfin, vous étonnerais-je en prétextant que le père Goriot n'est probablement pas le personnage principal de ce roman même s'il en est la morale de la fable ? Vous recommanderais-je le savoureux verbe du truculent Vautrin alias..., vous découvrirez qui, et de sa vision du monde ? Oui, "le monde selon Vautrin" vaut vraiment le détour. Alors, bon séjour en immersion dans le noir Paris du début XIXème siècle.
Juste pour la route et pour parfaire mon content de redites, quelques mots de l'intrigue au cas où vous ne la connaîtriez pas.
Eugène de Rastignac, jeune étudiant débarque de sa province à Paris dans le but de s'y faire un nom et une situation. Malheureusement pour lui, même si la famille possède le lustre de la particule, si utile dans le grand monde, elle ne lui procure pas de rentrées d'argent suffisantes au train qu'il convient d'afficher à Paris lorsqu'on aspire à devenir un dandy.
Le père Goriot, quant à lui, pour son plus grand malheur a deux filles. Deux filles qu'il aime mieux que lui-même, deux filles pour lesquelles il sacrifierait sa vie, deux filles belles comme l'aurore... et ingrates comme le sont les belles filles roturières qui se veulent du grand monde.
Notre brave père Goriot, commerçant prospère, ne recule donc devant aucun sacrifice financier susceptible de lui attirer "l'affection" de ses deux vénales progénitures...
Voici Honoré de Balzac dans tout sa splendeur et sa misère, lui le courtisan désabusé et parfois vindicatif, lui le magicien, l'inventeur du roman moderne, lui le génial observateur de cet étrange animal qu'on nomme "l'humain", lui, l'un de mes auteurs fétiches, mais ce n'est là qu'un fort misérable avis, un parmi pléthore d'autres et d'autre carrure et d'autre facture, autant dire, pas grand-chose.
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Under_the_Moon
  21 janvier 2013
C'est toujours avec émotion que je regarde mon exemplaire du Père Goriot sur mes étagères.
Ce roman a été mon premier vrai coup de coeur pour un classique. Non pas que je n'en avais pas lu avant, c'est juste que celui là a été une révélation !
C'était à la fin de ma 4ème (ok ça date!), j'étais l'une des seules à avoir lu et apprécié Eugénie Grandet et quelques mois après j'ai vu ce livre du même auteur et je me suis dit "pourquoi pas!".
Et là, dès que j'ai ouvert le livre... Je ne voulais plus le lâcher ! A tel point que je l'ai dévoré en 2 jours ! le sort de ce père si gentil et si dévoué à ses 2 filles qui se révèleront êtres ingrates, des vraies pestes ! Et qui, pire encore, abandonneront leur pauvre père à son sort alors que lui ne cessera jamais de les aimer.
Maintenant que je suis devenue adulte, quand j'ouvre des pages au hasard, l'histoire prend encore une autre dimension. Je ne suis plus une adolescente dans le délire "les adultes sont tous nuls et personne ne me comprend", et ce personnage de père me touche encore plus qu'il y a 14 ou 15 ans maintenant.
Libre à chacun d'en penser ce qu'il voudra, mais il me semble que c'est à ce genre de "détails" qu'on reconnaît un grand livre !
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juliette2a
  15 août 2013
Le Père Goriot est une oeuvre grandiose.
Ce roman est avant tout un grand cri d'amour, paternel certes, mais un amour sublime que porte Joachim Goriot à ses deux filles, Delphine de Nucingen et Anastasie de Restaud. J'ai été émerveillée par ce père si pauvre, logeant dans une misérable pension chez Madame Vauquer, mais, qui, pour le bonheur de ses filles, se sacrifiera jusqu'à la fin de sa vie...Quel homme ! J'ai rencontré peu de personnages aussi généreux (mais le mot est trop faible) que ce bon Père Goriot...
Toutefois, Balzac nous dépeint également, à travers les portraits plus ou moins satiriques de ses personnages, le Paris du début du XIXème, glorieux, mais également corrompu par l'argent.
Dans cette ville animée par les scandales financiers ou familiaux, nous suivons le jeune Eugène de Rastignac, étudiant en droit et locataire de la maison Vauquer, sorte de Bel-Ami, qui, par le biais des femmes, veut faire son chemin. J'ai beaucoup aimé ce personnage, finalement le seul qui restera fidèle au Père Goriot jusqu'à la fin, attachant et qui se bat contre l'injustice de ce monde.
Ce qui m'a le plus marquée dans ce merveilleux roman, c'est le décalage entre la richesse des demoiselles Goriot et leur entourage, superficiel et égoïste, et la pauvreté qui règne dans la pension Vauquer, autour de ses pensionnaires (Le Père Goriot, bien sûr, mais aussi Eugène ou encore Victorine Taillefer, abandonnée par son père). La fin est d'ailleurs désespérante au plus haut point. Seul l'ambition de Rastignac, afin de venger son ami Goriot, constitue une lueur d'espoir dans une société ravagée par la haine et le mensonge...
Ainsi, je ne peux que m'incliner devant le talent De Balzac, démontré dans ce premier roman de "La Comédie humaine", fresque inoubliable, et, bien évidemment, immense Oeuvre de la littérature française...
Magistral !
A lire !!
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JacobBenayoune
  25 juillet 2018
L'amour paternel, l'ingratitude filiale, l'ambition juvénile et le machiavélisme viril ; autant de sujets qui font de ce roman, un livre indispensable.
Certes, le nom De Balzac peut décourager beaucoup de lecteurs d'aujourd'hui par son réalisme pointilleux. Or, Balzac n'était point un prolixe mais un perfectionniste au niveau du détail. le père Goriot ne fait pas exception à cette règle balzacienne. Son lecteur doit être patient pour passer cet obstacle premier où la description domine et s'étale sur plusieurs pages. Mais ce début est loin d'être un handicap sérieux comme dans Le bruit et la fureur par exemple. Cette description des lieux où va se produire une grande partie de l'histoire, nous permet d'imaginer ce cadre spatial avec exactitude et d'observer cette interdépendance entre l'individu et son milieu. Balzac n'hésite pas à personnifier les objets pour les rendre plus vivants et sa description plus intéressante qu'ennuyeuse. Il nous présente les personnages principaux en nous informant sur les tréfonds de leur âme et sur leurs secrets. Cette entrée est comme un premier mouvement dans une symphonie où un allegro sonore dérange un amateur de musique douce qui doit attendre le passage vers le tendre adagio ou andante. Cette présentation passée, le lecteur peut suivre, à son aise la dramatisation de cette intrigue. Et là Balzac agit en dramaturge (il n'a pas réussi dans ce domaine mais il a bien su exploiter tout cet art dans ses romans). On assiste alors à une succession de crises et de coups de théâtre. Tout s'éclaircit pour le lecteur et pour les personnages aussi, par le retour sur le passé de certains protagonistes importants et l'explication de certains faits.
Dans le Père Goriot, le personnage d'Eugène de Rastignac réapparait comme l'un des personnages centraux du roman. Encore un jeune homme ambitieux - apparemment le roman français du XIXème siècle favoriser beaucoup la jeunesse ambitieuse – qui veut réussir dans une société où les apparences sont importantes. Son destin se croise avec celui de cet humble vieillard nommé le père Goriot. Ce dernier incarne parfaitement l'amour paternel le plus dévoué et l'altruisme le plus excessif. Rastignac devait se frayer un chemin dans cette société et pour ce faire il avait deux voies : le machiavélisme diabolique de Vautrin ou le pragmatisme rusée de sa cousine la vicomtesse. Rastignac choisit le chemin le plus doux. Au fur et à mesure que le jeune homme va grimper l'échelle de la réussite (une réussite inachevée certes), le vieillard va dégringoler vers sa perte. Et entre ces deux personnages, plusieurs historiettes secondaires vont se dérouler (certaines mêmes trouveront un prolongement dans d'autres romans de la Comédie Humaine). Tout ce fourmillement de personnages divers nous brosse un tableau réaliste de ce qu'était le XIXème siècle français.
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Kittiwake
  04 mai 2016
C'est sur une couleur sépia que débute le roman du Père Goriot. En fait ce n'est pas très gentil pour le sépia, car c'est plutôt la crasse qui séjourne partout dans la triste pension de Mme Vauquer. C'est sale, ça sent mauvais : le choix d'y résider est pour la plupart des occupants une question de budget. Il en est ainsi de deux étudiants dont le fameux Eugène de Rastignac, provincial bien décidé à conquérir Paris, dut-il mettre sur la paille sa famille par sa quête incessante de fonds destinés à se faire accepter par la haute société.
Un autre personnage intriguant se fait remarquer par sa désinvolture et sa grossièreté; s'il se fait nommer Vautrin, il est clair dès le départ qu'il cache quelque chose.
Enfin le père Goriot,, ex-fabriquant de pâtes dont la fortune fond entre les mains avides de ses deux péronnelles de filles, celles-là même que Rastignac utilise pour réaliser ses ambitions.
Tout ce petit monde évolue sous la houlette de la tenancière, et les liens se mettent en place pour une intrigue mouvementée, et riche en rebondissements.
L'accès de Rastignac à la société huppée qu'il envie permet aussi à Balzac de dénoncer sans ménagement la futilité et médiocrité de ceux qui font et défont les réputations au gré de leurs humeurs.
Le père Goriot, c'est une histoire d'amour paternel aveuglant, poussé jusqu'à la folie, et sans limite, dans une totale abnégation :

« Je n'ai point froid si elles ont chaud, je ne m'ennuie jamais si elles rient. Je n'ai de chagrins que les leurs »
C'est aussi un état des lieux de la capitale sous la Restauration :
« Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n'en connaitrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le? Quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire, quelque nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer , il s'y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu, des fleurs, des perles, des montres, quelque chose d'inouï, oublié par les plongeurs littéraires. »
Dans cet océan se côtoient le meilleur et le pire, et l'auteur ne prend pas parti : les travers de toutes les strates de la société sont mis à jour.
Si le plumage et le ramage ont évolué, si le décor n'est plus enseveli sous les saletés, non seulement l'air est toujours irrespirable, même si ce n'est pas pour les mêmes raisons il semble quand même par bien des aspects que peu de choses ont changé dans le coeur des hommes : il est toujours difficile de se faire une place quand on n'a pas la chance d'avoir les relations nécessaires, le fossé entre plus riches et plus pauvres s'est creusé, et il y aura toujours des Vautrin pour entrainer les plusdésespérés sur le chemin du crime.
Cette lecture crée une irrésistible envie de parcourir La comédie humaine, ne serait que pour retrouver les personnages croisés, Rastignac, Vautrin, à travers les passerelles et renvois qui tissent la trame de la Comédie humaine

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Citations et extraits (441) Voir plus Ajouter une citation
robertkonigrobertkonig   05 mai 2021
Souvent l'être le plus stupide arrive. sous l'effort de la passion, à la plus haute éloquence dans l'idée, si ce n'est dans le langage, et semble se mouvoir dans une sphère lumineuse.
P. 182
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robertkonigrobertkonig   02 mai 2021
- Ah! ah! voici une fameuse soupeaurama, dit Poiret en voyant Christophe qui entrait en tenant respectueusement le potage.
- Pardonnez-moi, monsieur, dit madame Vauquer, c'est une soupe aux choux.
Tous les jeunes gens éclatèrent de rire.
P.81
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LydiaBLydiaB   03 mai 2010
Un homme qui se vante de ne jamais changer d'opinion est un homme qui se charge d'aller toujours en ligne droite, un niais qui croit à l'infaillibilité. Il n'y a pas de principes, il n'y a que des événements ; il n'y a pas de lois, il n'y a que des circonstances : l'homme supérieur épouse les événements et les circonstances pour les conduire. S'il y avait des principes et des lois fixes, les peuples n'en changeraient pas comme nous changeons de chemises
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Polars_urbainsPolars_urbains   13 mars 2018
La maison où s'exploite la pension bourgeoise appartient à madame Vauquer. Elle est située dans le bas de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, à l'endroit où le terrain s'abaisse vers la rue de l'Arbalète par une pente si brusque et si rude que les chevaux la montent ou la descendent rarement. Cette circonstance est favorable au silence qui règne dans ces rues serrées entre le dôme du Val-de-Grâce et le dôme du Panthéon, deux monuments qui changent les conditions de l'atmosphère en y jetant des tons jaunes, en y assombrissant tout par les teintes sévères que projettent leurs coupoles. Là, les pavés sont secs, les ruisseaux n'ont ni boue ni eau, l'herbe croit le long des murs. L'homme le plus insouciant s'y attriste comme tous les passants, le bruit d'une voiture y devient un événement, les maisons y sont mornes, les murailles y sentent la prison. Un Parisien égaré ne verrait là que des pensions bourgeoises ou des institutions, de la misère ou de l'ennui, de la vieillesse qui meurt, de la joyeuse jeunesse contrainte à travailler. Nul quartier de Paris n'est plus horrible, ni, disons-le, plus inconnu. La rue Neuve-Sainte-Geneviève surtout est comme un cadre de bronze, le seul qui convienne à ce récit, auquel on ne saurait trop préparer l'intelligence par des couleurs brunes, par des idées graves; ainsi que, de marche en marche, le jour diminue et le chant du conducteur se creuse, alors que le voyageur descend aux Catacombes. Comparaison vraie ! Qui décidera de ce qui est plus horrible à voir, ou des cœurs desséchés, ou des crânes vides ? La façade de la pension donne sur un jardinet, en sorte que la maison tombe à angle droit sur la rue Neuve-Sainte-Geneviève, où vous la voyez coupée dans sa profondeur. Le long de cette façade, entre la maison et le jardinet, règne un cailloutis en cuvette, large d'une toise, devant lequel est une allée sablée, bordée de géraniums, de lauriers-roses et de grenadiers plantés dans de grands vases en faïence bleue et blanche. On entre dans cette allée par une porte bâtarde, surmontée d'un écriteau sur lequel est écrit : MAISON-VAUQUER, et dessous : Pension bourgeoise des deux sexes et autres. Pendant le jour, une porte à claire-voie, armée d'une sonnette criarde, laisse apercevoir au bout du petit pavé, sur le mur opposé à la rue, une arcade peinte en marbre vert par un artiste du quartier. Sous le renfoncement que simule cette peinture, s'élève une statue représentant l'Amour. A voir le vernis écaillé qui la couvre, les amateurs de symboles y découvriraient peut-être un mythe de l'amour parisien qu'on guérit à quelques pas de là.
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Nastie92Nastie92   13 août 2019
Vers la fin de cette première semaine du mois de décembre, Rastignac reçut deux lettres, l'une de sa mère, l'autre de sa soeur aînée. Ces écritures si connues le firent à la fois palpiter d'aise et trembler de terreur. Ces deux frêles papiers contenaient un arrêt de vie ou de mort sur ses espérances. S'il concevait quelque terreur en se rappelant la détresse de ses parents, il avait trop bien éprouvé leur prédilection pour ne pas craindre d'avoir aspiré leurs dernières gouttes de sang. La lettre de sa mère était ainsi conçue. "Mon cher enfant, je t'envoie ce que tu m'as demandé. Fais un bon emploi de cet argent, je ne pourrais, quand il s'agirait de te sauver la vie, trouver une seconde fois une somme si considérable sans que ton père en fût instruit, ce qui troublerait l'harmonie de notre ménage. Pour nous la procurer, nous serions obligés de donner des garanties sur notre terre. Il m'est impossible de juger le mérite de projets que je ne connais pas; mais de quelle nature sont-ils donc pour te faire craindre de me les confier ? Cette explication ne demandait pas des volumes, il ne nous faut qu'un mot à nous autres mères, et ce mot m'aurait évité les angoisses de l'incertitude. Je ne saurais te cacher l'impression douloureuse que ta lettre m'a causée. Mon cher fils, quel est donc le sentiment qui t'a contraint à jeter un tel effroi dans mon coeur ? tu as dû bien souffrir en m'écrivant, car j'ai bien souffert en te lisant. Dans quelle carrière t'engages-tu donc ? Ta vie, ton bonheur seraient attachés à paraître ce que tu n'es pas, à voir un monde où tu ne saurais aller sans faire des dépenses d'argent que tu ne peux soutenir, sans perdre un temps précieux pour tes études ? Mon bon Eugène, crois-en le coeur de ta mère, les voies tortueuses ne mènent à rien de grand. La patience et la résignation doivent être les vertus des jeunes gens qui sont dans ta position. Je ne te gronde pas, je ne voudrais communiquer à notre offrande aucune amertume. Mes paroles sont celles d'une mère aussi confiante que prévoyante. Si tu sais quelles sont tes obligations, je sais, moi, combien ton coeur est pur, combien tes intentions sont excellentes. Aussi puis-je te dire sans crainte : Va, mon bien-aimé, marche ! Je tremble parce que je suis mère; mais chacun de tes pas sera tendrement accompagné de nos voeux et de nos bénédictions. Sois prudent, cher enfant. Tu dois être sage comme un homme, les destinées de cinq personnes qui te sont chères reposent sur ta tête. Oui, toutes nos fortunes sont en toi, comme ton bonheur est le nôtre."
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