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ISBN : 2221117158
Éditeur : Robert Laffont (03/03/2011)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 54 notes)
Résumé :

Quand Oussama Kandar, chef de la brigade criminelle de Kaboul, ancien héros de guerre contre les Russes et les talibans, découvre le cadavre de Wali Wadi, il n'imagine pas déclencher l'une de ces séries de minuscules événements qui se terminent en raz de marée. D'après Oussama, l'homme qui gît au milieu de son magnifique salon, une balle dans la tête, ne peut en aucun cas s'être suicidé, comme l'... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  12 février 2011
Épreuves du roman de Cédric Bannel, à paraître le 3 mars.
" - À quoi pensais-tu en appuyant sur la détente ? demanda Oussama. - À appuyer sur la détente. " (p. 9) Dès les premières lignes, on rencontre Oussama Kandar, commandant en chef de la brigade criminelle de Kaboul, un homme qui ne s'en laisse pas compter. Appelé sur les lieux d'un suicide, Oussama Kandar est dubitatif. le cadavre de Wali Wadi n'est pas celui d'un suicidé, il s'agit d'un meurtre. " Ceux qui parvenaient à échapper aux attentats, aux gangs, aux règlements de compte, aux crimes familiaux et aux fatwas lancées par les talibans étaient assez peu portés sur le suicide. En Afghanistan, chaque jour vécu en un seul morceau était un don de Dieu. " (p. 10) Mais son enquête à peine entamée, Kandar est sommé de ne pas faire de vagues et de er au plus vite cette affaire. le ministre de la Sécurité du pays, Khan Durrani, semble particulièrement pressé de voir ce cas au fond d'un tiroir. Oussama Kandar comprend que l'affaire dépasse celles qu'il traite d'ordinaire. " Pour une raison qu'il ignorait, le gouvernement souhaitait enterrer l'affaire. Khan Durrani était là pour dissuader ses propres services de faire leur boulot. " (p. 16) Pendant ce temps, en Suisse, la disparition d'un homme déclenche une opération d'envergure. Nick Snee, analyste pour l'Entité, découvre les travers et les crimes de l'organisation qui l'emploie, " une structure dont l'ADN était tourné vers la violence plus que vers l'intelligence. " (p. 123) Alors qu'un certain dossier Mandrake s'avère délicat voire explosif en Suisse comme en Afghanistan, Nick et Oussama, sans le savoir, traque la même vérité au nom de valeurs communes.
Le personnage d'Oussama Kandar est finement travaillé. L'homme est un policier intègre et pieux, un musulman pratiquant mais tolérant, comme une balise au sein d'une religion qui effraie tous les jours. Oussama a choisi son camp et c'est sans compromis qu'il accomplit sa tâche, quelle que soit l'origine des pressions qu'il subit. " Se prénommer Oussama n'était pas un atout lorsqu'on était qomaandaan de police dans un pays occupé par les forces de l'Otan... " (p. 12) " En tant que fonctionnaire du régime, Oussama était une cible pour les talibans, même s'il était connu pour sa piété. " (p. 13) Oussama est pris entre deux feux : entièrement dévoué à son pays, même s'il inspire crainte et respect, sa position reste fragile dans un monde tiraillé entre deux puissances qui veulent chacune déchirer la plus grosse part de la proie.
Malalai, épouse d'Oussama, est une femme vive d'esprit et intelligente. Gynécologue et tenue par la loi islamique de ne soigner que des femmes, elle se révolte discrètement mais fermement contre le société machiste et intégriste qui étreint et étouffe le pays. La burqa la révolte, la soumission imposée aux femmes l'indigne et la charia ne la convainc pas toujours. Membre du RAWA, elle court de grands risques pour faire reconnaître les droits des femmes en Afghanistan. Malalai est le pendant féminin d'Oussama. Ils forment un couple uni, certes par l'amour, mais surtout par le partage de valeurs telles que la probité ou le respect. Bien que peu active au sein de l'intrigue, Malalai imprègne de sa présence tout le texte, comme une odeur subtile mais tenace de fleurs écrasées.
Ce polar décrit avec habileté un pays dont on ne cesse de parler mais qui reste difficile à comprendre. Des traces subsistent de la présence russe et du régime taliban. L'Otan peine à apaiser le pays et " la présence de la Coalition avec son lot de bavures et de vexations imposées aux populations locales " (p. 10) fait régner une atmosphère pesante que renforcent les attentats suicides et la résignation des habitants. le regain islamiste se fait sentir partout, les talibans sont infiltrés dans toutes les administrations et institutions du pays. le président Hamid Karzaï, s'il n'intervient pas directement dans le récit, apparaît comme un homme de paille. L'Afghanistan semble dirigé par des ministres complaisants voire véreux. La corruption est omniprésente, les dollars et les afghanis changent de main et alimentent un marché noir prodigue en armes et en produits interdits. Kaboul est une ville sous pression, prête à exploser de toute part.
Bien qu'en reconstruction, les travaux étant financés par les apports occidentaux, la ville abrite des quartiers d'une misère extrême où le progrès n'est qu'un lointain mirage. L'auteur dépeint avec précision et intérêt des coutumes et des traditions qui échappent souvent à l'entendement occidental. La politesse, la hiérarchie ou les salutations entrent autant dans le mode de vie des Afghans que les vêtements ou la nourriture. Même si l'Occident s'impose peu à peu, avec ses tenues décontractées et colorées et ses pratiques jeunes et libérées, l'Afghanistan conserve indéniablement un passé traditionnel qui s'accomplit dans tous les gestes du quotidien.
Tous ces éléments font déjà du roman un très bon texte. Mais le meilleur réside dans la construction des enquêtes. Dès les premiers chapitres, les victimes et les coupables sont connues. Les armes et le mobile sont au rendez-vous. Il ne manque que la pièce à conviction principale, le dossier Mandrake, qui fait traverser à Nick la moitié du monde et qui fait retourner Kaboul par Oussama. Dans cette chasse au trésor maudit, une paire de chaussures rouges peut tout faire basculer. La révélation finale, après quelques épisodes haletants, est presque secondaire. Sans l'avoir lu, on se doute que le dossier Mandrake est une poudrière à proximité d'une mèche. Peu importe ce qu'il contient, on sait que cela ne pourra pas être révélé. Car Cédric Bannel évite avec habileté et intelligence l'écueil du complot mondial. Une phrase de la fin du roman est lourde d'une sagesse effrayante : " affaiblir l'Amérique, c'est provoquer l'éclatement assuré de l'Afghanistan. " (p. 386) On ne peut le nier, l'échiquier mondial a entamé une partie complexe qui nous dépasse tous. Et c'est avec modestie voire délicatesse que Cédric Bannel referme une porte qui ne peut rester ouverte. Si les terroristes ne sont pas forcément ceux qui portent barbe et keffieh, ce n'est pas un livre qui peut déranger la fourmilière. La fin du texte est en demi-teinte, parfaitement conforme à la réalité : les 'gentils' n'emportent pas d'éclatantes victoires et la punition des 'méchants' est loin d'être assez lourde. Mais l'auteur ne fait pas oeuvre polémique. Son récit, puissamment ancré et nourri d'un contexte politique particulier reste une fiction menée avec talent et précision. Ce roman présente une plume assurée et une intelligence affûtée.
Un grand merci à Violette de Canalblog et aux éditions Robert Laffont pour m'avoir fait parvenir les épreuves de ce livre. N'hésitez pas à visiter le blog consacré au livre !
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Paco
  23 août 2012
Un bon polar qui nous emmène, notamment, aux quatre coins de l'Afghanistan. L'auteur, Cédric Bannel, nous dépose au centre de ce pays d'Asie centrale - ou plutôt vers l'ouest -, à Kaboul, une ville éphémère peuplée de personnes vivant encore avec le souvenir et surtout l'influence de l'invasion des troupes soviétiques à la fin des années soixante-dix ou encore avec la crainte et la peur de cet ancien "gouvernement" islamiste, celui des Talibans, cassé en 2001 par la coalition.
Une intrigue intéressante, passionnante et bien ficelée qui nous fait voyager entre la Suisse et l'Afghanistan, à pieds ou au volant de vieux 4x4 Toyota déglingué sur des chemins terreux et dangereux, en compagnie de personnages bien variés; des salopards, des faux-culs, des paumés, des trafiquants, des terroristes, des femmes soumises, violées et humiliées mais aussi des femmes fortes et combattantes. Mais je retiens surtout l'image d'un homme juste, intègre et incorruptible, Oussama Kandar, la cinquantaine, chef de la police criminelle de Kaboul. Un homme qui croit encore en la justice, qui tente de l'appliquer, ce qui se fait de plus en plus rare dans ce pays corrompu. Un homme très croyant aussi, correct et modéré, qui n'hésitera pas à dérouler son tapis de prière au beau milieu d'une perquisition. Un homme qui a la foi et qui en aura bien besoin.
Kaboul. Une ville que Cédric Bannel semble bien connaître et/ou un auteur très bien documenté. Nous évoluons dans cette ville dépravée, avec ses bazars immenses, ses ruelles étroites où chaque recoin semble annoncer un danger imminent. Une ville déstabilisée, en sursis, au sein de laquelle tout se règle à grands coups de Kalachnikov. Les attentats suicide se succèdent et sèment la mort au hasard, dans une rue ou encore dans une autre, sur une place et encore dans une autre rue, ceci au gré de la demande et des personnes qui s'y trouvent... Les dommages collatéraux, ce n'est pas grave, l'important c'est le résultat. Inch'Allah et on recommence...
Une ville encore bien marquée par les actes barbares des Talibans, un gouvernement qui a pourtant été démoli, mais qui garde toujours quelques têtes hors de l'eau, prêts à reprendre le pouvoir. Ce n'est d'ailleurs pas le gouvernement actuellement mis en place qui va leur donner beaucoup de difficulté à revenir sur le devant la scène. Mais cela, Dieu seul le sait! Lequel au fait?
Je vous ai parlé avant d'Oussama Kandar. Ce flic expérimenté qui, dans le passé, s'est battu avec hargne contre les Talibans, se retrouve sur une nouvelle enquête; un suicide. La victime est un homme riche, puissant, pas trop net, qui trafiquait un peu à gauche et à droite; il s'est visiblement flingué après avoir abattu son domestique. Egalement sur place (étonnant?), le ministre de la Sécurité, corrompu et pire qu'une girouette, tente de clore rapidement l'affaire en privilégiant la thèse du suicide. Kandar, quant à lui, ce suicide il n'y croit pas du tout et va le prouver. Avec ses hommes, il va aller jusqu'au bout pour découvrir la vérité; envers et surtout contre tous, ou presque...
Parallèlement, l'auteur nous entraîne à Berne, en Suisse, au sein d'une organisation un peu particulière, une structure chargée de missions secrètes oeuvrant pour le compte de gouvernements ou de multinationales. Cette organisation recherche activement un homme qui détient des informations qui ne doivent en aucun cas être dévoilées au grand public, un certain rapport "Mandrake". le fugitif reste introuvable, malgré une magnifique et mémorable chasse à l'homme qui se déroule dans un grand squatte dégueulasse de Zurich; à gerber. Bref, l'homme s'est fait la malle et le retrouver devient une priorité mondiale.
Mais voilà, nous apprenons qu'une copie de ce rapport accablant se situe en Afghanistan, détenu par une autre personne. Il s'agit de l'homme qui s'est "suicidé" à Kaboul, respectivement la victime dont s'occupe Oussama Kandar. le document n'a cependant pas été retrouvé. le responsable de cette fameuse structure à Berne, sous l'impulsion de son client influent, donne carte blanche à ses équipes pour stopper et éliminer toute personne susceptible de découvrir ce fameux rapport.
Oussama Kandar, avec son acharnement à vouloir effectuer son travail dans les règles de l'art, devient bien malgré lui un homme à abattre à tout prix. Une puissante chasse va alors débutée dans ce pays d'Asie centrale; mais notre flic, bien que pourchassé et traquée de tout les côtés, va vouloir qu'une seule chose, aller jusqu'au bout de son enquête, quitte à mourir.
Trois personnes vont jouer un rôle clé dans cette affaire extrêmement délicate et complexe. Oussama Kandar, évidemment, mais aussi le mollah Bakir, un chef Taliban - modéré, cultivé et très bien renseigné - auprès de qui notre flic trouvera une aide très précieuse. Contact ambigu entre ces deux hommes que tout oppose, à savoir les idéaux, la politique et la conception de la vie. Par ce personnage d'ailleurs, l'auteur nous apprendra beaucoup sur la vie afghane, les coutumes et les rapports humains, sur les Talibans bien sûr mais aussi sur la politique du pays; instructif et passionnant! Une troisième personne clé dans cette intrigue, Nick, un brillant mathématicien suisse qui bosse pour cette organisation basée à Berne et qui s'est vu remettre le dossier du fugitif qui détient ce fameux rapport. Nick est bon, très bon même, mais commencerait à en savoir un peu trop, surtout au goût de ses supérieurs.
Un trio qui va éventuellement nous faire la lumière sur cet étrange secret qui sème bien des morts sur son passage, une bombe à retardement qui peut faire changer le cours des choses si elle explose au grand jour. Qu'est ce qui peut bien relier un fugitif en Suisse-allemande et l'Afghanistan?
Je retiens encore trois choses dont l'auteur nous fait part lors du déroulement de son intrigue. D'abord, au niveau des procédures police, c'est fascinant, un autre monde! Nous sommes loin des "Experts à Miami"... Les moyens sont restreints; je repense à Kandar qui doit appeler une collègue de la police russe pour obtenir un set, périmé de surcroît, servant à révéler des résidus de poudre sur les mains d'une victime. J'ai également été frappé par la droiture de ce flic qui, pourtant, lors d'une perquisition, laisse tout de même un de ses hommes emporter un pavot d'un demi-kilo pour se faire un peu d'argent pour faire vivre sa famille, ou alors une bouteille d'alcool (prohibé là-bas) à revendre pour quelques sous. Ah c'est clair, on est loin de nos procédures! Leur code pénal est d'ailleurs assez malléable non? Jugez plutôt:
"Le code pénal était un curieux mélange de tradition afghane et de droit occidental: les gardes à vue étaient limitées par la loi à soixante-douze heures, mais rien n'interdisait de facto de torturer les suspects pendant ce délai, ce dont la police se privait rarement dans les affaires de terrorisme."
Seconde chose, l'auteur nous parle beaucoup de la vie privée d'Oussama Kandar, un homme qui cultive un énorme respect envers l'autre, mais surtout envers son épouse. Nous sommes témoins d'un couple que je qualifierais de moderne, qui respecte les valeurs de l'islam, mais qui tente d'évoluer et de conserver un respect mutuel fort. Une épouse qui se bat justement pour les femmes en Afghanistan, pour leur liberté et leur considération qui n'existent absolument pas. Des femmes humiliées, traitées avec mépris, qui n'ont pas plus de valeur qu'un animal. L'auteur, par la voix de Malalai Kandar, nous plonge dans cet univers malsain, dans ce pays hostile et injuste pour les afghanes, mais la voix de cette femme courageuse donne de l'espoir pour ses êtres camouflées sous leur burqa qui restent, pour l'heure, réduites à l'état de merde, n'ayons pas peur des mots. L'impulsion des Talibans donnée lors de leur règne n'est pas prête de s'effacer dans ce pays...
La troisième chose revient un peu à ce sujet. Lors de son périple, respectivement lors de sa traque, Oussama Kandar nous fait grimper dans les hautes montagnes afghanes, au nord-est de Kaboul, dans des contrées extrêmement hostiles, primitives et dangereuses. Nous rencontrons ce qui se fait de plus primitif comme peuple afghan, des combattants arriérés vivants comme à l'âge de pierre, des hommes frustes, violents et déments, qui interprètent le Coran à leur manière... Immoral! Jugez plutôt par ce passage qui m'a fait extrêmement mal, mal pour ce pays qui ne risque pas d'évoluer de sitôt:
"- vous l'avez tous violée et lapidée! s'exclama mollah Bakir, horrifié.
- pas violée, mollah, consommée, selon les règles de l'islam, qu'Allah soit loué, elle y a pris beaucoup de plaisir. Nous sommes tous vigoureux. J'ai consommé mon mariage le premier, hier en début d'après-midi, et encore avant la prière de cinq heures, et encore après la prière. J'ai consommé mon mariage toute la soirée, Allah m'est témoin que la santé était avec moi, j'étais fort comme un taureau. Puis Abdul a consommé, et Muhammad après lui, et Hazrat après Muhammad, et Younous après Muhammad. Toute la nuit. Abdullah, Zalmay, Bismullah, Wahid, Sebghatollah, Jarollah, Zarar... tous l'ont honorée de leur ferveur, et Allah m'est témoin qu'elle est grande. Peut-être que la fille n'a pas encore été lapidée, peut-être certains guerriers ont-ils mis du temps pour consommer leur mariage, eux aussi."
Cédric Bannel nous lègue une intrigue internationale fort intéressante, peut-être pas si fausse par rapport à la réalité, dans un contexte très dur, soit finalement la vie de tous les jours d'une afghane ou d'un afghan. Par sa plume très descriptive et précise, il nous plonge profondément dans cette atmosphère où les bombes explosent les unes après les autres autour de nous - suivies d'une pluie de membres et de peau calcinée -, et où les coups de Kalasch nous frôlent le bout du nez sans s'interrompre. Pour ma part, j'en ai appris beaucoup et je dois admettre que c'est pire que ce que j'en savais déjà... Mais l'Afghanistan semble également être un magnifique pays, géographiquement parlant, peut-être qu'un jour... Allez bonne lecture, n'hésitez-pas.
Ah! un petit détail pour l'auteur; en tant que suisse je me sens obligé de lui en faire part: les billets de 5 francs suisse n'existent pas, et non... ;-)
Bonne lecture.
Lien : http://passion-romans.over-b..
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Bigmammy
  28 avril 2012
Il se nomme Oussama Kandar, il est d'origine baloutche. C‘est un homme plus grand que la moyenne, sec, pieux musulman mais à l'esprit ouvert. Il a été formé à Moscou, juste avant l'arrivée des Russes. Il est le patron de la brigade criminelle de Kaboul, un bon flic qui oeuvre avec des moyens limités. Un ancien combattant, un sniper qui a gardé toute son habilité au fusil à lunette. Comme il se refuse à empocher des pots de vin, il habite avec son épouse Malalai, gynécologue, une maison située dans un quartier pauvre de la capitale afghane. On va le mettre sur l'enquête du pseudo-suicide d'un intermédiaire expert en corruption, mais tout le monde – en particulier le ministre afghan de la Sécurité – va lui mettre des bâtons dans les roues.
A des milliers de kilomètres, en Suisse, le directeur financier d'une importante firme de consulting vient de disparaître. Cette « évaporation » provoque un énorme branle-bas dans les officines spécialisées opérant à titre privé pour diverses forces en présence à Kaboul. On recherche le fugitif et surtout les dossiers qu'il aurait pu emmener avec lui. L'organisation secrète qui le traque est appelée l'Entité. de super-barbouzes, entraînés, sans aucun scrupule ni remords. Un des jeunes analystes de l'Entité, Nick Snee, se rebelle devant tant de violence …Lui aussi devient vite une cible.
Ce roman est celui d'une poursuite sans pitié, dans un pays en guerre civile ouverte, où la corruption règne au plus haut niveau d'un Etat dont l'influence se limite, grâce aux forces de la Coalition, à la région de Kaboul. Et, chose appréciable, l'auteur connaît bien son sujet, celui de l'afghanistan où il est allé et qu'il décrit avec un réalisme saisissant, et des circuits financiers internationaux puisqu'il est un ancien haut fonctionnaire du Ministère des Finances. Deuxième bon point : la première page est celle d'une carte des régions d'Afghanistan où l'on peut situer les ethnies antagonistes : Pachtouns, Turkmènes, Baloutchs, Hazaras, Tadjiks, Nouristani …ainsi que les différentes régions d'un pays pauvre, montagneux à l'extrême, divisé par quarante années de guerres incessantes, enjeu des puissances pour ses ressources minières indispensables.
Troisième personnage incontournable de cette aventure échevelée : le mollah Bakir, tout en rondeurs, autrefois très influent du temps des talibans mais aujourd'hui brouillé avec l'inculte mollah Omar. Il sait tout, se tient au courant de tout, a conservé l'accent oxfordien de ses études scientifiques en Grande-Bretagne, et prépare le retour de la tendance modérés des talibans dès que les troupes de la Coalition se seront retirées.
Avec ce roman d'action, on comprend un peu mieux la problématique dramatique de l'afghanistan, ses coutumes comme le devoir d'hospitalité, les formules de politesse, les rivalités de clans à l'intérieur d'une même ethnie, les circuits gangrénés du pouvoir, la situation faite aux femmes, la mécanique des attentats suicides, et, partout, la corruption, le non-droit.
A moi qui adore les polars mais qui ne suis pas familière des romans de Robert Ludlum, Tom Clancy ou de Frederick Forsyth, la plongée dans un « livre de mec » fut aussi brutale que passionnante.
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Gaoulette
  17 janvier 2017
Une LC proposait par ma copinaute Missnefer et suite à sa critique sur Baad, je l'ai suivi les yeux fermée. J'étais pratiquement sure que le bide livresque ne serait pas au rendez-vous lol.
D'abord que dire de l'auteur Cedric Bannel, homme d'affaire, un financier hors pair vu son parcours, ancien politicien et à ses temps perdu écrivain. Je me suis dit qu'allait 'il nous raconter sur une enquête en Afghanistan (en période de conflit en plus) et l'espionnage.
Alors dès le départ, l'enquête m'est complétement passé à côté car je me suis plongée avec intérêt sur le système politique, la coalition, les coutumes afghanes, la corruption… Un choc émotionnel et culturel entre le lecteur et ce polar. Je reviendrais plus tard sur l'intrigue. Donc comme je le disais Cedric Bannel m'a captivé avec ses recherches, son approfondissement des liens complexe entre ex-mou-djihadiste, talibans (encore j'ai appris une histoire bien plus complexe), le ministère afghan et la sécurité intérieure. Franchement on en sort de ce roman avec un nouveau regard que peut nous donner les médias. Je le félicite pour cette ouverture d'esprit.
Oussamma héros de son roman porte un nom lourd, a une carrure d'homme des cavernes mais il est juste et loyal. Un homme qui va vous surprendre quant à son ouverture d'esprit sur certaines coutumes et sa fermeture complète sur d'autre. Un héros attendrissant qui nous démontre qu'une vie normale sans drame peut exister tout en respectant les croyances des uns et des autres.
Je tire mon chapeau pour cet aspect-là de l'histoire qui pour moi à contribuer dès le départ un 4 étoiles. J'aime me cultiver et surtout sortir de mes sentiers battus. Une ouverture d'esprit que je me ferais une joie de partager avec mes amis. On sent l'esprit cartésien et réaliste dans la plume intelligente, abordable, cultivé de Cédric Bannel. Pas besoin d'émotion juste une réalité plus complexe que nous en dise les médias.
Alors la cinquième étoile attribuait au polar. C'aurait pu être un coup de coeur mais non. le polar en lui-même qui se concentre sur le dernier chapitre est intéressant voir je me suis dit tout à fait possible. Mais je suis restée sur ma faim. J'ai adoré la complexité de roman espionnage, l'explication parfaite de l'auteur (on voit l'expert), mais cela ne pas m'a convaincu au point du coup de coeur. Mais les 5 étoiles est amplement mérité.
Donc pour finir, un polar assez palpitant pour moi, si émotion forte et enquête qui plus dynamique ça ne m'aurait pas dérangé. Par contre un développement du pays avec des réels informations, les conditions des hommes, les ennemies visible ou mystérieux, un héros cultivé mais qui se bat aussi face à ses croyances est pour moi le point fort de ce polar espionnage.
Merci Maribel pour cette LC et je sprinte pour lire BAAD avec grand plaisir.
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Ikebukuro
  24 février 2011
Deux enquêtes parallèles à des milliers de kilomètres l'une de l'autre dans des endroits totalement différents à tous niveaux. L'une se passe en Suisse dans un univers hyper informatisé où la technologie la plus pointue est utilisée pour traquer l'ennemi de cette organisation toute puissante, l'autre se passe à Kaboul avec le manque de moyens inhérent à la situation politique du pays et débute par un suicide qui n'en est pas un. Ce roman met en scène deux hommes que tout oppose à première vue et pourtant que tout va réunir, deux hommes intègres qui vont refuser le système et poursuivre coûte que coûte leur enquête au risque d'y perdre la vie.
J'avoue que j'avais un petit à priori avant de commencer ce livre, je n'aime pas particulièrement ce genre d'univers. Les romans d'espionnage ou les thrillers politico judiciaires ne sont pas vraiment ma tasse de thé, et j'avais un peu peur de me retrouver dans une histoire improbable remplie de situations abracadabrantes. Mais j'aime aussi aller vers d'autres genres de récits que ceux que j'affectionne habituellement et bien m'en a pris car... j'ai adoré ! Dès les premières pages j'ai accroché à l'intrigue avec une préférence pour la partie de l'enquête se déroulant à Kaboul où petits marchands ambulants, femmes voilées et énormes 4 x 4 blindés se côtoient dans les rues bondée et poussiéreuses. J'ai trouvé le récit de la vie afghane avec toutes les difficultés rencontrées au quotidien, le manque de moyens, la condition des femmes... vraiment intéressant. Les personnages sont attachants, notamment Oussama, l'afghan, proche de ses hommes, un policier intègre qui se refuse à accepter le jeu des politiciens véreux. Un homme tiraillé entre tradition et modernité, marié à une femme aux idées progressistes qui lutte pour améliorer la condition féminine dans son pays et qui refuse le joug de l'intégrisme religieux.
L'intrigue est très bien menée, pleine de rebondissements, que ce soit en Suisse ou en Afghanistan. Les personnages sont remplis de contradictions, ce qui n'est pas pour me déplaire. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde et j'ai lu ce roman pratiquement d'une traite. le style est fluide et rythmé grâce aux nombreux dialogues et à certains mots de vocabulaires dari ou pachtoun qui viennent ponctuer les conversations et qui rendent le récit particulièrement vivant. J'ai trouvé l'atmosphère de Kaboul, avec sa violence, ses attentats suicides, ses contradictions, son passé et son histoire bien rendue. le contraste entre les deux enquêtes n'en est que plus saisissant. On passe d'un pays rempli de bruits et de fureur où le poids de la misère et de l'intégrisme reste très présent à un monde froid et aseptisé où la technologie est reine et où les marginaux sont chassés des centres villes vers des terrains vagues et des zones déshumanisées. A aucun moment je n'ai deviné la solution de cette intrigue et j'ai savouré le dépaysement et le suspens jusqu'au bout... avec des terroristes qui ne sont pas forcément ceux que l'on croit et cela ne donne que plus de poids à l'idée que manipulation et corruption sont des armes aussi efficaces qu'une bombe dans une rue de Kaboul ou de Bagdad.
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critiques presse (1)
Liberation   08 juillet 2013
Une plongée sans concession dans un pays déchiré par la guerre civile, dévoyé par la corruption de ses dirigeants, déboussolé par les offensives meurtrières des talibans et révolté par les opérations aventureuses de l’Otan.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette   12 février 2011
" Ceux qui parvenaient à échapper aux attentats, aux gangs, aux règlements de compte, aux crimes familiaux et aux fatwas lancées par les talibans étaient assez peu portés sur le suicide. En Afghanistan, chaque jour vécu en un seul morceau était un don de Dieu." (p. 10)
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tonpdgtonpdg   23 mars 2016
Il habitait loin du centre de Kaboul, dans le quartier pauvre de Khirkoma, son salaire ne permettant pas de s’offrir mieux, même en y ajoutant celui de son épouse. Évidemment, s’il avait accepté des pots-de-vin, ou si sa femme avait officié dans le secteur privé, les choses auraient été différentes. Il aimait pourtant l’animation et la joie qui régnaient dans ce quartier familial, où beaucoup de voisins se fréquentaient, hommes et femmes de leur côté naturellement. Son grand plaisir, le samedi, était d’aller à pied jusqu’au marché de Panjsad Familli, tout près de chez lui, pour y déambuler sans but au milieu des vendeurs d’oiseaux.
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BMRBMR   31 mai 2015
[…] Oussama reconnut plusieurs sortes de poupées. Malalai lui en avait expliqué le rôle. Elles servaient autrefois pour l’auscultation des femmes, qui désignaient l’endroit où elles avaient mal sur la poupée, afin que le daktar ne les touche pas. Depuis les talibans, ces poupées n’avaient plus d’utilité car aucun médecin homme ne pouvait approcher de femmes, même par le truchement d’une poupée. Elles n’étaient plus que le témoignage d’une période révolue.
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DonaSwannDonaSwann   30 novembre 2016
- Rétabli l'ordre en réduisant en esclavage les femmes et en ramenant le pays à l'âge de pierre..., répliqua Nick cinglant.
- Ce pays vivait déjà à l'âge de pierre avant que nous y prenions le pouvoir... Depuis que l'empereur Moghol Babur en a été chassé, soit très exactement au XVème siècle de votre calendrier impie. Quant aux excès de notre régime, c'est une révolution... et toutes les révolutions ont leurs excès.
- Pas autant que la vôtre !
- La nôtre a été l'une des moins sanglantes des derniers siècles. Pensez aux Français. Aux trente ou quarante millions de morts de la Révolution culturelle chinoise. Cela n'empêche pas vos gouvernements d'accueillir les dirigeants chinois avec tous les honneurs. Pourtant, les hommes au pouvoir au Chine aujourd'hui sont-ils radicalement différents de ceux d'il y a quarante ans ? Non. Étudiez donc l'Histoire, que vous ignorez, jeune homme, et évitez-moi les discours moralisateurs et simplistes. Ce n'est pas parce que je porte un turban que je suis borné. Les choses sont toujours plus compliquées qu'elles ne semblent l'être, dans ce monde cruel et multipolaire, comme le disent les commentateurs occidentaux... (p. 339)
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LiliGalipetteLiliGalipette   12 février 2011
" Se prénommer Oussama n'était pas un atout lorsqu'on était qomaandaan de police dans un pays occupé par les forces de l'Otan... " (p. 12) "
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Videos de Cédric Bannel (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Cédric Bannel
Entretien avec Cédric Bannel à l'occasion de la rencontre entre l'auteur et les lecteurs de Babelio.com, le 24 avril 2017 pour son roman Kaboul Express, publié chez Robert Laffont, ainsi qu'à l'occasion de la sortie en poche de son roman Baad, chez Points.
La page du livre : https://www.babelio.com/livres/Bannel-Kaboul-Express/928858
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