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EAN : 9782070755745
505 pages
Gallimard (24/06/2002)
3.5/5   1 notes
Résumé :
Comment Viktor Obiline, paisible Moscovite et professeur d'histoire, peut-il se repentir d'avoir confié à sa jeune étudiante, Tatiana Borisovna, une thèse au sujet anodin : «Les cadres du Parti dans la région de Bakou de 1945 à 1953» ?
Nous sommes en 1988 : entre glasnost et perestroïka, Gorbatchev a entrepris de réformer l'État, entrouvant la boîte de Pandore. L'immense échafaudage de l'empire soviétique commence à vaciller. Dans les archives officielles, la... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Apoapo
  10 octobre 2020
Une heureuse coïncidence a fait que, dans ces jours où s'est ravivé le conflit arméno-azéri du Haut Karabagh, j'ai découvert ce Roman russe d'Alessandro Barbero, historien italien que je ne connaissait que comme ottomaniste. Rappelons aux lecteurs francophones intoxiqués par une couverture médiatique exemplaire dans sa partialité, qu'entre 1988 et 1991 éclata une guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan qui provoqua quelques dizaines de milliers de morts dans chacun des deux camps, environ 200 mille réfugiés arméniens contre quelque 600 mille déplacés azéris – ce conflit étant pourtant qualifié par certains de « nouveau génocide arménien » ; que malgré le cessez-le-feu de mai 1994 instauré par le Groupe de Minsk, de nouvelles violences ont éclaté dans la région sécessionniste du Haut-Karabagh, qui constitue environ 20% du territoire de l'Azerbaïdjan mais est ethniquement habité majoritairement par des Arméniens, notamment en avril 2016 et actuellement encore, au cours desquelles les médias français ne donnent la parole qu'à ces derniers, présentés comme des victimes de l'islamisme radical – ce qui peut suggérer un joli renversement sémantique du concept de « séparatisme »...
Dans ce roman de 1998 (traduit en français en 2002), Barbero réussit une double entreprise assez impressionnante : d'abord de composer une vaste fresque des dernières années de la perestroïka (entre novembre 1987 et février 1991) sous forme d'un pastiche de la grande littérature russe du XIXe siècle – je pense notamment à Gogol – que confirme aussi le sous-titre : « Pour présager les tourments à venir », citation d'un vers d'Ossip Mandelstam ; d'autre part, dans le marasme d'un régime en pleine déliquescence, de se concentrer sur la corruption de la classe politique azerbaïdjanaise, par deux intrigues entremêlées qui s'inspirent du style du roman d'action ou d'espionnage.
En effet, après une série de chapitres qui présentent le cadre de vie d'une multitude de personnages, dont les destins vont tous se croiser et les fils se renouer parfaitement au cours des 500 pages, deux narrations principales s'enchevêtrent : celle de la recherche doctorale d'une jeune historienne, Tania, qui contre vents et marées essaye de retrouver les documents des purges des cadres du Parti à Bakou, en 1949, dont a été victime entre autres son grand-père ; et l'enquête du juge d'instruction Nazar Kallistratovitch Lappa, chargé d'élucider le meurtre du plus haut responsable du culte musulman en Azerbaïdjan. le lecteur découvre ainsi de la première le rôle de premier plan, en qualité de persécuteur-tortionnaire, de Gaidar (Heydar) Aliyev, qui dirigera son pays de 1993 à 2003 et auquel succédera son fils actuellement au pouvoir, et de la seconde histoire la responsabilité des plus hauts dirigeants du KGB dans toute sorte de trafics et notamment dans celui de la drogue d'Afghanistan échangée contre des armes provenant d'Iran qui allaient servir à armer la guerre au Karabagh. Si la mafia russe est devenue un objet romanesque assez banal après la chute de l'URSS, les intrigues de ce roman, mêlées au foisonnement de détails de la vie quotidienne d'une multitude de personnages secondaires, à la géographie urbaine de Moscou, à une attention alerte aux débats intellectuels du moment, à l'actualité de ces années-là avec les incertitudes psychologiques de la population, ne constituent sans doute même pas l'ingrédient principal de la fresque, elles servent principalement à entretenir le suspense.
Le style peut parfois être déroutant, par exemple lorsque le narrateur alterne sa position descriptive avec des interpellations au lecteur ou bien aux personnages, et tout cela avec une grande parcimonie dans la ponctuation. Il est surprenant enfin que le volume ne se termine pas par la conclusion de l'une ni de l'autre narration principale, mais par ce qui s'apparente au constat que le temps les a rendues caduques toutes les deux.
Pour en revenir à notre actualité, le lobby arménien ne se sentira pas menacé par ce roman : le KGB azerbaïdjanais et ses autres dirigeants de l'époque en ressortent unilatéralement salis, et rien n'est dit sur le leadership de la république voisine, dont n'est mentionné au passage que le terrible séisme dont elle fut frappée à cette époque.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
ApoapoApoapo   10 octobre 2020
« Excusez-moi ! Nous autres, Russes, nous sommes incapables de perdre cette habitude d'appeler Dieu à la rescousse tous les trois mots. Mais ça ne veut rien dire. Tenez, par exemple, ceux qui, chez nous, à la belle époque, avaient la chance de lire les journaux occidentaux, se rappellent encore la panique et la consternation que provoqua le vieux Gorby lorsque, au milieu d'un discours à l'étranger, devant un quelconque Mitterrand, en tout cas un politicien de là-bas, il laissa échapper un "grâce à Dieu" ! Et tout le monde, en Occident, de raisonner : c'est un signal d'ouverture, c'est clair, mais adressé à qui, bien malin qui peut le dire ! Pour les uns, c'était une façon de se concilier le pape, pour les autres, au contraire, il visait les Iraniens... Bon, évidemment, il faut bien que les kremlinologues mangent ; la vie n'est pas facile, sous le capitalisme, si tu ne produis rien, on te jette à la rue comme si tu n'étais rien, mais si tu produis de la merde, il se trouve toujours quelqu'un pour te l'acheter. » (p. 356)
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Videos de Alessandro Barbero (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alessandro Barbero
Avec Alessandro Barbero & Diego Marani Rencontre animée par Fabio Gambaro
Italissimo ce sera début juillet et – toute l'équipe du festival croise les doigts – en présence du fidèle public de la manifestation. Dans cette attente, le festival adresse un signe à ses spectateurs : une journée de rencontres et de lectures construites autour Dante et Goliarda Sapienza, deux piliers de la culture italienne, que réunit un pont de cinq siècles.

De Dante Alighieri, le « père de la langue italienne », cette année marque le 700e anniversaire de la mort. Sa Divine Comédie, chef d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvre, célèbre en trois chants, de l'Enfer au Paradis, en passant par le Purgatoire, la représentation du monde catholique au Moyen-Âge. le texte est devenu une référence incontournable de la culture occidentale, son influence est incommensurable.

L'historien médiéviste et romancier Alessandro Barbero publie une biographie trépidante du héraut des lettres italiennes. Un portrait vivant qui révèle l'homme de son temps, loin de la sacralisation du Poète à laquelle se livrent bien des commentateurs ! « Je ne cherche pas à expliquer pourquoi, sept cents ans après la mort de Dante, il vaut encore la peine de lire La Divine Comédie : je raconte la vie d'un homme du Moyen Âge, qui eut des parents, des oncles, des tantes et des grands-parents, qui alla à l'école, tomba amoureux, se maria et eut des enfants, s'engagea dans la politique et fit la guerre, connut des succès et des malheurs, la richesse et la pauvreté. Sauf que cet homme est l'un des plus grands poètes qui aient jamais foulé la terre. »

Avec le soutien de l'Ambassade d'Italie en France et du Consulat italien
À lire – Alessandro Barbero, Dante, trad. de l'italien par Sophie Royère, Flammarion, 2021.
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