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EAN : 9782262048716
590 pages
Éditeur : Perrin (13/10/2016)
4.31/5   65 notes
Résumé :
Véritable phénomène : LA synthèse qui révise l'histoire de Rome, de sa fondation à sa chute, par une immense historienne anglaise.L'ancienne Rome continue de soutenir l'édifice de la culture occidentale, de façonner notre vision du monde et la place que nous y occupons. Mais comment et pourquoi ce qui n'était qu'un village insignifiant dans le centre de l'Italie a-t-il pu devenir une puissance à ce point dominante, exerçant son autorité sur un vaste territoire déplo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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XanderOne
  25 octobre 2016
Ce livre du professeur Mary Beard est à bien des égards un réussite, mais c'est également quelque peu original parce qu'il couvre l'histoire de Rome, mais seulement son premier millénaire. La période commence par sa base, traditionnellement réglée à 753 avant J.C, et elle s'arrête en l'an 212, lors de l'édit de Caracalla qui étendit la citoyenneté romaine à tous les habitants de l'Empire romain.
L'événement était en effet capital, comme correctement souligné par l'auteur, mais c'était en grande partie en raison de ses conséquences car la citoyenneté romaine allait changer du tout au tout.
Il peut sembler étrange de publier un livre sur l'histoire de Rome et s'arrêter en l'An 212, sachant que l'Empire Romain a continué pendant plus de 2 siècles et demi. C'est sur ce point qu'il est important de comprendre le titre du livre, sa signification, et les intentions de l'auteur.
SPQR est l'acronyme du sénat et des habitants de Rome. La signification se rapporte à une période où le sénat et les personnes ont exercé la puissance suprême dans la ville de Rome dans un premier temps, pour devenir ensuite la capitale de l'Italie, et aller jusqu'a être la capitale d'un empire.
Cependant, ce livre aborde plutôt le sujet de l'identité romaine et, avec beaucoup de précisions, de ce qu'a signifié être un citoyen romain. L'auteure ne manque pas de souligner la formation et l'expansion de l'identité romaine ainsi que les conséquences sur la citoyenneté romaine. Mary Bard tient le premier rôle en examinant, en expliquant et en démystifiant les mythes de fondation de Rome, qui semblent avoir été élaboré dès le 1er siècle avant J.C. Elle analyse également des mythes de fondation romains plus récents, tels que la soi-disant bataille décisive d'Actium, et la propagande d'Augustus. Elle explique également comment les régimes et les sociétés romaines étaient vraiment – la soi-disant République commencée en tant qu'une oligarchie avec des sénateurs romains qui choisissaient, parfois, de devenir des « populares », comme le faisait par exemple César.
Pour conclure, c'est un livre remarquablement bien écrit dans un style très accessible qui veux sans nul doute viser un large public. C'est également un livre qui contient de nombreuses illustrations soigneusement choisies qui attisent la curiosité et l'intérêt du lecteur, tel que la fausse représentation de la célèbre fresque de Cicero devant le sénat pendant lequel il a confondu Catilina. Également incluses, cinq excellentes cartes de Rome et de ses environs, y compris son empire.
En conclusion, je dirais que ce livre surprend par la thématique abordée, je en m'attendais pas du tout à cela, mais j'ai vraiment adoré cette lecture. Certains lecteurs ne seront sans doute pas du même avis, car l'auteure part de son point de vue et mets l'accent sur une époque bien précise, mais personnellement, cela ne m'a pas dérangé et j'ai appris beaucoup de choses.
Une fois encore, un grand Merci à Babelio pour nous proposer des lectures très variées, qui nous permettent de prendre des risques et de découvrir de belles oeuvres.
Merci également aux éditions Perrin de fournir un si bel ouvrage, car l'édition est vraiment impeccable que ce soit au niveau de la couverture ou la qualité du papier. Pas de coquilles ni d'encre qui bave, et malgré l'épaisseur du livre, la reliure n'a pas souffert et était très agréable en main.
Une lecture parfaite !
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PatrickCasimir
  01 septembre 2017
SPQR : Billet du 19 novembre 2017
Chers Babéliens
Vous connaissez cet aphorisme que l’on trouve dans les pages roses du Larousse : Doctus cum libro. Aphorisme dépréciatif autant qu’ironique. Aujourd’hui, si je devais faire du latin de cuisine (je ne suis pas latiniste et je ne demande qu’à être corrigé), je me mettrais au goût du jour et je dirai : doctus cum «Internet ». Comment traduire Internet en latin, à moins de considérer que c'est déjà du latin ?
Tout cela pour indiquer que si l’on peut se moquer de celui qui « fait son savant » avec les livres des autres, il est devenu plus facile, désormais, de se prétendre cultivé avec Internet. Mais, comment faire autrement ?
Ce que nous savons, nous l’apprenons dans les livres, ailleurs, par nos expériences et, de nos jours sur Internet. Ainsi, nous avons beaucoup appris par des livres écrits par ceux qui, eux-mêmes, ont puisé dans les recherches que leurs prédécesseurs et leurs contemporains ont fixées, à leur tour, dans les livres, et ainsi de suite. Ecrits que l’on retrouve souvent sur Internet
Peut-être est-ce un appel à la modestie qui doit servir d’écrin à un savoir généralement approximatif, incomplet, quand on a acquis une petite culture, une connaissance modeste, dans un domaine qui n’est pas sa spécialité. Bref, l’humilité sied à la connaissance acquise notamment, par la lecture, par la curiosité intellectuelle. J’y souscris totalement.
Pourquoi ce préambule ? Parce que je viens d’achever le très beau livre d’histoire sur la Rome antique de Mary Beard, qui m’a fait faire des découvertes formidables, et me permet de considérer cette histoire romaine avec un regard neuf. Je suis comme tout le monde, l’empire romain ne m’était pas totalement inconnu. Mais avec ce livre, je m’aperçois que je n’en savais rien, en définitive.
Babelio incite les Babéliens à citer des passages qu’ils ont particulièrement remarqués de leur lecture. Il leur suggère aussi des critiques ; ce commentaire sur un livre que l’on a apprécié (ou pas du tout apprécié) constitue un exercice remarquable et plutôt difficile, si l’on ne souhaite pas se contenter du : « Une chronique magistrale » de The Economist, à propos du livre de Mary Beard, sans que l’on ait d’ailleurs la garantie que cette exclamation prouve que son auteur a lu le livre.
Cet exercice est intéressant en ce qu’il implique une réflexion sur ce que l’on pourrait dire d’un très bon livre, et qui présenterait quelque originalité tant dans la forme que sur le fond. En effet, après la lecture des 544 pages de ce livre, je puis, à mon tour, déclarer que j’ai trouvé SPQR, FORMIDABLE !
Cependant, cela me paraît un peu court pour inciter les Babéliens à le lire, à leur tour. Alors, que faire ? Je me suis rendu sur Intenet (Doctus cum rete « Internet »), pour faire un peu connaissance avec l’auteure.
Où l’on apprend que Winifred Mary Beard, est née le 1ᵉʳ janvier 1955, est une universitaire et une érudite britannique, qu’elle a acquis des idées féministes dans sa jeunesse, idées qu’elle a conservées (les grandes intellectuelles finissent presque toujours par être féministes), qu’elle aime et pratique l’archéologie (ce qui est manifeste dans son livre), qu’elle a reçu un prix important pour son œuvre, qu’elle est très connue Outre-Manche, qu’elle anime des émissions pour la BBC, et possède par-dessus-tout, le franc parler d’une grande intellectuelle qui ne s’en laisse pas conter (cela se remarque aussi dans son écriture).
Je voulais donc connaître un peu mieux cette historienne, et Internet m’a facilité le travail. Pour son SPQR, c’est une autre paire de manche, comment parler de tant de richesse et d’érudition avec un petit peu d’intelligence, en tout cas sans paraître mièvre, plat, etc. ?
ET BIEN C’EST SIMPLE, JE N’EN PARLERAI PAS !
Je ne parlerai pas de ces mythes des origines de la Rome archaïque, chantés sur le tard, par un Virgile courtisan et qui déboucha sur la royauté, dont un Tarquin de sang royal, précipita la chute, par le viol de Lucrèce,
- Ni de la République corrompue par un Sénat rendu impuissant face aux généraux romains ;
- Ni de celui qui, en franchissant le Rubicon (petite rivière ridicule, devenue symbole de toutes les audaces), ne prit point de titre usé, mais fit de son nom un titre supérieur à celui des rois (Chateaubriand) ;
- Ni du premier véritable empereur, Pompée, qui se faisait appeler Magnus, comme Alexandre, sans en avoir l’envergure, et qui précédera César chez Pluton, selon la méthode désormais éprouvée à Rome, de l’assassinat politique ;
- Pas davantage, du premier qui régna plus de 40 ans, le dénommé Octavien dit Auguste, dont notre calendrier garde la mémoire dans la plus grande indifférence des aoûtiens fréquentant nos plages du nord ou du sud de la France ;
- Encore moins des 14 empereurs qui offrirent deux siècles de stabilité à l’empire, ni de Cicéron, ni de Pline, ni de Suétone, ni de tous ces noms célèbres de cette histoire, dont nous avons, au moins, une fois entendu parler.
Par contre, comme moi, vous ne connaissez pas Caius Pupius Amicus, que la fière épitaphe décrit comme purpurianus (teinturier), ni Vergilius Eurysaces, entrepreneur boulanger et fier de l’être comme l’indique son tombeau de 10 mètres de haut ! Encore moins l’obscure Ménophilos, musicien venu d’une lointaine contrée d’Asie pour mourir à Rome en laissant cette épitaphe émouvante : « Je n’a jamais prononcé de paroles offensantes, et j’étais un ami des Muses. ».
Et puis, il y a cette héroïne celte, bien connue des Britanniques, sorte de Jeanne d’Arc, avant l’heure, ou d’Astérix en robe – c’est comme vous voulez-, la « Reine » Boadicée qui mena la vie dure aux garnisons romaines de la Bretagne et dont les statues figurent en bonne place à Londres et aux Pays de Galles.
Bien mieux, je croyais les graffitis « modernes » ; voilà que Mary Beard, nous présente la « culture des bars » (ou tavernes), très nombreux à Rome, faite, notamment, de la passion du jeu de dés contre sesterces sonnants et trébuchants, de graffitis qui valent bien ceux que nous trouvons dans les toilettes publiques de nos jours, comme ce « J’ai baisé la patronne » figurant sur un panneau de bar, ou bien encore des dessins de sexe explicite.
On trouve aussi, des graffitis d’Ostie, par exemple, qui détournent avec humour et impertinence les premiers mots d’une œuvre littéraire archiconnue à l’époque : « Je chante les combats et ce héros qui le premier, etc. », qui devient, sous un dessin de façade d’une blanchisserie : « Je chante les fouleurs et leur hibou et non les combats et l’homme. ».
Il y en a beaucoup d’autres ; et si la grande Histoire n’a pas retenu leurs noms, si aucun professeur ne vous en a jamais parlé, si la vie quotidienne dans l’empire est passée sous silence au profit des portraits des grands personnages, Mary Beard, rétablit les choses et nous rappelle que des millions d’anonymes, pauvres ou riches ont, certes, laissé peu de traces dans l’Histoire (surtout les pauvres), mais que les quelques unes que l’archéologie exhume, affûtent le regard de l’historien, améliore sa compréhension et la nôtre de ce monde qui a enfanté l’Occident.
Une chronique magistrale ! selon The Economist, j'aurai tenté de vous expliquer pourquoi … Pat

Première critique alors que la lecture était en cour... (que je ne renie pas)
Un livre d'histoire, un livre d'érudition qui se lit comme un roman ; une grande historienne qui sait raconter l'Histoire et passionner son lecteur.
Où l'on apprend, comment le verbe de Cicéron détruisit Catilina ;
comment, le début de son discours (à charge) a traversé l'Histoire et que les contestataires de tout pays n'hésitent pas à reprendre à leur compte.
Ainsi, ce célèbre "Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? ", "plane encore sur la réthorique protestataire du XXIème siècle". Même François Hollande en a fait les frais : "Quo usque tandem abutere, François Hollande, patientia nostra ? "
Lecture à suivre donc...Pat
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PatrickCasimir
  19 novembre 2017

SPQR : Billet du 19 novembre 2017
Chers Babéliens, un long billet que je soumets à votre patience

PRELUDE :
Où l'on apprend, comment le verbe de Cicéron détruisit Catilina ; comment, le début de son discours qui a traversé l'Histoire, le fameux "Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? ", plane encore sur la réthorique protestataire du XXIème siècle, puisque même François Hollande en a fait les frais : Quo usque tandem abutere, François Hollande, patientia nostra ?
DIGRESSION LATINE :
Vous connaissez cet aphorisme que l'on trouve dans les pages roses du Larousse : «Doctus cum libro». Aphorisme dépréciatif autant qu'ironique. Aujourd'hui, si je devais faire du latin de cuisine (je ne suis pas latiniste et je ne demande qu'à être corrigé par vous), je me mettrais au goût du jour et j'écrirais : «Doctus cum rete Internet », ou peut – être : « Doctus cum "Internet". Comment traduire Internet en latin ?
Tout cela pour indiquer que si l'on peut se moquer de celui qui « fait son savant» avec les livres des autres, il est devenu plus facile, désormais, de se prétendre cultivé avec Internet. Mais, comment faire autrement ?
Ce que nous savons, nous l'apprenons dans les livres, ailleurs, par nos expériences et, de nos jours sur Internet. Ainsi, nous avons beaucoup appris des livres écrits par ceux qui, eux-mêmes, ont puisé dans les recherches que leurs prédécesseurs et leurs contemporains ont fixées, à leur tour, dans les livres, et ainsi de suite. Ecrits que l'on retrouve souvent sur Internet
Peut-être est-ce un appel à la modestie qui doit servir d'écrin à notre culture. Bref, l'humilité sied à la connaissance. J'y souscris totalement.
SENATUS POPULUSQUE ROMANUS
Pourquoi ce préambule ? Parce que je viens d'achever le très beau livre sur l'histoire de l'ancienne Rome de Mary Beard, qui m'a fait faire des découvertes formidables et me permet de considérer cette histoire romaine avec un regard neuf.
Je suis comme tout le monde, l'empire romain ne m'est pas totalement inconnu. Mais avec ce livre, je me suis rendu compte que je n'en savais pas grand chose, en définitive.
Babelio incite les Babéliens à citer des passages qu'ils ont particulièrement remarqués de leur lecture. Il leur suggère aussi des critiques ; ce commentaire sur un livre que l'on a apprécié (ou pas du tout apprécié) constitue un exercice remarquable et plutôt difficile, si l'on ne souhaite pas se contenter du : « Une chronique magistrale » de The Economist, à propos du livre de Mary Beard, sans que l'on ait d'ailleurs la certitude que l'exclamation repose sur une lecture réelle de son auteur.
Cet exercice est intéressant en ce qu'il implique une réflexion sur ce que l'on pourrait dire d'un très bon livre, et qui présenterait quelque originalité tant dans la forme que sur le fond. En effet, après la lecture des quelque 544 pages de ce livre, je puis, à mon tour, m'exclamer : SPQR, UN LIVRE FORMIDABLE !
Cependant, cela me paraît un peu court pour inciter les Babéliens à le lire, à leur tour. Alors, comment faire ? Je me suis rendu sur Intenet, (Doctus cum Internet), pour faire un peu connaissance avec l'auteure.
MARY BEARD
Où l'on apprend que Winifred Mary Beard, est née le 1ᵉʳ janvier 1955, nous voilà du même millésime de naissance, est une universitaire et une érudite britannique, spécialiste incontestée de la Rome antique ; qu'elle a acquis des idées féministes dans sa jeunesse, qu'elle a conservées (les grandes intellectuelles finissent presque toujours par être féministes), qu'elle aime et pratique l'archéologie (manifeste dans son livre), qu'elle a reçu un prix important pour l'ensemble de son oeuvre, qu'elle est très connue Outre-Manche, qu'elle anime des émissions pour la BBC, et possède par-dessus-tout, le franc parler d'une grande intellectuelle qui ne s'en laisse pas conter (se remarque aussi dans son écriture).
Enfin, elle affiche toujours un sourire sympathique sur les photographies de sa "biographie" Internet. Je voulais donc connaître un peu mieux cette historienne, et Internet m'a facilité le travail. Pour la critique de son SPQR, c'est une autre paire de manche, comment parler de tant de richesse et d'érudition avec pertinence, sans paraître plat ?
ET BIEN, C'EST SIMPLE, JE N'EN PARLERAI PAS !
Je ne parlerai pas de ces mythes des origines de la Rome archaïque, chantés sur le tard, par un Virgile courtisan et qui déboucha sur la royauté, dont un Tarquin de sang royal, précipita la chute, par le viol de Lucrèce,
Je ne parlerai pas de la République corrompue par un Sénat rendu impuissant face aux généraux romains ;
Je ne parlerai pas de celui qui, en franchissant le Rubicon (petite rivière ridicule devenue symbole de toutes les audaces), ne prit point de titre qui fut usurpé, mais fit de son nom un titre supérieur à celui des rois (je vous rassure, ce n'est pas de moi) ;
Je ne parlerai pas de celui que l'on considère comme le premier empereur, bien que personne ne le nommât ainsi, Pompée, qui se faisait appeler Magnus, comme Alexandre, sans en avoir l'envergure, et qui précédera César chez Pluton, selon la méthode désormais éprouvée à Rome, de l'assassinat politique ;
Je ne dirai rien du premier qui régna plus de 40 ans, le dénommé Octavien dit Auguste, dont notre calendrier garde la mémoire dans la plus grande indifférence des aoûtiens fréquentant les plages du nord ou du sud de la France ;
Je dirai encore moins des 14 empereurs qui offrirent deux siècles de stabilité à l'empire, de Cicéron, de Pline, de Suétone, de tous ces noms célèbres de cette histoire, dont nous avons au moins une fois entendu parler.
En revanche, je suis sûr que vous ne connaissez pas Caius Pupius Amicus, que la fière épitaphe décrit comme purpurianus (teinturier), ni Vergilius Eurysaces, entrepreneur boulanger et fier de l'être comme l'indique son tombeau de 10 mètres de haut ! Encore moins l'obscure Ménophilos, musicien venu d'une lointaine contrée d'Asie pour mourir à Rome en laissant cette épitaphe émouvante : « Je n'ai jamais prononcé de paroles offensantes, et j'étais un ami des Muses ». Il y a encore cette Vibia Perpetua de Carthage, qui préféra servir de pâture aux animaux sauvages dans l'arène plutôt que de renier sa foi chrétienne.
Que dire de cette héroïne celte, bien connue des Britanniques, sorte de Jeanne d'Arc, avant l'heure, ou d'Astérix en robe, Mary Beard en fait une Vercintgétorix – c'est comme vous voulez-, la Reine Boadicée ? Elle mena la vie dure aux garnisons romaines de la Bretagne, même si à la fin Rome était toujours vainqueur. Deux statues de cette Celte Rousse figurent en bonne place à Londres et aux Pays de Galles.
Bien mieux, je croyais les graffitis, artefacts modernes ; voilà que Mary Beard, nous présente la « culture des bars » (ou tavernes), très nombreux dans Rome, nourrie, notamment, de la passion du jeu de dés contre sesterces sonnants et trébuchants, de graffitis qui valent bien ceux que nous trouvons dans les toilettes publiques de nos jours, comme ce « J'ai baisé la patronne » figurant sur un panneau, ou bien encore des dessins de sexe explicite.
On trouve aussi des graffitis dans la ville d'Ostie, par exemple, qui détournent avec humour et impertinence les premiers mots d'une oeuvre littéraire archiconnue à l'époque et de nos jours : « Je chante les combats et ce héros qui le premier, des rivages de Troie, s'en vint, banni du sort, en Italie, etc. », qui devient, sous un dessin de façade d'une blanchisserie : « Je chante les fouleurs et leur hibou et non les combats et l'homme ».
Beaucoup d'autres aspects de la vie quotidienne dans l'empire sont ainsi analysés : les épidémies dévastatrices, la mortalité des parturientes, les expositions d'enfants, les révoltes éphémères, la violence populaire à l'égard des politiques corrompus, l'esclavage, la "mondialisation" qui s'opère avec la romanité partout à l'oeuvre dans l'empire, jusqu'au droit de cité généralisé en 212 par l'édit de Caracalla, etc., etc.
Et si la grande Histoire n'a pas retenu les anonymes, si aucun professeur ne vous en a jamais parlé, si la vie quotidienne dans l'empire est passée sous silence au profit des portraits des grands personnages, Mary Beard rétablit les choses et nous rappelle, grâce à ses recherches et à sa vision critique de l'Histoire, que des millions d'êtres ordinaires, pauvres ou riches ont, certes, laissé peu de traces dans l'Histoire (surtout les pauvres), mais que les quelques unes que l'archéologie exhume, affûtent le regard de l'historien, améliore sa compréhension et la nôtre de ce monde qui a enfanté l'Occident.
Une chronique magistrale ! Pour reprendre The Economist, (cependant, j'aurai tenté de vous expliquer pourquoi) … Pat




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jimpee
  28 juillet 2021
Ce livre retrace l'histoire de Rome de sa création (le 21 avril 753, 3e année du 6e cycle des Jeux olympiques) à l'édit de de Caracalla en 212 qui accordait la citoyenneté romaine à tous les habitants de l'empire. Cette somme est très lisible et pédagogique, elle m'a permis de mieux comprendre le déroulé des événements, surtout la période des guerres civiles.
Surtout, j'ai apprécié que l'auteur donne très souvent le contexte de tel ou tel point et apporte ainsi un éclairage différent des légendes apprises au collège ou transmises par les auteurs classiques. Cet ouvrage analyse aussi les sources historiques par rapport au rôle politique des auteurs ou de leur période car ce sont souvent les vainqueurs qui écrivent l'histoire. Ainsi Octave, futur Auguste, est présenté comme le défenseur des vénérables traditions romaines contre la décadence et les excès orientaux de Pompée et Cléopâtre ; et on peut s'interroger sur le meurtre de l'empereur Caligula : fut-il assassiné par qu'il était un monstre ou a-t-on fait de lui un monstre justement parce qu'on l'avait assassiné ?
Le livre débute par la conjuration de Catilina racontée par Cicéron, et cet événement nous permet de remonter l'histoire de Rome. On s'aperçoit aussi que bien des thématiques qui font débat de nos jours ont été d'actualité à l'époque romaine :
« La ferme réaction de Cicéron -débouchant sur des exécutions sommaires- illustre dans sa forme la plus brutale une problématique qui continue, encore aujourd'hui, de nous troubler. Est-il légitime d'éliminer des « terroristes » en s'affranchissant du cadre légal ? Jusqu'où peut-on aller dans le sacrifice des libertés publiques au nom de la sécurité nationale ? Les Romains ne cessèrent jamais de débattre sur la « conjuration de Catilina », ainsi qu'ils finirent par la nommer. Catilina est-il un personnage totalement nuisible, ou bien y a-t-il quelque chose à dire pour sa défense ? À quel prix une révolution fut-elle écartée ? Les événements de l'an 63 et les slogans qui furent créés à cette occasion n'ont jamais cessé de résonner au cours de l'histoire occidentale. »
Le récit des origines, comme dans d'autres cultures, a été inventé pour justifier une situation contemporaine, et cette fabrique de légendes a continué avec l'empire pour justifier la légitimité des gouvernants. L'histoire de Rome commence par un crime fratricide, par des violences dignes des pires racailles (l'enlèvement, et sans doute le viol, des Sabines) et les guerres incessantes entre différentes tribus. Mary Beard explique que Rome qui projetait dans la figure de son fondateur les obsessions que lui causent l'apparent cycle interminable de conflit civil qu'elle vivait : « Les Romains ne reçurent pas en héritage, comme ils le supposaient, les préoccupations et les priorités de leur père fondateur. C'est plutôt l'inverse : au long de siècles d'adaptation et de réécriture du récit, ils créèrent et recréèrent eux-mêmes la figure fondatrice de Romulus, dont ils firent le symbole puissant des préférences, des débats, des idéologies et des angoisses qu'ils nourrissaient. »
Habituellement, les différents conflits qui précèdent l'empire sont souvent évoqués séparément, parfois dans le désordre ; l'un des intérêts de ce livre est redonner une chronologie claire, de relier les événements entre eux.
Avant les guerres civiles du 1er siècle que l'on étudie à l'école, en histoire ou en latin, un premier conflit au 4e siècle a marqué l'organisation de la société romaine : le conflit des ordres qui a abouti à ce que la plèbe prenne part au pouvoir.
Ensuite, une nouvelle période de troubles commence avec la réforme agraire de Tiberius Gracchus (-133) et la politique de Caius Gracchus qui met à disposition du peuple du blé à prix régulé, s'adresse au peuple plutôt qu'au Sénat et dont 3000 partisans seront tués après le décret du Sénat qui permet d'assurer le salut de l'Etat par tous les moyens possibles (-121) ; puis vient la guerre sociale (-90) qui étend la citoyenneté aux alliés (socii) de Rome, se continue par la guerre entre Marius et Sylla et amène celui-ci au pouvoir après avoir dirigé son armée contre Rome pour faire céder le Sénat (-88) puis être nommé dictateur (-83) et mener un régime de terreur et une politique conservatrice jusqu'à son abdication (-79). Pour suivre, la révolte de Spartacus matée par Crassus (-73-71) est un mélange de révolte d‘esclaves et de guerre civile car de nombreux paysans s'étaient joints aux gladiateurs.
Ces évènements qui ont fortement perturbé la stabilité du pouvoir favorisent la conjuration de Catilina (-63) et la prise de pouvoir pas très régulière du triumvirat Pompée, César et Crassus (-60) : grâce à un ensemble d'arrangements, d'actes de corruption et de menaces, les trois hommes se sont assurés que les mandats consulaires et les commandements militaires arrivent aux personnalités de leur choix et que les décisions soient prises dans leur sens.
Au bout de 10 ans, Pompée, qui a conquis des territoires autour de la Méditerranée, et César, qui a conquis la Gaule, s'affrontent (César, comme Sylla, engage ses légions contre Rome, c'est le fameux Rubicon) et leur rivalité étend la guerre civile au-delà du territoire romain.
César assassiné, un nouveau triumvirat s'impose avec Marc-Antoine, Octave et Lépine. Ils gagnent la bataille de Philippes (-42) contre les forces républicaines et leur alliance se terminera par une nouvelle guerre, gagnée par Octave à la bataille d'Actium (-31).
Octave (qui s'appelle plutôt Octavien) va prendre le pouvoir et devient Auguste à partir de -27. Il crée un nouveau régime modérément autocratique, fondé sur respect des citoyens, l'autorité de la loi et mécénat dans les arts et qui laisse un semblant d'autorité au Sénat. Toutefois, il n'hésite pas à condamner à mort des hommes de haut rang qui ont comploté contre lui ou ont couché avec sa fille Julia. du fait des réformes radicales imposées par Auguste et ses successeurs, le pouvoir démocratique populaire s'étiole et le processus électoral est transféré au Sénat.
Le pouvoir se transmet d'abord au sein de la famille impériale, parfois très étendue, jusqu'à Vespasien qui fut choisi par l'armée. La transmission familiale cesse définitivement à partir de Nerva qui adopte quand même Trajan pour lui transmettre l'empire. Après Auguste, on compte 17 empereurs de 14 à 192 (assassinat de Commode) puis environ 70 dans les 100 ans qui suivirent.
Ce livre retrace une chronologie mais ce n'est qu'un de ses sujets, il s'intéresse aussi aux différents aspects de la vie à Rome, l'organisation administrative, militaire, sociale, la façon dont les Romains géraient les pays conquis, le mariage, le logement… C'est vraiment une mine !
Lien : http://jimpee.free.fr/index...
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Elvynaa
  13 novembre 2016
En voilà un bel ouvrage "illustré" qui pèse ses 545 Pages. Mary Beard nous offre un condensé brillant, pointu de sa vision de la création de la Rome antique.
Dès les premières pages, nous pouvons nous renseigner visuellement grâce à des cartes détaillées sur :
- L'ancienne Rome et ses voisins
- le paysage de la ville de Rome (forum, temples)
- L'Italie Romaine
- La ville de Rome durant la période impériale
Le professeur décide de se concentrer non pas sur la chute de Rome ou sur son déclin mais bien à sa dite naissance selon certains mythes.
Son ouvrage début donc donc en 63 avant J.C, en Rome Antique avec "L'heure de Gloire de Cicéron", célèbre dirigeant romain et son combat pour le pouvoir face à Lucius Sergius Catilina, un homme tristement inconnu, ruiné, fomenteur d'un sérieux complot "visant à assassiner les responsables élus de Rome et à renverser l'état des choses".
Elle nous décrypte l'anagramme si connu, SPQR "Senatus PopulusQue Romanus", le principe politique d'un pouvoir tenu par le Sénat alors constitué de 600 membres, tous des hommes bien sûr, pour le Peuple romain au Ier siècle av J.C. Elle nous présente l'affrontement des deux opposants politiques en lice pour le pouvoir devant le Sénat et la représentation que les artistes en ont fait dans leur imaginaire (cf. peinture du 8 novembre de Macari).
L'intérêt de l'auteur dans ce livre est de montrer qu'il est difficile d'avoir une simple et unique vérité dans la mesure où la plupart des archives faisant état de cette époque sont principalement des mémoires, écrits et représentations d'hommes politiques, fortunés, avides de pouvoir et ainsi guère objectifs. La femme n'a pas la parole et n'est pas représenté en dehors de la vision qu'en a l'homme. Elle déplore notamment la disparition des mémoires d'Agrippine, soeur de Caligula qui nous aurait permis de lever un peu le voile sur la place de la femme dans la société.
L'auteur nous explique notamment l'importance de la monnaie pour faire état de moments de vie tels que le vote, ou encore pour savoir qui est au pouvoir et à quel époque on se situe. En effet, nous avons créé notre propre unité de mesure à partir de la "naissance du Christ", les romains, eux, faisant référence à la personne en charge du pouvoir "le temps où le responsable de l'émission était Longinus". Il avait également un calendrier sur 8 jours, chaque jours avait sa lettre et son événement rattaché (jour de marché, de procession, de réunion...).
Mary Beard revient sur le mythe soi-disant fondateur de Rome à savoir l'abandon de Remus et Romulus, recueillis et allaités par une louve et sur l'importance que ce mythe a dans l'imaginaire européen au point d'oublier qu'il existait déjà des civilisations plus archaïques sur la colline de Rome. En effet, l'auteur revient sur l'exhumation de caveaux funéraires datant d'au moins 500 voire 700 avant J.C sous le sol romain.
L'auteur nous explique également la ressemblance importante qui co-existe dans la littérature, l'art, l'architecture et l'imaginaire romain avec la Grèce. Ainsi, elle cite le mythe d'Enée sur fond d"Illiade" d'Homère pour expliquer que l'origine de Rome reste floue même à une époque où la science permet de dater précisément l'âge de certain matériaux grâce au carbone 14 ou aux carottes glaciaires.
L'auteur se concentre sur une période moins étudié de la Rome antique à savoir la période monarchique qu'a connue Rome et son évolution politique et architecturale. Elle nous présente donc la dynastie des rois de Rome à commencer par les "Tarquin" (Le Superbe, l'Ancien), ces rois "étrusques". Elle explique de quelles manières ils ont participé notamment par leurs chutes à la libération du peuple, à l'avènement d'une République et donc de leurs droits (au peuple) et également à la construction d'une ville romaine en tant que telle avec son forum, ses temples, ses marchés.
Ainsi, si vous appréciez l'imaginaire romain et que vous souhaitez approfondir ou découvrir la vraie histoire de la naissance de Rome et de nourrir votre curiosité visuelle et mentale, cet ouvrage est pour vous ! Ne soyez pas découragés par la masse que représente ce livre, il se lit très facilement ! L'auteur a su se mettre aux niveaux des plus novices en la matière et vulgarise avec brio l'histoire de cette ville, de cet empire en corroborant ses dires avec des citations, des photos et schémas.
En soit, un ouvrage complet à mettre dans toutes les mains des passionnés d'histoire.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
PJNPJN   26 septembre 2017
Au IVe siècle Av. J.C., il y avait une obligation que Rome imposait aux vaincus : lui fournir des hommes pour ses armées. Ce système d'alliance se transforma en un mécanisme efficace de conversion des vaincus en membres à part entière de la machine militaire, toujours plus puissante, des Romains. Dynamique autosubsistante de l'expansion militaire romaine en Italie. En outre, en accordant la citoyenneté romaine à des populations sans lien territorial direct avec la ville de Rome, ils brisèrent le lien entre citoyenneté et cité, statut politique déconnecté de la race ou du territoire, au fondement de l'Empire romain ! p.167
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KrispKrisp   22 février 2017
La notion d'identité culturelle est toujours hasardeuse, et nous n'avons aucune idée de la manière dont les Romains de l'époque archaïque réfléchissaient à leur propre caractère en tant que peuple, et à ce qui les différenciait de leurs voisins. Néanmoins, cette idée du caractère inflexible des Romains et de l'austérité romaine, qu'on s'empressait à Rome de projeter sur les pères fondateurs, et qui est restée jusqu'à nos jours profondément ancrée dans les esprits en tant que définition même de la "romanité", fut le produit d'un affrontement culturel, à l'époque de l'expansion, autour de la question de savoir ce que cela signifiait d'être romain dans ce monde nouveau auquel donnait accès un empire grandissant, et dans un contexte où le champ du possible était si vaste. Pour le dire autrement, la "grécité" et la "romanité" étaient d'autant plus liées entre elles qu'elles formaient des pôles opposés.
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PJNPJN   05 octobre 2017
Le pouvoir d'Auguste, ainsi qu'il le formule lui-même, se signale par la conquête militaire, par son rôle de protecteur et de bienfaiteur du peuple de Rome et par son œuvre de bâtisseur - constructions et reconstructions- à grande échelle. C'est au regard de ce programme que chaque empereur fut jugé au cours des 200 années qui suivirent. P. 376
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PJNPJN   08 octobre 2017
L'ironie de l'histoire tient justement au fait que la seule religion que Rome essayât jamais d'éradiquer fut justement celle dont le succès n'eût pas été possible sans son empire, et qui connut la totalité de son expansion au sein du monde romain (p. 529)
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ElvynaaElvynaa   12 novembre 2016
Moment triomphale de l'histoire romaine, certainement en partie mythique, on racontait que les dieux Castor et Pollux avaient été vus en train de se battre aux côtes des Romains, et plus tard en train de donner à boire à leurs chevaux sur le Forum, ce qui leur avait valu l'édification en ces lieux d'un temple en leur honneur. Quoique reconstruit à plusieurs reprises, ce temple reste à ce jour l'un des monuments insignes du Forum, souvenir perpétuel du bannissement des rois de Rome.
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Vidéo de Mary Beard
Le libraire Gérard Collard vous propose son bloc notes culturel. Voici les références des livres présentés :
- Loft de Armelle Carbonel aux éditions Milady
- Les Assassins de R. J. Ellory aux éditions Livre de Poche
- Les Nuits de la Saint-Jean de Viveca Sten aux éditions Livre de Poche
- SPQR Histoire de l?ancienne Rome de Mary Beard aux éditions Perrin
- Je sais pas de Barbara Abel aux éditions Belfond
- Lux de Maud Mayeras aux éditions Anne Carrière
- Cabu s?est échappé ! de Cabu et Bertrand Delanoë (Préface) aux éditions Les Echappés
- Au nom de la Loi : l?intégrale Saison 1 à 3 ? Coffret collector edition limitée 24 DVD
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