AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2710380706
Éditeur : La Table ronde (18/08/2016)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 130 notes)
Résumé :
Lorsque Claude Monet fait don à l’État des "Nymphéas", il impose, sans explication, que celui-ci achète son tableau "Femmes au jardin", peint soixante ans plus tôt. Ce roman raconte l'histoire d'amour et de mort qui, du flanc méditerranéen de Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, entre le siège de Paris de 1870 et la Grande Guerre, hanta le peintre toute sa vie.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (66) Voir plus Ajouter une critique
Piatka
  01 octobre 2016
Une réussite !
Oui vraiment, ce roman biographique est superbe à plus d'un titre.
Non, il n'est pas une nième bio quelconque de Claude Monet.
Les choix biographiques tout d'abord, articulés en trois parties portant les prénoms de Frédéric Bazille, Camille Doncieux et Claude Monet, respectivement l'ami soutien des débuts, la première épouse adorée et l'artiste lui-même, symboles d'amitié, d'amour et de passion de peindre - ils sont des marqueurs forts de la vie de Claude Monet. Ayant achevé ma lecture il y a quelques temps déjà, ils restent toujours présents à mon esprit, témoins d'un souvenir de lecture agréable, persistant et bien sûr d'une vie hors du commun.
Le style de Michel Bernard ensuite est incontestablement le plus de cet ouvrage. À la fois poétique et très précis, c'est une belle découverte pour moi qui apprécie tant la poésie. L'auteur ne se perd jamais en digressions inutiles, effets poétiques superflus ; le ton est clair et juste, le propos instructif et captivant.
On sent l'admiration de l'écrivain pour le peintre et c'est un réel plaisir de partager sa perception de l'édification de la personnalité du chef de file des impressionnistes grâce à sa propre sensibilité poétique. Et que dire de l'analyse fine et sensible de quelques oeuvres : un mélange de palettes picturales et littéraires !
Enfin, l'objet livre pour finir. Pour une fois, les principaux tableaux évoqués dans le roman, au nombre de quatre, sont reproduits en couleurs. Certes, il ne s'agit pas de reproductions dignes d'un livre d'art, mais j'ai tellement apprécié l'illustration immédiate et parlante des propos de l'auteur. C'est suffisamment rare pour être salué. Ces tableaux habitent le livre tout comme ils jalonnent la vie et l'évolution de l'artiste.
Une belle surprise de la rentrée littéraire sous le signe de l'amitié, l'amour, la passion de peindre et la nature omniprésente.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          858
nadejda
  21 octobre 2016
Une grande émotion pleine d'admiration à la lecture de ce livre que je trouve proche de la perfection quant au style, à l'équilibre dans sa composition et à la beauté qu'il fait naître à chaque page.
Trois parties, trois prénoms : Frédéric, Camille, Claude. La plus développée, centrale, est celle consacrée à Camille, à la vie de Monet auprès d'elle, entourée de Frédéric l'ami mort lors de la guerre de 1870 et de Claude, Claude Monet qui survit à Camille et va offrir les nymphéas à la France après la guerre de 14-18 à une condition, que l'état accepte d'acquérir "Femmes au jardin" tableau que Frédéric Bazille avait acquis pour que Monet ne meurt pas de faim, que Manet aura en sa possession, revenu ensuite à Monet. ; tableau qui fait le lien entre tous ces amis, tableau où figure Bazille, Camille-Gabrielle modèle qu'aimait Frédéric...
Michel Bernard nous fait épouser la vie de Monet à travers ses tableaux rayonnant d'une joie lumineuse. Monet jouit de la vie, de la fugacité de la lumière qui nimbe des instants précieux vite disparus qu'il parvient à fixer sans les figer. Sa vie et ses tableaux ne font q'un. Avec délicatesse l'auteur sait traduire la plénitude dont Camille entoure Monet qui lui permet de donner tout à la création.
De Camille émane une douceur sereine qui permet à Monet de créer dans une atmosphère de quiétude aimante. "Camille était son talisman" p 118
"Renoir disait de son ami que "Monet ne peignait que ce qu'il aimait, qu'il aimait profondément, qu'il n'avait rien appris dans l'atelier du père Gleyre, rien appris nulle part. Son seul maître, c'était l'amour, l'amour de ce qu'il avait sous les yeux et qui était beau. "Et comme il a beaucoup d'amour, il est un grand peintre, un très grand peintre." p 104
En quelques coups de brosse, Renoir saisissait le rosissement de Camille. C'était vrai qu'elle avait quelque chose de spécial. de l'âme de cette femme était passée dans la peinture de Claude Monet, son mari."
Dans sa vieillesse Claude Monet se souvient que "Autrefois, à part Renoir, Sisley, Bazille et Manet, ses camarades de jeunesse, Camille avait été l'unique présence supportable au moment où il peignait. Sans le lui dire, au contraire, il aimait et désirait que Camille se tienne près de lui. Il travaillait plus sereinement. Elle absorbait son angoisse, le rassurait. Il sentait le silence de sa femme éponger l'inquiétude de son âme. Il n'avait jamais su le lui dire autrement que dans la violence de l'amour."
Michel Bernard en saisissant la vie de Monet comme un tout, sa passion pour la peinture se confondant avec son amour pour Camille et pour le monde qui l'entoure, nous fait entrer dans cet univers lumineux pour en partager la beauté mais aussi la souffrance car l'artiste est en guerre, en guerre avec lui-même pour créer, pour extraire la beauté de la confusion. Il a l'intuition de ce qu'il souhaite mais le chemin à suivre pour y parvenir se fait à tâtons en détruisant et recommençant, à part lors de quelques moments de grâce comme la pie, la robe verte, Camille derrière la vitre en hiver qui sont nés dans une fulgurance.
"Il habitait ses tableaux et connaissait par coeur le corps de son modèle. La femme élégante qui les traversait, dont l'ombrelle prenait autant de blanc qu'un nuage, était la sienne, l'enfant nageant dans les herbes était le sien. Il respirait l'air qu'il peignait et s'y représentait lui-même et l'intérieur de lui-même, son rêve et la beauté des choses." p 96
Si la lutte pour la création est invisible aux regards extérieurs, elle n'en est pas moins violente, elle consume celui qui la mène. La guerre elle-aussi détruit mais sans offrir au monde la moindre beauté. Semeuse de mort comme la maladie.
C'est la mort des êtres chers qui fait naître le remords, le remords de n'avoir pu les sauver.
"Les deux remords de Claude Monet" se clôt sur l'amitié qui lia Clémenceau et Monet :
"Un jour de décembre 1914, un peu avant le premier Noël dans les tranchées, Clémenceau, en route vers sa résidence de Bernouville, en Normandie, avait fait halte à Giverny."
Monet à table avait parlé (à son vieil ami Clémenceau) de son projet, affermi pendant l'automne : reprendre le chemin de l'étang, poursuivre ses travaux sur les nymphéas, mais à grande échelle" et " Clémenceau songea au général qu'il avait vu la veille, lors d'une réunion de la commission de la guerre, désigner sur une cartes les objectifs des prochaines attaques françaises, tirer des lignes et frapper du bout des doigts les crêtes tenues par les Allemands. Monet, qui allait se battre avec l'inconnu, était plus convaincant" p 191
Clémenceau va soutenir et aider Monet car "Il comprit ce jour-là, avant le peintre lui-même, le projet grandi dans sa rumination et sa volonté..."
Et voilà de quoi abolir tous remords, cet extrait d'une lettre de Clémenceau à son vieil ami :
"Jusqu'à la dernière minute de votre vie, vous tenterez, et vous achèverez ainsi le plus beau cycle de labeur. Je vous aime parce que vous êtes vous et que vous m'avez appris à comprendre la lumière. Vous m'avez ainsi augmenté. Tout mon regret est de ne pouvoir vous le rendre. Peignez, peignez toujours jusqu'à ce que la toile en crève. Mes yeux ont besoin de votre couleur et mon coeur est heureux."
(cité par Alexandre Duval-Stalla dans "Claude Monet - Georges Clémenceau, Une histoire, deux caractères)
Moi-aussi je ressors de cette lecture avec les yeux pleins de couleurs et le coeur heureux et j'en remercie Babelio et les éditions de la Table Ronde qui me l'ont offerte.
b
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          706
TerrainsVagues
  05 avril 2018
Deux remords de Claude Monet, c'est comme un cadeau.
Au premier abord, c'est le genre de livre que je n'ai aucune chance de croiser. Les biographies, romancées ou pas, ne sont pas ma tasse de thé. Ajoutez à cela une certaine indifférence ou plutôt une méconnaissance de la peinture et vous vous demanderez comment ce bouquin s'est retrouvé entre mes mains. Ca fait partie de la « magie » de Babelio. Un billet de Piatka, un autre de Lolokili qui ajoute à ma curiosité, d'autres billets appréciés, quelques échanges plus loin et me voilà convaincu d'accepter la très sympathique offre de prêt de Piatka (Merci vous :-) ).
Deux remords et trois chapitres plus loin, je tourne la dernière page en ayant l'impression que je viens de perdre un ami (oui il meurt à la fin, ce sont des choses qui arrivent parait-il) alors qu'il y a encore trois jours je ne connaissais de lui à peine deux ou trois tableaux et… et rien d'autre.
Ce n'est pas que j'en connaisse beaucoup plus aujourd'hui mais l'écriture de Michel Bernard m'a plongé dans le cercle des intimes du peintre au point de me le rendre presque familier. Une écriture toute en couleurs, toute en nuances. Chaque page a sa lumière, chaque page apprivoise ses ombres. Michel Bernard pose ses mots en touches subtiles.
J'ai entendu se déposer délicatement les flocons de neige les uns après les autres sur le sol gelé d'un hiver à Argenteuil et entendu crisser le pas de Monet sur ce tapi immaculé. J'ai voyagé avec lui par tous les temps pour parcourir les saisons du plaisir, chevalet sur le dos, et témoigner de l'instant. Figer pour l'éternité l'éphémère dissipé par la seconde qui suit, par toutes celles qui suivent et qui font la vie.
J'ai partagé un déjeuner sur l'herbe qui respirait l'amour et l'amitié. Je me suis perdu dans le drapé d'une robe verte. J'ai poursuivi Camille au jardin, je l'ai espérée avec sa capeline rouge et l'ai veillé sur son lit de mort.
J'ai été ému par les dégradés de gris des jours de pluie du peintre, émerveillé par les couleurs chaudes de ses amitiés, charmé par les variations de lumière donnant aux couleurs primaires de son existence une déclinaison de teintes infinie.

Pourquoi deux remords et pas trois?
L'amitié et l'amour, semblent indissociables pour Claude Monet.
Amitié pour Frédéric Bazille en premier lieu. Peintre mort pour la France, comme on dit, en 1870.
Amour pour Camille, première femme du peintre, partie trop jeune et seule femme qu'il ait réellement aimée d'après ce que j'ai cru comprendre.
Deux êtres disparus qui resteront liés et poursuivront Monet jusqu'à la fin de ses jours.
En effet Monet fera don à l'état des Nymphéas à condition que celui-ci achète « Femmes au jardin », représentant Camille, et qu'il soit exposé au Louvre. Son ami Clémenceau acceptera avec joie.
Si ce tableau est si important pour Monet c'est qu'il a appartenu à la famille Bazille et que c'est sous cette toile que Frédéric Bazille a été veillé les derniers jours avant son enterrement.
Camille, Frédéric, deux regrets parce que partis trop tôt. Deux remords parce qu'incapable de dissuader l'un de partir à la guerre, et culpabilisant peut être de n'avoir pas été assez présent quand le crabe a commencé à ronger la femme de sa vie. Deux remords peut être aussi pour jouer avec les maux, comme si à chaque souvenir qui s'estompait, Camille et Frédéric étaient « re morts ».
Dès l'apparition de Clémenceau dans la dernière partie du livre, je n'ai pas pu m'empêcher d'être en même temps un peu dans « le camp des autres » de Thomas Vinau. de me dire que pendant ce temps là où malgré des années difficiles, la vie était belle pour Monet, Gaspard rejoignait un camp des autres où tout était… différent…
Oui, « Deux remords de Claude Monet » a été un cadeau pour moi. le genre de cadeau qui « enrichi », qui ouvre vers un univers inconnu et passionnant. L'écriture de Michel Bernard est tout simplement…
Pour faire court, c'est l'écriture qui me touche, qui me parle. Remplie de poésie sans excès et sans figures de style. Une écriture qui m'a, l'espace d'une lecture, mis dans le tableau.
Biographie (romancée), peinture, énarque, c'était pas gagné au départ. Par contre à l'arrivée c'est jeu set match et dix de der Michel Bernard.
Vous aviez raison les filles, merci à vous pis à m'sieur Bernard aussi quand même.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          5918
TheWind
  27 janvier 2017
Ce roman biographique de Michel Bernard n'a pas pour vocation de retracer toute la vie de Claude Monet. Avec délicatesse et dans une douce atmosphère feutrée chargée de nostalgie, Deux remords de Claude Monet retrace quelques pans de la vie du célèbre peintre impressionniste en mettant l'accent sur ce qu'il y avait de plus cher aux yeux du peintre : l'amitié, l'amour et bien sûr les jardins.
Si, en quittant Giverny, il nous reste de Monet une image de patriarche un peu bourru entouré d'une famille nombreuse, ce roman recadre un peu les choses. Il nous permet de comprendre avant tout à quel point l'amitié était importante pour Claude Monet. Lié d'une amitié sincère et profonde avec Bazille, Renoir, Clémenceau, et bien d'autres, Claude Monet aimera inviter ses amis chez lui et faire vivre sa peinture à travers leur regard. La guerre, cette tragédienne hors-pair, lui ravira bien trop souvent ses amis et il en gardera un souvenir amer.
C'est aussi un roman d'amour. L'amour qu'il porte à Camille, sa première épouse, sa muse, son souffle de vie...Âme discrète des tableaux peints à Paris, sur les plages normandes, à Argenteuil, Camille, à sa mort laissera un immense vide dans le coeur de Monet.
A travers cette biographie, Michel Bernard s'immisce avec tendresse et admiration dans l'intimité du peintre, dans ce qu'il a de plus cher. Mais, c'est aussi l'histoire d'un tableau qu'il veut nous narrer, celle de Femmes au jardin et par ce biais, mettre à jour la raison pour laquelle Claude Monet, soixante après l'avoir peint, a tenu absolument à ce que l'état lui rachète pour qu'il soit exposé au Louvre parmi les chefs-d'oeuvre du monde entier.

La lecture de cette brillante biographie en pointillés ne m'a pas vraiment laissé sur ma faim tant elle est admirable. Pour autant, en bonne gourmande, je n'en ai pas fini avec Claude Monet et compte bien me régaler d' une autre biographie dans les jours qui viennent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          640
Annette55
  31 janvier 2017
Comment ne pas être sensible au charme de cet ouvrage? une Biographie romancée sous forme de triptyque .
Comment ne pas ressentir une émotion intime à l'évocation tout en finesse : précise , élégante, poétique de la vie d'un de nos plus célèbres peintres C.Monet ?
Une reconstitution en triangle conte sans grandes envolées, avec une douceur subtile, une discrétion raffinée, une patience mesurée dans les mots : L'Amitié, à travers la vie de son ami Frédéric Bazille, mort sur le champ de bataille en 1870, : L'Amour à travers l'évocation de son épouse au visage lumineux , Camille Dancieux, qui partagea les années de misère comme celles de gloire.
Elle fera preuve d'un amour sans faille et d'une abnégation sans pareille.....
En troisième partie: les dernières années de la vie du peintre.
C.Monet, devenu vieux à Giverny fait don de ses "Nymphéas" à l'état, et souhaite que son tableau : "Femmes au jardin" soit exposé car c'est un lien fort entre les deux disparus tant aimés....
Le portrait de C.Monet reste assez doux, bienveillant et tendre.
Nous partageons sa passion de peindre, la nature omniprésente, l'amour des jardins , des compositions et agencements floraux, son intimité avec Renoir, Manet, Clémenceau, Sisley, Durand- Ruel .....
La reconstitution est mesurée, vivante, agréable, le style reposant, les exigences artistiques rythmées par la plume légère de l'auteur épousent à merveille l'impressionnisme....
Cette sensibilité artistique donne aux scènes de la vie quotidienne, aux décors et aux personnages une grande puissance évocatrice !
Une mélodie surannée mais vivante et bien charpentée, tragique et belle !! Un éclairage subtil nous guidant pas à pas dans l'intimité du peintre...donne à ce roman en forme d'hommage simple toute sa beauté!
Enfin, l'analyse fine de quelques oeuvres ajoute une originalité et une dimension supplémentaires.
Une belle surprise suite à la lecture des" Forêts de Ravel "lu en mai 2016 !
J'ai rencontré l'auteur au " Livre sur la Place " en septembre l'an dernier. J'ai assisté à deux de ses conférences à propos de M. Genevoix et de la Grande Guerre....
Bravo l'artiste !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          602

critiques presse (1)
LeFigaro   05 septembre 2016
Dans son dernier livre, Michel Bernard remonte les sources secrètes du chef-d'œuvre de Claude Monet.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   12 octobre 2016
Frédéric était heureux de retrouver le pays natal, la sèche odeur du thym, le parfum de la lavande et l'amertume exaltée du buis, l'assourdissant cisaillement des cigales. Il évaluait le gris poussière et le noir des plantes grandies dans les plis du roc éblouissant, le bleu presque blanc du ciel du matin, filé des reflets verts de la mer proche, et en dessous, dans l'ordre que leur avait donné son père, les longs traits de la vigne.
(...) C'était là, dans ce climat, devant ces paysages, qu'il sentait sa manière s'épanouir, entrer en accord intime avec le monde. Ses meilleurs tableaux, les plus ressemblants à lui-même, ils les avait faits ici. Le mot "lumière" qu'il disait à Paris quand il parlait peinture avec ses camarades d'ateliers et ses amis, Monet, Renoir, Sisley, ce mot qui exprimait ce qu'il voulait, comme eux saisir et rendre sur la toile, c'est ici qu'il s'était gorgé de sens, de matière. Il lui semblait que son sang était mêlé de cette lumière du midi. Sa peau l'aimait. p 20-21
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          290
nadejdanadejda   13 octobre 2016
Descendu avec la nuit, le froid avait arrêté le temps. La plaine bleuie éclairait le ciel, cuivrait le ventre des nuages. Il n'entendait que ses pas dans la neige, le crissement de la glace écrasée par ses souliers, un chien qui aboyait, une galopade d'écoliers en sabot, la buée de leurs souffles, et, coulée entre les rideaux, répandue sur les jardinets étouffés, la lumière venue des fenêtres des villas. Il restait un moment devant la sienne à regarder l'intérieur des pièces dans lesquelles il allait rejoindre les silhouettes familières qui glissaient d'une pièce à l'autre. Il restait là, voyageur au seuil de sa maison, et goûtait dans le froid et l'obscurité la certitude de la petite main de son fils et du baiser de sa femme. p 95
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          310
PiatkaPiatka   25 septembre 2016
C’était là, dans ce climat, devant ces paysages, qu’il sentait sa manière s’épanouir, entrer en accord intime avec le monde. Ses meilleurs tableaux, les plus ressemblants à lui-même, il les avait faits ici. Le mot « lumière » qu’il disait à Paris quand il parlait peinture avec ses camarades d’atelier et ses amis, Monet, Renoir et Sisley, ce mot qui exprimait ce qu’il voulait, comme eux, saisir et rendre sur la toile, c’est ici qu’il s’était gorgé de sens, de matière. Il lui semblait que son sang était mêlé de cette lumière du Midi. Sa peau l’aimait.

À propos du peintre Frédéric Bazille
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          350
PiatkaPiatka   28 septembre 2016
C’est ce qu’il y a de plus difficile, ne rien faire. L’angoisse vient, vous envahit, vous tient. Et il faut pourtant rester là, à s’occuper de pas grand-chose, à feuilleter un livre d’images, tapoter le baromètre, faire un tour en voiture sans raison, se promener au bord de l’Epte ou des falaises, les mains dans les poches, en suivant du regard la fuite d’un chevesne, les ronds sur l’eau d’un voile de pluie, la trajectoire d’un geai, parce que c’est à ce moment-là, dans l’angoisse de ne rien faire, qu’on peint vraiment.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
TerrainsVaguesTerrainsVagues   02 avril 2018
Comme personne n'avait fermé ses paupières après l'agonie, au milieu du marbre du visage les yeux sans regard étaient ouverts sur le ciel. Leurs pupilles à peine piquetées de grains de terre étaient du même bleu que celles du père. La ressemblance entre le mort et le vivant était évidente. Gaston Bazille tomba à genoux, au pied des trois hommes. Il saisit la main droite de son fils et, en se courbant, replié sur lui même, pressa ses lèvres dessus. Il étouffait sa plainte. Les assistants, des hommes rudes, en avaient beaucoup vu depuis huit jours; ils furent surpris et soulagés de leurs propres larmes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          234
Videos de Michel Bernard (III) (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Michel Bernard (III)
15.03.18 - INTEGRALE - B. Pivot, C. Pivot, J. Dicker, P. Claudel...
autres livres classés : monetVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Prénoms de grands peintres : trouvez leurs noms ! (3)

Je suis né à Paris en 1848. Chef de file de l'Ecole de Pont-Aven, inspirateur du mouvement nabi, j'ai vécu de nombreuses années en Polynésie où je suis décédé en 1903. Je suis Paul...

Gauguin
Cézanne
Signac

12 questions
415 lecteurs ont répondu
Thèmes : peinture , peintre , art , Peintres paysagistes , Peintres français , peinture moderne , peinture espagnole , Impressionnistes , culture générale , peinture belge , peinture romantique , peinture américaineCréer un quiz sur ce livre
.. ..