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ISBN : 2756102830
Éditeur : Léo Scheer (01/01/2011)

Note moyenne : 4.44/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Dora quitte le domicile conjugal pour se soigner en Suisse. Son mari, G., semble en profiter pour rompre ; il lui écrit des lettres qui oscillent entre supplication de retour et manifestation de dégoût pour leur vie conjugale, évoque son aventure avec la douce Érida, jalouse la camaraderie de sa femme avec l’un de ses amis, fustige sa foi chancelante… Dora lui répond-elle ? Ses lettres n’apparaissent pas. Seule s’élève la voix du mari, pasteur et père, dans toutes s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
MarianneL
  24 novembre 2013
La plume d'Hélène Bessette est un scalpel et lire ses textes est un choc.
Hélène Bessette (1918-2000), auteur restée trop obscure, malgré ses treize livres publiés chez Gallimard, fut mariée à un pasteur protestant. C'est aussi le métier de l'auteur des lettres qui composent ce livre de 1963, «N'avez-vous pas froid», qui fut à l'époque sur les listes du Goncourt et du Médicis.
G. écrit à sa femme Dora, malade et partie en Suisse pour se faire soigner. Les réponses sont absentes du récit mais on les devine dans les lettres de G. Cette correspondance lue à sens unique ouvre les portes d'une chambre noire, intérieur d'un homme en morceaux : il veut se séparer de son épouse, il en aime une autre, mais, pasteur, est écrasé par les institutions du mariage, de l'Église et le respect des conventions. Désemparé, fracturé, il avance dans une valse-hésitation, introspection dans laquelle il se perd, mais en même temps manipule, a recours à des tactiques déloyales, accuse et porte des coups faits de mots.
Le changement de registre, des banalités courtoises de deux êtres devenus étrangers l'un à l'autre, en passant par l'espoir, les regrets, la disgrâce ou les accusations, sont des sauts, des déséquilibres qui nous plongent au coeur de ce qui fait un homme.
«Et t'ai-je jamais aimée ? Je me le demande.
Mon Amour était comme ma Foi.
Rien du tout.
Des mots. de l'air. de la jeunesse. Sans raison. Des forces.
À dépenser.
Maintenant je terminerai ma vie avec
ce rien-amour
ce rien-foi.
Parce que je ne veux pas souffrir la Condamnation sans appel de l'Eglise au visage cadavérique et violet.»
L'écriture est chargée d'une souffrance écrasante malgré son dépouillement, et les mots d'une acuité et d'une cruauté cinglantes. Dans ces phrases détachées sur la page comme un texte poétique, chaque mot se défait de sa banalité.
«Dialogue des coeurs à demi-mort. A du mal à prendre fin.
Et nos coeurs en cendre ont du mal à mourir.
À se consumer.
Jour par jour.
Lettre par lettre.»
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alzaia
  15 septembre 2014
Sous couvert d'échanges épistolaires entre G. et Dora, Hélène Bessette donne avec "N'avez-vous pas froid?" une vision d'une violence inouïe des rapport sociaux de son époque... le style lapidaire des seules lettres du mari, en quête de séparation, prend en charge l'histoire du couple ainsi que le contexte social avec lequel ils sont contraint de composer... et pour G. apparement tout est dans la "composition" : se composer un masque de mots, d'attitudes pour ses paroissiens, pour ceux qu'ils considèrent comme des pantins, comme Dora, dont nous ne connaîtrons jamais les réponses, le sort... Mais lui-même aussi ne se considère que comme un "acteur" de cette gigantesque mascarade; ses lettres sont d'un cynisme ahurissant ... "N'avez-vous pas froid" se lit d'une traite, et ses écrits sont d'autant plus touchant quand on sait le sort de cette écrivain si peu connue, et c'est un tort
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MarianneDesroziers
  16 janvier 2011
Comme d'habitude, c'est encore une voix forte que donne à entendre Bessette dans ce roman qui vient d'être réédité par les éditions Léo Scheer. Mais, une fois n'est pas coutume, c'est celle d'un homme, un pasteur de trente ans qui écrit des lettres à sa femme partie se faire soigner en Suisse. Habile processus littéraire qui contraint le lecteur à deviner en creux la personnalité de cette femme absente et la réalité de l'histoire de ce couple qui est en train de se séparer.
La suite sur le blog :
http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/2011/01/navez-vous-pas-froid-dhelene-bessette.html
Lien : http://lepandemoniumlitterai..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
soltansoltan   26 mai 2013
Le 16 janvier 1961.

Ma Chérie,

Oui.
Toute ma vie tient dans mon ministère.
Te l'ai-je dit ? Te le répéterais-je assez ?
Toi qui ne comprends rien de ce que je voudrais que tu comprennes. Qui comprends ce que je voudrais ne pas te faire comprendre.
Tu comprends tout à l'envers.
Ma femme présente.
Ma femme absente.
Plus présente encore par l'absence. Par la position de l'absence. Le non manifesté.
La réprobation du vide.
Ta place vide.
Le silence de ta place inoccupée.
L'opposition du négatif inscrit en blanc.
Que tu ne te décides pas à transformer. Tu ne te décideras pas à comprendre comme moi. Et je ne me déciderai pas à comprendre comme toi.
Femme au visage effacé. Dessin perdu.
Tu m'échappes.
En ce moment brûlant de vie. Mon soutien pour le meilleur n'est plus mon soutien dans le pire.Et je suis seul.
Ma Chérie il faut que tu reviennes.
Que tu reviennes avec moi.
On s'inquiète de ton séjour prolongé. On suppose que ce repos en Suisse a définitivement rétabli ta santé.
Il ne faut pas de scandale.
On ne doit pas savoir.
Ce qui en est.
Nos lettres.
Sont secrètes.
Aux yeux du monde. Tu es ma femme. On réclame un couple ici. On ne m'aime pas divisé. On ne me comprend pas partagé.
Qu'ai-je dit dans la lettre passée ?
Que la foi n'est pas une façade ? Que l’Église n'est pas une façade ?
Ai-je dit cela ?
Alors je ne le dis plus aujourd'hui.
Aujourd'hui ma Chérie je dis que nous devons conserver la face. Ne pas perdre la face. Avant tout. Premièrement. On s'arrangera du reste. De la profondeur du Reste.
D'abord : le Décor. [...]
Je vais dire non avec toi. Ainsi nous serons d'accord. Tu gagnes.
Sans doute as-tu raison. Cela me coûtera de démissionner.
Mon ministère est ma raison de vivre.
Parce que j'ai la foi ? Pas même.
Je n'ai pas la foi.
Je n'ai pas l'argent. Je n'ai pas l'amour. Et je n'ai pas la Foi. [...]
A quel point je tiens à mon ministère.
Qui me voile ma déchéance, mon abrutissement ma nullité. Mon ennui de vivre. Je ne le dirai jamais trop. Plus qu'à toi. Plus qu'à tout. Plus qu'à n'importe quoi. Souviens-toi. Nous en avions convenu. Lors de nos heureuses fiançailles.
Alors tu disais oui. La fiancée disait oui. La mariée dit non.
Je t'ai négligée pendant ces années. Ton oui devenu non. Peu à peu. Lentement. Au gré des heures. Ton oui métamorphosé.
Je me défends. Je plaide. J'explique. J'invoque.
Pour te convaincre.
A peine.
Je ne pense guère à toi femme disparue. Mariée décevante.
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alzaiaalzaia   01 septembre 2014
Tu as perdu la Foi ? moi aussi. Je sais les mots de la Foi et je peux les dire.
Ma hauteur spirituelle réelle se mesure aux Romans noirs qu'il est de bon ton de lire ces jours et que je fais disparaître quand un visiteur s'annonce.
Je lis les Romans noirs.
Je lirai la Bible ensuite. (Après cette indispensable préparation)
Bien sûr nous n'avons pas la Foi. Tu en connais beaucoup qui ont la Foi.
Bien sûr Dora je n'ai pas la Foi.
Je n'ai rien du tout.
Je suis comme ça.
C'est tout.
Je ne sais pas si c'est le vide ou le néant. Si ça existe ou non.
Mais c'est sûr.
Je suis comme ça.
En somme pour te parler franchement : je m'en moque.
Je remplis un rôle. J'ai une maison. Une femme. Deux enfants. Et une Eglise.
Je suis figuré par ces quelques manifestations extérieures.
Femme Enfant Maison Carrière.
C'est l'extérieur, le visible.
Car l'intérieur. Je ne connais rien. Chambre noire.
Trente ans.
Je suis mort.
Du moins je me révèle tel que je suis. Après les enthousiasmes et les chaleurs de la jeunesses. Qui pouvaient abuser. Donner illusion. A trente ans tout se termine. Ou tout commence. Je fais partie de ceux pour qui tout se termine.





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alzaiaalzaia   01 septembre 2014
Je laisserai tout aller.
C'est cela. Je vais démissionner. Tu m'as soufflé la bonne solution.
Je vais dire non avec toi. Ainsi nous serons daccord.
Tu gagnes.
Sans doute tu as raison. Cela me coûtera de démissionner.
Mon ministère est ma raison de vivre.
Parce que j'ai la foi ? Pas même
Je n'ai pas la foi.
Je n'ai pas l'argent. Je n'ai pas l'amour. Et je n'ai pas la Foi.
Je suis gavé de mots. je me gargarise en vocalises en développement de théâtre.
Ainsi je domine. Je suis écouté. Admiré. Approuvé. Applaudi. Encouragé.
J'ai la sensation de vivre.
A quel point je tiens à mon ministère.
Qui me voile ma déchéance, mon abrutissement ma nullité. Mon ennui de vivre.
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alzaiaalzaia   01 septembre 2014
Viens,
Dora faire l'amour avec moi.
Obligation baroque.
Reconstruisons notre façade.
Cessons de jouer les déraisons.
Reformons famille.
Retrouvons la charmante société.
Retournons au captivant mariage.

Dora il faut que tu reviennes.

Tous s'arrangera. Ils l'ont dit. Comme moi, mis au pied du mur, ils préfèrent arranger les affaires plutôt que recourir aux solutions extrêmes.
(...)
C'est au nom de Dieu que je t'écris.

Ps - Obéis.
Nous sommes pressés. De redonner à la vie normale apparence. D'en finir avec la Poésie. De retourner aux grandeurs arrangées. A leurs humaines mesures.

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alzaiaalzaia   01 septembre 2014
Une seule solution. Pour éviter le jugement. Passer à côté du Tribunal. Echapper au Procès. Continuer de vivre. Près de ce monde qui ne parle que punitions et récompenses. Comme à l'école. Infantilisme et Conte à dormir debout. Personnalités étouffées. Pensée interdite.
Nous serons fourbes.
Nous serons faux.
Nous serons menteurs.
Nous serons déshonnêtes.
Nous ferons comme si.
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Videos de Hélène Bessette (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Hélène Bessette
la Parole des libraires - Librairie le Comptoir des mots .Géraldine Chognard, de la libraire le Comptoir des Mots, située rue des Pyrénées à Paris 20e, vous présente ses coups de coeur du moment. Au programme : > Si, d'Hélène Bessette, éd. Léo Scheer Et en bonus : > L'autre vie de Valérie Straub, de Stéphane Padovani, éd. Quidam > Max Jacob et Mademoiselle Infrarouge, de Lina Lachgar, éd. La Différence
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