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Éditeur : Robert Laffont (30/11/-1)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 16 notes)
Résumé :

La présence du Christ en Afrique Noire, l'ambiguïté de l'action missionnaire, le problème de l'université du message chrétien, ce sont là des questions graves auxquelles Mongo Béti s'affronte dans ce roman où la puissance de la vision et la création de figures romanesques inoubliables (tel le R.P.Drumont) sont à la mesure de l'exigence réaliste et de la verve critique. Le pauvre Christ de Bomba, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
aouatef79
  12 décembre 2018
Alexandre Biyidi Awala ,alias Eza Boto ,alias Mongo Beti est né le 30 juin 1932 à Akometan à 60 km au sud de Yaoundé .
Il fit ses études primaires à l'école des missions catholiques puisqu'à l'époque ,l'école publique était réservée aux enfants de notables et autres agents de l'administration coloniale .Mais ,reconnaît-il ,l'école catholique était doublement efficace du fait que les parents faisaient totalement confiance aux enseignants qui par ailleurs avaient des techniques tout à fait probantes pour enseigner la langue française ,sésame indispensable dans le système administratif colonial .Mongo Beti avoue n'avoir rien appris d'autre que le français pendant ses études primaires . Les enseignements d'arithmétiques ,de géographie et d'histoire étaient quasiment inexistants .L' école était donc conçue pour former de simples interprètes au service de l'occupant .
A la fin de ses études primaires ,Mongo Beti est admis en sixième au séminaire .Mais il est mis à la porte quelques mois plus tard parce qu'on ne le trouve pas du tout fait pour la prêtrise .En effet ,bien qu'il soit bon en français et en latin ,il donne des signes évidents d'ennui en histoire sainte et il n'aime pas mémoriser le catéchisme .Heureusement pour lui ,il a été crée à Yaoundé une école secondaire pour assurer l'éducation des enfants des administrateurs des colonies .
En 1946 ,le jeune Mongo Beti réussit haut la main l'examen d'entrée au Collège classique et moderne mixte de Yaoundé .Il y restera jusqu'à la fin de ses études secondaires en 1951, année où il va poursuivre des études supérieures en France après son succès au baccalauréat de l'enseignement secondaire devenant ainsi le deuxième bachelier africain à cette époque .
En 1951 ,Mongo Beti s'inscrit à la Faculté des Lettres de l'Université d'Aix-en-Provence pour effectuer des études de Lettres classiques .Durant cette période passée en France , Mongo Beti collabore étroitement avec les milieux littéraires africains proches de la mouvance de la Négritude .
Avec " le Pauvre Christ de Bomba ", Mongo Beti affirme
son anticléricalisme en usant du ton de la parodie , de l'humour et de la caricature .Il démystifie le clergé , dévoile ses collusions avec le pouvoir colonial et montre les limites de son zélateur , le Révérend Père Supérieur ( R.P.S ) Drumont ,homme coléreux ,têtu et sourd à toute
à toute remarque qu'on ose formuler devant lui .
Responsable de l'évangélisation des Tala ,le R.P.S qui se
compare volontiers à Jésus-Christ , se heurte à la forte résistance de ses ouailles .Aussi décide-t-il de les punir en
s'abstenant pendant trois ans de mettre les pieds dans leur pays . le roman raconte le retour de l'homme de Dieu qui pensait que les Tala sevrés de sa bonne parole pendant tout ce temps ,allaient l'accueillir en triomphe .
Du début à la fin ,Mongo Beti montre que les rapports entre le R.P.S et les évangélisés sont fondés sur un irrémédiable quiproquo . le R.P.S méprise la culture locale , ne parle pas la langue du milieu .Il les stigmatise
en les traitant de polygames ,de païens ,de fornicateurs .
En conclusion , le R.P.S découvre que les "indigènes" sont
beaucoup plus préoccupés par la tradition , leurs us et coutumes et de leurs traditions que pour les paroles de Dieu . Le R.P.S est venu dans ce village pour évangéliser les
indigènes .Cependant ,cette mission se termine par un échec . Il rentre bredouille en France .



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ATOS
  19 février 2018
Là où on invente un dieu on y invite toujours le diable et là où l'on impose un dieu , on ouvre sa table à tous les diables. Quelles furent véritablement les motivations de l'évangélisation en Afrique subsaharienne  ? Quelles valeurs et quels intérêts défendait-elle ?
Protéger ( mais de quoi ? )... ? ou soumettre ?
Éduquer ( à quoi?) ? ou...déculturer ?
Émanciper ( de qui?) ? ou.. embrigader ?
A marche forcer briser le moule. Inventer des péchés, et des enfers. Donner d'autres noms, imposer des codes. Inventer une histoire, en faire un grand mystère. Dresser des autels et renverser les totems. Faire table rase et faire bonne place au diable. Tracer des routes.Faire taire le tam-tam , faire sonner le clairon, recouvrir le corps des femmes et distribuer des uniformes.
Et voilà, Machine en avant toute !
Telles sont les questions importantes posées par Mongo Béti à travers ce livre.
Et l'on entend bien à travers ces lignes l'effroyable ignorance et mépris dont les autorités coloniales faisaient preuve à l'égard d'une civilisation dont elles niaient les droits, les croyances, et l'équilibre de ses rapports sociaux, que toute la « la naïveté » du Révérend Père Drumont n'arrivera pas à effacer.
Le pauvre Christ de Bomba, c'est l'histoire de l'échec d'un Christ, brisé d'avoir était utilisé.
C'est l'histoire des enfants confiés aux missionnaires, et surtout de ces femmes prises éternellement entre un marteau et une enclume.
«  le pire...Le pire, m'entendez vous, c'est que nous avons trouvé ça. Les indigènes, bien avant nous, avaient déjà découvert que leur femme était une machine idéale : ils ne sont pas plus bêtes que nous ; détrompez vous, si vous le croyiez..Nous nous amenons, nous les chrétiens, nous les messagers du Christ, nous les civilisateurs. Et qu'est-ce que que vous croyez que nous faisons !? Que nous rendons à la femme sa dignité ? Oh, non ! Surtout pas, mon Père. Ah,non ! Nous la maintenons dans sa servitude. Mais cette fois, à notre profit... ».
Là où on invente un dieu on y invite toujours le diable. Là, où ailleurs.., hier... ou maintenant… Qu'importe le nom qu'on lui donne ou que demain on lui donnera.
Astrid Shriqui Garain
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Gangoueus
  20 mai 2016
Pour ma part, j'ai pris commande du Pauvre Christ de Bomba. Un ouvrage publié en 1956 réédité depuis aux éditions Présence Africaine La première réflexion que je me suis faite concerne la jeunesse de l'auteur. Déjà auteur de Ville cruelle sous le pseudonyme d'Eza Boto, le Camerounais a déjà marqué les esprits. Avec le Pauvre Christ de Bomba, il place le lecteur au coeur d'une mission catholique quelque part dans l‘arrière pays camerounais. Là, il nous donne de suivre le R.S.P, un fervent prêtre d'origine suisse, le père Drummond. le poste d'observation proposé par Mongo Beti est Denis, un jeune boy sur la mission qui nous narre avec ses yeux d'adolescent le contexte et les faits qui vont conduire au naufrage de cette oeuvre missionnaire. le RSP porte un intérêt particulier pour l'accompagnement des femmes-mères, il est en guerre ouverte contre les pratiques liées à polygamie. L'équilibre semble toutefois stable quand cet homme engageant se décide à faire le tour de la mission en s'orientant chez les Talas, population particulièrement réfractaire à l'Evangile ou au changement imposé par la nouvelle religion.
Cette tournée va durer près d'un mois. Elle va être très riche en enseignement, en surprise. L'approche prise par Mongo Beti est particulièrement édifiante et révélatrice de l'empreinte qu'il donnera à ses prises de position. le roman décrit essentiellement deux choses. La posture du RSP se traduit par le désir de réduire les résistances à la doctrine catholique qu'ils observent chez les Talas. Ces actions sont téméraires pour réduire les « usurpateurs » qui sapent l'amplification de son discours dans son espace de jeu. Mais l'audace de ce religieux européen repose-t-elle sur sa foi en Dieu ou sur le pouvoir colonial qu'incarne sa couleur de peau ? Cette question est exprimée par le père Drummond qui n'est pas dupe et ne se ment pas. D'ailleurs dans des échanges avec le jeune administrateur colonial Vidal, il a conscience que l'église catholique (dans ce contexte) joue finalement un rôle de refuge dans une stratégie du bâton et de la carotte. Les inhumanités des travaux forcées et autres répressions poussent une population fébrile dans les bras de l'église. Dans la description qu'en fait Mongo Beti.
C'est étonnant combien les hommes peuvent avoir soif de Dieu quand la chicote leur strie le dos.
Le pauvre Christ de Bomba, Edition Présence Africaine, page 67
A propos des travaux forcés, les mots du RSP Drummond.
Vois-tu, Zacharie, des Blancs vont maltraiter des Noirs et quand les Noirs se sentiront très malheureux, ils accourront vers moi en disant : "Père, Père, Père...", eux qui jusque-là se seront si peu soucié de moi. Et moi je les baptiserais, je les confesserais, je les intéresserais. Et ce retournement heureux des choses, je le devrais à la méchanceté des Blancs!... Moi aussi je suis un Blanc!...
Le pauvre Christ de Bomba, Edition Présence Africaine, page 189
La critique la plus subtile de Mongo Beti et son argument matraque sont dans l'affirmation que le ver est dans la pomme et que l'évangélisation n'a jamais pris corps dans ce qui constitue à la mission de Bomba. le dépucelage forcé du jeune narrateur introduit le lecteur au coeur de la dite-corruption du système sensé être par essence vertueux. L'aveuglement du RSP est consternant de ce point de vue pour le lecteur. Je n'irai pas plus loin afin de laisser au lecteur de découvrir un final pour le moins…

Mon avis est que Mongo Beti écrit un livre à charge contre le système colonial et l'église. Et même si le livre a le défaut des oeuvres de fiction imprégnées par une pensée politique, il est difficile d'ignorer la qualité du traitement des personnages par Mongo Beti. le lecteur s'attachera autant au passionné et passionnant homme de Dieu et du pouvoir colonial, qu'à son boy, Denis qui nous narre cette histoire. J'avoue que la réflexion qu'offre Chinua Achebe dans Un monde s'effondre est beaucoup plus engageante justement parce que l'auteur Nigérian choisit de se mettre en retrait et ne nous soumet que les faits d'une confrontation intéressante entre missionnaires et les autochtones en pays igbo.. Il n'empêche que Mongo Beti offre là un texte unique, étonnant, drôle, subversif.
Pour la route, un dernier extrait d'un chef de village dont le RSP vient d'exploser un instrument de musique pour empêcher ses administrés de danser...
Lien : http://gangoueus.blogspot.fr..
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Msomaji
  22 juin 2019
Ce roman de Mongo Beti peut être considéré comme un classique de la littérature d'Afrique mais il a un peu vieilli. En effet, à l'époque il dénonçait l'entreprise missionnaire en Afrique comme une atteinte à la culture africaine. Or, en le relisant aujourd'hui, il est amusant de constater qu'au moins pour les cent premières pages on donnerait presque raison au missionnaire qui lutte contre la polygamie et le sort que les hommes africains réservent à leurs femmes. Me too est passé par là et on est en droit de se demander si l'Eglise ne proférait pas une bonne parole... Puis, en poursuivant le roman, on comprend que les missionnaires sont prêts à tout pour arriver à leur fin, y compris bien évidemment exploiter les Africains. Enfin, le déroulement de l'action prend une tournure tragico-comique qui met en scène des comportements sexuels africains pas vraiment du goût des curés blancs, c'est le moins que l'on puisse dire. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire un parallèle avec les résistances africaines à l'idéologie du développement qui a été imposée après les Indépendances. Puisqu'on ne pouvait plus traiter les Africains de non civilisés, on les a traités de sous-développés. Les bons Blancs, après les bons missionnaires, ont proposé des solutions. On a vu le résultat... Bref, le livre traite d'une thématique tout de même un peu ancienne et plus trop d'actualité lorsque l'on sait que les églises africaines, très dynanymes, ont repris les choses en main.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
GangoueusGangoueus   20 mai 2016
Je vous en supplie, frères, laissez-moi écraser cette sale vermine sous mon seul pied gauche et vous n'en entendrez plus jamais parler. Qu'est-il venu ficher dans notre pays, je vous le demande? Il crevait de faim dans son pays, il s'amène, nous le nourrissons, nous le gratifions de terres, il se construit de belles maisons avec l'argent que nous lui donnons; et même nous lui prêtons nos femmes pendant trois mois
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aouatef79aouatef79   12 décembre 2018
Pendant vingt-ans , je n'ai rien compris à rien .
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Videos de Mongo Beti (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mongo Beti
Mongo Beti, Une vie, une oeuvre partie 1 Le portrait radiophonique d’un homme d’exception. Émission réalisée par Catherine Pont-Humbert et diffusée sur France culture le 26/12/2004.
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