AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070769151
Éditeur : Gallimard (08/04/2003)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3/5 (sur 2 notes)
Résumé :

Des vies, mais telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu'une passion les anime. Des récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle. L'un et l'autre : l'auteur et son héros secret, le peintre et son modèle. Entre eux, un lien intime et fort. Entre le portrait d'un autre et l'autoportrait, où placer la frontière ? Les uns et les autres : aussi bien ceux qui ont occup... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
vibrelivre
  01 mai 2017
Le désarroi de l'élève Wittgenstein, Antoine Billot, L'un et l'autre
Au théâtre jeudi, au Salon de J-M Chotteau à Tourcoing, on joue Déjeuner chez Wittgenstein, de Th. Bernhard. En cherchant sa pièce à la médiathèque, je rencontre le titre : le désarroi de l'élève Wittgenstein, et le livre est dans les rayons. Chez moi, je l'ouvre, je le lis avide, et j'arrête ma lecture: qui est Antoine Billot? Consultons Wikipédia pour en savoir plus sur lui et sur Wittgenstein. Je reviens au livre, je ne le lâche pas, je veux savoir pourquoi Wittgenstein est un salaud. J'avance, je reviens en arrière, je relis des pages, j'arrive au bout, et je m'interroge encore.
Tout tourne autour de la vérité et du silence, selon la dernière phrase du Tractatus: ce qu'on ne peut dire, il faut le taire. Mais la vérité est double, l'abstraite et la concrète, l'empirique, et partant l'impure, la vérité du philosophe, et celle intime de l'homme, Ludwig n'est pas seulement un génie plus ou moins excentrique de la philosophie; il lui arrive aussi d'être la proie d'une exigence presque animale qui le submerge; parle-t-on de son homosexualité ou de sa "possession"?- il est question du livre d'Otto Weiniger, Sexe et caractère, dans lequel il est dit que la vérité intime du possédé grouille de vermine, et que cette vermine est à l'origine du grand oeuvre. Wittgenstein, quant à lui, parle d'abondance et volontiers, même si ce flot de mots doit noyer l'essentiel, de même que sa façon d'écrire masque la moelle substantifique. En même temps le silence est contrebalancé par le fait de montrer, la vérité de l'image. Il y a des signes indicateurs, Wittgenstein posa étrangement sa tête auprès de mon cou. Et pour finir il y a la phrase de Nietzche: il est des vérités qui doivent être dites à l'oreille car dites à haute voix elles ne seraient pas entendues. Que n'a pas entendu le narrateur Nathan? Il faut dire que l'affaire est compliquée de confession, dont le protocole veut qu'elle passe par le détour d'une logique abstraite pour parvenir à la vérité n'apparaissant que comme une illustration exemplaire. et de mensonge qui peut être aussi pudeur, et que Wittgenstein est enclin à la contrition, et se sent vil. le doute est omniprésent, à l'image du réel, un peu de vérité avec du doute autour. Et ce doute est d'ordre éthique. le véritable serait inatteignable, seul le crédible serait possible.
Tout tourne aussi autour de l'année 1904, à Linz, où Wittgenstein et Hitler ont été condisciples à la Realschule. Hitler le rappelle deux fois dans Mein Kampf. Sur la première de couverture, figurent les photos des deux élèves extraites de la photo de classe. Antoine Billot s'étonne de l'extrême jeunesse de leurs traits, alors qu'ils ont déjà quinze ans, l'un a le visage d'un adolescent triste et sage, avec peut-être un air d'affectation - comme l'élève Basini, que regarde Torless- qui l'exclut du groupe des élèves, et l'autre un faciès de paysan . Et on peut penser que ce que Wittgenstein dit d'un ami, Arvid Sjogren, est valable pour le narrateur et le jeune Hitler: Il y a quelque chose qui... m'attire et me repousse... m'a toujours fasciné dans la brutalité innocente, la candeur sauvage... une certaine forme d'honnêteté peut-être... de simplicité qui évoque la vérité pure...Cependant que sa première impression lui fait classer Hitler parmi la racaille, "mist".
Tout tourne autour de la possession, des possédés, c'est à dire ceux qui font corps avec leur talent, comme le jeune Hitler, comme Wittgenstein, comme peut-être les joueurs de l'Adresse, comme celui, un ancien déporté, théoricien des jeux, comme Billot, comme Wittgenstein dans une certaine mesure, qui traque le philosophe au même titre que tous les coupables de la Shoah.
Ainsi donc Wittgenstein, déjà très malade, est abordé par le narrateur, un jeune homme qui connaît par coeur le Tractatus, mais sans avoir cherché à en comprendre la signification, fils d'un ancien déporté qui justement a inventé le jeu de l'Adresse, et doté de traits féminins. Wittgenstein, très vite séduit, lui dit sans trop de réticence ce que ce dernier veut entendre, à savoir sa relation avec Hitler en 1904. le père de Wittgenstein est un mécène des artistes de la Sécession Viennoise, et Hitler, qui veut devenir un artiste, se lie avec le fils totalement esseulé dans la horde de trois cents paysans stupides de l'école. Hitler lui raconte son père, dont il mime les expressions autoritaires, et sa mère, dont l'évocation l'imbibe de douceur. Et cette douceur-là captive Wittgenstein. Jusqu'au jour où la mère d'Hitler tombe malade, et son évocation n'est plus que de souffrance. Dilemme pour Wittgenstein qui n'aime pas Hitler, dont le héros est Rienzo, un illuminé de basse naissance qui oeuvre à l'émancipation de son peuple et meurt écrasé par la foule lors d'une émeute. Lui faut-il abandonner Hitler au moment où il souffre, et se conduire comme un salaud, ou rester avec lui, en travestissant ses sentiments? Wittgenstein choisit de rester, et Hitler pratique une amitié envahissante. Il lui montre ses dessins qui, s'ils rendent bien la réalité, peut-être même avec théâtralité, car pour Hitler, peinture et théâtre sont à peu près équivalents, sont dénués de toute poésie, et sent que Wittgenstein a comme honte de lui. Un jour, excédé, il le pousse et Wittgenstein tombe dans le Danube. Hitler le sauve de la noyade. Wittgenstein lui suggère de dessiner un peu dans l'esprit de l'école de Vienne, et Hitler produit une oeuvre atroce d'obscénité. Wittgenstein ne peut s'empêcher de le lui dire. Hitler pleure. C'est la fin de leur relation. Wittgenstein est ramené à sa solitude. Un autre jour, Wittgenstein, après un tournoi d'escrime, se rend aux douches (mist) collectives. Hitler, qui voit qu'il est circoncis, le traite de racaille (mist) et de sale Juif. Les autres élèves l'insultent et le rouent de coups. Ramené chez son tuteur, il finit par dénoncer Hitler. En classe, le professeur d'histoire dit que dénoncer un camarade, lequel a été renvoyé, n'est pas le fait d'un garçon honnête, et il poursuit avec l'histoire d'un général anglais qui trahit la cause française en passant du côté d'un général russe qui s'appelle...Ludwig Adolf Wittgenstein. Hitler, dans Mein Kampf, écrit qu'un enfant qui dénonce un camarade, est coupable de trahison. Et cette trahison, transposée dans un domaine plus vaste, est de la haute trahison.
Voilà l'histoire de leur relation. Par deux fois, au moment du récit du sauvetage de la noyade, Wittgenstein manque d'air. le philosophe a aussi dit que sa mémoire n'a retenu que les événements connotés moralement. A quoi le narrateur a-t-il été aveugle et sourd? A une homosexualité latente entre les deux, Adolf et Ludwig, Ludwig et le narrateur? Hitler a dessiné le portrait de Wittgenstein, séduit la fille des gardiens, pour la peindre. Il protège Ludwig comme une fille contre ses condisciples lourds et brutaux. Ils forment un couple. Hitler représente pour Wittgenstein ce qu'il n'est pas, mais en même temps il partage avec lui l'aptitude à mimer le ton autoritaire de son père. Ce que tous deux ne veulent pas dire, ils le montrent. Que Wittgenstein ait provoqué la rupture en avouant à Hitler qu'il ne possédait aucune qualité artistique, a-t-il contribué à lancer Hitler sur la voie de la destruction? Avant la confession finale, la mission est déjà terminée. Preuve que le noeud de l'histoire se trouve dans le sauvetage? Lequel a suscité bien des fois l'envie chez Wittgenstein de se faire disparaître, question d'hygiène, et la douche lave la racaille.
le jeu de l'adresse consiste à retrouver des passages d'un livre à l'indication d'indices. Par exemple, chez Billot, le narrateur offre le livre de Loos, Ornement et crime, à Wittgenstein pour son anniversaire, Loos qui était étroitement uni avec les artistes de la Sécession, et Wittgenstein commence sa confession finale en évoquant ce groupe. le titre du livre peut faire penser au parcours de Hitler. le père du narrateur choisissait un couple de joueurs, obligé de s'affronter, en présence d'un tiers, appelé "femme" qui se savait constamment espionné mais sans savoir par qui. Si la "femme" se comportait mal, elle était supprimée. Quand le narrateur accomplit sa mission, il est la "femme" d'un espion, et se retrouve comme dépossédé de sa relation avec Wittgenstein. Wittgenstein est la "femme" de Hitler, qu'il abandonne à son "affectation". La vermine qui grouille à l'intérieur du possédé est femelle, qui disparaît dans le côté ésotérique de l'oeuvre.

Wittgenstein aimait à se détendre en lisant des romans policiers. le livre de Billot en est un en quelque sorte. Et j'ai été possédée à mener l'enquête.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Videos de Antoine Billot (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Billot
Antoine Billot parle de son livre "L'Année prochaine à New York".
>Histoire, géographie, sciences auxiliaires de l'histoire>Biographie générale et généalogie>Philosophes et psychologues : biographies (91)
autres livres classés : homosexualitéVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
610 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre