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ISBN : 2264066946
Éditeur : 10-18 (05/10/2017)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 9 notes)
Résumé :
« Comme l'animal qui a la prescience de sa mort prochaine, j'ai senti, tandis que je traversais les nuages de fumée noire, épaisse et grasse, une piqûre douloureuse, cruelle. Un truc qui vous tétanise quelques secondes. »
Paris, 1966. Inspecteur à la Crim', Philippe Marlin erre dans un semblant de quotidien aux Batignolles, entre son chat, le jazz, le whisky et les fantômes qui hantent ses nuits charbonneuses. Nuits qui virent au blanc lorsque le cadavre muti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
SZRAMOWO
  08 octobre 2017
Décembre 1966 à Paris. Paris qui a encore sa dégaine de la fin de la guerre mais commence à changer. On démolit dans le quartier Maine Montparnasse et la Tour et la gare inhumaine seront bientôt là.
La guerre n'est pas loin non plus dans le coeur des personnage, Marlin le flic veuf, ancien du maquis, Baynac le commissaire qui dit-on fut très courageux pendant la guerre. le Varech, leur collègue, est passé par l'Algérie, lui.
Contexte d'un monde qui change, pas en mieux, décrit avec minutie et détail par Xavier Boissel.
Marlin, amateur de Jazz, est le héros et le narrateur. Chet Baker, Coltrane, Archie Shepp, Max Roach, Bill Evans, illuminent sa solitude et ses nuits sans sommeil. Son chat s'appelle Duke comme Ellington bien sûr. Il ne déteste pas fredonner Downtown de Petula Clarck lorsque le tube passe sur la radio de sa 404 de service.
A part le jazz il aime le Scapa et s'enivre au bourgogne aligoté ou au Chardonnay.
Les trois hommes sont en charge d'une enquête criminelle. le meurtre d'Audrey Mésange, une ancienne prostituée sortie du métier en 1962 qui s'est rangée après avoir épousé Flanquart un entrepreneur de travaux publics.
Les ingrédients de l'intrigue sont simples et connus mais rapportés de façon originale par la voix de l'inspecteur Marlin.
La France de l'après guerre, la reconstruction, De Gaulle, le SAC, un gros scandale immobilier, des hommes politiques véreux.
Philippe Marlin parviendra à trouver le fin mot de l'histoire aidé par une jeune journaliste intrépide.
Ambiance et nostalgie. On s'y croirait tellement c'est réaliste. Belle écriture.
«En sortant à Saint-Lazare, je suis passé rue du Havre devant le lycée Condorcet et j'ai bifurqué rue de l'Isly. Endroit calme, sans embouteillage. Fin de l'agitation et de la frénésie marchande. Quand je suis rentré chez Léon, je me suis tout de suite senti à l'aise. J'avais emménagé dans la capitale après la fin de l'Occupation. Paris était mon élément, comme l'eau pour le poisson. Après le maquis et la vie sauvage, il n'y avait que ce lieu où je pouvais respirer. Mais depuis quelques années – peut-être depuis la fin de la guerre d'Algérie –, le Formica envahissait les bistrots et le béton commençait à chasser le pavé des rues, et bientôt, ce serait les Parisiens qui seraient chassés de leur ville.»
«On s'est assis dans le canapé face à une petite table basse en osier. Un cendrier tournant en inox émergeait d'une grappe de petits soldats et de scoubidous. Sarah a déplacé l'étendoir à linge contre un mur tapissé de papier peint à motifs géométriques. Dans un coin, sur l'écran du téléviseur allumé, une capsule de la Nasa flottait dans l'espace. Avec les enfants qui couraient partout, l'appartement semblait minuscule. D'un seul coup, j'ai mieux compris pourquoi le Varech voulait quitter Paris. Je crois qu'il l'a vu dans mon regard et il a souri en nous servant des martinis blancs. Sa femme a rapporté des cacahuètes et des olives noires dans des bols ébréchés. Puis elle a coupé le son du téléviseur, mais pas l'image. Nous avons bu nos verres en fumant des cigarettes. La conversation a roulé sur des banalités. Ils avaient la télévision ? Oui, c'était exceptionnel, pour les enfants. Et puis parfois, ils diffusaient des programmes intéressants. le petit gars à un moment est venu me voir avec un livre.»
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Lousine
  15 octobre 2017
Enquête sous De Gaulle
Les Batignolles, locaux de la Brigade Criminelle, accueillent un nouvel inspecteur, Philippe Marlin : un amateur de whisky et de Jazz qui avait pris le maquis 20 ans auparavant. Dans le même service, travaillent Baynac ,un super flic qui a fait partie des RG auparavant, et le Varech, son adjoint.
Le 2e protagoniste de ce roman est le Service d'Action Civique, la police parallèle créée par le général De Gaulle pour défendre et faire connaître sa pensée et son action mais qui fut mise en cause dans de nombreuses affaires de meurtres, d'escroqueries et de trafics, qui est omniprésent même au sein de la Brigade Criminelle.
Le roman commence avec une tentative de cambriolage dans une bijouterie à laquelle notre héros, Marlin, met fin.
L'affaire qui lance le roman arrive ensuite : le meurtre d'une femme retrouvé dans le 17e arrondissement et que l'équipe de Marlin doit d'abord identifier puis dont elle doit retrouver l'assassin. Cette découverte emmène la nouvelle recrue dans de nombreuses péripéties afin de résoudre les différentes énigmes liées à ce cas.
Le roman est construit grâce à des descriptions très précises lors desquelles on a l'impression d'avoir la scène sous les yeux.
Les citations venant d'horizons divers (de genres et pays variés et dont on a la liste complète à la fin du livre) nous aident à comprendre les pensées, rêveries ou hallucinations de l'inspecteur au fur et à mesure de son enquête.
Les chapitres sont plutôt courts et rapides et nous permettent de suivre les différentes aventures de Philippe Marlin. L'intrigue reste cependant un peu lente à mon goût et le dénouement semble au contraire un peu précipité.
Il s'agit toutefois d'une intrigue assez intéressante pour les fans de polars se déroulant à des périodes historiques précises : la passion de l'auteur pour l'Histoire (avec un h majuscule) apporte de la crédibilité à l'histoire (avec un h minuscule).
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sandrine1616
  13 novembre 2017
Voici un polar bien noir, mêlant intrigues policières et politique. Nous sommes en 1966, la révolution estudiantine s'approche, le conflit des générations s'amplifie.
Une femme, magnifique (sublime, d'une beauté incroyable...) est retrouvée sauvagement mutilée.
L'équipe de policiers s'occupant de l'enquête patauge, s'embourbe et finit par interroger un coupable potentiel. Après une bavure, tout l'équipe est démantelée et chacun continue à mener sa barque.
Enfin non, pas chacun, car l'un d'eux, Marlin, obsédé par cette affaire, continue de fouiner.
Ce polar poisseux est pas mal. Juste pas mal. le souci c'est ces répétitions de bout de phrases incessants (et en italique), c'est ces phrases hyper courtes (4-5 mots) mais surtout dans la première moitié, étonnant, c'est c'est ces descriptions infinies (il se lève, prends un café, nourrit le chat, va aux toilettes, fait son lit, ...).
Le personnage principal est plein de colère. Les personnages féminins sont sublimes, ... (voir plus haut). La fin n'en est pas vraiment une. Et l'intrigue est complétement incompréhensible. Vraiment. Entre un meurtre, une autoroute, des chiens brûlés (cool -_- ), des biens spoilés, j'ai rien capté à comment Marlin trouve une solution à ce bazar.
Je l'ai lu sans déplaisir (en râlotant de temps en temps quand même) et refermé en soupirant (tout ça pour ça).
Ça m'agace parce qu'on sent le potentiel! Ce personnage, Marlin, il a quelque chose de sombre, de laid. Il aurait été intéressant de l'approfondir! Baynac aussi à un sacré potentiel!
La victime! Il y aurait eu tant de chose à en dire. En fait, l'enquête et sa résolution ne sont rien face à des personnages pareils et c'est triste, je trouve, d'avoir bâclé ces personnages pour juste faire un roman sur une enquête. L'auteur a assez de talent pour nous fournir un gros bouquin bien glauque, j'espère qu'il le fera pour son prochain opus.
J'ai lu ce livre dans le cadre de la Masse critique Babelio. Je remercie donc et Babelio et les éditions 10/18!
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legoergosum
  26 octobre 2017
Tout d'abord merci à Babelio et aux Editions 12/18 pour l'envoi de ce livre
Annoncé comme un polar de la rentrée à découvrir, Avant l'aube s'avère être bien plus que cela. Grâce au récit haletant du narrateur personnage -un policier de la Crim' (Philippe Marlin) chargé d'une enquête complexe sur le meurtre d'une jeune et jolie femme, dans le Paris de 1966- , l'auteur nous fait partager bien sûr les étapes de l'enquête criminelle, mais aussi les interrogations sur le passé obsédant de ce policier, passé qui interfère avec les personnages impliqués dans l'affaire, et, plus troublant encore, les liens souterrains avec le SAC, service ultra secret fondé dans les années gaullistes, avant la fin de la guerre d'Algérie, et ses inévitables corruptions. D'où les investigations menées par Philippe Marlin pour mettre au jour les agissements secrets d'une police parallèle.
Voici donc trois bonnes raisons de lire ce roman, très bien écrit, auquel on peut reprocher une certaine insistance sur des détails destinés à nous rappeler constamment ce décalage : nous sommes en décembre 1966... soit un demi-siècle avant la parution du livre, cette lourdeur étant surtout sensible pour quelqu'un qui a connu ces années, mais, pour un lecteur né dans les années 80 ou au-delà, ces références sont nécessaires, car la lecture du roman implique une immersion dans la France gaulliste des années 60.
Ce roman se lit avec un réel plaisir, le suspense habilement ménagé, les troublantes connexions avec le SAC (Service d'action civique) dans cette série de meurtres ou de morts suspectes , la dualité du personnage principal, avec ses zones d'ombre, en font un excellent polar, et bien plus encore...
A dévorer sans modération...



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Jeanfrancoislemoine
  18 octobre 2017
Je ne reprendrai pas les commentaires très clairs et pertinents des intervenants précédents mais je voudrais dire combien j'ai apprécié cette intrigue,lue d'une traite.
D'abord,il y a les lieux,les activités humaines,l'évolution liée à l'époque,bref un très bon rendu de la vie à Paris.Il se trouve que j'allais souvent chez ma tante qui habitait le quartier des Batignolles,parc ou j'allais jouer ,j'avais 12 ans.
J'ai eu l'impression de rentrer dans un récit en noir et blanc,comme l'illustration de couverture qui,du reste,à attiré mon regard et motivé mon choix de lecture.Vous l'avez compris,la nostalgie s'est emparée de moi!
L'imper,le casse croute dans un café du coin,le vin,la cigarette,bref l'atmosphère des inspecteurs de l'époque,comme dans les films.
Et puis cet amour impossible entre un flic veuf perturbé et une jeune journaliste dynamique et émancipée,situation pas facile dans les années 60,pas plus que le statut d'homosexuels,sujet on ne peut plus tabou.
L'histoire se déroule lentement,c'est vrai mais chaque chapitre se succède avec habilete.Quant a la fin,oui,ça s'accélère et le dénouement final nous appartient
Je crois que ce roman plaira à ceux qui,comme moi,on vécu cette période mais j'espère aussi qu'elle drainera un public plus jeune qui,au delà d'une intrigue bien maîtrisée,trouvera une photographie de la France pré soixante huitarde
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   08 octobre 2017
J’ai récupéré la 404 rue de la Roquette. Sur le trottoir, devant le passage du Cheval-Blanc, un vendeur de marrons grillés interpellait les passants à la cantonade. Assis à côté de lui, un clochard se chauffait les mains au brasero. Je suis rentré aux Batignolles. J’ai mangé une omelette jambon-fromage chez Baptiste, que j’ai dégustée avec un pichet de poulsard bien frais. Parmi les rares clients, quelques jeunes qui discutaient politique sur un ton enfiévré. J’ai fait la fermeture et suis rentré chez moi.
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Charybde2Charybde2   12 octobre 2017
Comme l’animal qui a la prescience de sa mort prochaine, j’ai senti, tandis que je traversais les nuages de fumée noire, épaisse et grasse, une piqûre douloureuse, cruelle. Un truc qui vous tétanise quelques secondes.
Je courais vers le pavillon de chasse, l’index collé au pontet du pistolet-mitrailleur. Je ne l’ai pas entendu arriver dans mon dos, l’autre pourri, avec son Rr 51. Ce n’est pas l’arme la plus fiable de la police française, mais il a suffi d’une balle de 7,5 mm pour me briser les reins. Et maintenant, étalé dans la pièce, par terre, comme un trophée, je ris alors que le sang s’échappe à gros bouillons de mon dos, s’épanche sous mes jambes en petites flaques sur les dalles en grès qui, tout à l’heure l’auront bu.
La douceur est incroyable en ce matin d’hiver. Dehors, le branchage noir qui s’agite à la cime du grand tilleul filtre les rayons du soleil, tresse des couronnes d’ombres sur les murs. C’est une journée qui s’annonce clémente, comme on dit. J’aurais dû profiter de ces petits matins brumeux, suivis d’éclaircies fugitives, inattendues, pendant lesquelles les rares feuilles des arbres prennent toutes leurs teintes, s’accrochent encore aux branches, avant de disparaître dans la grisaille. Oui, j’aurais dû profiter des bannières matinales de l’hiver, avant le grand plongeon dans les ténèbres.
J’aurais dû.
Me voici ramené à la loi des ombres, à ce temps qui n’en finit pas de finir.
Ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort.
Je ris.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   08 octobre 2017
Je n’ai pas eu le courage de rentrer directement chez moi le soir du jour où nous avons trouvé le corps sur la Petite Ceinture. J’ai fait une halte chez Baptiste, où j’ai enquillé un nombre important de verres de bourgogne aligoté. Baptiste restait debout derrière son comptoir, le torchon à carreaux sur l’épaule, le visage cerclé par les arabesques de sa gauloise, le regard dans le vide – qui savait ce que cet œil regardait ?J’ai bu et fumé mes gitanes en écoutant les conversations autour de moi. Pas mal de gens du quartier. Quelques étudiants aussi, égarés autour de la place de Clichy. Je les ai écoutés parler sans rien comprendre à ce qu’ils racontaient. De temps en temps, un mot ou un nom propre – « surdétermination », « Godard » – sortaient de leurs conversations, créaient une petite polémique. Les autres, les gens de peu, les regardaient, étonnés, tandis que je fixais sur la table en hêtre les traces circulaires des verres sur le bois laqué. Après avoir bu tellement de blanc que je ne savais plus si je rêvais, je suis rentré chez moi en titubant. Je suis passé devant le square des Batignolles. Une fosse où furent ensevelis les cadavres des fédérés. La montée des six étages a été difficile et je me suis assoupi une petite heure sur un palier quelconque. J’ai fini par ouvrir la porte d’entrée, Duke m’a sauté dessus et je l’ai nourri. Je me suis installé sur le lit et j’ai regardé la photographie de Jeanne sur la table de nuit. J’ai pensé à Charlotte Saint-Aunix. Puis à d’autres photographies, celles que le labo nous avait envoyées en fin d’après-midi. La poupée démantibulée. Le fantôme sanglant inscrit sur la pellicule. Retrouvé à moins de un kilomètre de chez moi, à vol d’oiseau.Fantômes de fantômes.Je les ai suivis comme on suit une corde raide. Tombée comme un souvenir, où grimper entre deux moments de temps disjoints ensemble.Je me suis levé pour aller vomir dans les toilettes. J’ai passé de l’eau froide sur mon visage qui se reflétait dans le miroir tacheté accroché au mur. J’ai ouvert la mansarde et le froid de la nuit s’est posé sur ma nuque. J’ai mis sur la platine un disque de Chet Baker, un enregistrement public d’un concert donné à Florence le 24 janvier 1956 avec Jean-Louis Chautemps au saxophone ténor et, d’un seul coup, c’est allé mieux. Très précisément avec You don’t know what love is que je me suis mis à chantonner entre deux bouffées de gitane. « You don’t know what love is. ’Til you’ve learned the meaning of the blues. Until you’ve loved a love you’ve had to lose. You don’t know what love is. »
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Charybde2Charybde2   12 octobre 2017
La guerre, je l’avais faite un peu par hasard, les circonstances ayant dicté ma conduite bien plus qu’une quelconque prédisposition au courage. Un frère aîné réfractaire au STO qui avait pris le maquis et que je ravitaillais de temps en temps. Puis un jour de janvier 1944, à dix-sept ans, j’avais pris la décision de le rejoindre, lui et ses copains. Instruction et entraînement au camp des Aulnottes, dans la froideur des nuits d’hiver. Sabotages, embuscades, opérations de harcèlement. Et ensuite mon affectation dans une SAP. Six mois d’une vie clandestine passée dans les forêts, comme dans un éternel présent, d’une vie qui s’était éprouvée en chaque point de mon être. Jusqu’à la blessure, à la fin de l’été. C’est pendant ma convalescence à l’hôpital d’Orléans, vers la mi-novembre, que j’ai appris la mort d’André, mon frère, tué par un tireur isolé dans les faubourgs de Strasbourg. Ce frère adulé qui avait rejoint le 81e RI pour « continuer le combat ». J’ai promis à ma mère, pétrie de chagrin, de reprendre le chemin du lycée. J’étais devenu sérieux à dix-sept ans. C’est sans doute pour cela que je suis flic.
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SZRAMOWOSZRAMOWO   08 octobre 2017
L’année 1966 tirait à sa fin. En Chine, Mao ne voulait plus la gentillesse, mais la guerre. Walt Disney était mort. Quelques étudiants s’excitaient du côté de Strasbourg, provoquant un énorme scandale. De Gaulle avait poliment demandé aux Américains de plier bagage, faisant plonger le Berry dans la déréliction. Les gens découvraient la mode anglaise, la Renault 8 Gordini, le stylo-bille et La Vache qui rit. Je regardais tout cela de très loin, comme derrière un verre voilé. J’avais consumé ma quarantième année dans le feu et le sang. J’avais tiré sur des ombres d’hommes. Il pleuvait quasiment tous les jours et les arbres accrochaient des haillons de nuages flasques dans leurs branches fluettes. Le monde, ses contours imparfaits, flottait, se reflétant dans un miroir dépoli à l’acide. Les feuilles mortes jonchaient les trottoirs, macéraient dans l’eau. Tout l’automne à la fin n’était plus qu’une tisane froide.L’hiver nous a surpris un jour de décembre. La température a chuté brusquement – au-dessous des normales saisonnières, comme ils disent à la radio. Une fin d’après-midi, en sortant du Quai des Orfèvres, Le Varech, Baynac et moi, nous avons été cernés par le drap humide des premiers frimas. En contrebas, la Seine, plus sombre encore que le ciel, avait disparu sous les nuées. De temps en temps, les yeux d’un bateau-mouche vacillaient dans la brume. Ronronnement du moteur, chuintement sourd de l’embarcation qui glissait sur l’eau. Nous avons levé les yeux. De minuscules flocons de neige dansaient dans la lumière des réverbères. Plus haut, les toits de Paris peignaient leur gris sur gris. Soudain, la figure de la vie était devenue vieille. Le Varech a remonté le col de son pardessus et a tiré longuement sur sa cigarette roulée. Baynac a murmuré : « C’est la saison, c’est la saison, adieu vendanges !… »J’ai frissonné.
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