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ISBN : 2757859595
Éditeur : Points (06/05/2016)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Les scientifiques nous l'annoncent, la Terre est entrée dans une nouvelle époque : l'Anthropocène. Ce qui lus arrive n'est pas une crise environnementale, c'est une révolution goéolgique d'origine humaine.
Depuis la révolution thermo-industrielle, notre planète a basculé vers un état inédit. Les traces de notre âge urbain, consumériste, chimique et nucléaire resteront des milliers voire des millions d'années dans les archives géologiques de la planète et soum... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
de
  05 février 2014
Politiser l'histoire longue de l'Anthropocène, penser ensemble cet âge dans lequel l'humanité est devenue une force géologique majeure
« ce qui nous arrive n'est pas une crise environnementale, c'est une révolution géologique d'origine humaine ». Cette révolution, comme toute révolution, ne surgit pas du néant, les auteurs soulignent que « L'opposition entre un passé aveugle et un présent clairvoyant, outre qu'elle est historiquement fausse, dépolitise l'histoire longue de l'Anthropocène ». Histoire et politique.
Anthropocène, nouvelle époque géologique, les sociétés humaines sont devenues « une force d'ampleur tellurique ».
Pour les auteurs, l'Anthropocène ne doit pas être tenu pour une chose, mais pour un événement, ce qui implique d'analyser son histoire, de renouer avec les questionnements antérieurs, d'explorer les futurs non advenus, les bifurcations possibles non empruntées et de se poser les questions de nos futurs, « si le dérèglement écologique atteint une dimension jamais égalée, ce n'est pas la première fois que des humains se posent la question de ce qu'ils font à la planète ».
Sommaire :
Première partie : Ce dont l'anthropocène est le nom
Bienvenue dans l'Anthropocène
Penser avec Gaïa – Vers des humanités environnementales
Deuxième partie : Parler pour la terre, guider l'humanité – Déjouer le grand récit géocratique de l'Anthropocène
Clio, la Terre et les anthropocénologues
Le savant et l'anthropos
Troisième partie : Quelles histoires pour l'Anthropocène ?
Thermocène – Une histoire politique du CO²
Thanatocène – Puissance et écocide
Phagocène – Consommer la planète
Phronocène – Les grammaires de la réflexivité environnementales
Polémocène – Objecter à l'agir anthropocène depuis 1750
Conclusion : Survivre et vivre à l'Anthropocène
« L'Anthropocène se caractérise bien par le fait que « l'empreinte humaine sur l'environnement planétaire est devenue si vaste et intense qu'elle rivalise avec certains des grandes forces de la Nature en termes d'impact sur le système Terre » ». Les auteurs analysent, entre autres, les impacts de l'activité humaine, les changements brutaux entraînés par de faibles variations de température moyenne, les cycles bio-géochimiques (eau, azote, phosphate, carbone, etc.). Ils soulignent « un essor inouï de la mobilisation humaine d'énergie » et les « changements d'échelle survenus depuis la révolution industrielle » et invitent à des investigations « au croisement des sciences naturelles et des humanités ».
Politique et histoire, contre les « externalités » des économistes, le développement durable qui ne répond pas aux nouveaux états de la planète, « porteurs de dérèglement, pénuries, violences qui la rendront moins aisément habitable par les humains », contre le simple terme de « crise », désignant un état transitoire, « or l'Anthropocène est un point de non retour », « Les traces de notre âge urbain, industriel, consumériste, chimique et nucléaire resteront pour des milliers voire des millions d'années dans les archives géologiques de la planète ». Il est donc difficile de prédire ce que pourrait être l'avenir, vu l'ampleur des perturbations générées par nos sociétés.
Il s'agit donc encore de politique pour parler de « notre » impuissante puissance, pour ouvrir les portes d'un autre futur prenant en compte les contraintes fortes. « Face à l'imprédictibilité forte des écosystèmes et de la Terre, les incertitudes sont structurelles et il ne s'agit plus de croire tenir le curseur d'un compromis durable. Il s'agit d'imaginer les contours – difficilement objectivables mais collectivement imaginables et discutables – de la résilience »
L'anthropocène comme enjeu politique et comme catégorie des sciences du système terre, contre les réductions technocratiques ou les fuites en avant industrialisantes. « L'anthropocène est politique en ce qu'il implique d'arbitrer entre divers forçages humains antagonistes sur la planète, entre les empreintes causées par les différents groupes humains (classes, nations), par les choix techniques et industriels, ou entre différents mode de vie et de consommation ».
Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz proposent de refonder de « nouvelles humanités environnementales », d'interroger notre conception de la liberté et de la démocratie et leurs bases matérielles…
Dans la seconde partie, les auteurs soumettent les anthropocénologues à une critique détaillée. Entre autres, sur l'oubli des alertes environnementales dans le passé, le récit global et de-historicisé de la coévolution de l'espèce humaine et du système terre, la réduction de l'histoire à des graphes, des courbes, des statistiques, leur simplification du monde, la fabrication d'une activité humaine, « le récit dominant des anthropocénologues fabrique une humanité abstraite, uniformément concernée, voire, implicitement, uniformément coupable ». Universalisme abstrait sans classes sociales, système de genre, cultures diversifiées, dominations et exploitation, etc., réduction de l'humanité « comme agent universel, indistinctement responsable ».
A cela, les auteurs opposent très justement : « Une rencontre fructueuse entre les sciences du système Terre et les humanités environnementales ne renoncerait pas à penser les asymétries et les inégalités sociales, mais explorerait au contraire comment elles se co-construisent mutuellement – aux diverses échelles y compris globales – avec la distribution des flux de matière et d'énergie par les dispositifs économiques, politiques et technologiques ». Ils détaillent le rôle des disparités de richesses, de l'élargissement des inégalités, des constructions politico-économique comme le marché des céréales de Chicago, pour souligner la « différenciation des responsabilités et des incidences entre les classes, les sexes, les peuples… ». J'ai particulièrement apprécié, leur insistance sur « la marginalisation des savoirs et des alertes », la critique de la téléologie du progrès, les citations de René Char et d'Henri Michaux.
Dans la troisième partie, Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz présentent une histoire politique du CO², des analyses sur la puissance et l'écocide, sur la consommation de la planète pour proposer des grammaires de la réflexivité environnementales.
Thermocène. Les auteurs parlent, entre autres, des additions des sources d'énergie, des services énergétiques et de leur inefficacité, de la place des choix politiques, militaires et idéologiques, de la nécessaire re-politisation de la domination des énergies fossiles, de l'aberration thermodynamique du chauffage électrique, de la place de la périurbanisation et de la motorisation des sociétés occidentales, de la « responsabilité écrasante dans le changement climatique des deux puissances hégémoniques du XIXe siècle (Grande-Bretagne) et du XXe siècle (les États-Unis », des liens entre crise climatique et entreprises de domination globale, des sens de la pétrolisation…
Thanatocène. Les guerres mondiales, la décroissance des coûts de destruction, la place des complexes militaro-industriels, les conséquences environnementales des guerres, la brutalisation de la nature, la culture de l'annihilation en lien avec la guerre et la chimie, la place de la guerre dans la globalisation économique, l'histoire de la conteneurisation, la non-taxation des carburants d'avion, etc.
Phagocène. Les auteurs analysent, entre autres, la fabrique et la puissance du consumérisme, la naturalisation du désir de consommation, inculcation historique de la discipline du travail, la création des marchés « capables d'absorber les nouvelles capacités productives des usines tayloriennes », les marques, les chaînes de distribution, l'obsolescence programmée, le rapport au désirable, l'alimentation fortement carnée, et sucrée, la culture du jetable sous couvert d'hygiène… Ils indiquent : « le consumérisme n'est pas seulement un ordre économique. Il définit aussi un ordre temporel organisé autour de travail. Son triomphe a éclipsé de puissants mouvements sociaux pour la réduction drastique du temps de travail ». Si ce dernier point me semble très important, les analyses du consumérisme gagnerait à intégrer la notion de fétichisme de la marchandise. L'insistance mise sur la consommation, la circulation de marchandises, sous-estime le poids de la sphère de la production dans les rapports sociaux, le façonnage des individus, de leurs besoins. Quoiqu'il en soit, les auteurs ont raison de souligner « le rêve de l'american way of life fondé sur la maison individuelle en banlieue avec tout son équipement électrique ».
Phronocène. Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz reviennent sur les consciences passées de l'environnement, sur les dénonciations des pollutions industrielles au XIXe siècle, les doutes climatiques liés aux déforestation, sur les savoirs populaires sur les milieux, invisibles pour les historiens, sur le bouclage des cycles de la matière, sur la thermodynamique, l'épuisement des ressources, etc. « Circumfusa, climat, métabolisme, économie de la nature, thermodynamique, épuisement : ces six grammaires de la réflexivité environnementale dont nous avons esquissé une typologie devraient faire l'objet de travaux historiques, montrant en particulier leur articulation à des pratiques concrètes (le maintien du bon air, de la fertilité des sols, le recyclage), montrant également l'interaction entre leur formulation théorique et les problèmes politiques ». Les auteurs concluent sur la modernité pensant à la fois « l'homme comme produit par les choses environnantes » et favorisant le cadre de leurs altérations et de leurs destructions.
Polémocène. Il ne s'agit pas de parler anachroniquement d'écologie, « Mais une histoire condescendante des alertes et des controverses environnementales du passé, une histoire qui négligerait de donner la parole aux vaincus, aux alternatives marginalisées et aux « critiques oubliées qui n'ont cessé d'accompagner les mutations de l'ère industrielle » ne serait pas moins anachronique ». Les auteurs estiment qu'il faut contester « la dégradation matérielle de la planète » à la veille de l'industrialisation, à la veille de la révolution capitaliste. Ils évoquent les défenses de la foret, des droits d'usage, les luddites et la destruction des machines, les oppositions aux pollutions et aux nuisances, les bifurcations techniques et industrielles, les résistances non à la technique « mais contre « une » technique » en particulier et contre sa capacité à écraser les autres ». Ils soulignent que les historien-ne-s devraient « veiller à déplier l'éventail des alternatives existantes chaque moment ».
Dans leur conclusion, ils reviennent sur certains points traités, sur l'apprentissage pour survivre, « c'est à dire à stabiliser le système Terre dans un état un tant soi peu habitable et résilient, limitant la fréquence des catastrophes, sources de misère humaine ». Contre les visions dépolitisées de nos relations à l'environnement, Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz réaffirment « L'entrée dans l'Anthropocène est intrinsèquement liée au capitalisme, à l'État-nation libéral et à la genèse de l'empire britannique qui domine le monde au XIXe siècle et contraint les autres sociétés à servir son modèle ou à tenter de survivre ».
Vivre demain, signifie donc « se libérer des institutions répressives, de dominations et d'imaginaires aliénants », de penser et construire des émancipations hors du système capitalisme, du productivisme et des catastrophes…
Lien : http://entreleslignesentrele..
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Freio
  11 juillet 2018
Les auteurs, Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, proposent des pistes de recherche incluant les coûts écologique et énergétique de la Révolution industrielle en Occident dans les nouveaux récits historiques.
La première partie est consacrée à la définition du terme « anthropocène » (que l'on doit au prix Nobel Paul Crutzen) et aux conséquences philosophiques dans les rapports homme/nature.
Concernant la deuxième partie, les auteurs passent en revue les différents récits, parfois anciens, faisant le constat de l'impact écologique de notre mode de développement. Car au fond, la question qui taraude les chercheurs est de comprendre, pourquoi en étant informées depuis si longtemps par de multiples mises en garde – lanceurs d'alerte dirait-on aujourd'hui – sur les conséquences catastrophiques du pillage écologique, les sociétés européennes n'ont elles pas pu mettre en place un autre modèle de développement. Car cette prise de conscience du risque écologique ne date pas de l'apparition des premiers partis « écolo » durant les années soixante. Déjà, les sociétés d'anciens régimes avaient des procédures de contrôle communautaire et étatique sur les productions nuisibles à la qualité de vie (de la localisation des tanneries en ville aux conflits marquant l'avènement du premier capitalisme chimique) preuve d'une intense réflexivité environnementale. Finalement, c'est une histoire de l'acceptation du risque environnemental et technologique imposant aux populations nuisances et pollutions. La qualité de vie dans les villes industrielles européennes du XIXe siècle en dit long.
La troisième partie, très concrète, ouvre des pistes pour de nouvelles narrations historiques, en s'appuyant sur une pléiade de néologismes qui peuvent paraître redondant mais qui ont le mérite d'être explicites (thanatocène, phagocène, Agnotocène, capitalocène... et j'en passe!).
Celui qui ouvrirait ce livre afin d'y trouver des recettes pour « sauver la planète » risque d'être fort déçu. Car L'ouvrage est un « livre programme » proposant une «  nouvelle histoire » incluant les préoccupations environnementales de notre époque. Mais cette nouvelle manière d'aborder « l'anthropocène » est selon les auteurs un premier geste politique pouvant nous aider à mieux appréhender les défis qui nous attendent dès aujourd'hui. En bref, très stimulant !
L'ouvrage reprend certains thèmes de la thèse de Jean Baptiste Fressoz « Joyeuse apocalypse, une histoire du risque industriel » parue au seuil en 2012.
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folivier
  08 janvier 2014
Essai très décevant sur un sujet passionnant.
Les deux auteurs proposent, en se penchant sur l'histoire de la prise de conscience de l'impact de l'homme sur l'environnement, une critique du thème : depuis peu l'homme aurait enfin "une conscience environnementale". Par voie de conséquence d'une part nous allons réduire l'impact écologique de l'homme d'autre part des solutions vont être trouvées pour résoudre les problèmes liés au changement climatique.
Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz démontrent très bien que dès le XVIIIème siècle, des intellectuels et des scientifiques ont dénoncé les conséquences d'une déforestation abusive ou de la pollution des premières fabriques. Ils montrent que très tôt des hommes ont lancé des alarmes sur les philosophies dominantes qui positionnent l'homme au-dessus de la nature, celle-ci étant là uniquement pour le bien de ce dernier.
Il est important de bien comprendre qu'au-delà du changement climatique c'est bien un changement d'ère géologique qui est apparu avec l'expansion de l'humanité, l'augmentation de ses besoins et l'exploitation de la terre, des mers, de l'air et de tous les êtres vivants. C'est à dire qu'un changement d'ère géologique est inexorable. On ne pourra pas revenir en arrière. Les auteurs insistent sur le fait que ces bouleversements écologiques sont les conséquences de décisions politiques et économiques. Décisions prises en toute connaissance des conséquences car à chaque fois dénoncé par une minorité.
La déception à la lecture de ce livre vient du fait qu'une fois refermé je me suis dit : et alors ? Par rapport à l'urgence de la situation et de la nécessité d'amplifier la prise de conscience de chacun, par rapport à l'importance d'obliger les politiques à prendre les décisions nécessaires pour préparer l'humanité aux conséquences inéluctables du changement climatique dans ce changement d'ère irréversible, qu'apporte les auteurs au débat ? Quel est l'intérêt de se pencher sur une histoire de la prise de conscience de l'environnement, de savoir que les décisions politiques et économiques prisent depuis le XVIII° siècle sont issues de conception occidentales et libérales.
Parfois les citations et situations présentées pour illustrer leur propos donnent plutôt l'impression de réactions conservatrices et traditionalistes par rapport au progrès et à l'évolution technologique. A aucun moment dans leur démonstration apparaît des éléments d'analyse voir même simplement l'évocation des apports du progrès à l'humanité. D'autant plus que les auteurs au fil de leur essai ne disent que suggérer, proposer des pistes pour des futurs historiens !
Toutes ces démonstrations sont noyées par un style très universitaire avec un vocabulaire difficile, des références à foison et 445 renvoi de note ! Un livre assez indigeste qui ne m'a pas apporté grand chose à ma réflexion sur notre avenir et nos actions à mener dans cette nouvelle ère géologique irréversible l'Anthropocène et le changement climatique.
Je conseil pour tous ceux qui seraient intéressé par cette question de l'Anthropocène de lire l'ouvrage de Claude Lorius et Laurent Carpentier : "Voyage dans l'Anthropocène" (voir critique : http://www.babelio.com/livres/Carpentier-Voyage-dans-lAnthropocene--Cette-nouvelle-ere-do/246876#critiques). Livre intelligent et s'adressant à tout le monde.
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vincentf
  07 janvier 2017
Nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, l'anthropocène, où l'être humain a modifié la planète à tel point que les équilibres construits fragilement durant les millénaires précédents se sont effondrés. Il ne suffit pas de le constater, même si certains, malgré l'évidence, en doutent encore. Il s'agit de comprendre cet événement majeur. Ce livre se sert pour cela de l'histoire et il montre les liens innombrables entre les activités humaines et les bouleversements de la terre. Il montre par exemple le poids énorme des guerres et des technologies de pillage qu'elles ont créées, particulièrement entre 1939 et 1945, et que l'on a conservées en temps de paix. Il montre le lien intrinsèque entre le développement du capitalisme mondialisé et l'exploitation sans fin de la planète, pour poursuivre la croissance, la sacrée croissance sur laquelle repose notre société de gaspillage. Il montre aussi que l'anthropocène est avant tout occidentale et qu'elle repose sur le creusement des inégalités, d'abord au temps de colonies puis dans celui de la mondialisation, qui n'est que le nouveau déguisement de la colonisation. Il montre enfin que les critiques faites contre ce système suicidaire ne sont pas nouvelles, que les résistances ont dès le début été nombreuses mais que le récit dominant a réussi à faire passer pour naturel (que ce mot est ironique ici…) la séparation de l'homme et de la nature et la nécessité de consommer tout ce qui peut l'être. Tous ces discours qui nous poussent à continuer la course contre le mur ont encore pignon sur rue. Un tel livre peut servir à leur opposer d'autres récits et d'autres organisations du monde. Mais n'est-il pas trop tard?
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pipige
  30 décembre 2018
Suite à une interview de Jean-Baptiste Fressoz sur une radio, j'ai décidé de lire ce livre sur l'événement anthropocène, c'est à dire cette nouvelle aire écologique suite à la révolution industrielle. L'intérêt évident du livre est de faire un état de la situation écologique actuelle très précise et sans concession. En clair, les rejets de CO² depuis plus de 2 siècles interdissent tout retour en arrière et donc toute transition écologique telle qu'entendue actuellement. Pour autant, passées les explications historiques, sociétales et historiques, le récit bute sur une absence complète de projections et de solutions. Les auteurs nous laissent, en quelque sorte, sur notre faim. de plus, certains chapitres sont assez complexes. Il faut parfois s'accrocher pour continuer la lecture. Pour ces 2 raisons, cet ouvrage, pourtant si éclairant, ne peut recueillir un plébiscite de ma part. Un tome 2 serait le bienvenu.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
Sodapop_CurtisSodapop_Curtis   11 octobre 2015
L'image de la Terre vue de l'espace véhicule une interprétation simplificatrice du monde. Elle procure un sentiment de vision d'ensemble, globale, dominatrice et extérieure, plutôt qu'un sentiment d'appartenance humble. Elle couronne ce que Philippe Descola a nommé le "Naturalisme", né en Occident, par lequel nous concevons les autres êtres de la Terre comme partageant la même "physicalité" que nous humains, mais comme étant d'une intériorité radicalement différente de la nôtre, nous positionnant ainsi en surplomb par rapport à la nature, dans l'extériorité stratégique de celui qui gère et pilote le système Terre auquel il appartient. Cette appréhension de notre place sur Terre à partir d'une perspective spatiale prolonge aussi une vision de l'objectivité comme une "vue de nulle part" née au milieu du 19e siècle, selon laquelle le bon savoir est celui qui est produit en s'abstrayant du système observé, pour laisser parler la nature. Ainsi, on ne pourrait bien connaître et bien gérer les problèmes de la planète qu'en la regardant de l'espace, par une vision en quelque sorte "déterrestrée". Ce point de vue supérieur postule non simplement que "nous n'avons qu'une seule Terre" (le fameux slogan de la Conférence de Stockholm en 1972), mais aussi qu'il existe un savoir supérieur sur les problèmes de la planète. Il perpétue un imaginaire naturaliste (dont l’anthropologue Philippe Descola a montré qu'il était un des quatre grands modèles de rapport des humains au monde) et, plus encore, un imaginaire "déterrestré", produit d'une culture technoscientifique qui s'est développée conjointement avec les dynamiques qui nous ont fait basculer dans l'Anthropocène. Cet imaginaire n'est pas neutre et domine d'autres imaginaires du rapport à la Terre (ceux des communautés indigènes et des mouvement socio-environnementaux populaires par exemple) qui pourraient, eux aussi, être porteurs de perspectives et de solutions pertinentes face aux dérèglements écologiques.
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Sodapop_CurtisSodapop_Curtis   11 octobre 2015
Dans l'histoire géologique tout comme dans leurs modélisations du futur, les scientifiques ont détecté des points de basculement du climat et des seuils d'effondrement brutal des écosystèmes. Ainsi, notant que la Terre oscille depuis 400 000 ans entre un état froid, glaciaire, et un état tiède, interglaciaire, ils suspectent l'existence d'un "point de bascule" (vers +2° ou +3° ?) au-delà duquel le système Terre changerait d'attracteur et se dirigerait vers un nouvel état stable résolument plus chaud (à +5° ? +8° ? Nul climatologue ne peut le prédire) qui a existé il y a des dizaine de millions d'années, bien avant l'apparition du genre humain, et a duré des millions d'années. Bien loin des projections linéaires des rapports du GIEC, il s'agirait d'un véritable saut dans l'inconnu.
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Sodapop_CurtisSodapop_Curtis   11 octobre 2015
En 2002, dans un article de la revue scientifique Nature, Paul Crutzen développe sa proposition : il faut ajouter un nouvel âge à nos échelles stratigraphiques pour signaler que l'Homme, en tant qu'espèce, est devenu une force d'ampleur tellurique. Après le Pléistocène, qui a ouvert le Quaternaire il y a 2,5 millions d'années, et l'Holocène, qui a débuté il y a 11 500 ans, "il semble approprié de nommer Anthropocène l'époque géologique présente, dominée à de nombreux titres par l'action humaine". Le Prix Nobel propose de faire débuter ce nouvel âge en 1784, date du brevet de James Watt sur la machine à vapeur, symbole du commencement de la révolution industrielle et de la "carbonification" de notre atmosphère par combustion du charbon prélevé dans la lithosphère.
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folivierfolivier   08 janvier 2014
Prendre au sérieux l'Anthropocène, c'est donc acter qu'il n'y a rien à gagner à parler de "crise environnementale". Le mot crise entretient un optimisme trompeur ; il donne à croire que nous serions simplement confrontés à un tournant périlleux de la modernité, à une épreuve brève dont l'issue serait imminente. Le terme de crise désigne un état transitoire, or l'Antrhopocène est un point de non-retour
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Sodapop_CurtisSodapop_Curtis   19 octobre 2015
L'histoire de l'énergie à visée gestionnaire repose sur un sérieux malentendu : ce qu'elle étudie sous le nom de "transition énergétique" correspond en fait très précisément à l'inverse du processus qu'il convient de faire advenir de nos jours dans le contexte de la crise climatique et du pic pétrolier.
La mauvaise nouvelle est que si l'histoire nous apprend bien une chose, c'est qu'il n'y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire. L’histoire de l'énergie n'est pas celle de transitions, mais celle d'additions successives de nouvelles sources d'énergie primaire. L'erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre le local et le global : si, au 20e siècle, l'usage du charbon décroît relativement au pétrole, il reste que sa consommation croît continûment, et que globalement, on n'en a jamais autant brûlé qu'en 2012.
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Vidéo de Christophe Bonneuil
Les Matins/ COP21 : un accord durable ? .Jean Jouzel Climatologue, glaciologue, membre du GIEC Chercheur au laboratoire du climat et de l'environnement du CEA Saclay Rejoint en deuxième partie par : Amy Dahan Historienne des sciences, Directrice de Recherche au CNRS (au Centre Alexandre Koyré, comme Christophe Bonneuil), spécialisée depuis dix ans dans l'analyse des relations entre Science et Politique dans le domaine du Climat. Auteure avec Stefan Aykout de Gouverner le climat ? : 20 ans de négociations internationales
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