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EAN : 9782072451416
251 pages
Gallimard (09/01/2014)
3.84/5   92 notes
Résumé :
«En l'espace de deux ans j'avais tenté d'oublier le quotidien de la guerre. Je voulais croire que je m'en étais sorti indemne.
J'en connaissais assez qui ne vivaient que dans le souvenir de la boucherie, partant comme en quatorze pour un nouveau round... La baraque pleine de trophées, baïonnettes allemandes, casque à pointe, obus de cuivre, etc., jusqu'au tibia de uhlan déterré dans une tranchée après un assaut victorieux. Un de ces connards m'avait montré le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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nameless
  23 juillet 2015
Les livres de Didier Daenincks sont intemporels, ils peuvent se lire à n'importe quel moment sans être jamais démodés, peu importe leur date de parution, puisqu'ils trouvent leur origine dans l'histoire contemporaine. Pas n'importe quelle histoire, pas celle javellisée qui est aux programmes des collégiens ou lycéens, entendons-nous. Didier Daenincks, écrivain citoyen, écrivain engagé nous oblige à gratter les écrouelles qui nous démangent pour découvrir ce qu'il y a sous ces croûtes qui se refusent à cicatriser : La guerre d'Algérie, la 1ère et la seconde guerre mondiale, pas dans leurs victoires universellement flattées et applaudies, mais dans tous leurs petits dérapages immondes que l'Etat cannibale aurait bien aimé garder secrets.

Rappelons que la profession de détective privé est née après la première guerre mondiale. L'invraisemblable nombre de disparus au cours de cette boucherie intégrale, est devenu une mâne pour les petits malins qui aidaient les femmes de tous les pays partenaires de l'apocalypse, y compris australiennes, soit à divorcer, soit à devenir officiellement veuves, prêtes à reconnaître n'importe quel corps démembré pour être libérées et éventuellement recueillir les pauvres bénéfices secondaires de leur décès. Surtout, ne leur jetons pas la pierre !

René Griffon, détective, sur rendez-vous, 15 rue du Maroc, Paris 19ème, a créé sa propre officine. Sa carte de visite aurait ainsi pu être libellée : “Détective Ducon, croix de guerre avec citation”. C'est lui qui le dit page 20. Parmi ses faits de guerre, celui qui l'a le plus traumatisé, c'est d'avoir défoncé à coups de crosse la tête d'un copain breton de tranchée qui venait de se suicider d'une balle dans la tronche, pour éviter que l'on déniche “un bureaucrate dans le service chargé de répertorier les pertes, trop heureux de détecter un “suicidé”, un lâche qui avait choisi de mourir de sa propre main plutôt que d'affronter les balles boches !” (p.51).

René est maqué avec Irène, sa secrétaire et néanmoins copine de sexe, avec laquelle il partage de bons moments bien justifiés. Quand le Colonel de Larsaudière fait appel à lui pour une banale histoire d'adultère, le lecteur comprend bien qu'il ne s'agit que d'un prétexte pour Didier Daenincks pour photographier le Paris d'après la première guerre mondiale. L'histoire policière sert de squelette que l'auteur recouvre de muscles et de graisse à travers les innombrables anecdotes que l'on devine documentées au millimètre. Les stocks américains laissés en jachère par un Etat US qui ne pensait pas conclure aussi rapidement, Cochon, qui aide les plus démunis à trouver un logement , les anarchistes et communistes en pleine ébullition. Il ne manque pas au passage de rappeler à notre mémoire défaillante l'épisode de la mutinerie russe à la Courtine. Je vous laisse découvrir cette honteuse page de l'histoire française au cours de laquelle le tsar-sanglant a envoyé ses opposants se faire massacrer pour aider la guerre mondiale : 800 obus tirés sur les rebelles, neuf morts, appréciez la véracité des informations officielles.

J'arrête là, non sans préciser que les fusillés pour l'exemple de 1917, sont souvent passés au poteau, pour masquer les errances de leurs chefs, ou quelquefois leur lâcheté face à l'ennemi. Il fallait, à tout prix, que la rébellion ne soit pas contagieuse. Elle n'a pas été.

Dans ce roman, l'aspect documentaire prend le pas sur l'écriture, le récit ressemble davantage à un article de journal, mais je ne vais pas m'en plaindre, on manque tellement de journalistes qui nous relatent les faits objectifs.
Si l'histoire vous intéresse, n'hésitez-pas. Pour moi, c'est trop, il y aurait trop à dire. Il reste tant à découvrir si l'on veut que la vérité soit rétablie, faites confiance à Didier Daenincks. Le der des Ders, un grand Daenincks, mais il n'en existe pas de petits.

Bonne lecture !
ps : Sur le plateau de Millevaches, une place raconte cette histoire éternelle des "hommes contre". Un monument dressé au coeur du village de Gentioux. Un enfant en blouse grise d'écolier dresse de poing devant la liste des jeunes hommes morts à la guerre. Ses doigts pliés affleurent une inscription : "Maudite soit la guerre".
Pendant près de 70 ans, toute manifestation patriotique était interdite devant ce monument, et les troupes qui le trouvaient sur leur chemin avaient ordre de détourner la tête ! Certains soldats, dit-on, serraient le point en passant, pour marquer leur solidarité avec l'écolier de Gentioux (Didier Daenincks dixit)

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morganex
  14 octobre 2021
Ce qui suit chronique le roman de Didier Daeninckx et la BD de Jacques Tardi qui en est l'adaptation.
Paris. Début des années 20. La France s'essaie sans nostalgie à tourner la page de 14-18 ; se refaire à neuf est délicat, voire impossible. Tant de haines à la traine d'un conflit sans raison. La cicatrisation prend mal, est douloureuse ; la blessure est si fraiche, si profonde, si intense. On se l'est pourtant promis, juré, craché, rancoeurs au panier: cette guerre serait "la der des ders" ; mais n'est-ce pas qu'un voeu creux, pieux, rassurant et fragile ? Des relents haineux trainent encore de part et d'autre de la frontière et déboucheront tôt ou tard sur la récidive guerrière. En Russie le tsar a abdiqué, le rêve bolchévique s'amorce. La France ouvrière se fait anarchiste, syndicaliste, se politise aux couleurs de l'Est lointain. le jazz vient des USA, les Années Folles pointent du nez, les femmes doucement s'émancipent. On liquide les stocks militaires US (corned-beef, jeans, automobiles ...etc) ; les filouteries pullulent sur ce que les GI's ont laissé à quai.
René Griffon, Varlot dans la BD (?), un désormais ex poilu, peine à reprendre pied dans la vie civile après trois ans de tranchées, de boue, de sang, de vermine et d'inutilité guerrière. Sa ligne de conduite : tâcher d'oublier (même s'il sait qu'il n'y parviendra jamais) et de rebondir loin des monuments aux morts, des commémorations, des défilés et de l'orchestration vaine du souvenir. Reconverti en détective privé il fouille le filon morbide des veuves éplorées en mal d'époux morts et enterrés, non encore identifiés ou même retrouvés ; le décès attesté leur ouvre les portes du veuvage, de la pension militaire et de la vie recommencée dans des bras autres. Triste et pragmatique réalité d'un monde où « the show must go on ».
Daeninckx a désormais entre les mains tous les ingrédients nécessaires à un bon polar noir historique. Au background d'époque, sur les traces d'un fouineur de privé qui ne va pas tarder à racler le pus sous la croûte, il y ajoute mine de rien son grain de sel habituel et corrosif, c'est un passeur d'histoires oubliées, un témoin à charge.
Un haut gradé demande à Griffon de filer discrètement une épouse soupçonnée d'adultère. L'amorce est typique du polar noir US qui met en scène, au choix, le gendre coureur de dot, arriviste et opportuniste, la nymphomane imprudente, l'épouse volage … Varlot, en acceptant, va, bien entendu, mettre le doigt dans un engrenage où, au-delà du grain de sable inattendu, le héros se montrera gène qu'il conviendra de vite court-circuiter.
Après « Cannibale », et sa diatribe sabrant (mine de rien) l'esprit colonialiste français des années 30, je m'étais promis de revenir vers Didier Daeninckx. J'y pressentais à mon goût une plume de conteur engagé, hargneuse et décidée, militante et citoyenne (si, si.. !). L'auteur trempe ses intrigues dans la vase noire d'évènements mineurs authentiques, oubliés ou sciemment tus, relativisés, classés à tort anecdotiques. Ces petits riens, presque en filigrane dans l'ombre officielle des grands événements, le touchent, l'inspirent et lui permettent de dénoncer et d'écorcher. Il les veut représentatifs d'une Grande Histoire qui semble ne retenir que ce qui l'arrange. Ces presque faits-divers enfin libérés pèsent sur la représentation que le lecteur se faisait d'une époque; un horizon de perceptions autres s'entre-ouvre; le regard jeté éclaire différemment ce qui a été appris sur les bancs de la communale.
Qui pour avoir entendu parler de certains détails biffés des manuels ? Qui, par exemple, pour connaitre l'épisode sanglant et peu reluisant des mutins russes de la Courtine, dans la Creuse de 1917, quelques mois avant la Révolution d'Octobre. Daeninckx use par la bande de faits à la traine et méconnus, de rouages mineurs de la Grande Machine à Souvenirs raturés. Il fait oeuvre de mémoire, déterre des scories qu'officiellement on aurait souhaité dans l'oubli, des faits laissés pour compte dérangeants car malodorants . Ils empuantissent une époque déjà peu ragoutante. Daeninckx gratte où çà démange pour que, jamais, la gomme de l'Histoire n'efface le moindre détail en sa défaveur.
Daeninckx, une nouvelle fois fidèle à lui-même, en conteur engagé sans concession, éclaire la Grande Histoire par le petit bout de la lorgnette, nous raconte la Petite au rythme du quotidien de ses acteurs de base sacrifiés. La seconde tordant le cou à la première, la vie quotidienne de ceux qui crevèrent pour les autres dénonce les errances d'un état-major nombriliste et opportuniste.
Qui, mieux que Tardi, aurait pu adapter en BD la noirceur bougonne, la hargne fataliste, ce "je narratif" résigné et désabusé, presque crépusculaire du petit polar noir de Daeninckx. le dessinateur possède en bouts de pinceaux et de plumes cette éternelle et incontournable noirceur d'Encre de Chine qui lui est propre et colle si bien au désespoir des Poilus.
"C'était la guerre des tranchées". Tout ce noir profond pleine page, en larges aplats de ténèbres ; un monde perdu dans une tombe obscure, sans espoir de lumière autre que celle d'un ciel de mitraille. Les ténèbres de l'Histoire. Ces regards sous les casques hantés par la folie. Ces ventres éviscérés. Ces cris dans la nuit du no man's land appelant les mères. Une autre vision, plus dantesque et réaliste, mordante, presque iconoclaste, que celle donnée par les monuments d'après-guerre où les Poilus représentés semblaient allégoriquement désireux de destins patriotiques, au-delà d'agonies dans une boue de sang, parmi les rats et la mitraille qui labourait les cadavres. Tardi avec sa "Guerre des tranchées" livrait sans fard des images sanglantes et horribles derrière les mots édulcorés de l'instituteur d'antan, il dessinait une vérité autre qui secouait et dénonçait au-delà du patriotisme obligé.
L'adaptation BD du « der des ders » prolonge logiquement dans l'après-guerre l'oeuvre commencée dans les tranchées de "La Grande Boucherie". Tardi, en noir d'encre embarqué, épais et omniprésent, après avoir peint de son indignation et de son empathie douloureuse « La guerre des tranchées », ses âmes meurtries, ses corps déchirés, toutes ces vies perdues, dessine un Paris qui s'essaie à la lumière retrouvée de ses rues et façades, de ses liesses nocturnes musicales de dansantes … avant que la lâcheté de certains au service de leurs seules ambitions ne remonte à la surface.
Daeninckx et Tardi. Deux complices, d'insatiables gratteurs d'Histoire qui sous sa croûte cherche la sanie. Après les ténèbres boueuses et sanglantes des tranchées, voici venir l'éclaircie trompeuse de l'immédiat après-guerre, s'y mêlent l'approche joyeuse des Années Folles, les séquelles traumatiques des gueules cassées, les poumons raclés par le gaz moutarde, les fusillés pour l'exemple (toujours traitres mais bientôt martyrs), les veuves de guerre qui au moindre cadavre de soldat s'empressent d'entrevoir un mari pour enfin refaire une vie, toucher pension.
« le der des ders » : un petit polar de rien mais qui, pourtant, via son prégnant background d'époque, vaut bien de longs essais historiques. de plus, s'y essayer, c'est croiser la prose bougonne et ronchonne, aisée et limpide de ses polars supposés mineurs qui, en damnés « mauvais genres », en valent bien d'autres, plus généralistes.
Vive Daeninckx. Vive Tardi.
Lien : https://laconvergenceparalle..
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chapochapi
  27 avril 2014
Polar ou roman noir ? c'est la première question que l'on peut se poser lorsqu'on lit le der des ders. Car s'il y a bien enquête, Daenickx se plait surtout à rendre vivant l'immédiat après-guerre : ses stocks de produits américains revendus à prix cassés, ses blessés empilés dans des hôpitaux périphériques, ses gradés trop soucieux de leur honneur, ses anarchistes révoltés etc. L'ensemble est servi par un argot savoureux et des personnages auxquels on veut croire.
Certes, il y a bien une enquête, avec ses méandres, ses impasses, ses doutes, et elle est plutôt bien fichue cette intrigue qui en défrisera plus d'un. Elle commence lorsque le colonel Fantin de Larsaudière fait appel à René Griffon, ancien soldat reconverti dans les enquêtes privées. Ce dernier, souvent narrateur de cette aventure, nous fait le portrait d'un colonel soucieux de préserver son honneur : sa femme le tromperait trop visiblement. Pas très intéressant en apparence, du moins rien d'extraordinaire : rien que du travail habituel. Mais René a un peu d'intuition et de furieux doutes sur cette enquête trop évidente, sur cette épouse trop docile à la filature, sur ce père trop peu soucieux de la tentative de suicide de sa fille. Alors René creuse. Et René trouve.
Encore une fois, le roman vaut autant pour cette énigme très bien menée que par la plongée dans le Paris des années 20 : pas de coupes garçonnes ici mais du corned mutton en boite, pas de jazz mais la dernière voiture à la mode et une société encore traumatisée qui ne cesse de clamer « si Jaurès avait été là ! ». Un plaisir double à la lecture de ce livre qui joue sur les rythmes, les encadrés qui cassent la page à la manière des surréalistes (je pense au Paysan de Paris) et les changements de narrateurs qui basculent sans cesse d'une vision omnisciente au point de vue interne. de fait, pas moyen de s'ennuyer !
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RomansNoirsEtPlus
  28 septembre 2015
Nous sommes début 1920 , la guerre est terminée mais elle reste vivace dans les esprits des principaux protagonistes de ce roman . A commencer par Renè Griifon qui a passé trois ans au front et s'est recyclé en détective privé ; elle l'est egalement dans celle du colonel Fantin de Larsaudiëre , qui vient de confier la délicate mission au détective de découvrir le maitre chanteur qui se cache derrière les menaces visant â révéler la vie dissolue de son épouse .
Mais cette mission va vite s'avérer plus complexe et plus délicate qu'elle n'apparait au premier abord .
A l'instar d'autres écrivains français spécialisés en polar comme Jean Amila avec « le Boucher des Hurlus « ou Patrick Pécherot avec « Tranchecaille » Didier Daerninck , en merveilleux conteur d'histoires et critique acerbe de la société , se fend ici d'un récit fortement empreint des atrocités et des injustices commises pendant la première mondiale auquel il ajoute une belle enquête policière rythmée et pleine de rebondissements .
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Thomas_Harnois
  23 mars 2021
« le der des ders » n'est pas un roman qui m'a passionné sans doute parce qu'il ne traite pas à proprement parler de la guerre de 14-18 mais de l'après guerre période que je trouve moins forte historiquement parlant.
L'ex-poilu Griffon vomit son dégoût de cette guerre horrible, de la lâcheté et de la stupidité de la chaîne de commandement qui envoya la chair à canon se faire massacrer avant d'en tirer par la suite tous les honneurs.
Il s'agit donc d'un procès à charge contre la guerre de 14-18.
Si l'intrigue tarabustée au possible ne m'a pas intéressé outre mesure, j'ai été en revanche plus séduit par les descriptions de Paris et de sa population, de sa banlieue nord allant de Saint-Denis à Levallois.
J'ignorais cette facette aussi industrielle du Nord de Paris, facette qui a il faut le dire quasiment disparue au rythme de la croissance délirante de l'activité tertiaire et de la fermeture des usines ou des ateliers.
Malgré le charme de l'ancien, je n'aurais je pense pas spécialement envie de découvrir davantage cet auteur.
Lien : https://lediscoursdharnois.b..
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
santorinsantorin   28 octobre 2018
Depuis la construction des abattoirs une sorte d'aristocratie souterraine s'était créée. Quelques familles de déshérités se partageaient les meilleurs "points de pêche" du réseau d'évacuation des eaux usées proche de la Porte de la Villette. Les installations de récupération de matières animales des abattoirs laissaient, en effet, filtrer d'infimes particules de graisses diluées dans l'eau bouillante des échaudoirs. Parvenues dans les égouts, ces graisses se figeaient en surface. Il suffisait alors d'une simple écumoire pour récolter le suif miraculé.
Un matin de juillet , un gars avait décidé, au mépris de toutes les règles non écrites de la profession d'écumeur d'égout, de s'installer au bas de l'échelle de la rue Rouvet.
On ne parvint jamais à déterminer qui poussa la bordure de trottoir prélevée sur un chantier de voirie…
Un égoutier retrouva le corps, à moitié bouffé par les rats, flottant dans les eaux du grand collecteur, à Jaurès. Personne n'était venu trouver la police ; on ne se souciais pas, dans le quartier, de ce meurtrier inconnu… L'écrémeur solitaire n'avait eu que ce qu'il méritait. Les flics étant sensiblement du même avis : ils se contentèrent de remonter la bordure et l'affaire fut classée.
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santorinsantorin   01 novembre 2018
Bonjour les escarbilles ! L'obscurité complète jusqu'à Charonne… D'ailleurs, ça valait tout aussi bien. Je préférais cent fois le quartier de La Chapelle, malgré ses gazomètres et ses interminables encombrements de camions, à ce secteur truffé d'usines métalliques, d'ateliers de laminage… En le traversant il n'était pas rare de se prendre des bouffées d'acide en plein nez quand un ouvrier, à demi asphyxié par une trop longue pause au-dessus des bacs d'électrolyse, venait reprendre souffle sur le trottoir.
On en rencontrait des dizaines comme ça, entre quinze et quarante ans maxi… J'évitais de regarder leurs mains grignotées par la chimie, crispant les poings au plus profond de mes poches.
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namelessnameless   22 juillet 2015
- Vous n'aimez pas les flics, vous non plus ! Je n'en suis pas un. Détective privé. Je travaille à mon compte.
- Vous faites le boulot en direct, en vous passant de l'Etat... C'est pas bête. Les troufions auraient dû y penser en 14, je ne serais pas là à me racler les bronches pour virer tous ces satanés résidus d'ypérite. Tu parles d'un bon air qu'on avait sur la Marne... J'ai jamais pu me faire à la campagne !

Page 79 - Folio Policier
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santorinsantorin   28 octobre 2018
Un jeune Breton dont je ne connaissais pas le nom, tout juste si je savais qu'il venait des environs de Quimperlé, craqua le premier. La détonation de son Lebel s'était mêlée au sifflement d'une marmite. La balle était rentrée sous le menton puis avait traversé le casque, en ligne droite……
J'ai ramassé le fusil encore fumant en gueulant de désespoir. Pas un n'a réagi quand j'ai défoncé le crâne de ce pauvre Breton à coups de crosse. Ils me croyaient dingue, ça se lit vite dans les regards cette pitié pour ceux qui divergent.
Il le fallait. Pour lui. L'ont-ils compris ?
On aurait bien déniché un bureaucrate dans le service chargé de répertorier les pertes, trop heureux de détecter un "suicidé", un lâche qui avait choisi de mourir de sa propre main plutôt que d'affronter les balles boches !
Infâme connard, c'est en pensant à ton crâne que je réduisais en bouillie celui d'un jeune gars.
Il le fallait. Même si son nom gravé dans la pierre ne signifie pas grand chose. Simplement le repos d'une mère, d'une femme qui continuent à vivre sur un souvenir. Un numéro sur un registre des pensions, payant la peur au tarif de la mendicité.
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namelessnameless   21 juillet 2015
En 17, les Ricains étaient partis pour une guerre de dix ans. Ils n'avaient pas hésité sur l'intendance ; tout ce que nécéssitait la vie d'un bon million d'hommes durant des mois était empilé bien droit dans des multitudes de hangars disséminés sur le territoire français. Manque de pot, en un an c'était réglé. Guillaume kaput...

Page 30 - Folio policier
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Vidéo de Didier Daeninckx
À quelques jours des municipales, le réel d'abord : Didier Daeninckx ouvre son tract Gallimard sur son déménagement : il quitte la Seine-Saint-Denis (93) pour s'installer dans le Val de Marne (94). Porteur de la mémoire de ces espaces, il revient sur les nombreux bénéfices dont ont bénéficié les mairies et les associations communistes à Aubervilliers, et plus généralement dans les banlieues rouges. L'écrivain, pour qui l'écriture reste un lieu de résistance, explore le roman fiction dans trois livres, publiés dans la collection Tracts chez Gallimard intitulé "Municipales : Banlieue naufragée" (2020), "Le roman noir de l'Histoire" (Verdier, 2019) et, paru en mars en folio Gallimard, "Artana ! Artana !". Il est l'invité de la Grande table aujourd'hui.
La Grande table Culture d'Olivia Gesbert – émission du 11 mars 2020 À retrouver ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/saison-26-08-2019-29-06-2020
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