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Christophe Claro (Traducteur)
EAN : 9782207252000
709 pages
Éditeur : Denoël (29/08/2002)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 278 notes)
Résumé :
« Je fais encore des cauchemars. D'ailleurs, j'en fais si souvent que je devrais y être habitué depuis le temps. Ce n'est pas le cas. Personne ne s'habitue vraiment aux cauchemars. .. Ainsi parle Johnny Errand au seuil de cette Maison des feuilles, et de poursuivre sa mise en garde : « Ça ne se produit pas immédiatement, mais sans prévenir vous vous apercevrez que les choses ne sont pas telles que vous pensiez qu'elles étaient. Livre subversif, livre défendu, le lec... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
Marquise_de_Miaoucha
  17 avril 2012
Tout commence par une critique dithyrambique dans un magazine féminin. On annonce un « livre-culte », un livre hors du commun, un livre étrange, déroutant mais « cultissime » ! Et ça, ça nous interpelle !
Alors on va à la librairie, on le trouve dans les rayons, on le prend dans les mains et là, première constatation : il n'est pas comme les autres. Il est lourd, dense, et de forme presque carrée. On le feuillette pour mieux s'imprégner de son contenu et là, c'est la stupeur… On trouve différentes polices, des paragraphes non justifiés, des pages ne contenant qu'un mot au milieu, ou en bas, ou en haut, des mots en couleur bleue (ce n'est qu'à la lecture proprement dite que l'on constatera qu'il n'y a que le mot maison écrit en bleu, comme dans le titre), certaines pages ont même des textes écrits à l'envers, en miroir, des textes encadrés insérés au milieu d'un autre texte…. On se demande alors vraiment si on aura le courage de lire cette « chose ». Et puis on se dit que si les critiques l'ont qualifié de « culte » c'est probablement qu'il faut voir au-delà de l'apparence… Même si le contenant est un peu loufoque, voyons le contenu !
Donc, on l'achète et…..il reste deux mois sur la table de nuit car on n'ose pas l'affronter. Puis, un matin, (ou plutôt un soir), on se sent d'attaque et on ouvre « La maison des feuilles » et on comprend très vite, presque tout de suite, pourquoi tous l'ont couronné et encensé ! On se laisse prendre par sa magie, par sa puissance. Au bout d'à peine quelques pages, on sent déjà bien qu'à la fin de ce livre, on ne sera plus comme avant.
L'histoire qui est le fil conducteur de ce roman (car malgré tout il s'agit bien d'un roman), est très prenante, à la limite de l'angoisse et réveille en nous nos plus anciens cauchemars de maison hantée, de monstres qu'on devine mais qu'on ne voit jamais…Les passages angoissants sont savamment dosés et alternent avec des paragraphes parlant de tout autre chose : il faut mettre son esprit au diapason et ne pas perdre le fil !
Le chapitre sur les labyrinthes est extraordinairement bien construit : on croit se perdre dans les dédales du (ou plutôt des) texte, puis on retrouve une sortie, puis non, c'était une impasse, il faut se replonger dans les couloirs, dans les notes de bas de pages, dans les circonvolutions du livre : c'est un véritable labyrinthe mais aussi un véritable tour de force qu'a accompli là Danielewski et on ne peut éprouver qu'une admiration sans borne, teintée d'une pointe de jalousie, il faut bien l'admettre…Pourquoi n'a-t-on pas un tel génie ?
On comprend aussi qu'il lui ait fallu 12 ans pour l'écrire, et que le traducteur ait pris un tel plaisir à transcrire ce texte.
Il n'y a qu'un mot qui nous vienne à l'esprit, même s'il peut en choquer quelques uns : c'est jouissif !
Pour conclure, je conseille vivement cette expérience à tous ceux qui aiment VRAIMENT les livres !
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Hugo
  30 juin 2016
C'est l'impression d'être une vieille fille avec mes petites habitudes, tous les matins après mon chocolat, et mes sprits, je m'attable devant mon clavier Azerty pour écrire, pour redonner à mon égo une place de choix dans ma tête de con, ça m'amuse, et je prends mon pied…
Mais il est l'heure de se mettre au boulot, sortir les dossiers, analyser l'ampleur de l'ennui qui m'attend, dépossédé de toute motivation prolétaire…
Putain de merde j'ai rendez vous avec mon patron dans un cabinet d'architectes, pour discuter boulot, moi qui aimerais parler voyages, plongées, lectures, que dalle, ça parle capitalisme et meubles sur mesure, moi fringué en chemise à carreaux et jeans, le poil à l'air, au milieu des costards, coincés dans cette atmosphère apathique, je respire l'aigri par mon comportement, doux rêveur qui se laisse bercer par leurs caprices d'archi :
- Pardonnez-moi mon réveil brutal, mais le meuble là, il vole ?
- Euh oui, tout à fait, pour des raisons esthétiques ils nous semblaient très artistiques qu'il puisse voler
- Oui mais je ne suis pas magicien
- C'est vous le technicien, nous les rêveurs
- Eventuellement je peux vous proposer des petits ballons gonflés à l'hélium
- de quelle couleur les ballons ?
J'ai déjà décroché, absorbé par toutes ces nanas qui se trémoussent leur maquillage de classe avec grâce, déjà perdu de cet univers qui m'échappe de plus en plus, j'ai pris un coup dans la gueule, victime récente d'une crise existentielle qui me fait de l'oeil, d'un mal de vie à la con, pas vraiment légitime au regard de la misère du monde, mais égoïstement je ferme les yeux sur ma petite personne pour retrouver cette sérénité désertée au prix de l'amour irrationnel…
Il me reste cette petite chose qui dandine son cul, petite bouille blondinette à bouclettes, un chouchou dans les cheveux, un petit bidon à croquer, un sourire espiègle, un caractère à la con, un papa à la con qui profite de ce petit machin qui fou le sourire partout la gueule…
Hier après le taf je l'ai emmené au parc, toboggan, balançoire et c'est le bonheur tout bête qui se balance :
- Pousse papa, pousse papa…
- Je te pousse je te pousse
- Papa à Gwenn, assis à côté de Gwenn
- Attends je matte les mamans
C'est tout con des fois, un peu à l'eau de rose, mais c'est du kif en miniature, ça vous câline la tronche à coups de bisous, ça vous sourit l'innocence, t'es là à prendre ton pied, à t'occuper de ton petit souci d'amour, qui roule du cul quand elle coure, qui saute partout, dopé à l'énergie, pot de colle à souhait, un régal de la vie, sucré, qui vous aime sans condition… Et puis le retour à la routine qui vous convient mais parfois plombée par des événements bien compliqués à gérer, ou le temps s'égraine au fil des journées, des semaines et des mois qui défilent, sans trop comprendre pourquoi des fois l'histoire tranquille d'une vie pépère part en sucette, inutile de se torturer indéfiniment, il faut savoir redonner un peu de sens à ce qui n'en a pas, et le vent souffle les feuilles dans mon appartement aux cris de ma fille qui réclame son chocolat du soir :
- Un seul parce que après tu ne vas plus rien bouffer
- Un seul vui… non deux, un tuc, un chocolat
- T'es dure en affaire toi
A plus les copains
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Woland
  28 septembre 2008
House of Leaves
Traduction : Claro
Réflexion que l'on peut qualifier d'abyssale sur les apparences et ce que nous percevons de la réalité aussi bien par l'oeil que par l'oreille, "La Maison des Feuilles" se présente sous l'aspect, assez innocent à première vue, de deux récits, le second surlignant le premier. de temps à autre, les notes de "l'Editeur" viennent éclairer ou assombrir le second texte.
C'est un vieillard étrange et retrouvé mort depuis peu dans une chambre qu'il avait pris soin de calfeutrer contre la lumière du jour et, de façon générale, contre l'extérieur, qui a rédigé le premier texte. Son nom était Zampano - comme le héros de "La Strada" de Fellini. Et son récit d'ailleurs concerne le cinéma puisqu'il n'y est question que du film réalisé par Will Navidson sur les aberrations spatiales qu'il a enregistrées au coeur de la maison qu'il venait d'acheter loin de New-York. Titre du film en question - devenu film-culte, nous l'assure Zampano : le "Navidson Record."
A la mort de Zampano, son "héritage", ce manuscrit biffé et raturé en tous sens, ce pavé énorme et où s'exprime toute l'érudition et la passion de celui qui l'a écrit, a atterri entre les mains de Johnny Errand, un trentenaire au roman familial assez corsé et qui, depuis un temps qui ne sera pas indiqué au lecteur, vivote comme il peut en travaillant pour un salon de tatouage. Quand il ne travaille pas, Johnny Errand le bien nommé ("La Maison des Feuilles" est bourrée de clins d'oeil du même type) fait la bringue et abuse de l'alcool et de toutes les substances, licites ou pas, qui permettent d'oublier la réalité - ou de la faire reculer, tout simplement. Et puis, bien sûr, il y a le sexe. Mais peu à peu, au fur et à mesure qu'il avance dans la lecture du manuscrit de Zampano, Johnny va remplacer tout ça par l'incroyable, la prodigieuse histoire du "Navidson Record".
Au début, le lecteur trouve inutiles et même carrément superflus les notes et apartés de Johnny. Jusqu'au moment où il se rend compte que, tout comme elle a permis à Zampano d'aller jusqu'au bout de lui-même, l'affaire du "Navidson Record" est destinée à faire atteindre à Johnny une nouvelle dimension de son être.
"La Maison des Feuilles" se vit comme une forme de voyage initiatique à travers bien des choses : d'abord la maison elle-même mais aussi la culture de l'image qui est la nôtre, l'imaginaire fantastique que nous nous sommes formé en visualisant toutes sortes de films d'horreur (ou plutôt en acceptant que soient mis en images les bons vieux mythes avec lesquels la littérature nous avait déjà fait faire connaissance ) et, encore plus profond, nos angoisses personnelles les plus profondes (l'image des parents, la sexualité, la Mort et, pire que la Mort, le Néant ...), le terrible sentiment de solitude qui nous accable d'autant plus pesamment que nous vivons en groupes de plus en plus importants, la quête de Dieu, de ce qu'il est, de ce qu'il n'est pas, de ce qu'il ne peut pas être (qui nous fait revenir à la quête de la vie intra-utérine, la maison des Navidson pouvant symboliser la matrice originelle), l'espoir, le désespoir, le ... la ...
D'une construction exemplaire, "La Maison des Feuilles" ne demande en fait à son lecteur que quelques minuscules efforts (s'adapter à son format, suivre les instructions qui nous recommandent de consulter l'annexe tant et non pas celle qui la précède chronologiquement, se poster devant la glace pour lire certains textes en écriture-miroir, mettre notre livre la tête en bas ou sur le côté pour suivre la progression du récit, etc ...) pour lui faire partager ses fabuleuses richesses - que les amateurs de livres et de cinéma devineront peut-être plus rapidement que les autres cependant.
En bonne logique, toute personne née dans les cinquante dernières années du XXème siècle devrait se sentir concernée par "La Maison des Feuilles" et y reconnaître l'essence même de ce siècle entièrement dominé par l'emballement des technologies, la précipitation des événements et le galop déchaîné des images s'annulant l'une l'autre avant de se réunifier pour former à nouveau, et dans la plus totale, la plus absolue des contradictions, une réalité à nouveau cohérente.
"La Maison des Feuilles", c'est moi, c'est vous, c'est votre voisin, c'est la fin d'un siècle qui allait trop vite et le début d'un autre qui prend la même direction, c'est une vision à la fois débridée et concise de la société où nous sommes nés et où nous mourrons, c'est toute notre culture occidentale ...
... et c'est aussi un roman fantastique, un film d'épouvante, une réflexion philosophique, un film mystique, un documentaire sur le rôle déterminant de l'image dans notre civilisation, une boîte de Pandore, une bibliothèque qui n'en finit pas, un escalier qui n'en finit pas ...
... et, plus simplement, un sacré bon roman. ;o)
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Latulu
  25 octobre 2020
En préambule et pour les personnes ayant déjà lu le livre, je précise que j'ai lu la version où le mot maison est imprimé en bleu sur la page de couverture.
La maison des feuilles : roman mille-feuilles, roman atypique, roman dérangeant, roman… épuisant. Un vrai labyrinthe.
Comme la maison dont le récit principal tente de décrire le lieu dans le lieu, le récit dans le récit tente d'appuyer notre lecture ou de nous égarer selon les épisodes.
Alors il faut s'accrocher et pratiquer quelques gestes de gymnastique pour la nuque car oui vous allez vous retrouver la tête en bas, sur le côté voire même le corps planté devant un miroir pour déchiffrer certaines phrases. Si cela ne vous décourage pas je continue… Et je sens que je vais en baver à essayer de résumer….
Johnny Errand est un jeune homme un peu paumé qui vivote entre son boulot d'apprenti tatoueur et les sortis enivrées avec son pote. Un soir, il découvre un mauscrit chez Zampano, un vieil aveugle qui vient de mourir. le manuscrit se révèle être un essai sur un film « Le Navidson Record ».
Dès lors, le récit se transforme, l'histoire principale devient le script de ce film agrémenté des analyses de Zampano et en note de bas de pages, les commentaires et digressions de Johnny Errand sur sa propre vie.
Le Navidson Record est un reportage réalisé par un ancien photographe sur la reconstruction de sa relation avec sa famille dont le symbole est l'achat d'une maison. Sauf que dans cette maison, un couloir apparaît soudain qui donne sur un entrelacs de pièces. L'exploration de ce nouveau lieu se révèle bientôt impossible et le réalisateur doit faire appel à des explorateurs expérimentés. Cet autre monde défie la physique : ses dimensions ne peuvent tenir dans la maison, les pièces, couloirs et escaliers changent constamment de format.
La maison des feuilles est un roman à sensations. Mais au-delà de l'aspect fantastique et horrifique, la structure du récit est source de confusion. Au début je lisais le récit principal et les notes de bas de pages avant d'abandonner et de me concentrer uniquement sur le récit principal puis de reprendre le début du livre et de lire les notes de bas de page. Avec cette méthode ce sont bien deux récits différents qui apparaissent et je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure méthode hein ^^.
Quoiqu'il en soit et même si ma critique vous paraît confuse, après tout je reste dans le thème…, j'ai beaucoup aimé ce livre. D'abord parce qu'il m'a sorti de ma zone de confort : il faut réfléchir à comment lire et retrouver le texte dans le texte en rattachant les notes de bas de page (le récit de Johnny Errand) à l'analyse Zampano du Navidson Record. Je me suis laissée porter par les étrangetés sur le fond du récit mais aussi sa forme. J'ai tenu bon en suivant un des conseils donnés dans le récit : la meilleure façon de sortir d'un labyrinthe c'est de poser une main sur le mur et d'avancer sans jamais lâcher ce mur. J'ai donc fait plusieurs fois le tour du roman en découvrant de nouvelles choses à chaque fois.
Si vous êtes en quête d'originalité vous n'allez pas être déçus.
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Cronos
  28 janvier 2019
Quel curieux objet, une magnifique idée pour se réapproprier le format physique du livre en le manipulant dans tout les sens. le plus drôle c'est qu'à la base il était disponible qu'en format numérique.
Mon édition est chez Points en version « 2 couleurs », pas de braille et les planches sont en noir&blanc. Je le fais rarement mais je tiens à remercier traducteurs et maisons d'éditions pour avoir acceptés de diffuser un ovni pareil.
Pour vous donner une idée, il y a parfois des citations dans d'autres langues, comme du Apollinaire en ce qui me semble être du vietnamien, une mise en page qui vous obligera à tourner le livre, texte classique, note sur 3 pages, parfois partition ou simple mot, images et même braille dans l'édition « couleurs ».
Ce livre ne se contente pas d'être original, il raconte aussi une histoire qui l'est tout autant. L'intrigue oscille entre la légende urbaine et du Lovecraft, donc oui, coup de coeur !
J'adore les mythes et légendes du passé et je garde la même passion pour les légendes urbaines modernes et autres creepypasta. Ce livre en a les codes, une vidéo étrange, un meurtre pas suffisamment étrange pour intéresser la police mais entouré de mystères. Les étranges vidéos de la famille Navidson, l'ambiance pesante, le pressentiment d'une catastrophe proche mais sans savoir ni d'où elle vient ni quand. Je ne sais pas si ça vient de mon habitude de lire des histoires de ce genres dans lesquelles tout en devient louche.
Tout est parfaitement ficelé pour perdre ses repères aux lecteurs. Vraies et fausses notes, références, mots soulignés, barrés ou en couleurs orientent la compréhension du texte. Comme chez H. P. Lovecraft on n'entre pas tout de suite dans l'horreur, en fait après relecture je me suis rendu compte que le danger est présent dès le départ mais qu'on en a conscience qu'une fois qu'on connait la menace. Par exemple page 26 premier coup de stress, une description demandant de ne pas lever les yeux de la page suffit à me faire peur. En général je lis de nuit et il y avait du vent ce soir-là, donc c'est vrai que ça joue sûrement une part importante de mon immersion.
Le personnage principal est la maison, à la limite Navidson avec ses films, mais tout part et à lieu à cause de cet endroit. Pour moi c'est un point positif de ne pas avoir trop de description des autres intervenants, ça me permet de m'y imaginer. Comme pour le danger qui y rôde, le fait de savoir qu'il y en a un sans en avoir les détails précis permet d'y transposer mes propres peurs.
J'ai écrit un peu moins de 5 pages pour cette critique, je pourrais en parler pendant des heures. Page 313 « le film s'arrête là », trop obsédé par ce que je venais de lire, la fine page me coupe l'index laissant s'échapper un peu de sang sur la tranche. C'est une de mes lectures que j'ai le plus apprécié ces 5 dernières années, elle m'a vraiment marquée et physiquement aussi.
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
EmniaEmnia   20 juillet 2017
J'espère, je crois, que les armes me feront du bien, m'accorderont une sorte de contrôle à la con, surtout si je sens l'apathie en moi devenir trop lourde et trop épaisse, m'avertissant que quelque chose approche à nouveau, rampe lentement vers ma chambre, non le fruit de mon imagination mais une chose aussi tangible que vous & moi, qui ne cesse de gratter, d'haleter et de gronder d'une terrible rage, mais qui toujours reste devant ma porte, et attend, sans doute un mot ou un ordre ou une autre sorte de signe pour enfin déclencher la violente et désormais inévitable confrontation - une chose dont la férocité n'a d'égale que ma tristesse. Jusque-là, rien, même si je sors toujours le Taurus et le Heckler & Koch de la malle, les charge, et garde le doigt sur la détente. Parfois pendant quelques minutes. Parfois pendant des heures. En visant la porte ou la fenêtre ou un coin du plafond plongé dans l'ombre. Je me couche même avec dans mon lit, planqué sous mes draps bleu ciel. J'essaie de dormir. J'essaie de rêver dans la mesure où je peux me rappeler mes rêves. Au moins, je ne suis pas sans défense à présent. Au moins j'ai ça. Une arme dans chaque main. Prêt à faire feu. La sécurité enlevée.
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GaidhligGaidhlig   13 novembre 2017
Les devinettes : elles enchantent ou tourmentent. Le ravissement repose dans leur solution. Les réponses fournissent des moments lumineux de compréhension parfaitement adaptés aux enfants qui habitent encore un monde où les solutions sont aisément disponibles. Dans la forme des devinettes gît la promesse implicite : tout le monde peut les résoudre facilement. Aussi les devinettes rassurent-elles l'esprit de l'enfant qui vacille follement devant le flot d'informations et les nombreuses questions qui en découlent.
Le monde des adultes, toutefois, produit des devinettes d'une variété différente. Elles n'ont pas de réponses et sont souvent qualifiées d’énigmes ou de paradoxes. Mais la trace d'une formulation propre à la devinette corrompt ces questions et fait résonner l'écho de la leçon la plus fondamentale : il doit y avoir une réponse. De là naît le tourment.
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EmniaEmnia   18 juillet 2017
Cela s'applique non seulement à la maison mais au film lui-même. Dès le début du Navidson Record, nous sommes entraînés dans un labyrinthe, et errons d'une cellule en celluloïde à l'autre, nous efforçant d'apercevoir le plan suivant dans l'espoir de trouver une solution, un centre, un sens global, pour ne découvrir qu'une autre séquence, menant dans une direction complètement différente, un discours qui ne cesse de se déboîter et de nous faire miroiter l'éventualité d'une découverte tout en se dissolvant en chemin dans des ambiguïtés chaotiques trop brouillés pour qu'on puisse jamais les embrasser complètement.
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LerazlaLerazla   14 mars 2021
Qui n'a jamais tué une heure ? Non pas avec nonchalance ou sans y réfléchir, mais méticuleusement : le meurtre prémédité de minutes. La violence vient d'une combinaison d'abandon, d'inattention et d'une résignation dont on ne peut qu’espérer accomplir le dépassement. Et donc on tue l'heure. On ne travaille pas, on ne lit pas, on ne rêvasse pas. Si l'on dort ce n'est pas parce qu’on a besoin de dormir. Le seul indice pourrait être les cernes sous vos yeux ou une ride extrêmement fine près de la commissure de votre bouche, indiquant que quelque chose a été enduré, que dans l'intimité de votre vie vous avez perdu quelque chose et que cette perte est trop vaste pour être partagée.
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KrisPyKrisPy   21 novembre 2015
Vous voyez que le vide est le soi-disant familier, or votre maison est infiniment familière, infiniment répétitive. Couloirs, corridors, pièces, sans cesse et encore. Un peu comme la maison de Dante après un bon nettoyage de printemps. C'est un lieu sans objet et sans vie; Cicéron a dit : "une pièce sans livres est comme un corps sans âme." Ajoutez donc l'âme à la liste. Un lieu sans vie, sans objet, sans âme. Sans dieu, également. L'abîme pré-divin de Milton ou dans l'univers nietzschéen post-divin.
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Videos de Mark Z. Danielewski (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mark Z. Danielewski
Apparition de Mark Z. Danielewski dans le clip de "Hey pretty (drive-by 2001 mix)", de POE. L'auteur y lit un passage de son roman "La Maison des feuilles".
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