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ISBN : 2253068217
Éditeur : Le Livre de Poche (10/03/2004)

Note moyenne : 3.31/5 (sur 45 notes)
Résumé :

En 1832, dans Alger récemment conquise, Delacroix s'introduit quelques heures dans un harem. Il en rapporte un chef-d'œuvre, Femmes d'Alger dans leur appartement, qui demeure un " regard volé ".

Un siècle et demi plus tard, vingt ans après la guerre d'indépendance dans laquelle les Algériennes jouèrent un rôle que nul ne peut leur contester, comment vivent-elles au quotidien, quelle marge de liberté ont-elles pu conquérir ?

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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
StephanieIsReading
  17 juillet 2019
Un recueil de nouvelles extrêmement bouleversantes.
Assia Djebar raconte des instants de vie, interminables ou fugaces, perçus par le prisme des femmes algériennes dans la période coloniale et post-coloniale.
On assiste notamment à un enterrement digne de la célèbre pièce de théâtre de Federico Garcia Lorca, La casa de Bernarda Alba. Lors de la veillée, les visiteuses, les pleureuses et les parentes commentent inexorablement la vie de la défunte et certaines n'hésitent pas à déverser leur venin sous forme de propos médisants et de messes-basses suffisamment audibles pour mettre à terre les vivants.
Assia Djebar donne la parole aux femmes qu'elles soient jeunes, vieilles, promises, mariées, veuves, divorcées ou orphelines. Toutes vivent en retrait, calfeutrées physiquement ou sont emmurées moralement et socialement.
L'autrice ne donne pas la parole aux femmes pour les entendre entonner un lamento ou un chant d'opéra telles des cantatrices car il s'agirait encore d'une parole policée aux accents attendus. La souffrance contenue ne sort pas dans un filet de voix aussi talentueux et musical soit-il, mais dans des cris rauques et gutturaux assourdissants qui, pris séparément, ne feraient pas plus que des ronds dans l'eau, et qui, réunis, brisent la cage de verre dans laquelle chaque femme se consume, isolément.
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Fuyating
  10 janvier 2019
Ce recueil de nouvelles est intéressant au niveau anthropologique puisqu'il nous permet de découvrir la vie de différentes femmes, jeunes ou plus âgées, en Algérie au XXème siècle. Nous voyons tout un pannel de femmes : celles émancipées (elles conduisent, travaillent et ne portent pas le voile), tout comme celles restant chez elles, mariées de force très jeunes, avec plusieurs épouses etc. Il faut savoir que les Algériennes présentes dans ce recueil, quelle que soit leur conditions, me paraissent fortes et je dirais même presque indomptables (positivement).
Connaissant très mal ce pays, j'ai apprécié découvrir un peu de sa culture, ou du moins celle de l'époque : l'importance de la religion, le respect, le "devoir" d'avoir un garçon, chose primordiale pour les hommes, même si certains pères vouaient un amour inconditionnel pour leurs filles et leurs permettaient d'avoir une éducation.
J'ai également aimé le fait que l'auteure ait abordé certains pans de l'histoire, notamment la colonisation française, les tortures et exécutions. Même si les choses sont dites assez pudiquement, nous en avons un petit aperçu, par exemple avec une femme ayant fait partie de la résistance et ayant connu la prison et la torture.
Cependant, je ne suis pas tout à fait conquise, il me manque un petit quelque chose. Il est indéniable que l'auteure à une belle écriture, mais je n'y ai pas toujours adhéré. le thème (les femmes et leurs conditions) m'a bien sûr plu, mais je me suis parfois un peu perdue dans une ou deux nouvelles, ne comprenant pas toujours les enchaînements. de plus, j'aurais aimé m'attacher plus aux personnages, ressentir de la compassion pour ces femmes et vibrer avec elles, or cela n'a pas été le cas.
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clairejeanne
  15 septembre 2015
Très beau livre de Assia Djebar, première auteure nord-africaine à avoir été élue à L Académie Française en 2005 (et première algérienne à avoir intégré Normale Sup en 1955).
C'est ainsi que A. Djebar présente son livre : ces nouvelles, quelques repères sur un trajet d'écoute, de 1958 à... à aujourd'hui, septembre 2001. Conversations fragmentées, remémorées, reconstituées... Récits fictifs ou frôlant la réalité - des autres femmes ou de la mienne -, visages et murmures d'un imaginaire proche, d'un passé-présent se cabrant sous l'intrusion d'un avenir incertain, informel." (premières lignes de l' "ouverture")
La construction du texte et l'écriture elle-même sont très poétiques et nous parlent du quotidien des femmes d'Alger. Deux parties dans ce recueil : "Aujourd'hui", histoires de femmes après l'indépendance de l'Algérie et "Hier" histoires de femmes avant la guerre d'indépendance.
"Récits d'hier et d'aujourd'hui" de femmes arabes, voilées, dominées par les hommes, leurs pères qui souvent les marient trop jeunes, leurs frères et leurs maris qui commandent et doivent être servis.
Voici ce que l'auteure dit de la première longue nouvelle, "La nuit du récit de Fatima" : " Ce récit le plus récent, placé juste après l'ouverture du recueil, je souhaiterais qu'il soit comme une lampe sur ce seuil, pour éclairer la solidarité de toute parole féminine, notre survie." Fatima y raconte sa vie et celle de ses parents à sa bru Anissa qui elle-même prend ensuite la parole : histoires d'enfants à donner ou à prêter, grande douleur de mère.
Dans les autres nouvelles, l'auteure évoque les femmes "enfermées", parlant peu ou pas sauf entre elles, femmes soumises et voilées, n'ayant le droit que d'être mère ; la violente nuit de noces, les bains publics où elles vont en groupe (souvent leur seule sortie), le ramadan...
Quelle identité réelle possible pour ces femmes ?
Et malgré leurs conduites courageuses pendant la guerre d'Algérie, leur déception quand le carcan de la tradition les paralyse à nouveau.
Assia Djebar, une femme qui parle, qui s'oppose au silence imposé à toutes les maghrébines.
Extrait (p 87) : " Les seules femmes libres de la ville sortent en files blanches, avant l'aube, pour les trois ou quatre heures de ménage à faire dans les bureaux vitrés des petits, des moyens, des hauts fonctionnaires qui arriveront plus tard. Elles pouffent de rire dans les escaliers, rangent les bidons l'air hautain, relevant lentement leurs coiffes superposées, tout en échangeant des remarques ironiques sur les chefs respectifs des étages, ceux qui, protecteurs, les questionnent sur les études des enfants, et ceux qui ne parlent pas, parce qu'on ne parle pas aux femmes, qu'elles travaillent dehors ou qu'elles soient, comme les leurs, objets de représentation..."
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moustafette
  01 juillet 2018
Avis mitigé pour ce recueil de nouvelles. C'est un genre que j'affectionne assez peu et sur les sept, seules deux ont retenu mon intérêt. Si la langue est souvent poétique, le style ne m'a pas complètement séduite. La chronologie est un peu brouillonne, et malgré un découpage annonçant "Aujourd'hui" et "Hier", je me suis régulièrement perdue.
Justement, "La Nuit du récit de Fatima", texte de 2002, est un de ceux que j'ai le plus apprécié. Récit à trois voix, entre transmission et évolution, il pointe la répétition d'un traumatisme et la lutte de la dernière génération afin d'y échapper. La modernité apportée par la colonisation y collisionne avec les traditions.
"Femme d'Alger dans leur appartement" date de 1978. Y sont évoquées ces femmes qui ont participé à la guerre de libération et qui en gardent encore des séquelles dans leurs corps, mais aussi dans leurs esprits, entre stérilité et folie, la prison et la torture se sont incrustées durablement. Fatma qui fut, avant de devenir la vieille masseuse et porteuse d'eau du hamman, une de ses porteuses de feu, nous offre à la fois un récit émouvant de sa vie et de sa douleur. Mais c'est aussi l'occasion de nous plonger dans une savoureuse évocation du rituel des bains publics, à une époque seule sortie au-dehors autorisée pour les femmes.
Enfin, la postface intitulée "Regard interdit, son coupé", nous ramène en 1832 lorsque Delacroix séjourne brièvement à Alger et pénètre dans l'univers interdit des femmes. "Cette abondance de couleurs rares, ces noms aux sonorités nouvelles, est-ce cela qui trouble et exalte le peintre ?" Ce tableau sert de point de départ à une fine analyse de la claustration féminine, rôle du regard interdit à l'étranger, limité au père, frère, mari, fils, ou limité par le voile pour la femme s'aventurant à l'extérieur. le "dévoilement", lui, équivaut à une mise à nu. "Une femme - en mouvement, donc "nue" - qui regarde, n'est-ce pas en outre une menace nouvelle à leur exclusivité scopique, à cette prérogative mâle ?" . Seule la figure de la mère est sans danger, corps sans jouissance, elle peut regarder et être regardée. Quant à la voix, entre chants et papotages seuls autorisés, elle se fit entendre à l'extérieur lors de la guerre et par le biais des récits des viols commis à leur encontre, soudant de façon illusoire les deux sexes avant que le silence envahisse à nouveau l'espace.
Omniprésente dans ces nouvelles, la main mise de l'homme sur la femme, le père d'abord, présidant à la destinée des filles via des mariages précoces, les frères prenant le relais si besoin, et le mari, séducteur puis tyran. Cet univers oppressant d'enfermement et de parole castrée laisse des relents d'angoisse et d'amertume bien après avoir terminé ce livre.
Lien : http://moustafette.canalblog..
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ValiseBabelio
  03 août 2019
Femmes d'Alger dans leur appartement d'Assia Djebar est un bouquet de nouvelles qui tisse un chemin narratif racontant l'évolution de la femme algérienne. À travers deux parties intitulées «Aujourd'hui» et «Hier», l'auteure dévoile la vie quotidienne de la femme algérienne avant et après la guerre d'indépendance. Autrement dit, elle dévoile sa condition de vie et son rôle dans une société typiquement traditionnelle.
Femmes d'Alger dans leur appartement est, donc, une invitation à la lecture d'un passé féminin vécu dans une société réservée, sous l'autorité de la famille et de l'entourage.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
ieo9ieo9   17 mars 2013
- Je ne vois pour les femmes arabes qu'un seul moyen de tout débloquer: parler, parler sans cesse d'hier et d'aujourd'hui, parler entre nous, dans tous les gynécées, les traditionnels et ceux des H.L.M. Parler entre nous et regarder. Regarder dehors, regarder hors des murs et des prisons!...
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FuyatingFuyating   09 janvier 2019
Je ne vois pour les femmes arabes qu'un seul moyen de tout débloquer : parler, parler sans cesse d'hier et d'aujourd'hui, parler entre nous, dans tous les gynécées, les traditionnels et ceux des H.L.M. Parler entre nous et regarder. Regarder dehors, regarder hors des murs et des prisons !
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ieo9ieo9   17 mars 2013
Je me suis desséchée, je suis mon ombre d'autrefois... Peut-être parce que j'ai trop déclamé dans les tribunaux d'hier, je suis trop souvent entrées en transes publiques et quand les frères applaudissaient, je croyais... (elle rit). Y a-t-il jamais eu des frères, Sarah... dis?...
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moustafettemoustafette   01 juillet 2018
Magdouda, ma grand-mère, m''embrassa, me garda sur ses genoux : je me souviens encore de son odeur, de son teint presque noiraud, de ses grands yeux allongés et globuleux qu'elle noircissait de khôl soutenu... Je fixai enfin son tatouage bleu qu'elle avait entre les sourcils : une rosace raffinée qui la rendait étrange. Avec ses multiples foulards de soie mauve et orange, elle paraissait une vielle reine sauvage, venue je ne savais d'où...
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moustafettemoustafette   01 juillet 2018
Où êtes-vous les porteuses de bombes ? Elles forment cortège, des grenades dans les paumes qui s'épanouissent en flammes, les faces illuminées de lueurs vertes... Où êtes-vous, les porteuses de feu, vous mes soeurs qui aurez dû libérer la ville... Les fils barbelés ne barrent plus les ruelles, mais ils ornent les fenêtres, les balcons, toutes les issues vers l'espace...
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Videos de Assia Djebar (14) Voir plusAjouter une vidéo
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Des écrivains rendent hommage à Assia Djebbar
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