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EAN : 9782364684669
768 pages
Éditeur : Editions du sous-sol (19/08/2021)
4.33/5   29 notes
Résumé :
Un père et son fils traversent l’Argentine par la route, comme en fuite. Où vont-ils ? À qui cherchent-ils à échapper ?
Le petit garçon s’appelle Gaspar. Sa mère a disparu dans des circonstances étranges. Comme son père, Gaspar a hérité d’un terrible don : il est destiné à devenir médium pour le compte d’une mystérieuse société secrète qui entre en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle.

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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  17 septembre 2021
Rentrée littéraire 2021 #24
« Mon fils va naître aveugle, répétait au bout du couloir la présence, qui n'avait pas de cheveux et portait une robe bleue. Gaspar ne pouvait pas l'entendre, mais il l'avait sans doute vue. C'était d'elle qu'il avait parlé dans la salle de bains un peu plus tôt : une femme assise sur la place devant l'hôtel, qui regardait vers la fenêtre, la bouche ouverte. Juan n'y avait pas prêté attention car Gaspar n'avait pas semblé avoir peur et c'était bon signe. le garçon avait raison intuitivement : il n'y avait rien à craindre, cette femme était à peine un écho. Il y en avait beaucoup, désormais. C'était toujours le cas après un massacre, comme des cris dans une grotte qui demeuraient un certain temps avant de s'éteindre définitivement. Ce moment était loin d'être arrivé et les morts inquiets bougeaient à toute vitesse, cherchant à être vus. ‘The dead travel fast', pensa-t-il. »
Notre part de nuit, c'est LE livre que j'avais envie de lire depuis des années. Et c'est sans doute la proposition romanesque la plus excitante du moment. Un livre monstrueux, aux plus de 700 pages éclatent de baroque, de gothique, d'horrifique, pour composer une oeuvre absolument inclassable à l'intensité flamboyante qui s'affranchit totalement de la question des genres littéraires en brassant les plus irréconciliables .
Ce n'est pas la première fois qu'un auteur choisit de traduire l'horreur d'une situation historique en l'incarnant littéralement de façon très concrète : Matt Ruff l'a fait dans son Lovecraft Country pour évoquer les actes du Ku Klux Klan ; idem pour le réalisateur Jordan Peele dans Get out sur la racisme hérité de la ségrégation. Cette fois, les monstres réels de Mariana Enriquez ne sont rien d'autres que ceux du passé tragique de l'Argentine avec ses morts et ses disparus, comme un miroir, comme un écho. C'est ainsi extrêmement troublant de voir complètement brouillée la frontière entre la fiction et le réel, entre la réalité de la guerre sale ( sa torture organisée, ses assassinats, ses disparus ) et l'incursion du fantastique avec les agissements de la secte de l'Ordre ( des oligarques soutiens de Videla ) qui torturent et assassinent à tour de bras pour nourrir un culte chtonien dédié à l'Obscurité, une divinité archaïque qui exige des sacrifices humains. La terreur surnaturelle croise des terreurs bien réelles. Comme si le réel invoquait la fiction pour trouver un sens à la férocité humaine durant le gouvernement Videla. Comme si l'hyperréalisme du roman contrebalançait le fantastique pour n'en accroître que plus la peur ressenti en lisant.
L'auteure propose un terrifiant voyage pour dire les dernières décennies de l'Argentine. Elle déploie une construction narrative brillante, complexe, qui ne prend tout son sens seulement dans les dernières pages. Rien n'est gratuit, même quand on a l'impression qu'il y aurait quelques longueurs ou quelques brouillards. Les six parties ne sont pas données dans l'ordre chronologique mais répondent à une logique interne qui permet aussi bien d'anticiper l'itinéraire des personnages que de sursauter en même temps qu'eux, tout en permettant de déclencher de façon magistrale le dénouement.
Si ce puzzle furioso donne le vertige et coupe le souffle dans ses enchaînements, c'est également parce qu'il est incarné par des personnages tous incroyables. A commencer par le duo père-fils. Notre part de nuit est avant tout une magnifique histoire d'amour entre un père et son fils, d'un père qui veut sauver son fils d'une malédiction qu'il ne veut pas lui transmettre. Juan est un medium surpuissant, capable de faire apparaître l'Obscurité au service d'une secte en quête de vie éternelle. Mais le contact des dieux usent ces êtres dotés de pouvoirs spéciaux et Juan ne veut pas que son fils Gaspar devienne medium. Ils fuient. Tout l'enjeu du roman est de savoir ce que deviendra Gaspar, de l'enfance à l'âge adulte, de son ignorance sur l'identité de son père et son pouvoir, jusqu'à sa révélation et les choix qu'il devra faire. C'est extrêmement poignant de le suivre, déchirant même.
Des rituels sacrificiels odieux au Londres psychédélique époque Bowie, de maisons dont l'intérieur change pour engloutir au début de l'épidémie sida, c'est incroyable ce que ce roman fou, inquiétant et fulgurant parvient à associer tout en ne parlant que d'amour. Une réussite majeure et éclatante.
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audelagandre
  20 août 2021
Nous avons tous « Notre part de nuit ». Chez certains, cette partie est plus puissante que chez d'autres, plus opaque, noirceur plongée dans des ténèbres sépulcrales. Au coeur de l'Argentine, un père entraîne son fils dans une cavale pour des raisons obscures. Juan est né avec une grave malformation cardiaque. Il a déjà subi plusieurs opérations et cela depuis son plus jeune âge. Chacune semble le laisser plus affaibli. Son fils Gaspar, enfant au début du roman, pleure le décès de sa mère Rosario, écrasée par un bus. Celle-ci fut la première femme argentine à avoir obtenu un doctorat en anthropologie à Cambridge. le couple formé par ces deux êtres est tout sauf singulier. Juan est « le Médium » d'une organisation appelée « L'Ordre » qui a pour but de nourrir « l'Obscurité ». Il est susceptible d'« (…) entendre le son des couleurs », il est « capable d'entendre pousser les plantes », il sait parler grâce à la méthode du pishogue, une forme de communication secrète. Plus dérangeant, il voit les morts. Gaspar les voit également… Ce « don » dont le père ne veut pas parler frappe également le fils. le jeune âge de celui-ci permet à Juan de raconter des histoires, de tenter de l'embobiner, de dédramatiser. « Je te jure qu'ils ne peuvent rien te faire. Ce ne sont pas des hommes et des femmes, ce sont des échos. » Ce cerveau malléable peut encore croire à ce que lui dit son père, mais ses entrailles savent qu'il est « spécial ».
« Notre part de nuit » est un roman choral composé de six parties aux titres énigmatiques, apposées de manière non chronologique : « Les griffes du Dieu vivant », « La main gauche le docteur Bradford entre dans l'Obscurité », « Le problème des maisons isolées », « Cercles de craies », « Le puits de Zañartú », « Les fleurs noires qui poussent dans le ciel ». Chaque chapitre est dédié à une voix qui, à sa manière, raconte son vécu. Certaines informations s'entrecoupent, sont parfois redondantes, mais apportent toujours une part de lumière au coeur de la part de nuit. En sus, de nouveaux éléments sont révélés qui, bout à bout, permettent au lecteur d'appréhender les différentes existences narrées dans leur globalité. Même si je ne raffole pas des comparaisons, difficile de ne pas penser à « La route » de Cormac McCarthy ou aux ouvrages de Stephen King qui ne cessent de décrypter les relations père-fils. Cette part de nuit, c'est d'abord celle de Juan, désigné comme le Médium, choisi par l'Ordre pour accomplir une mission. de facto, c'est aussi celle de Rosario qui partage sa vie, lucide quant aux desseins attendus par l'Ordre. Enfin, c'est celle de Gaspar, victime collatérale de cette union, entouré d'une aura que ses parents tentent d'étouffer. La relation entre Juan et Gaspar occupe une grande partie du récit dès le début puisqu'il ne reste qu'eux. Juan est un père étrange, qui parle par énigmes en utilisant des concepts difficiles à comprendre pour un petit garçon. « Je ne veux rien de vivant dans cette maison. » lorsque Gaspar émet le désir d'avoir un chien, « Il ne faut pas maintenir en vie ce qui est mort » ou encore « Les fantômes sont réels. Et ce ne sont pas toujours ceux qu'on appelle qui viennent. » Gaspar est un petit garçon triste, inconsolable, abattu qui ne comprend pas les réactions de son père, sa part de nuit. Leur relation oscille sans arrêt entre l'affection et l'hostilité, la douleur et les bonheurs partagés, l'honnêteté et le mensonge, la santé et la maladie, l'obscurité et la lumière.
« Notre part de nuit » est un roman d'une remarquable densité, naviguant entre réalité historique (dictature militaire argentine et Londres dans les années 70), illusions réelles et réalités chimériques. Mais pas seulement… Tout le sel du roman imaginé par Mariana Enriquez repose sur le parfait dosage de fantastique qu'elle distille par petites touches, avec grande intelligence et fort à propos, sans jamais faire basculer le récit dans une histoire à laquelle on ne croit pas. L'Obscurité va jusqu'à transpercer les pages pour atteindre les peurs profondes du lecteur, en sublimant les corps outragés, les monstres effroyables, les sacrifices pétrifiants et les pratiques cauchemardesques. « L'Obscurité avait faim et ne refusait jamais ce qu'on lui offrait. » Malgré cette boulimie opaque dénuée de raison, malgré la maladie qui le terrasse, Juan se donne comme mission de protéger son fils coûte que coûte. Et c'est, dans cette part de nuit, que jaillit toute la beauté de la relation père-fils. « The dead travel fast », les morts se déplacent vite, mais les vivants aussi. Toute l'urgence d'avoir un coup d'avance exacerbe les émotions, confère aux personnages leur statut d'êtres de chair, et marque le lecteur au fer rouge.
Ce roman est un ovni de la rentrée littéraire, l'un des meilleurs qu'il m'ait été donné de lire cette année, autant par son originalité, par son écriture, sa construction, que par les émotions qu'il catalyse. Un très grand roman, un très beau roman, une magistrale part de nuit.
Lien : https://aude-bouquine.com/20..
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lehibook
  15 août 2021
Quel roman !Le genre fantastique incite souvent,hélas, à la facilité ,à la surenchère dans le gore. Ce n'est pas le cas dans ce pavé (750 pages) qui sait intégrer la grande histoire (la dictature argentine, l'épidémie de SIDA..) ,les aléas de la vie de famille ou d'ado (relation père/fils, les copains et les amours) avec du très noir et angoissant. A travers plusieurs années et plusieurs narrateurs et narratrices , nous suivons le destin d'un père et son fils possédant le pouvoir d'entrer en relation avec une inquiétante et cruelle entité nommée l'Obscurité. Celle-ci est érigée en divinité par une secte impitoyable et meurtrière qui en tire richesse ,pouvoir et peut-être immortalité. Juan ,le père, Gaspar son fils vont lutter pour échapper à cette emprise qui tend à faire d'eux les clefs passives de cet autre monde étrange et morbide contigu au nôtre. Rien n'est totalement expliqué , la vérité est suggérée par petites touches cauchemardesques qui placent constamment le lecteur dans le déséquilibre et génèrent des images d'une grande puissance onirique..
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Blok
  06 septembre 2021
Il y a des livres dont la lecture provoque une telle sidération qu'il est difficile d'en parler. On peut quand même commencer par dire de celui-ci que c'est un grand livre.
A la croisée de plusieurs genres littéraires, il mêle un culte chtonien de dieux proches de l'univers de Lovecraft à l'horreur trop réelle de la dictature militaire argentine, l'une se nourrissant de l'autre dans une trame très habile à la croisée du roman fantastique et de la saga familiale
C'est totalement original, inclassable, et presque impossible à raconter de manière plus détaillée
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Bazart
  06 septembre 2021
Un des romans monstres de la rentrée par une très grande romancière argentine, star des lettres là bas. Voici son tout premier roman enfin traduit en France
Mariana Enriquez repousse les limites du roman et impose sa voix magistrale, quelque part entre Cormac McCarthy et Stephen King.
Elle manie avec subtilité les limites du fantastique dans ce roman puissant aux accents gothiques dont l'intrigue prend racine en Argentine dans les années 80.
Alternant les points de vue, les lieux et les époques, leur périple nous conduit de la dictature militaire argentine des années 1980 au Londres psychédélique des années 1970.
A lire si vous aimez les gros pavés et surtout les livres d'un souffle et d'une originalité qui renverse tout/ sur son passage
768 pages qui mélangent plusieurs histoires .
Une lecture incandescente qui refuse toute rationalisme !
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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critiques presse (5)
LeMonde   16 septembre 2021
La romancière argentine atteint ici un nouveau sommet de la littérature horrifique.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   16 septembre 2021
Avec ce livre-monstre, tour à tour grimoire ou rapport d’enquête, Mariana Enriquez livre la somme d’un demi-siècle d’angoisses et d’espérances sud-américaines.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeFigaro   10 septembre 2021
Notre part de nuit de Mariana Enriquez: un roman époustouflant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint   01 septembre 2021
Une fois embarqué dans Notre part de nuit, périple noir de Mariana Enriquez qui compte près de 800 pages, on ne le lâche plus. Ne cherchez plus le roman le plus fou...

Lire la critique sur le site : LePoint
LesInrocks   25 août 2021
De la dictature argentine au Londres des seventies, la romancière saisit les bouleversements du monde et des êtres dans un grand roman gothique.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Emiliec28Emiliec28   12 septembre 2021
Pourquoi c'est une insulte ? Parce que les gens disent pédé comme ils disent connard. Parce qu'ils sont stupides et médiocres. Mais tu es différent, et moi aussi.
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BazartBazart   06 septembre 2021
Les fantômes sont réels et ce ne sont pas toujours ceux qu'on appelle qui viennent."
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lehibooklehibook   15 août 2021
Il n'était pas normal,il était beau à l'intérieur.Toucher son cœur fatigué et hypertrophique avait été pour Bradford une expérience comparable à la vision d'une nymphe dans une forêt sacrée ,à une aube lumineuse,à la surprise d'une fleur qui s'ouvre dans la nuit.
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Vidéo de Mariana Enriquez
Un père et son fils traversent l'Argentine par la route, comme en fuite. Où vont-ils ? À qui cherchent-ils à échapper ? le petit garçon s'appelle Gaspar. Sa mère a disparu dans des circonstances étranges. Comme son père, Gaspar a hérité d'un terrible don : il est destiné à devenir médium pour le compte d'une mystérieuse société secrète qui entre en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle.
Alternant les points de vue, les lieux et les époques, leur périple nous conduit de la dictature militaire argentine des années 1980 au Londres psychédélique des années 1970, d'une évocation du sida à David Bowie, de monstres effrayants en sacrifices humains. Authentique épopée à travers le temps et le monde, où l'Histoire et le fantastique se conjuguent dans une même poésie de l'horreur et du gothique, "Notre part de nuit" est un grand livre, d'une puissance, d'un souffle et d'une originalité renversants. Mariana Enriquez repousse les limites du roman et impose sa voix magistrale, quelque part entre Silvina Ocampo, Cormac McCarthy et Stephen King.
Pour lire les premières pages : https://bit.ly/3fzyoiW
Nous suivre : Instagram : https://bit.ly/2CJJdhB Facebook : https://bit.ly/2Wprx1O Twitter : https://bit.ly/3h1yr5p
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