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EAN : 9782364684669
768 pages
Editions du sous-sol (19/08/2021)
3.96/5   270 notes
Résumé :
Un père et son fils traversent l’Argentine par la route, comme en fuite. Où vont-ils ? À qui cherchent-ils à échapper ?
Le petit garçon s’appelle Gaspar. Sa mère a disparu dans des circonstances étranges. Comme son père, Gaspar a hérité d’un terrible don : il est destiné à devenir médium pour le compte d’une mystérieuse société secrète qui entre en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle.

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Critiques, Analyses et Avis (77) Voir plus Ajouter une critique
3,96

sur 270 notes

Kirzy
  17 septembre 2021
Rentrée littéraire 2021 #24
« Mon fils va naître aveugle, répétait au bout du couloir la présence, qui n'avait pas de cheveux et portait une robe bleue. Gaspar ne pouvait pas l'entendre, mais il l'avait sans doute vue. C'était d'elle qu'il avait parlé dans la salle de bains un peu plus tôt : une femme assise sur la place devant l'hôtel, qui regardait vers la fenêtre, la bouche ouverte. Juan n'y avait pas prêté attention car Gaspar n'avait pas semblé avoir peur et c'était bon signe. le garçon avait raison intuitivement : il n'y avait rien à craindre, cette femme était à peine un écho. Il y en avait beaucoup, désormais. C'était toujours le cas après un massacre, comme des cris dans une grotte qui demeuraient un certain temps avant de s'éteindre définitivement. Ce moment était loin d'être arrivé et les morts inquiets bougeaient à toute vitesse, cherchant à être vus. ‘The dead travel fast', pensa-t-il. »
Notre part de nuit, c'est LE livre que j'avais envie de lire depuis des années. Et c'est sans doute la proposition romanesque la plus excitante du moment. Un livre monstrueux, aux plus de 700 pages éclatent de baroque, de gothique, d'horrifique, pour composer une oeuvre absolument inclassable à l'intensité flamboyante qui s'affranchit totalement de la question des genres littéraires en brassant les plus irréconciliables .
Ce n'est pas la première fois qu'un auteur choisit de traduire l'horreur d'une situation historique en l'incarnant littéralement de façon très concrète : Matt Ruff l'a fait dans son Lovecraft Country pour évoquer les actes du Ku Klux Klan ; idem pour le réalisateur Jordan Peele dans Get out sur la racisme hérité de la ségrégation. Cette fois, les monstres réels de Mariana Enriquez ne sont rien d'autres que ceux du passé tragique de l'Argentine avec ses morts et ses disparus, comme un miroir, comme un écho. C'est ainsi extrêmement troublant de voir complètement brouillée la frontière entre la fiction et le réel, entre la réalité de la guerre sale ( sa torture organisée, ses assassinats, ses disparus ) et l'incursion du fantastique avec les agissements de la secte de l'Ordre ( des oligarques soutiens de Videla ) qui torturent et assassinent à tour de bras pour nourrir un culte chtonien dédié à l'Obscurité, une divinité archaïque qui exige des sacrifices humains. La terreur surnaturelle croise des terreurs bien réelles. Comme si le réel invoquait la fiction pour trouver un sens à la férocité humaine durant le gouvernement Videla. Comme si l'hyperréalisme du roman contrebalançait le fantastique pour n'en accroître que plus la peur ressenti en lisant.
L'auteure propose un terrifiant voyage pour dire les dernières décennies de l'Argentine. Elle déploie une construction narrative brillante, complexe, qui ne prend tout son sens seulement dans les dernières pages. Rien n'est gratuit, même quand on a l'impression qu'il y aurait quelques longueurs ou quelques brouillards. Les six parties ne sont pas données dans l'ordre chronologique mais répondent à une logique interne qui permet aussi bien d'anticiper l'itinéraire des personnages que de sursauter en même temps qu'eux, tout en permettant de déclencher de façon magistrale le dénouement.
Si ce puzzle furioso donne le vertige et coupe le souffle dans ses enchaînements, c'est également parce qu'il est incarné par des personnages tous incroyables. A commencer par le duo père-fils. Notre part de nuit est avant tout une magnifique histoire d'amour entre un père et son fils, d'un père qui veut sauver son fils d'une malédiction qu'il ne veut pas lui transmettre. Juan est un medium surpuissant, capable de faire apparaître l'Obscurité au service d'une secte en quête de vie éternelle. Mais le contact des dieux usent ces êtres dotés de pouvoirs spéciaux et Juan ne veut pas que son fils Gaspar devienne medium. Ils fuient. Tout l'enjeu du roman est de savoir ce que deviendra Gaspar, de l'enfance à l'âge adulte, de son ignorance sur l'identité de son père et son pouvoir, jusqu'à sa révélation et les choix qu'il devra faire. C'est extrêmement poignant de le suivre, déchirant même.
Des rituels sacrificiels odieux au Londres psychédélique époque Bowie, de maisons dont l'intérieur change pour engloutir au début de l'épidémie sida, c'est incroyable ce que ce roman fou, inquiétant et fulgurant parvient à associer tout en ne parlant que d'amour. Une réussite majeure et éclatante.
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Cannetille
  31 août 2022
Le Mal règne en Argentine : pendant que la population paye un lourd tribut à la dictature, perdant le décompte de ses morts et de ses disparus, deux très riches et toutes-puissantes familles d'origine britannique profitent des soubresauts politiques pour asseoir leur mainmise sur le pays et y mener leurs exactions en toute impunité. Elles sont à la tête de l'Ordre, une secte multipliant les sacrifices humains à l'Obscurité, force occulte dévoratrice, dans l'espoir d'obtenir en échange une forme d'immortalité qui leur permettrait de se réincarner de génération en génération. Pour communiquer avec cette puissance obscure, elles utilisent sous la contrainte les pouvoirs de Juan, medium qu'une grave malformation cardiaque affaiblit toutefois de plus en plus, et qu'elles veulent forcer à investir le corps de son fils Gaspar pour continuer à bénéficier de ses services. Mais Juan est bien décidé à soustraire son fils de l'emprise de l'Ordre…

Métaphore de la guerre sale en Argentine, avec son lot de tortures, d'assassinats, de disparitions forcées et de vols d'enfants, un régime de terreur auquel la répression par l'Etat de la lutte entre les groupes armés de la guérilla et des militaires a longtemps servi d'alibi, empêchant les questionnements sur les conditions politiques qui l'ont rendu possible et sur les responsabilités de la société civile dans le climat qui a favorisé cette violence, ce très long roman de près de huit cents pages est profondément déroutant.

Articulé en six parties centrées sur le père Juan, sur la mère Rosario, enfin sur le fils Gaspar, se déroulant de manière non linéaire entre les années soixante et quatre-vingt-dix, le livre foisonne et se déploie en un mouvement lent et ample que l'on pourra juger confus avant d'en voir peu à peu émerger le dessin d'ensemble. Il faut d'abord se familiariser avec les multiples personnages, comprendre les étranges visées de cette secte qui nous promène entre horreur et délire mystico-fantastique, en une succession de tableaux dignes des plus cauchemardesques représentations de l'Enfer de Bruegel ou de Jérôme Bosch, comme si seules ces visions surnaturelles et apocalyptiques pouvaient rendre compte de l'innommable réalité vécue par les Argentins.

Aussi dérouté qu'horrifié, le lecteur nauséeux se prend à détester Juan autant que celui-ci se déteste lui-même, jusqu'à ce que les raisons de son comportement terriblement brutal avec son fils finissent par dévoiler tout ce que l'homme cache de honte et de refus de transmettre l'abomination à laquelle il s'est retrouvé à contribuer. de son sacrifice émerge au final un formidable acte d'amour, une impulsion vers un avenir meilleur, pour peu que Gaspar, en partie protégé des compromissions paternelles, sache se tourner vers la lumière en évitant d'ouvrir à son tour la porte menant à la perdition.

Lecture horrifique d'une incommensurable noirceur débouchant malgré tout sur l'espoir, Notre part de nuit raconte le cauchemar empreint de culpabilité d'une génération argentine perdue dans l'enfer sans issue de l'oppression et de la terreur, et qui, consciente d'y avoir perdu son âme, n'a plus qu'une obsession : permettre à ses enfants d'envisager une vie meilleure, peut-être, un jour… Un livre puissant, dérangeant et marquant, qui mérite l'effort de sa lecture, il faut le dire, assez pesante.
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HundredDreams
  02 novembre 2021
Après plusieurs retours élogieux d'amis babeliotes sur le roman de l'auteure argentine Mariana Enriquez, j'ai voulu moi aussi me lancer dans la lecture de cet énorme pavé. Pour ceux qui n'oseraient pas le lire en raison du volume de ce livre, et je comprends cette appréhension, j'ai eu la même, il ne faut pas hésiter, cette lecture est très fluide, prenante, rendue agréable par la belle traduction d'Anne Plantagenet.
« Notre part de nuit » n'est pas une lecture comme les autres.
Le récit est certes sombre, complexe, parfois violent, monstrueux, mais captivant et envoûtant par son traitement.
Un passage du roman résume mon ressenti :
« …l'impression qu'il venait de se réveiller et que le moment vécu dans ce lieu était loin, très loin, beau comme un jardin secret derrière un mur en ciment, rempli de fleurs violettes et de plantes qui mangeaient des mouches. »
*
Juan et son fils Gaspar fuient l'Argentine par la route pour rejoindre la frontière nord brésilienne. La mère de Gaspar a disparu quelques semaines auparavant dans des circonstances étranges et floues.
C'est pendant ce trajet que nous faisons leur connaissance.
Juan appartient à l'Ordre, une société secrète dont le but est de parvenir à l'immortalité par son intermédiaire. En tant que médium, il convoque, lors de rituels initiatiques, l'Obscurité.
Mais cette ancienne divinité, cruelle, féroce et vorace en sacrifices humains exige aussi une part du medium. A chaque invocation, le mal vibre dans tout son corps, et ses capacités physiques et mentales se dégradent irrémédiablement. Son pouvoir diminue chaque jour un peu plus. Bien qu'encore jeune, son corps est défaillant, brisé, moribond. Sa douleur physique le rend émouvant et attachant.
« … l'Obscurité est un dieu avec des griffes qui vous traque et qui vous trouve, l'Obscurité vous regarde jouer, comme les chats regardent jouer leur proie un moment, juste pour observer jusqu'où elle s'aventure. »
Cette fuite éperdue a pour but de protéger son enfant de cette vie d'extrême souffrance, car l'Ordre exige que Gaspar, dont les pouvoirs s'affirment chaque jour un peu plus, le remplace. Un héritage bien cruel pour cet enfant si jeune et ignorant de la vie qu'on lui destine. On ressent toute la force de cet amour paternel, mais aussi sa douleur intime, sa peur de ne pas être à la hauteur.
« Tu possèdes quelque chose à moi, dit-il, je t'ai laissé quelque chose, j'espère que ce n'est pas maudit, j'ignore si je peux te donner quelque chose qui ne soit pas souillé, qui ne soit pas obscur, notre part de nuit. »
*
Le début du récit est immersif mais aussi, assez confus, obscur.
L'auteure laisse intentionnellement le lecteur dans l'ignorance de certains moments essentiels de l'histoire. Cette tactique est payante car le lecteur veut des réponses à ses questions et la lecture devient vite addictive.
La mise en scène sans aucun ordre chronologique est frappante par la succession de plusieurs narrateurs, décrivant à chaque fois une époque différente.
Le récit multiplie les points de vue, les perspectives s'ouvrent. Les histoires et les personnages s'entremêlent, se croisent à différents moments de leur vie.
L'auteur crée tour à tour une intimité avec chacun d'eux.
Le lecteur entre dans leur histoire, leurs pensées. Certains s'effacent mais restent présents dans notre mémoire, alors que d'autres jusque là flous, nous apparaissent dans toute leur complexité.
« Il pouvait avoir peur de son père, mais jamais avec lui. Bien qu'il le sût malade, Juan lui paraissait invincible et dangereux. Parfois les animaux blessés étaient comme ça, beaucoup plus forts qu'en bonne santé. »
Mariana Enriquez excelle à dessiner des personnages fascinants, moralement ambigus ou mauvais. Certains sont froids, pervers, amoraux, dépravés, sadiques alors que d'autres sont lumineux et sensibles.
Juan est celui qui m'a le plus intrigué, à la fois doux, sensible et d'une violence inébranlable, démesurée, incompréhensible.
« Mais il n'était pas n'importe quel père, et les gens parfois le savaient quand ils le regardaient dans les yeux, parlaient avec lui un moment ; d'une manière ou d'une autre, ils devinaient le danger : Juan ne pouvait pas cacher ce qu'il était, c'était impossible sur la durée. »
*
Vous l'aurez compris, l'auteure distille une atmosphère fascinante qui m'a beaucoup plu, adoptant successivement le road movie, le thriller, le fantastique, le gothique, l'horreur, les légendes autour de personnages mythiques provenant des anciennes tribus guarani.
Par ces multiples facettes se dessinent en toile de fond, un cadre très réaliste, les années sombres et ténébreuses de l'histoire de l'Argentine, de la junte militaire, de la dictature, des disparitions, des tortures et des charniers au coeur de la forêt.
« … cette forêt touffue est une prison avec des murs de toutes parts, une terre rouge comme un fleuve de lave. »
J'ai aimé les passages où Mariana Enriquez évoque cette divinité inquiétante et gloutonne, monstre insatiable dont la gueule opaque et béante absorbe toute lumière et engloutit tout ce qui se présente à sa portée. Métaphore de l'histoire violente de l'Argentine, moment d'une force effrayante et d'une beauté carnassière, elle m'est apparue intense, vivante sous la belle plume de l'auteure.
*
Roman de filiation et de transmission, « Notre part de nuit » offre de nombreuses réflexions sur la vie, la mort. Malgré la noirceur qui s'en dégage, il transmet un message d'amour, de liberté, d'espoir.
L'écriture poétique, sensuelle, emplie d'amour et de magie, ou au contraire, furieuse, violente et sanglante diffuse des ambiances mouvantes, insufflant l'incertitude, l'appréhension, l'horreur, la tristesse, ou le dégoût.
*
Bien sûr, ce roman choral m'a beaucoup plu, mais pourtant, je n'y ai pas succombé totalement. Un magnifique coup de coeur ne dessinait dès les premières pages, mais malgré toutes les qualités évoquées, j'ai été moins captivée à certains moments du récit. Peut-être est-ce dû à quelques longueurs, au changement de rythme ou au changement de style narratif ?
J'aurais aimé entendre la voix de la grand-mère de Gaspar, mieux comprendre sa folie, sa fureur, sa violence gratuite, sa perversité. La disparition de la mère aurait nécessité quelques éclaircissements également, et le dénouement s'achève avec trop de précipitation à mon goût.
*
Pour conclure, Mariana Enriquez a écrit une oeuvre forte, créant un univers fictif impressionnant sur un fond historique bien réel. Elle a su insuffler malgré quelques longueurs, la souffrance et l'horreur dans cette histoire, nous faisant revivre avec émotion les actes commis pendant la dictature militaire argentine durant la seconde moitié du XXe siècle.
Un conte initiatique troublant, sombre, saisissant où réalité, terreur et surnaturel s'entrecroisent.
A découvrir.
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PetiteBichette
  03 novembre 2021
Notre part de nuit, ce titre est tiré d'un poème d'Emily Dickinson, choisi par Mariana Enriquez pour ce livre bouleversant, inoubliable, semblable à aucun autre avec une couverture magnétique …
“Our share of night to bear,
Our share of morning,
Our blank in bliss to fill,
Our blank in scorning.
Here a star, and there a star,
Some lose their way.
Here a mist, and there a mist,
Afterwards—day!”
En l'ouvrant, après avoir lu des critiques élogieuses, je me suis laissé happer par ce qui ressemble au début à un road movie d'un père étrange et violent avec son petit garçon, dont la mère est récemment décédée. L'histoire semble alors prometteuse. Mais on bascule petit à petit dans l'horreur en découvrant la secte de l'Ordre pour ensuite sombrer dans le délire le plus absolu du culte de l'Obscurité réalisant des sacrifices humains pour satisfaire un nuage noir avalant et mutilant tous les humains sur son passage…
Là, j'ai reposé le livre en me demandant dans quoi j'étais tombée. Plusieurs nuits de suite, à la faveur de réveils nocturnes, mes premières pensées sont allées vers le livre qui semblait m'appeler... J'ai ressenti un véritable malaise physique lors de ma lecture, comme une nausée, et des idées sombres m'ont assaillies... Jamais une lecture ne m'a fait un tel effet, en me retournant véritablement les tripes, au sens premier du terme. Pour moi, la lecture doit avant tout être une source de plaisir, d'évasion, de découverte et d'apprentissage de l'humain. Les lectures ou films d'horreur ne m'ont jamais attirée…
J'ai pensé alors que ce livre n'était pas fait pour moi et j'ai décidé d'arrêter cette lecture, la souffrance des personnages me dévorant moi aussi.
Mais ça ne s'est pas déroulé de la façon prévue car j'ai malgré tout continué…Tout d'abord parce que je n'ai jamais vraiment réussi à abandonner une lecture (certainement à cause d'un respect un peu idiot dû au travail de l'auteur, ce que je regrette la plupart du temps, le revirement final tant espéré n'arrivant que trop rarement) et mue par une curiosité que j'ai du mal à m'expliquer ou un magnétisme démoniaque. Alors j'ai poursuivi, un peu à reculons tout d'abord, mais j'ai poursuivi quand même.
Et là, oui, pour une fois, je n'ai pas regretté d'avoir persévéré ; subitement, les chapitres se succèdent, je tourne les pages, l'horrifique pur et l'appréhension s'éloignent, je termine complètement envoutée, à devoir lire les deux cents dernières pages d'une traite, sans plus pouvoir m'arrêter.
Mariana Enriquez imbrique ses pièces de puzzle les unes dans les autres avec une précision machiavélique, et les chapitres décrivant des personnages et des époques différents se répondent en d'assourdissants échos.
Jamais une lecture n'aura suscité chez moi simultanément autant d'attirance et de répulsion.
Je pense que c'est le type de livres que l'on peut lire plusieurs fois sans trouver toutes les clés, tant il est riche en doubles lectures.
Un roman à part, inclassable, fleuve, foisonnant, mystique, horrifique, envoûtant, magistral.
Un voyage plein de turbulences à faire le coeur bien accroché et je conseille sincèrement aux âmes sensibles, fragiles ou trop cartésiennes de s'abstenir. le lecteur avance tel un funambule sur son fil au-dessus du précipice, le gouffre noir haletant sous ses pieds tordus de douleur, San La Muerte guette son faux pas avec avidité. Gare à vous, vous n'en ressortirez pas indemne !
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JustAWord
  27 septembre 2021
C'est à l'âge de 19 ans que Mariana Enriquez écrit son premier roman, Bajar es lo pire, qui rencontre par la suite un succès public immédiat et la propulse sur le devant de la scène littéraire argentine à l'âge de 22 ans.
Depuis, la jeune Mariana est devenue journaliste et occupe désormais le poste de rédactrice en chef du supplément culturel Radar du journal Página/12.
Après un recueil de nouvelles particulièrement remarqué, Ce que nous avons perdu dans le feu (traduit en langue française par les éditions du Sous-Sol et réédité en format poche cette année aux éditions Points), l'écrivaine argentine nous revient dans l'Hexagone avec la traduction française de son tout dernier ouvrage, Notre part de nuit, un pavé de 760 pages qui a décroché le prestigieux Prix Herralde en 2019 et qui jouit d'une réputation particulièrement flatteuse.
Plongeons donc au coeur de l'Obscurité !
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D'emblée, avouons-le, Notre part de nuit, en tant qu'objet-livre…effraie !
Un énorme pavé de 760 pages à la couverture minimaliste et intriguant dont la quatrième de couverture succincte ne laisse qu'entrevoir le prodigieux univers qu'il renferme. Livre-monstre, le roman de Mariana Enriquez invite le lecteur dans une histoire dense qui court sur près d'un siècle entre l'Argentine, l'Afrique et l'Angleterre.
Pourtant, tout commence de façon classique par le départ (la fuite ?) d'un père, Juan Peterson, avec son fils, Gaspar. L'ambiance entre ces deux-là est tendue, pas parce que le père et le fils ne s'aiment pas, au contraire, mais parce que le danger guette, un danger abstrait, insidieux, terrifiant.
Puis, au détour d'un hôtel, le jeune Gaspar entrevoit une femme errant dans un couloir, une femme qui l'effraie et l'attire en même temps. Juan lui apprend alors à la chasser, à la faire disparaître.
« Les morts voyagent vite » et Juan, comme Gaspar, peut les voir.
De là, l'aventure commence réellement. Au coeur d'une Argentine en proie à la dictature de la junte militaire au pouvoir, les morts ne manquent pas : abandonnés dans un fossé, noyés dans les rivières ou tout simplement oubliés dans un puits sans fond. Juan arrive alors à Puerto Reyes, une immense demeure appartenant à une richissime famille sud-américaine, sa « famille », celle des Reyes.
Juan Peterson ne vient pas à Puerto Reyes par hasard. Il y vient pour diriger le Cérémonial…et aussi pour tenter de protéger son fils aux dons si particuliers.
Juan n'est pas un homme ordinaire, c'est un « medium », une personne capable de percevoir des choses que les autres ne ressentent pas ou ne font qu'effleurer, une personne capable de parler aux morts et de convoquer des démons, une personne capable d'invoquer l'Obscurité.
Depuis des dizaines d'années, les familles Reyes et Mathers ont constitué un Ordre, une organisation secrète qui voue un culte à « l'Obscurité », sorte de dieu dément et carnassier qui vit au-delà de notre réalité et qui pourrait, selon ses adeptes, offrir la vie éternelle à qui parvient à déchiffrer ses instructions cryptiques.
Juan, grâce à son don unique, peut faire parler l'Obscurité. Mais l'Obscurité a faim et elle dévore les Initiés qu'on lui jette en pâture comme elle épuise le porteur du don lui-même, ce medium cardiopathe volé à ses parents par des familles aussi puissantes que démentes.
Après la mort de Rosario, la mère de Gaspar et le grand amour de Juan, tout a changé pour ce dernier qui cherche désespérément à masquer le talent récent de son enfant. Pour le protéger, il va devoir accomplir l'impossible, il va devoir trahir, sacrifier et…tuer !
Voilà, lecteurs, le meilleur résumé possible pour vous mettre un pied à l'étrier avant de vous enfoncer plus avant dans Notre part de nuit, certainement le roman de fantastique/horreur le plus impressionnant et le plus renversant depuis La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski.
L'Échelle de Juan
Mariana Enriquez met au point toute une mythologie et un univers intriqué avec le nôtre, entrelaçant l'Histoire avec un grand H, celle de l'Argentine, de sa dictature et de ses révolutions, celle du Londres des années 70 ou même du Nigeria de l'époque coloniale, avec celle, secrète, glaçante, de son histoire à elle. Une histoire de pouvoirs, de terreurs, de démons, de puissances obscures, de San La Muerte, de cercles à la craie, d'invunches et de maisons abandonnées.
Dès sa première partie, Notre part de nuit assume sa dimension fantastique et le lecteur découvre la plume déliée, tantôt brutale tantôt poétique, de l'écrivaine argentine. le récit commence comme une histoire d'amour, celle d'un père, Juan, envers son fils, Gaspar. Un amour si fort qu'il transcende tout : les drames, les morts et l'au-delà. Car Juan ne veut pas pour son fils la vie qu'il a lui même subit. Enlevé à sa famille, torturé, instrumentalisé et finalement condamné à la souffrance pour protéger la seule chose chère à ses yeux, sa propre chair.
Notre part de nuit, c'est donc, avant tout, une histoire d'amour. Qui prendra des détours car Juan n'est pas un être parfait, c'est un être de colère et de violences, qui frappe parfois son enfant, qui ne lui révèle pas tout de son histoire et qui, souvent, utilise les autres quitte à les briser.
On découvre très rapidement la monstrueuse famille qui gère le fameux Ordre, partagée entre des membres froidement calculateurs et de véritables ordures sadiques qui prennent l'Obscurité au pied de la lettre.
Mercedes, la propre mère de Rosario, en sera l'exemple le plus parlant. Ce sera d'ailleurs l'occasion pour le lecteur de s'apercevoir que Mariana Enriquez sait non seulement jongler avec les différents registres de la peur mais qu'elle peut, brutalement et sans difficulté, nous plonger la tête la première dans uns horreur crue, sanglante et d'une extrême violence.
Vous resterez longtemps hanté par le tunnel de Mercedes et par sa Grange.
Notre Part de Nuit assume son côté horrifique, et le propulse dans des sommets de terreur rarement atteints, capable de ménager ses effets, d'offrir des coups d'oeil qui donnent la chair de poule comme de regarder frontalement des rangées de torses humains décapités.
Les différents visages de l'histoire
Mais voilà qu'après une première partie consacrée à Juan et son fils, Mariana Enriquez change de point de vue avec le vénérable chirurgien qui a sauvé Juan d'une mort certaine. Puis, tout glisse à nouveau et l'on retombe quelques années plus tard avec Gaspar dans une petite banlieue tranquille et qui vit d'étranges aventures avec son père de plus en plus malade et des gosses du quartiers un peu trop curieux. Notre part de nuit se scinde en plusieurs parties, change régulièrement de point de vue narratif voire même de type de texte, du journal intime à l'article de presse. Mariana Enriquez sait parfaitement ce qu'elle fait, place ses pièces avec une maestria digne des plus grand maîtres du genre et change d'influences comme de chemises. de Stephen King à H.P Lovecraft en passant par Borges, l'autrice argentine connaît ses classiques et…les explose littéralement.
Tout, dans Notre part de nuit, tient du prodige littéraire, de sa construction narrative à la chair de ses personnages en passant par son émotion brute et incontrôlée. En écho, la sauvagerie du monde, de l'inhumanité des colons à l'insouciance punk du Londres des 70's, Mariana Enriquez offre des terreurs qui répondent aux terreurs, que les morts soient causées par le SIDA ou par le canon d'un fusil militaire, la mort vient invariablement et l'Obscurité vibre, grandit, bondit.
Dans cette fresque narrative ample et protéiforme, l'Argentine devient le terrain de jeu idéal où les horreurs commises par les différents régimes entrent en collision avec la terreur de l'Autre Lieu, celui que contrôle l'Obscurité et qui semble convoquer les terreurs assemblées d'un King, d'un Danielewski et d'un Lovecraft. Derrière les portes fermées, Mariana Enriquez invente un autre monde digne des pires enfers où les membres amputés et les pendus reflètent la sauvagerie d'un lieu incompréhensible et horrible.
Sacrifier son humanité
Il n'y a pourtant pas que l'horreur ou le fantastique dans ce roman foisonnant mais toute une galerie de personnages incroyables dont l'humanité transpire à chaque page. Des gays subissant l'oppression de leur temps, des femmes qui s'affirment malgré la brutalité des hommes, des enfants qui subissent les douleurs du monde adulte, des pauvres écrasés par le pouvoirs des puissants, des pères et des mères, des oncles et des frères.
Ce qui porte et structure finalement Notre part de nuit, c'est la remarquable habilité de Mariana Enriquez pour accoucher de personnages attachants et complexes, des personnages humains au pied de la lettre, qui commettent parfois des actes terribles, des fautes, des pactes qu'ils regrettent.
C'est la capacité de l'écrivaine à saisir un monde de nuances entre le noir profond de son invention démoniaque et l'espoir béat d'un monde qui en ignore jusqu'à l'existence.
Juan en sera certainement le plus brillant exemple mais comment ne pas citer Rosario, peut-être l'un des plus beaux personnages féminins de ces dernières années, ou encore Gaspar, petit garçon fragile épris de poésie, qui cite Rimbaud, Keats et Dickinson comme sa véritable mère, sa créatrice dans l'Obscurité, Marianna Enriquez.
Au coeur des ténèbres, dans ce monde fou qui est le nôtre et dans ce siècle plein de terreurs et de massacres, l'autrice nous balance des êtres imparfaits qui nous émeuvent et nous tordent, ravagés par des évènements qu'ils ne maitrisent pas et qui s'aiment, envers et contre tout.
C'est certainement pour ça que nous, simples lecteurs, nous ne les en aimons que davantage.
Notre part de nuit s'impose comme un chef d'oeuvre total, quelque chose de monumental et de terrifiant, une pièce maîtresse dans l'histoire du fantastique, de l'horreur et de la littérature. le genre de roman-monstre qui nous laisse orphelin dans l'Obscurité une fois la dernière page refermée, captivé par l'intelligence et le talent surnaturels de Mariana Enriquez jusqu'au bout de la nuit.
Lien : https://justaword.fr/notre-p..
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critiques presse (10)
Syfantasy   05 septembre 2022
Mariana Enriquez donne vie à un chef d'oeuvre, une déclaration d'amour à son pays et de sa jeunesse dans un tourbillon passionné de noirceur. C'est poétique, désenchanté avec une lueur d'espoir. Définitivement un sommet littéraire. Ni plus ni moins.
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Syfantasy   05 septembre 2022
Mariana Enriquez donne vie à un chef d'oeuvre, une déclaration d'amour à son pays et de sa jeunesse dans un tourbillon passionné de noirceur. C'est poétique, désenchanté avec une lueur d'espoir. Définitivement un sommet littéraire. Ni plus ni moins.
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Elbakin.net   20 janvier 2022
Vaste, profond et maîtrisé, Notre part de nuit est le roman dont on peut avoir besoin pour se rappeler pourquoi on aime tant lire. Une histoire qui, si l’on y est sensible, rejoint ces récits que l’on porte au cœur tout au long de notre parcours de lecteur.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
LeDevoir   11 octobre 2021
Ce roman-monstre mêle fascination pour l’occulte, folklore guarani et fantômes de la dictature argentine.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
FocusLeVif   08 octobre 2021
Dans un premier roman gothique et hypnotique, Mariana Enriquez livre un médium et son fils aux ténèbres, dans un XXe siècle tourmenté.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
LeMonde   16 septembre 2021
La romancière argentine atteint ici un nouveau sommet de la littérature horrifique.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   16 septembre 2021
Avec ce livre-monstre, tour à tour grimoire ou rapport d’enquête, Mariana Enriquez livre la somme d’un demi-siècle d’angoisses et d’espérances sud-américaines.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeFigaro   10 septembre 2021
Notre part de nuit de Mariana Enriquez: un roman époustouflant.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LePoint   01 septembre 2021
Une fois embarqué dans Notre part de nuit, périple noir de Mariana Enriquez qui compte près de 800 pages, on ne le lâche plus. Ne cherchez plus le roman le plus fou...

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LesInrocks   25 août 2021
De la dictature argentine au Londres des seventies, la romancière saisit les bouleversements du monde et des êtres dans un grand roman gothique.
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CannetilleCannetille   31 août 2022
Nous avons continué d’avancer. Il y avait plus d’oxygène. Le tronc des arbres est devenu plus fin. Laura a remarqué, la première, quelque chose dessus, qu’il n’était pas facile de distinguer au premier coup d’œil : des mains. De nombreuses mains, les unes sur les autres, étreignant le tronc des arbres. Coupées, amputées, collées aux troncs, paumes pliées, doigts arqués. Des mains humaines, rigides et crispées. Toute la forêt était ainsi à cet endroit. Des arbres et des arbres de mains mortes. Quelqu’un les installait avant que survienne la rigor mortis. Sur le premier tronc, on en a compté douze. D’autres en avaient davantage encore. Certains n’en avaient qu’une. J’ai pensé à la Main de Gloire que je désirais tant.
C’est un collectionneur, ai-je dit. Un artiste. Ou bien ils sont plusieurs. À droite de la Forêt des Mains, telle que nous l’avons baptisée, se trouvait ce que Juan indiquerait plus tard sur la carte comme la Vallée des Torses. On aurait dit des pierres dressées ou des tombes. Aussi symétriques que dans un cimetière militaire. Mais c’étaient des torses humains. Sans bras, sans tête ni jambes. Certains avec la peau marquée de personnes âgées, d’autres avec de beaux seins de jeune fille, des torses d’enfants, gros, maigres, bruns, pâles, des ventres plats, des ventres obèses, des poitrines de femmes qui avaient allaité. J’ai reconnu sur un dos les cicatrices laissées par des ongles, identiques aux marques qu’exécute Juan pendant le Cérémonial, comme celles de Stephen.
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PetiteBichettePetiteBichette   06 novembre 2021
C’est comme si on montait sur une échelle tous ensemble et à un moment je dis : « Moi je reste ici ». Et de cette marche, je les regarde, ils sont heureux, plus haut. Avait-il toujours été comme ça ? Ce n’était pas de la timidité, ni de la réserve, ni de l’adolescence, comme pensaient les autres. Ça ne passerait pas. Il pouvait danser seul, être bouleversé dans sa chambre par un livre, mais quand la soirée tournait à la fête, il décrochait. Les autres se fondaient dans un film qu’il pouvait regarder, mais auquel il lui était impossible de participer. Alors il devenait invisible, ce qui n’était pas difficile car ils étaient tous ivres. Et il retournait dans sa chambre, où il éprouvait le plus grand soulagement. (p.621)
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JustAWordJustAWord   20 septembre 2021
Ce qu'il avait vu lui semblait désormais une illusion ; les voix, la chaleur étouffante et le cercle dessiné par terre, tout le fait penser à quelque chose d'obscur, de mortifère, aux araignées, aux vieux cimetières, au sol froid de la salle de bains le soir, au sang qui coulait entre les cuisses de sa mère et sentait le métal et la chair, aux chaînes que le vent faisait tinter la nuit dans l'usine désaffectée de l'avenue et dans la maison abandonnée, murée, de la rue Villarreal, au silence qui suivait une coupure d'électricité, aux rêves de mains froides qui se glissaient sous ses draps et lui caressaient le ventre, et à la tâche d'humidité au plafond qui, certaines nuits, lui rappelait un gros chat, et d'autres, un animal avec des cornes.
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PetiteBichettePetiteBichette   29 octobre 2021
Comme il détestait ces films et feuilletons TV où on voyait des malades héroïques qui souffraient en silence ! Il connaissait suffisamment les hôpitaux et la maladie pour savoir que la plupart des patients étaient tyranniques, odieux, et faisaient tout pour que les autres souffrent autant qu’eux. (p.305)
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HundredDreamsHundredDreams   02 novembre 2021
Et il me pousse vers certains coins, vers certaines maisons humides,
vers des hôpitaux où les os sortent par la fenêtre,
vers certaines cordonneries à l’odeur de vinaigre,
vers des rues effroyables comme des crevasses.
l y a des oiseaux couleur de soufre et d’horribles intestins
pendant aux portes des maisons que je hais.

Pablo Neruda
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Vidéo de Mariana Enriquez
À l'occasion de sa venue en France, Mariana Enriquez, l'autrice de "Notre part de nuit", a adressé un mot à ses lecteurs !
Retrouvez en librairie ce roman-phénomène pour lequel l'autrice vient d'ailleurs de remporter quatre prix littéraires : le Grand Prix de l'Imaginaire 2022, le Prix Imaginales 2022, le Prix des libraires du Québec - roman étranger, et le Prix Payot du roman étranger.  Merci aux lectrices et lecteurs, ainsi qu'aux juré.e.s !
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet.
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