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ISBN : 9791090724471
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture (23/08/2018)

Note moyenne : 4.72/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, est une fan absolue des fantômes, vampires et autres morts-vivants. Elle se voit d'ailleurs comme un petit loup-garou : d'après elle, dans ce monde, il est plus facile d'être un monstre que d'être une femme. Un jour de Saint Valentin, au retour de l'école, Karen apprend la mort de sa belle voisine, Anka Silverberg, une survivante de l'Holocauste. Elle décide alors de mener l'enquête et va vite découvrir qu'entre le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  29 septembre 2018
Osez ce livre!
Dépasser ses préjugés sur son titre, sa couverture, son genre peut-être, et se couler dans cet objet littéraire absolument fascinant, c'est la garantie d'une expérience sensorielle de lecture profonde, émouvante, déstabilisante, unique!
C'est d'abord pour ma part une nouvelle preuve que le roman graphique de qualité est un genre majeur, propre à susciter la même admiration et le même niveau de ressenti qu'une oeuvre littéraire classique; celle-ci est en l'occurrence une expérience de lecture augmentée de tout premier plan. le texte est très présent, impeccable, et parfaitement à sa place autour de dessins d'une inventivité incroyable et d'une charge émotionnelle rare. Je n'aurais jamais cru qu'un dessin au stylo bille fasse un tel effet!
De fait, le format du roman graphique est le plus efficient pour porter cette double histoire de la petite Karen qui, ouvrant l'oeil sur le monde et sentant les secrets qui oppressent sa famille, préfère être un monstre, et de son enquête sur la mort de sa voisine Anka et son passé douloureux de juive allemande pendant la guerre.
Car grâce au dessin, grâce aussi à l'explosion des codes narratifs que l'auteur s'autorise (tout en maîtrisant totalement son récit), ce sont une multitude de contre-plans et d'infra-mondes qui nous sont donnés à voir : celui d'un quartier de Chicago de la fin des années 60 ravagé par la misère et le racisme, celui du caractère monstrueux, bon ou mauvais monstre, qui se cache en chacun, celui de la vérité du monde qui s'expose dans les toiles des grands peintres, celui des peurs enfouies, des vérités cachées, des sentiments profonds exposés avec un mélange de violence et de pudeur qui sonne juste.
J'attends avec impatience le deuxième volet de cette oeuvre qui m'a totalement embarquée et ouvert des portes.
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JustAWord
  02 août 2018
À l'instar des monstres, nous sommes des créatures motivées par la faim. Mais tout comme eux, nous pouvons faire preuve de pitié et d'amour.”
C'est ainsi qu'Emil Ferris, écrivaine et artiste américaine de 55 ans explique son amour pour les monstres à Paul Tumey de The Comics Journal.
Encore inconnue il y a un an, Emil Ferris s'est imposée comme LE phénomène du comics Outre-Atlantique avec sa toute première oeuvre : My Favorite Thing is Monsters. Son éditeur américain, Fantagraphics Books, fut le seul à bien vouloir la publier après pas moins de 48 refus (!!).
Coup de poker gagnant puisque le 20 juillet dernier, Emil Ferris rafle trois Eisner Award (équivalent pour le comics de l'Oscar pour le cinéma) dont celui du meilleur album et celui de la meilleure artiste.
Il n'en fallait pas davantage à Monsieur Toussaint Louverture, petit éditeur français qui a tout d'un grand et à qui l'on doit quelques romans-monstres comme La Maison dans Laquelle de Mariam Petrosyan ou Enig Marcheur de Russel Hoban, pour se lancer dans la traduction de ce titanesque roman graphique en deux parties avec l'aide de Jean-Charles Khalifa.
Avant de vous parler plus longuement de ce véritable OVNI littéraire, revenons quelques instants sur le parcours pour le moins atypique de son auteure.
Emil Ferris commence à dessiner à l'âge de huit ans. Originaire de Chicago, la jeune Emil déménage une première fois à Albuquerque au Nouveau-Mexique puis à Santa Fe avant de revenir pour de bon dans la Windy City. Née de parents artistes aux origines plurielles — mexicaines, allemandes, française et irlandaises — , Emil Ferris construit son imaginaire par l'art, par le fameux magazine satirique MAD et par les films d'horreur de séries B comme ceux de Creature Features. Fascinée par Frankenstein, Dracula et Wolf Man, l'américaine devient illustratrice et designeuse de jouets chez McDonald et Tomy.
L'histoire aurait pu s'arrêter là mais en 2001, à l'âge de 40 ans, Emil Ferris se fait piquer par un moustique et passe trois semaines à l'hôpital. Elle contracte le virus du West Nile et souffre de graves complications neurologiques.
Le verdict du neurologue est sans appel : Emil ne marchera plus jamais. Paralysée des deux jambes et de la main droite, l'américaine ne perd cependant pas espoir, au contraire. Elle s'inscrit au School of the Art Institute de Chicago en fauteuil roulant et en sort diplômée et valide. C'est à cette époque qu'elle commence un titanesque roman graphique inspiré de sa propre histoire et de ses obsessions personnelles pour l'art et les monstres. My Favorite Thing is Monsters est né et il lui faudra un long moment avant de trouver le chemin de l'édition. 48 refus d'éditeurs, la prise en otage de son premier tirage suite à la faillite de l'entreprise chinoise chargée de le transporter par bateaux via le Canal du Panama… voici enfin qu'Emil Ferris entre dans la cour des grands en 2017 !
Acclamée par la presse spécialisée et par Art Spiegelman (Maus) lui-même, Emil Ferris devient un véritable phénomène.
À présent, expliquons pourquoi…
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres s'inscrit dans la lignée d'un Maus à la fois par son côté autobiographique mais aussi par son envie de bouleverser les codes du comic book traditionnel. Pour arriver à une telle chose, Emil Ferris nous présente Karen Reyes, une enfant de 10 ans qui vit à Chicago dans les années 60. Cette petite fille ne se voit pas comme ses jeunes camarades de classe et le revendique à travers son journal intime dans lequel elle croque ses pensées et des instantanés de son existence. Pour construire son personnage central, Emil Ferris oublie le format à cases traditionnel et prend pour base un cahier spiralé dans lequel Karen esquisse et raconte sa vie. À la fois journal intime et carnet d'artiste, la forme du roman graphique de l'américaine surprend. Pourtant, il s'avère rapidement à l'image de sa narratrice pétillante et attendrissante. Karen vit en effet dans un appartement en sous-sol d'un quartier défavorisé de Chicago, c'est une fille d'immigrée et son frère est loin d'être un saint. Pire encore, Karen se sent de plus en plus seule depuis que sa meilleure amie Missy ne veut plus la voir. Alors Karen se représente en loup-garou, un gentil monstre tout droit sorti du cinéma d'horreur à la Hammer et qui pourrait simplement incarner la différence pour cette jeune fille pas comme les autres. Sauf qu'Emil Ferris va beaucoup plus loin.
Moi, ce que j'aime, c'est les monstres n'est pas une simple métaphore sur la difficulté de l'enfance lorsque l'on est différent mais une véritable peinture d'époque, de moeurs et de passions.
Emil Ferris explore à travers Karen les laissés-pour-compte du Chicago des années 60 et restitue non seulement l'authenticité de tout une époque mais également la voix oubliée des invisibles. Pourquoi Karen aime les monstres ? Parce qu'ils sont comme elle, comme son frère, comme sa mère, comme ses voisins…comme eux. le monstre devient à la fois une personnification du sentiment de non-appartenance de Karen au monde dit normal mais aussi une illustration de l'étrangeté de la vie quotidienne revue et corrigée par une gamine futée de 10 ans à peine. C'est aussi, naturellement, un hommage à une certaine culture underground du cinéma d'horreur de l'époque alors considéré comme anecdotique et ridicule. Pourtant, Ferris explique que le monstre de série B a plus en commun avec la mythologie et les légendes passées qu'avec le nanar qu'on veut bien dépeindre ici ou là. Véritable déclaration d'amour au genre horrifique, le roman capture avec tendresse toute la beauté d'un univers passionné et passionnant par les yeux de Karen et, dans une moindre mesure, de ses amis. C'est d'ailleurs certainement dans ce domaine fantastique que le trait d'Emil Ferris brille le plus.
Tout comme Emil Ferris, Karen est passionnée par l'art et les tableaux. Il est donc logique que son journal intime en soit envahi. Cependant, ceux-ci ne servent pas de faire-valoir au récit mais s'intègrent en son sein pour en devenir à la fois un rouage fondamental mais aussi un exercice d'apprentissage ludique et passionnant de l'art lui-même. D'autant plus passionnant d'ailleurs que le style de l'américaine tente sans cesse de se renouveler. Par son aspect crayonné et ses couleurs à la fois chatoyantes et désuètes, Moi, ce que j'aime, c'est les monstres réinvente la narration dans le comics. Emil Ferris colle, superpose, annote, déforme et joue avec ses illustrations. le roman fourmille de détails à chaque page et se révèle une expérience graphique unique aussi forte qu'un Maus ou un V pour Vendetta. Emil Ferris oblige le lecteur à s'investir dans sa lecture, à lui faire chercher le moindre mot égaré sur la page et la moindre subtilité dans le coin de la suivante. le résultat n'est rien de moins que fabuleux, la beauté de l'ensemble sidérante. En utilisant à plein régime la forme, Emil Ferris n'oublie en rien le fond de son oeuvre et entremêle les (més)aventures personnelles de la jeune Karen à une sombre histoire de meurtre.
En effet, dans l'immeuble de Karen, une femme du nom d'Anka vient à décéder dans de mystérieuses circonstances ! Persuadée que sa voisine a été assassinée, la jeune fille enfile un imper' et un chapeau à la Bogart pour aller mener sa propre enquête. Elle tombe alors de façon inattendue sur l'histoire secrète d'Anka, ancienne prostituée ayant vécu dans la République de Weimar des années 20 puis dans l'Allemagne Nazie des années 30. Ici, Emil Ferris aborde l'histoire sous un angle inattendu et fascinant : la prostitution. Même si l'on y parle déjà de la Shoah et des barbaries nazis, Ferris s'attarde davantage sur le milieu des bordels et étonne (encore !) le lecteur. Comme elle l'avait déjà fait avec Karen et son frère Deeze, elle établit ici deux catégories de monstres : les gentils monstres d'un côté et les méchants monstres, les pourris, de l'autre. En traitant frontalement de pédophilie et d'abus sexuels en tous genres, Emil Ferris joue sur la corde raide…et s'en sort d'une façon admirable, notamment à travers le monstrueux personnage de Schutz. La nuance dans Moi, ce que j'aime, c'est les monstres se révèle primordiale car, chez l'américaine, personne n'est tout blanc ou tout noir, surtout pas dans un monde où l'on assassine des gens pour leurs idées, leurs religions ou leurs couleurs de peau. Derrière les rideaux du spectacle pour monstres se cache un vrai plaidoyer pour la tolérance, d'autant plus sincère que son auteure connaît bien le sujet de par ses (nombreuses) origines. La capacité de Ferris à marier ce plaidoyer protéiforme avec des personnages en niveaux de gris offre de petits miracles au lecteur… et quelques planches mémorables.
Au-delà de son enquête, Karen parle avant tout de sa famille.
Sa mère, superstitieuse et sans éducation mais si tendrement humaine, poursuivie par un monstre qui la ronge : le cancer.
Son frère, Deeze, coureur de jupons invétérés aux activités troubles mais dont l'amour pour sa soeur ne fait aucune doute.
Son père, homme invisible qui hante la famille et trouble Karen entre les lignes.
Emil Ferris mêle sa propre histoire à son récit, la transforme et la contorsionne pour livrer au bout du compte quelque chose de fabuleux et de sincère.
Encore une fois, c'est le caractère nuancé de ses personnages qui fait la différence, sa capacité à colorier avec les bonnes couleurs le coeur des uns et des autres, de révéler le véritable monstre là où ne s'y attend pas, à montrer les cicatrices là où on ne les voit pas.
Comme aime le rappeler l'américaine : “Il existe un vieil adage qui dit quelque chose comme : “Il n'y a pas de gens courageux, seulement des gens qui portent leur peur dans la bataille.” Je pense que c'est également vrai pour la souffrance, la maladie mentale, les cicatrices émotionnelles et les profondes catastrophes de l'âme.”
Karen emporte tout dans son journal : la douleur de la perte, la souffrance de l'homosexuel mis au ban, les cicatrices bien réels d'un monde cruel mais surtout l'amour des siens, lumineux et perpétuel.
Emil Ferris offre une oeuvre dense, protéiforme et fascinante au lecteur. À travers le journal intime de Karen, elle retrace une époque, une famille, une société et toute une culture. La force de son style, l'éblouissante intelligence de son récit, voilà ce qui propulse l'américaine parmi les plus grands dès son premier essai
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MarcelP
  10 octobre 2018
Armée de ses seuls stylos à bille Bic, Emil Ferris a descellé la lourde pierre moussue qui obturait la crypte de son imagination fertile et nous offre un roman graphique d'une force et d'une beauté hallucinantes.
Son héroïne, la jeune Karen Reyes, fan de revue de bandes-dessinées horrifiques, se camoufle à ses propres yeux sous l'apparence d'un loup-garou. Elle supporte ainsi plus facilement le rejet dont elle est victime de la part de ses camarades. Sous les poils hirsutes de la bête, elle masque surtout cette différence qu'elle sent poindre en elle : Karen est irrémédiablement attirée par les filles.
Quand sa jolie voisine du dessus, Anka Silverberg est assassinée, notre petit monstre endosse alors une défroque de détective afin de résoudre la ténébreuse affaire.
Goules, vampires, morts-vivants, momies et autres créatures de la nuit rôdent dans l'univers fantasmagorique de Karen, mais les véritables monstres, eux, ont un visage bien humain. Dans les USA des années soixante ou dans l'Allemagne nazie, les férocités, les abominations et les perversions prolifèrent. Karen fait face au racisme ambiant, à l'hypocrisie, à l'homophobie latente comme Anka, à une époque pas si lointaine, a dû fuir les bordels d'enfants et les camps de concentration. Les monstres sont omniprésents : dans les secrets de Deeze, le grand frère de Karen, dans le cancer qui grignote sa mère, dans le voisin le plus innocent en apparence, le camarade de classe le plus banal et peut-être derrière la mystérieuse porte de la cave.
Emil Ferris multiplie les allusions artistiques (elle nous balade le long des cimaises de l'Art Institute of Chicago), politiques (la montée du nazisme, Martin Luther King, les incendies du West Side...) et sociales dans cette trombe littéraire qui nous emporte, échevelés, dans une narration complexe, essaimant flashbacks, fantasmes, hallucinations et apartés. le dessin est somptueux, raffiné, même dans l'horreur, mais le trait peut se faire chaotique, revêche voire sale, selon les moments. Ferris fait voler en éclat la BD : ni cases, ni phylactères, les personnages, leurs mots et leurs pensées envahissent la page, se recouvrent, et l'oeil du lecteur doit apprivoiser la sensation de tumulte qui l'étreint. le travail d'adaptation est particulièrement soigné (prouesse indéniable de la maison d'édition Monsieur Toussaint Louverture).
L'inventivité graphique bluffante d'Emil Ferris se place dans la lignée des plus grands : si Crumb, pour le trait, ou Sendak, pour l'univers, ont été cités, on pourra ajouter à ce prestigieux catalogue séminal, le style effrayant de sa contemporaine Kitty Crowther, les romans gothiques, les films de Roger Corman ou de la Hammer, les transes psychédéliques d'un Solé,...
Renversant et addictif...
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svecs
  21 septembre 2018
Le premier volume de "Moi, ce que j'aime, c'est les monstres" d'Emil Ferris est probablement l'un des livres les plus singuliers que j'ai lu depuis longtemps. Il s'agit aussi de l'une des bandes dessinées les impressionnantes que j'ai lu depuis longtemps. le fait que l'excellent éditeur "Monsieur Toussaint Louverture" ait payé le prix fort pour s'assurer l'édition française en dit long sur la confiance qu'il a en sa qualité. On peut malgré tout se demander pourquoi une bande dessinée qui arrivée précédée d'une telle réputation (et multi-récompensée) n'a pas trouvé sa place chez l'un des nombreux éditeurs spécialisés. Pour mémoire, il s'agira de la troisième bande desinée éditée par MTL (après Alcoolique et du Sang sur les mains de Matt Kindt). Ont-ils été rebutés par le travail d'adaptation ou de traduction ? A moins que nous ne nous retrouvent face à une situation similaire à celle de Maus, qui échoua chez Gallimard, faute d'intérêt de Casterman (qu'on aura pû croire l'éditeur "naturel" pour ce genre de livre) et consort, échaudés par la singularité du travail d'Art Speigelman.
La singularité est en effet le maître-mot lorsqu'il s'agit de définir le travail d'Emil Ferris. Non que le livre soit hermétique ou difficile d'accès. Il est très accessible, loin des envolées ésotériques d'Alan Moore ou de l'inventivité formelle d'un Chris Ware. L'histoire est fondamentalement assez simple. Il s'agit d'une récit initiatique dans lequel une petite fille, Karen Reyes, tente de comprendre les causes de la mort de sa voisine, Anka Silverberg. de là, Emil Ferris prend un malin plaisir à multiplier les effets de miroirs. Karen est une petite fille qui dissimule son mal-être derrière une passion pour les films des monstres. Elle rêve de se faire mordre par un monstre pour rejoindre la horde des non-morts, et fuir la réalité. En regard, la réalité, même vue à travers ses yeux d'enfants, paraît plus que monstrueuse. Emil Ferris joue aussi beaucoup de l'alternance entre des couvertures imaginaires de bandes dessinées d'horreur de type EC Comics et de toiles classiques, qui dissimulent de manière plus subtile un effroi au moins aussi grand que celui des spectres, goules... qui hantent les comics.
La singularité s'exprime surtout par la forme, le livre se présentant comme une sorte de journal intime rempli de manière parfois anarchique, mais toujours parfaitement lisible. Il s'agit en effet du journal tenu par Karen, mélant textes et dessins. Poussant le soucis du détail jusqu'au bout, le papier ligné sur lequel est réalisé le livre, incluant même les trous de perforation. Cela peut semble gratuit mais ces "coquetteries" ajoutent un supplément d'âme à ce livre hors-norme, surpenant mélange de candeur enfantine et de cynisme adulte, utilisant l'imagerie des monstres de pulp pour contrebalancer la monstruosité bien réelle des hommes. J'ose parler de chef d'oeuvre.
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LadyDoubleH
  08 octobre 2018
Coup de coeur ! Ce roman graphique est juste extraordinaire, à tous points de vue. Un régal, surprenant, bluffant. le dessin est absolument remarquable – talent, virtuosité, génie, entièrement réalisé au stylo bille. Reproductions de tableaux de maître et de covers de revues horrifiques, visages, architecture, personnages, expressions, délires en tous genre, tout est vivant, précis, détaillé, complètement dingue. 416 pages à te décrocher la mâchoire d'admiration. L'histoire est quant à elle vraiment originale et brillamment menée, elle tient en haleine jusqu'au bout, à la fois celle d'un quartier de Chicago au bord de la rupture et du Berlin de l'entre-deux guerres. L'histoire de deux fillettes, l'une qui peine à trouver sa place, l'autre malmenée par l'existence (et vice versa peut-être). Et tout cela teinté de fantastique et de merveilleux.
« Les méchants monstres veulent dominer le monde, le dessiner à leur image, et pour ça, ils ont besoin que nous ayons tous peur… Ils ne vivent pas dans une tanière à prendre soin des leurs… je pense que c'est ça la différence… Un gentil monstre, ça fait parfois peur à cause de son look bizarre, tout en griffes et en crocs… Mais ça, ils ne le font pas exprès, ils ne le contrôlent pas, c'est comme ça… Les méchants, eux, le contrôle, ça les connait… ils veulent que le monde entier soit effrayé pour pouvoir mener la danse… »
Un livre également extraordinaire par la vie de son auteure, Emil Ferris, et son parcours éditorial. A la suite d'une piqûre de moustique, Emil Ferris a contracté le jour de ses quarante ans (en 2002) une méningo-encéphalite extrêmement grave. Les médecins pensaient qu'elle ne pourrait plus jamais remarcher. Elle ne pouvait même plus tenir un stylo… A la force de sa volonté, elle a tout récupéré, a mis six ans à dessiner les 800 pages de cette oeuvre (ceci n'en est que la première partie), a subi 48 refus des éditeurs (!!!) avant que Moi, ce que j'aime, c'est les monstres ne soit finalement accepté – et devienne directement un best-seller.
Pfiou. Quelle claque.
Lien : https://lettresdirlandeetdai..
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critiques presse (11)
Telerama   03 octobre 2018
Un ouragan nommé Emil Ferris ! Il n’a fallu qu’un seul album à cette dessinatrice de Chicago pour bouleverser le paysage du neuvième art. Mais quel album ! Dense, puissant, inspiré, surprenant de bout en bout, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres a affolé les boussoles de la critique américaine et réveillé les consciences.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   24 septembre 2018
Foisonnante épopée psychique, grand récit sur les émotions, les troubles de l'identité et les pouvoirs de l'imagination, il fera date.
Lire la critique sur le site : Lexpress
BDGest   04 septembre 2018
Véritable OLNI (objet littéraire non identifiable), Moi, ce que j’aime, c’est les monstres consacre peut-être trop rapidement (quoi qu’à cinquante-six ans cela soit très relatif) une auteure qui devra, dans les années à venir, pouvoir exister en dehors d’un tel chef-d’œuvre.
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Auracan   29 août 2018
Ce premier opus d’un diptyque fort de 800 pages, transportera le lecteur dans un univers mêlant habilement le réalisme et le fantastique aux accents souvent torturés mais également pleins d’espoir d’une vie meilleure.
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LaPresse   29 août 2018
Arrivée de nulle part, au terme d'une série d'épreuves qui auraient découragé n'importe qui, Emil Ferris a bousculé les conventions du roman graphique avec Moi, ce que j'aime, c'est les monstres, oeuvre magnifique et bouleversante, qui est un éloge de l'art, de la différence et de la résilience.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Chatelaine   27 août 2018
Remarquable, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres l’est autant que son autrice, l’Américaine Emil Ferris. À 40 ans, à moitié paralysée par le virus du Nil, cette illustratrice déjoue tous les pronostics: elle réapprend à marcher, à dessiner, retourne à l’université, puis entreprend un récit colossal, entièrement réalisé au stylo-bille!
Lire la critique sur le site : Chatelaine
BDZoom   27 août 2018
« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » est un authentique plaidoyer pour le souvenir et l’amour, mêlant deux univers, « superficiel » pour l’un (les comics et les revues d’horreur), et plus rude et réaliste pour l’autre (la vie quotidienne et l’histoire des camps) de manière étonnamment liée.
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BoDoi   24 août 2018
Avec un style chargé mais bourré d’émotions et de sensations, Emil Ferris propose un environnement visuel inédit et d’une grande puissance.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Actualitte   22 août 2018
Depuis sa parution, l’ouvrage a raflé les prix, avec, dernièrement, les prix Eisner du meilleur album 2018 et celui de la meilleure auteure. Par-delà la complexité d’un trait qui peut déstabiliser, c’est bien une monstrueuse aventure qui s’offre au lecteur.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Liberation   16 juillet 2018
Le lecteur est d’abord subjugué par le dessin, puis il pénètre dans le récit, mais chaque nouvelle double page est tellement sublime et surprenante qu’elle le rappelle au dessin. Son trait ne sert jamais de décor, il est un pur moyen de communication.
Lire la critique sur le site : Liberation
Liberation   16 juillet 2018
Dans «Moi, ce que j’aime, c’est les monstres», la dessinatrice raconte l’histoire de Karen, enfant anxieuse qui vit dans le Chicago des années 60 et s’invente un monde foisonnant de mystères. Un ouvrage au souffle romanesque exceptionnel, remarquable tant sur la forme que sur le fond.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
LadyDoubleHLadyDoubleH   07 octobre 2018
-- Karen, cet oeuf, il est de la couleur d'une betterave, est-ce que ça en fait une betterave ?
-- Non. Je dirais que c'est un oeuf.
-- Exactement ! Par contact, ces oeufs ont pris une autre couleur. Et c'est la même chose pour les gens. Ils peuvent souffrir de la proximité du mal, mais jamais, au fond de leur coeur, ils ne deviennent mauvais.
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KmyeKmye   17 août 2018
Cette œuvre magnifique est le résultat d'une expérience de laboratoire composée de 42% de mystère, 18% de fiction historique, 6% de romance, 21% de souvenirs, 5% de réalisme urbain, 6% de critique sociale mordante, 10% d'humour et 3% de thriller surnaturel.
Elle est aussi faite de nombreux cœurs qui battent et battent encore, de milliers de crocs prêts à mordre, de puissantes sensations souterraines et d'un appétit féroce pour la vie.
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WiniFREDWiniFRED   17 septembre 2018
Moi, quand je serai grande, je serai une zombie (faite d'obscurité, de toujourité, et de trucs comme ça), donc j'aurai pas peur de la mort. Les zombies, à être ni vivant ni mort, là-bas dans l'obscurité, ça a pas de "problème d'estime de soi" ; et puis la "lumière", c'est pas aussi extraordinaire que c'qu'on dit. Une seule visite dans les sous-sols des bazars genre Goldblatt, avec votre mère et une flopée d'autres dames qui se battent sous l'éclat des néons pour des trucs comme des théières ébréchées ou des culottes avec les jours de la semaine mal écrits dessus (maredi, mèrecredi), ça suffit pour bien voir la façon dont la lumière, ça fait de la vie un truc pourri et suintant...
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WiniFREDWiniFRED   17 septembre 2018
Même si j'étais réveillée, je savais qu'ils étaient là, dehors, les 𝐆.𝐄.𝐍.𝐒., et qu'un de ces quatre, j'allais y passer. Oh, j'avais 𝐩𝐚𝐬 peur qu'ils 𝐦𝐞 𝐭𝐮𝐞𝐧𝐭 ça non, pfff... J'avais peur qu'ils 𝐟𝐢𝐧𝐢𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭 par me 𝐟𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 𝐞𝐮𝐱... 𝐆rossiers, 𝐄nnuyeux, 𝐍uls, 𝐒tupides = 𝐆.𝐄.𝐍.𝐒.
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VanechkaVanechka   18 août 2018
Les hippies m'ont dit "paix", et moi j'ai esquissé (la force de l'habitude) un signe de paix en réponse, et, je ne sais pas pourquoi, mais pile à ce moment-là, ça m'a paru faux. Qu'on lève tous deux doigts comme des crétins en disant "paix", enfin pourquoi "paix" et pas "coléoptère" ou "pruneau" ou "crêpes" ? Comment un mot comme "paix", même répété à l'infini, pourrait-il arrêter la guerre ? D'ailleurs comment pourrait-il faire quoi que ce soit de tout le merdier qu'est ma vie ?
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