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EAN : 9782258094789
336 pages
Presses de la Cité (13/09/2012)
3.36/5   7 notes
Résumé :
4° de couverture :
(Edition source : Presses de la Cité, Documents - 09/2012)


Une histoire d'amour et de survie dans les camps de Staline Traduit de l'anglais et du russe par Pierre-Emmanuel Dauzat
Voici une histoire d'amour comme on en connaît peu. Dans les années trente à Moscou, Lev et Svetlana se rencontrent et s'aiment. Ils seront séparés quatorze années durant, par la guerre puis par le Goulag, puisque Lev y sera déporté.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
37 Kilos de lettres d'amour : c'est le poids de la correspondance amoureuse entre Lev Michtchenko et Svetlana (Sveta) Ivanova de juillet 1946 à novembre 1954. le pauvre Lev se trouvait dans un camp de travail au Grand Nord, à Petchora pour être précis, soit à 1.491 km de Moscou, où sa bien-aimée Sveta l'attendait. Ce séjour peu exotique, Lev le devait à la mansuétude de ce grand humaniste qu'était Joseph Staline. Si Petchora se trouvait quelque part central c'était, hélas, au coeur de l'abominable Goulag.

Beaucoup d'entre vous ont lu "Une journée d'Ivan Denissovitch" du Prix Nobel Alexandre Soljenitsyne, certains même son magistral "L'Archipel du Goulag" (3 voĺumes en version française) et/ou l'excellente oeuvre de base par l'historienne américaine Anne Applebaum "Goulag : Une histoire" , et savent donc que cet archipel n'était pas particulièrement une destinée de rêve pour ses millions de clients. En fait, le mot "Goulag" est un acronyme pour désigner l'Adminstation principale des camps, sous contrôle de la police politique Guépéou/NKVD/KGB, qui avait corrigé et amélioré les anciens "katorgas" des tsars. Si le nombre total des personnes qui y ont séjourné n'est pas bien connu, on avance des chiffres entre 10 et 18 millions, les archives russes sont, en revanche, nettement plus précises quant au nombre de morts : 963.866, ou de 1934 à 1947, 69.000 morts par an !

Lev et Sveta, deux jeunes doués, avaient fait connaissance à la faculté de physique de la meilleure université de l'URSS, celle de Moscou. Comme ils ont raconté eux-mêmes à l'auteur, il ne s'agissait pas d'un "coup de foudre", mais d'une progressive appréciation réciproque. Il est vrai que si Lev n'était pas exactement un adonis, Sveta était, par contre, de toute beauté et d'une taille impressionnante. Et Lev, bien que plus petit qu'elle, avait "un visage bon et doux", mais la concurrence pour le coeur de Sveta était tenace, comme la moitié des étudiants en étaient amoureux à des degrés différents.

Lev avait sans doute un regard mélancolique, résultat d'une jeunesse peu heureuse. Né en 1917, il n'avait pas 3 ans ans, lorsque ses parents furent incarcérés par les bolcheviks pour collaboration avec les armées blanches. Accusation sans fondement, mais qui n'empêchait pas un gardien de prison de tirer une balle en pleine poitrine de sa mère et son père d'être exécuté. En l'espace de quelques semaines le môme pût aller à 2 enterrements. Après, son éducation était assurée par une grand-mère et des tantes. Sveta sortait d'un milieu un peu plus huppé (pour les normes communistes de cette époque), son père étant un scientifique spécialiste du caoutchouc, matière vitale pour l'URSS.

Opération Barbarossa, l'invasion de l'URSS par les nazis en 1941, signifiait pour notre couple une longue séparation. Pour Sveta : son diplôme - en même temps qu'un certain Andreï Sakharov - des dépressions et de la poésie ; pour Lev : incorporation dans l'armée et pérégrinations comme prisonnier des Boches et un séjour à Buchenwald. Libéré par les Américains, il fut offert un job comme scientifique aux États-Unis, mais refusa, dans l'espoir de vite retrouver sa bien-aimee. C'était cependant compter sans la gentillesse des tchékistes qui le condamnèrent pour espionnage et l'envoyèrent pour 10 ans au Goulag, en décembre 1945. Sa faute ? Avoir eu l'audace de jouer à l'interprète auprès des Fritz pour aider ses compatriotes !

Voilà, dressée la scène des 8 années qui allaient suivre : lui dans un combinat de bois, elle à Moscou, et entre eux un amour épistolaire, qui a survécu à toutes épreuves. Par respect pour mes amis sur Babelio, je dois malheureusement mais impérativement arrêter mon récit ici.

Selon l'auteur, la collection des lettres entre nos 2 amoureux représente "la seule grande chronique en temps réel de la vie quotidienne au Goulag qui ait jamais vu le jour." Sur une photo de l'ouvrage, on voit Sveta et Lev à Moscou, en 2002, interviewé par Orlando Figes.

D'Orlando Figes, né en 1959 et professeur d'histoire à l'université de Londres, j'ai énormément appris sur la Russie. Ses oeuvres "La Révolution russe: 1891-1924 : la tragédie d'un peuple" (2 tomes en français), "Les Chuchoteurs : Vivre et survivre sous Staline" (également 2 volumes), ainsi que sa Chronique de la Guerre de Crimée, 1853-1856 (pas traduit en français), sont pour moi des oeuvres de référence souvent consultées. J'avais initialement l'intention de faire une critique de son chef-d'oeuvre "Natasha's Dance", mais en l'absence d'une version française, j'ai laissé tomber. Je présume que les éditeurs français ont pensé qu'il s'agissait de la vie dissolue d'une fille de l'est peu catholique ou orthodoxe ? Pourtant le sous-titre aurait pu les édifier "A Cultural History of Russia". Un monument impressionnant de 729 pages.

En 2008, Poutine avec ses sympathies pour Staline, décida de fermer le Mémorial des victimes du Goulag, après un raid par sa flicaille qui confisqua tous les documents. Une protestation initiée par Orlando Figes et contresignée par de nombreux académiciens eût comme résultat, après un procès bidon, que le Mémorial soit rouvert et les archives restituées, l'année suivante. C'est là que l'auteur a pu prendre connaissance de cette "Love Story" à la russe.

Deux petites conclusions relatives à Orlando Figes : ses ouvrages historiques sont traduits en 27 langues et lui ont valu de nombreux prix, tels le Prix Médicis en France, en 2009, pour "Les Chuchoteurs" et un an après, en Italie, le "Premio Roma".
Pour protester contre la bêtise du Brexit, le professeur londonien a demandé la nationalité allemande.
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"Les amants du goulag" de Orlando FIGES .
Une histoire d'amour et de survie dans les camps de STALINE.
Traduit de l'anglais et du russe par Pierre-Emmanuel DAUZAT.
Du recueil de leur témoignage à la consultation des archives du mémorial de Moscou, l'auteur nous retrace l'histoire d'un couple séparé par la guerre et l'internement de Lev au goulag pour avoir servi plus ou moins d'interprète aux allemands après avoir été fait prisonnier.
Sveta, elle, restera à Moscou et leur échange impressionnant de lettres, toute numérotées,va servir de base à ce livre.
On y retrouve les conditions de vie de chacun, aussi bien à Moscou qu'au goulag ; leurs angoisses, leurs petits bonheurs...
Ce livre est un témoignage de l'époque Stalinienne d'après-guerre ; son genre "semi-épistolaire" donne de l'authenticité au récit tout en évitant les grandes théories.
Je l'ai beaucoup aimé et le recommande à ceux qui s'intéressent à l'histoire Soviétique.
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critiques presse (1)
LaViedesIdees
19 février 2013
Cette analyse épistolaire permet de saisir l’impact des techniques disciplinaires sur l’état d’esprit du détenu, et l’évolution de ses liens sociaux face à un État qui cherche à les rompre.
Lire la critique sur le site : LaViedesIdees
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Trois vieilles malles venaient d'être livrées. Entreposées dans le couloir, elles bloquaient l'accès à la salle animée de Mémorial, à Moscou, ou l'on recevait le public et les chercheurs en histoire. En cet automne 2007, j'étais venu y voir des collègues de la section "recherches" de cette organisation des droits de l'homme. Remarquant mon intérêt pour les malles, ils me confièrent qu'elles contenaient les plus grosses archives privées données à Mémorial depuis sa création vingt ans auparavant.
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La vie doit être assumée avec tant de fermeté que même le plus grand chagrin ne saurait changer cette attitude, du moment que ce n'est pas une attitude étriquée d'en bas, mais une attitude sage, presque tolstoïenne, d'en haut. en l'occurrence, elle ne détruit pas ce qui est humain, mais, au contraire, nous rend plus humains.
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Souvent, il fallut lire entre les ligne, avec les mots codés pour désigner les agents du MVD ("oncles", "parents"), le Goulag, ("parapluie"), ou le pot-de-vin ("vitamine D" - D comme deneg, argent en russe) mais aussi les allusions littéraires (notamment aux satires du XIX siècle de Nikolaï Gogol ou de Saltykov-Chtchédrine) pour faire passer des messages sur les absurdités de la vie quotidienne dans le camp.
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J'ai toujours ces vers présents à l'esprit : " Donne sans rien attendre en retour : telle est la clé qui ouvre les coeurs "
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La formation militaire était obligatoire pour les étudiants à plein temps de l'université de Moscou. Ils avaient obligation de rejoindre un corps d'officiers de réserve qui pouvaient être mobilisé en temps de guerre.
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