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EAN : 9782072858550
336 pages
Gallimard (01/10/2020)
3.92/5   134 notes
Résumé :
La philosophie politique et la psychanalyse ont en partage un problème essentiel à la vie des hommes et des sociétés, ce mécontentement sourd qui gangrène leur existence. Certes, l'objet de l'analyse reste la quête des origines, la compréhension de l'être intime, de ses manquements, de ses troubles et de ses désirs. Seulement il existe ce moment où savoir ne suffit pas à guérir, à calmer, à apaiser. Pour cela, il faut dépasser la peine, la colère, le deuil, le renon... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
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sur 134 notes
« Ci-gît l'amer (guérir du ressentiment) », Cynthia Fleury (325P, Gallimard).

Premier constat, sur la forme, c'est une lecture rendue difficile par l'usage permanent d'un vocabulaire compliqué ou baroque (pourquoi évoquer un monde « capitalistique » ?), d'expressions latines non traduites, par les très nombreuses références explicites ou implicites à des auteurs célèbres ou inconnus, et parfois par des phrases plus qu'alambiquées (exemple : « Chez Georg Lukacs, la réification est le processus de chosification de la vie du sujet, qui n'est pas sans rappeler les affres de la rationalisation wébérienne qui a pour conséquence de « qualifier » le quantitatif, autrement dit de disqualifier le qualitatif au profit d'une surévaluation du quantitatif, appelé dès lors à devenir le nouveau qualitatif, le chiffre venant se substituer à la puissance du nom. » ouf !!!) le texte, dense, manque de concret, d'illustrations pour éclairer les raisonnements. Cynthia Fleury est une « pure » (sic) intellectuelle qui se paie assez facilement de mots, et de jeux de mots à la Lacan, et d'ailleurs, l'essentiel de l'ouvrage est construit autour d'une déclinaison du titre : « Ci-gît l'amer » en « Ci-gît la mer » et en « Ci-gît la mère ». N'étant pas outillé d'un 3ème cycle en philosophie, j'ai dû m'accrocher pour aller au bout de ma lecture, et je suis loin d'avoir tout saisi de la pensée de CF, qui reste à mes yeux confuse et teintée d'une certaine prétention élitiste.

Sur le fond, comment guérir, au plan individuel ou collectif, au niveau psychologique ou politique, de cette si mauvaise passion, cet amer ressentiment qui habite tant de personnes et/ou de groupes sociaux ? C'est la question à laquelle tente de répondre ce livre, s'appuyant essentiellement sur les deux champs de références de l'essayiste que sont la psychanalyse et la philosophie politique.

Dans la première partie, elle démonte de manière très fouillée et souvent convaincante les mécanismes victimaires qui poussent au ressentiment, et dans lequel les individus les plus « faibles » ou les plus « lâches » peuvent s'enfermer sans cesse plus sûrement. Face à des situations personnelles vécues comme injustes ou discriminatoires, le sujet se sent parfois incapable de dépasser le ressentiment, il se fige dans l'attente d'une réparation trop souvent hypothétique, au lieu de se donner les moyens d'une sublimation, d'un dépassement positif dans des engagements constructifs. Les processus de dé-narcissisation du sujet, de dévalorisation le conduisent à ruminer sans fin son amertume, au point de ne plus savoir parfois contre quoi il est en colère, et de tourner celle-ci vers des objets (des personnes) en la transformant en vengeance aveugle. le ressentiment finit par s'alimenter de lui-même, bloquant de fait toute issue positive, et pouvant conduire à une forme de jouissance de la blessure. La rancoeur reste l'arme des faibles, le ressentiment ne poussant pas à se défendre mais à vouloir détruire « l'ennemi ». Face à ces situations, la cure analytique peut être une solution au long cours, mais pas forcément exclusive ni accessible à tous.

Cynthia Fleury ne nie pas qu'il puisse y avoir parfois des causes objectives et réelles à ces sentiments d'injustice, (comment le pourrait-elle ?), mais son analyse induit pourtant que celui qu'elle nomme le « ressentimiste » est essentiellement responsable et source de son état d'amertume. Pour elle, la certitude d'être objectivement lésé, quand elle se fige, est un leurre dangereux, car on peut toujours trouver plus lésé que soi, et que chacun d'entre nous peut se retrouver dans la posture de celui qui lèse autrui (une posture "chrétienne"?) Certes, mais quand elle se préoccupe de situations moins individuelles, donc des mêmes processus au niveau social, on finit par se demander si son argumentaire ne conduit pas, peu ou prou et quoiqu'elle en dise, à une forme de passivité ou de résignation, puisque toute forme de révolte violente face à l'injustice dans une démocratie dont elle ne semble guère contester les fondements lui semble illégitime. Faire intérioriser une culpabilité intime aux victimes d'injustices sociales, en dédouanant de fait la responsabilité des systèmes sociopolitiques et de ceux qu'ils servent, tel est pour moi, le point d'achoppement avec son raisonnement (ou de ce que j'ai cru en comprendre). Ce qui ne l'empêche pas de dénoncer l'apolitisme comme l'expression d'une lâcheté.

Elle cite dans la seconde partie Hitler, Mussolini ou Trump comme figures autoritaires qui incarnent ce ressentiment exacerbé et dangereux dans lequel se reconnaissent les soumis, au point que ce sont eux qui investissent, et pour une part fabriquent ces « führers » qui vont les brosser dans le sens du poil, en abusant de leurs ressentis. Elle évoque de manière plus que floue ceux qu'elle désigne comme des populistes, une catégorie d'autant plus fourre-tout qu'elle ne cite personne (en sous texte, on l'imagine renvoyer dos à dos dans un discours aussi facile qu'implicite tous les extrêmes qui seraient fondamentalement de même nature). « le ressentiment, tout en pourrissant l'être, maintient en forme physique, conserve dans son jus amer l'individu rongé. Il a le pouvoir du formol ». Mais est-ce vraiment parce que le fascisme est d'abord en chacun de nous qu'il finit par s'imposer dans un état ? Je ne suis guère convaincu par l'argument. Si nombre de remarques me sont apparues pertinentes, j'ai été gêné par cette dimension, où Cynthia Fleury me semble ‘'charger'' l'individu ou le groupe d'individus, ''la masse'', et dédouaner la structure sociale et surtout ceux qui en tirent les bénéfices et en jouissent. J'ai par ailleurs perçu une forme d'élitisme assez hautain dans son discours, une vision dévalorisée des « faibles », de ceux qui « suivent » cette belle élite très minoritaire qui serait source de progrès social et démocratique.

Poursuivant son analyse du ressentiment, dans un des passages les plus passionnants de son essai, elle nous fait croiser Frantz Fanon ; elle nous montre comment ce psychiatre et militant anticolonialiste a suivi un chemin de sublimation, de non victimisation, faisant passer l'humain avant tout particularisme identitaire, pointant pour le colonisé le risque de s'enfermer dans cette exclusive représentation victimaire de sa condition. Elle fait aussi un parallèle intéressant avec la situation des femmes dans notre société, défendant un féminisme aux antipodes d'une attitude de complainte ou de rancoeur vengeresse (rejoignant ainsi Belinda Cannone dans « le nouveau nom de l'amour », chroniqué ici ; mais là où celle-ci exprime une belle poésie joyeuse et plutôt optimiste sur le devenir des rapports hommes-femmes, Cynthia Fleury nous propose une austérité de la pensée et de l'expression.)

Un livre donc intéressant, rude, qui a le mérite d'être discutable (au meilleur sens du mot), mais qui m'a plus touché du côté des mécanismes du ressentiment dans sa dimension individuelle, celle que tout un chacun peut parfois percevoir dans sa vie affective, que dans le parallèle fait avec le côté social qui en est l'objet essentiel.
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Il est plus aisé pour moi de chroniquer un roman qu'un essai. Cependant, j'ai beaucoup aimé ce livre malgré les écueils de la lecture d'un texte complexe et, sans tomber dans le travers de vouloir en faire un résumé, je vais essayer de faire un pas de côté pour vous exprimer les raisons pour lesquels ce texte m'a inspiré.
Ci-gît l'amer porte un sous-titre Guérir du ressentiment, et toute la portée de cet essai réside dans ce sous-titre. Cynthia Fleury est à la fois philosophe et psychanalyste. Spécialiste du soin, on a beaucoup entendu sa parole dans les médias durant la crise sanitaire que nous vivons encore.
J'aime beaucoup entendre sa parole.
Le soin bien sûr s'invite dans cet essai, j'y reviendrai.
Mais lorsqu'on parle de ressentiment, de quoi parle-ton au juste ? C'est un mal insidieux qui touche la personne qui le porte, et qui fait mal à son tour aux autres. On pourrait même parler de maladie. C'est un mal qui s'installe durablement à la différence d'une colère qui est plus spontanée et impulsive, le ressentiment est un mal qui se mâche, qui se remâche, qui tourne en boucle...
C'est comme une haine, un sentiment de défiance exacerbée ou d'envie, pire que la jalousie, parce que dans la jalousie on admire l'autre sans vouloir le détruire pour autant. Dans le ressentiment, l'autre est méprisé, devient l'ennemi qu'il faut détruire de manière symbolique ou physique.
Le ressentiment s'inscrit dans le temps et crée des fractures qu'on ne soupçonne pas.
J'ai aimé cette manière d'aborder ce thème du ressentiment sous l'angle de la personne et sous l'approche collective. Bien sûr, Cynthia Fleury aborde ici les régimes fascistes ou fascisants, rien d'étonnant ici depuis Étienne de la Boétie qui nous disait 450 ans plus tôt : « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » Cynthia Fleury nous confirme bien que les leaders en dictature assoient aisément leur pouvoir, non pas par grâce à leur charisme ou leur puissance, encore moins grâce à leurs compétences puisqu'elles sont inexistantes, mais par la simple frustration du peuple. D'un point de vue paradoxal, nos démocraties imparfaites et toujours en réalisation ne sont pas en reste, exacerbent le ressentiment. Pourquoi ? Parce que les inégalités en démocratie apparaissent injustes, comme des promesses non tenues. Rajoutez à cela les réseaux sociaux en caisse de résonance et vous obtenez là un beau terreau pour faire germer les ressentiments.
J'y ai vu quelques clefs intéressantes de lecture des maux de notre société à quelques mois des élections présidentielles où les ressentiments seront forcément exacerbés et récupérés par les candidats des extrêmes. Cela commence déjà, cela ne vous aura pas échappé, n'est-ce pas ?
C'est bien beau de parler du mal et Cynthia Fleury en parle bien, jouant de ses deux casquettes, la philosophe et la psychanalyste. J'avoue avoir un faible pour la philosophe, mais c'est intéressant de voir comment l'un vient nourrir l'autre. C'est bien beau de parler du mal, et si l'on parlait du remède, du contre-poison, de l'antidote ? Cynthia Fleury en parle tout aussi bien et de manière plus intime, j'ai été plus réceptif sur cette dimension.
Le remède paraît simple, si simple, trop simple. Bien sûr j'y crois sinon je ne pense que j'aurais écrit cette chronique, ni même lu ce livre. J'y crois, même si au fond de moi une petite voix obscure me dit au loin que c'est vain d'y croire, que cela ne changera pas le monde, ni les gens, que c'est une mission impossible. Allez ! j'y crois quand même et c'est tellement facile de l'exprimer ici, peut-être naïvement, vous en jugerez.
Bien sûr, ce livre regorge d'antidotes. Cynthia Fleury nous dit tout d'abord qu'il faut accepter le ressentiment, l'accueillir comme une épreuve pour mieux le combattre.
Le ressentiment, on ne doit pas le nier, mais le prendre à bras le corps, en faire quelque chose, pour le remplacer.
Ne vous êtes-vous jamais posé la question : et si c'était possible de revenir en arrière ? On ne peut pas revenir en arrière, les choses ne se réécrivent pas, les choses ne se réparent pas. Nous ne réparons pas ce qui s'est cassé en nous. Nous créons quelque chose de nouveau, faire advenir quelque chose de nouveau, tisser un nouveau récit qui va nous éloigner de la peine. Nous ne sommes pas des ordinateurs.
Le ressentiment, il faut l'accepter, on va en faire quelque chose, par la sublimation, la culture, l'éducation, le soin, ce sont les forces de sublimation qu'il faut réactiver dans notre démocratie.
Le soin, l'empathie, l'écoute, le soin au sens de prendre soin de la capacité de sa réaction, venir accompagner l'émergence de quelque chose, et faire en sorte qu'un sujet redevienne une puissance d'événement et de créativité. Justement la créativité est un magnifique antidote.
Prendre soin par la parole, par le non-verbal, par la simple présence, en faire quelque chose, le début d'une résilience possible.
L'attention à l'autre, l'amitié, l'admiration, l'éducation, la culture, la sublimation...
Une rencontre. Des rencontres.
Redéployer son corps.
Le mettre en accord avec le reste du monde.
Prendre soin par la parole, par le non-verbal, par la simple présence, en faire quelque chose, le début d'une résilience possible.
Chacun peut trouver son équation dans la sublimation en utilisant toutes ses potentialités.
Les passions tristes sont constitutives de la vie, de nos vies, il ne faut ni lutter, ni se laisser totalement submerger, engloutir...
La poésie est une forme de sublimation. Cynthia Fleury évoque la poésie de Rilke, sa découverte a été un choc pour elle, un pont, une possibilité d'attraper quelque chose, de cranter avec le monde, avec les livres.
Et puis elle ouvre un chapitre qui fut pour moi une magnifique rencontre, une découverte, celle de Frantz Fanon, psychiatre et militant anticolonialiste dont le parcours est un magnifique chemin de sublimation.
J'ai aimé aussi le propos de ce livre parce qu'il est un respect, un amour des singularités.
Récemment, sur une radio publique, - France-Inter pour ne pas la citer, Cynthia Fleury disait : « le soin est le premier geste politique, il nous permet d'habiter le monde. »
Je trouve cette citation fort belle et je voudrais conclure ma chronique par cette ouverture magnifique.
Habiter le monde.
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Bien plus qu'une simple lecture, CI-GÎT L'AMER a été pour moi, à titre plus personnel, une véritable expérience. Ceci dans le sens où on parlerait par exemple, lors d'une manifestation artistique, de "vivre une expérience artistique" pour évoquer cette dimension de proximité et d'intensité présentes et à laquelle aucune conception purement muséale de l'art ne pourrait normalement nous faire accéder...
Bien que la réflexion philosophique y soit approchée dans toute la complexité des notions qu'elle implique habituellement quand pratiquée à haut niveau comme c'est le cas ici, et bien que l'auteure ne cède à aucun moment à la tentation de les rendre à tout prix accessibles à tous, le développement de sa pensée philosophique ne se résume jamais à une spéculation purement abstraite, n'opposant à mon sens aucune résistance à pouvoir être incarnée et à intégrer la vraie vie. Cynthia Fleury n'hésite pas d'ailleurs, elle-même, à franchir parfois ce pas, et c'est alors de sa voix à elle, individuée – cette notion d'individuation étant par ailleurs un des socles de cette pensée libératrice face à l'individualisme croissant produit par nos sociétés actuelles néo-libérales- c'est de sa voix subjective que la démonstration s'empare subitement, rebelle à toute forme d'académisme. Pour l'illustrer, citons ce passage où elle s'exprime personnellement à propos de Rilke : «Moi, qui ne suis pas poète, je reste à l'écart de cette violence magnifique, que je perçois trop ardente pour ce corps ridicule qui est le mien, je me tiens à distance, incapable de vivre autant d'émotions sans en avoir la nausée, je me tiens à l'écart pour écrire, certes des choses plus insuffisantes, mais qui tentent d'expliquer (...) comment, malgré tout, on peut tenir dans ce monde, hors du ressentiment et même de l'amertume, hors de l'échine courbée devant l'absence de sens. L'Ouvert. L'Ouvert. Quand j'ai lu cela, à la fin de l'adolescence, j'ai compris qu'était là un salut, peut-être le mien. »

Bien-sûr, il y a tout de même dans ce livre des développements, des passages où le lecteur (selon son «background» personnel en matière de concepts et d'histoire de la philosophie) pourra se sentir plus ou moins «largué». Mais serait-ce du fait que, parallèlement à une brillante carrière de philosophe, Cynthia Fleury exerce également en tant que psychanalyste, et que s'occupant en même temps de soigner -un rôle qui doit, selon elle, chercher avant tout à être « humble, simple et efficace »- , l'auteure sait se montrer à ce point attentionnée et apte à trouver dans le paragraphe qui suit les mots pour que cette pensée qu'on vient de lire et qui, à première vue, avait semblé si sophistiquée, prenne soudain corps, entraînant le lecteur à y voir plus clair et donnant même par moments l'impression (illusoire , certes, mais ô combien agréable et évocatrice !) que les mots lui sont directement et personnellement adressés, à «Moi, qui ne suis pas philosophe et qui reste à l'écart de cette démonstration magnifique, que je perçois trop dense pour ce corps ridicule qui est le mien (...) et m'invitant alors, moi aussi, à l'Ouvert »!!!

Quant à la démonstration elle-même, celle-ci n‘est pas, bien évidemment, ni à refaire ni même à résumer dans le cadre de ce billet. Je vous laisserai le plaisir de prendre le temps nécessaire pour la savourer, tout en vous souhaitant aussi personnellement qu'il m'a été donné à moi de la parcourir et de «vivre» cette belle expérience! Pour ce faire, je vous conseille, par contre, de laisser de côté tout apriori ou tout jugement hâtif concernant un pseudo intellectualisme ou un supposé «lacanisme» abscons dont certains lecteurs de ce livre ont pu affubler l'auteure. Ainsi par exemple des notions de « l'amer », «la mère » et « la mer », qui à mon sens ne constituent absolument pas un simple jeu de mots «lacanien» et gratuit, renvoyant au contraire, de manière très intense et polysémique, à la fois symbolique et imagée, à la question centrale de ce livre : comment dans le parcours qui partant de l'amertume (l'amer) laissée inévitablement par le sentiment d'incomplétude, de séparation à l'origine de la vie et représentée ici par la séparation avec la mère, le sujet pourrait-il réussir à s'individuer , à s'extraire de cette souffrance liée à son incomplétude et à sa finitude, non d'une fois pour toutes - mission impossible! -, mais à chaque fois que celle-ci est réveillée tout au long de son existence, comment arriver à tisser un autre lien avec le Réel dont le sens ne cesse d'échapper, lui permettant de se positionner en dehors de l'amer, de prendre le large et de goûter au sentiment «océanique» de communion avec le monde qui l'entoure (la mer) ? Comment éviter par ailleurs que cette amertume se transforme en ressentiment, «un des maux les plus dangereux pour la santé psychique des individus», mais aussi pour le fonctionnement de la démocratie ? Comment s'en prévenir individuellement et collectivement ?

Ce sont là les questions urgentes et cruciales posées par CI-GÎT L'AMER, à un moment de notre Histoire où nous sommes de plus en plus confrontés au développement effréné d'une économie néo-libérale et mondialisée, où les individus, devenus interchangeables, sont réifiés et, de plus en plus souvent, ne se sentent pas reconnus en tant que tels, à un moment où de nouvelles technologies, et tout particulièrement le développement exponentiel d'une intelligence artificielle, leur proposent sans cesse de nouvelles modalités «d'expériences dissolvantes» conduisant à un sentiment de vide et de non-sens...Et qui sont autant d'éléments, selon Cynthia Fleury, susceptibles de produire massivement du ressentiment et, à terme, de mettre en échec tout idéal commun de construction démocratique.
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« Ci-gît l'amer… » de Cynthia FLEURY est le texte le plus alambiqué qu'il m'ait été donné de lire en entier sans faiblir.

La raison ? Un sujet original (le ressentiment) avec un traitement (psy, philosophie politique) mais traité de manière plutôt particulière.

Il m'en aura fallu du temps pour en découvrir le contenu. Quinze pages par jour de lecture avaient fini par être le contrat passé entre la raison - ma volonté - et la passion - mon envie de lire des choses légères et d'abandonner cette langue surgie d'une autre planète. Une fois le deal passé, l'aventure fut plus supportable. Elle se mena, comme j'en ai l'habitude, avec un crayon en main, mais cette fois-ci il allait virevolter.
Cette psychanalyste philosophe française, très présente dans les médias, a une manière d'écrire compliquée à l'excès, mais je ne crois pas qu'elle le fasse exprès. En fait, elle parle comme une érudite qui ne sait pas que 99,9 % de son public n'est pas agrégé de philosophie : elle a posé un prisme langagier sur sa bouche, ou précisément, dans l'affaire qui nous intéresse, sur son stylo, ou clavier…

Il y a tant de ruminations autour de moi qu'il me fallait pourtant absolument parcourir ce voyage intellectuel éclairant.
Mais que nous raconte-t-elle ? Heu… pardon… quels présupposés pose-t-elle ?
L'ouvrage s'organise autour du titre : «Ci-gît l'amer » en « Ci-gît la mer » puis « Ci-gît la mère ». Je ne me suis pas laissée impressionner par cette perche subtile placée au-dessus des nuages, j'ai plané avec elle, et j'ai aimé ça. Je laisse aux courageux/seuses le plaisir de découvrir le fil conducteur entre « l'amer » « la mer » et « la mère ».

De la plainte chronique à la faculté de jugement dénaturée, de la perte du discernement à la capacité dépréciative, de la focalisation sur l'objet de rancoeur jusqu'au plaisir sur la psyché que toute cette haine procure à la personne ressentimiste, des pathologies narcissiques au sein des démocraties, jusqu'à la grande dépréciation universelle en cours (merci les réseaux sociaux et les médias), sans oublier un détour par le nazisme, le colonialisme et le repli communautaire (« la solidarité entre pairs rancuniers et victimisés ») … voici les principales pierres à l'édifice d'explication puis de déconstruction que traite la philosophe.

Sachez déjà que le ressentiment « reste un rempart devant la dépression » pour celui qui le pratique, que « le ressentiment maintient en forme », et vous aurez déjà fait un grand pas dans la compréhension de ce fléau.
Point de surprise, la solution est éducationnelle, mais elle se joue également au niveau « du gouvernement de soi-même » (Foucault). Oui, il y a beaucoup de psychanalyse dans ce texte, mais ça tient la route et Cynthia Fleury sait de quoi elle parle.

Pour se faire, elle cite énormément d'autres auteurs, reprend d'autres positions, voguant d'un théoricien vers un autre, donnant son avis à chaque fois, poursuivant la réflexion la plupart du temps. Sa culture est immense, et j'ai apprécié cette initiation à la philo et à la psychiatrie que j'ai considérée comme une sacrée expédition au pays des penseurs. Contrairement aux sujets atteints de ressentiment, j'aime la compagnie des intellectuels.
Enfin, même si « le ressentiment est un défi pour chaque âme cherchant à s'affirmer comme vertueuse », C.F. donne de nombreuses pistes : la faculté d'oubli (on s'en serait un peu douté), la générosité, l'admiration (pas pour un râleur), la fin de la soumission patriarcale (passage pertinent), prendre « le chemin de l'agir » (traduction : bouger de son canapé), apprendre à expérimenter, le pouvoir des arts (littérature,…), l'humour (pas le moqueur !), l'amour… Il y a aussi une place pour « une éducation à la séparation » (parent / enfant), pour comprendre enfin que « naître c'est manquer », et que râler c'est vouloir obtenir quelque chose coûte que coûte.
Seul regret - qui n'étonnera personne - que Madame FLEURY n'ait pas eu l'idée de rendre accessible syntaxiquement et lexicalement parlant son traité des personnalités aigries, victimaires, ruminantes (mais qu'on ne voit pas dans les près, hélas) et j'en passe.

D'abord, elle en vendrait plus, et SURTOUT ce serait (peut-être) l'occasion pour certains mortels de tenter leur chance dans une reconversion du type « avant j'étais un gros râleur, vivant dans la victimisation perpétuelle et ami avec les mêmes que moi - maintenant j'ai compris que le monde est amer, qu'il faut que je quitte psychiquement un tas de personnes néfastes pour moi et un idéal inaccessible, et que j'essaye d'en profiter un max avant de mourir sans me dédouaner de mes responsabilités ».

En gros, c'est du développement personnel mais à la sauce Cynthia FLEURY !

C'était dur, mais finalement… la somme de la réflexion proposée dans ce livre se révèle absolument indispensable.

Lien : http://justelire.fr/ci-git-l..
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J'avais déjà lu "Les Irremplaçables" de la même auteure, qui m'avait beaucoup intéressée ; Mais là, Cynthia Fleury arrive ici à la maturité flamboyante de sa pensée.

La première partie du livre traite du ressentiment individuel ; l'analyse est impeccable, mais un peu difficile, quoique le style en soit fort beau.

Là où l'essai prend tout son envol, c'est dans sa deuxième partie, très inspirée de l'Ecole de Frankfort, (qu'il n'est pas nécessaire de connaître préalablement, puisqu'elle en brosse les grands traits) , lorsque Cynthia Fleury aborde le thème du ressentiment collectif comme se trouvant à l'origine de l'émergence d'un leader "fasciste" (au sens large, celui-ci pouvant tout aussi bien s'afficher communiste) : le guide que le peuple choisit à sa ressemblance n'a pas besoin d'être charismatique puisqu'il est la personnification même du ressentiment populaire. Autrement dit, le peuple a le dirigeant qu'il s'est façonné sans se douter que sa créature lui échapperait bientôt comme un Frankelstein démoniaque.
Le "fürher", objet créé par le peuple, le réifiera à son tour. Il se lancera dans un programme paranoïaque et incontrôlable de destruction d'un bouc émissaire nominativement désigné (le juif, le bourgeois, le nanti, le basané, le koulak, l'intellectuel, l'assisté...). Habité désormais par un grand mépris du peuple qui l'a adoubé, il donnera libre cours à son appétit de pouvoir et de chaos.

La troisième partie traite du soin et de l'attention à l'autre, en donnant souvent la parole à Franz Fanon qui créa en Algérie une unité alternative de soins psychiatriques. Cette partie est lumineuse.

L'essai offre une réflexion rigoureuse et généreuse sur les pièges individuels et collectifs que représentent les ruminations "ressentimistes" qui étouffent individus et sociétés en les précipitant dans une spirale infernale et victimaire. Elle ne porte pas de jugement moral mais note le danger de ne pas combattre cette pente naturelle qui expose l'être humain à passer sa vie enfermé dans le cercle vicieux du ressentiment. Il faut renoncer à ce faux confort, pour s'exposer au risque de créer sa vie : personnelle, professionnelle, de citoyen dans la cité. Cynthia Fleury aborde également les enjeux de la démocratie et sait donner l'envie d'approfondir la question. Les éclairages apportés sont déjà très édifiants.

Un grand grand livre : il m'est arrivé de me sentir en difficulté pour la compréhension de quelques passages de la première partie, un peu difficiles : je me suis alors mise en mode "lecture attention flottante" ; cela ne m'a pas trop mal réussi puisque les seconde et troisième parties m'ont apporté une grande joie de lecture, sans les trous dans la compréhension que je pouvais redouter du fait de ma façon d'aborder le début de l'ouvrage. Dans tous les cas, si vous décidez de lire ce livre, ne vous laissez pas rebuter par les quelques paragraphes un peu abscons du début...

C'est un ouvrage fondamental que je relirai.

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critiques presse (1)
NonFiction
04 janvier 2023
Dans sa réflexion sur « les pathologies de la démocratie », la psychanalyste et philosophe livre un essai passionnant et tonique sur le ressentiment.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Citations et extraits (176) Voir plus Ajouter une citation
     
Sans la revigoration consciente, le ressentiment n'existerait donc pas ; on en resterait à l'en-deçà inconscient, plus traumatique, mais non nécessairement devenu ressentiment. En commentant Nietzsche, Deleuze rappelle que l'oubli est chez ce dernier une capacité des grandes âmes. On pourrait évoquer la capacité de refoulement, mais celui-ci n'est pas exactement la même chose que l'oubli ; il n'en a pas l'innocence. Il est indéniable que le véritable oubli peut être aussi une force car il permet d'advenir à autre chose, l'émergence d'autre chose. ...
Mais il semble bien qu'il soit difficile de viser l'oubli délibérément : un oubli volontaire est-il encore un oubli ? Il est également évident que ceux qui éprouvent du ressentiment n'oublient pas ; mais attention au contresens qui considérerait l'homme du ressentiment comme le garant d'une mémoire, comme celui qui n'oublie jamais ce qui s'est passé. Tel n'est pas le cas. L'excitation reçue par l'homme du ressentiment est irrémédiablement médiée par ce dernier. Autrement dit, ce qui est reçu n'est pas nécessairement ce qui a été ; ou, en tout cas, n'en est qu'une infime partie. Le problème n'est pas qu'il n'oublie jamais mais que ce qui est gardé en mémoire est déjà faussé, et le sera d'autant plus par la revigoration de sa conscience qui, du reste, n'aura nul besoin d'avoir le même objet pour se revitaliser, du fait même qu'il y a effusion du ressenti dès le départ. Nous l'avons vu, le ressentiment peut très vite se passer d'objet et donc précisément d'une mémoire. S'il n'est pas dans l'oubli, il est dans la falsification, non parce que l'excitation reçue est nécessairement différente de la réalité originelle, mais parce qu'il manque d'humilité à croire qu'elle la recouvre, et qu'il ne fait pas la distinction. Ne pas faire la distinction au niveau inconscient est récupérable, précisément en travaillant à partir de l'inconscient – c'est le propre du travail analytique. En revanche, ne pas faire la distinction au niveau conscient est résolument insuffisant ; telle est l'infirmité profonde du ressentiment : se laisser tromper par lui-même, et croire, pour couronner le tout, qu'il n'a pas oublié, alors même qu'il a oublié la confusion qu'il opère.
La faculté d'oubli est un chemin pour se protéger du ressentiment, avec cette faculté essentielle qui consiste à ne pas recouvrir l'oubli par le seul désir d'oublier.
   
I. L'amer, Ce que vit l'homme du ressentiment – 15. La faculté d'oubli - extrait | pp. 60-62 (éd. Gallimard, 2020).
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Ce n'est donc pas le charisme du leader, son intelligence, son sens de l'histoire, qui lui confèrent un pouvoir sur la foule, ce sont les individus, décérébrés par leur éducation patriarcale et leur servitude volontaire - rien de nouveau depuis La Boétie - qui aspirent à être dirigés par celui qui leur donnera l'illusion de protection infantile dont ils ont besoin émotionnellement. Certes, le charisme du leader pourra aider et renforcer ce ravissement, mais il n'est pas obligatoire et l'Histoire a, du reste, prouvé que le leader était souvent un homme peu charismatique. C'est cette faiblesse charismatique que l'on a traduite en mystère charismatique pour expliquer son ascendant sur la foule, alors même que tout se jouait principalement ailleurs, précisément dans cette foule qui se dessaisissait de sa responsabilité, et de son éducation.
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Dans un autre éditorial, celui du 6 mars 1953, il [Fanon] rappelle que l'homme doit pouvoir voyager dans le temps, assumer la continuité du passé, du présent et du futur, avoir de la mémoire en somme et l'espoir d'un avenir. Celui qui ne réussit pas à manier les trois dimensions sera sans nul doute plus vulnérable qu'un autre en matière de santé psychique. Je préfère pour ma part parler des trois dimensions du temps, que sont le chronos, l'aiôn et le kairos, qui me paraissent plus précises concernant la dialectique du temps et du sujet, à savoir comment un sujet met en danger son individuation, et donc l'entreprise de désaliénation ou de décolonisation de son être, s'il n'est plus à même de pratiquer les trois dimensions temporelles qui lui permettent de s'insérer dans le monde, la mémoire et l'oeuvre. Un sujet, s'il ne manie pas les trois dimensions, peut se sentir "restreint" dans sa capacité d'être sujet, et donc en souffrance. La menace du ressentiment peut se jouer dans la faillite d'un temps dialectisé : le chronos, c'est le linéaire, l'histoire, la continuité, ce qui me précède et me suit, la possibilité de voir une capitalisation, une pierre après l'autre. Cette inscription dans le temps est nécessaire mais, exclusive, elle enferme dans un sentiment d'écrasement par le temps, car le temps passe, file, est plus fort que soi. Alors, il faut l'aiôn, ou le sentiment de suspens et d'éternité - un peu de temps à l'état pur, comme le souligne Proust. Un aiôn qui est l'autre nom possible de la sublimation, la stance, l'arrêt au sens de la maîtrise et de la plénitude et non au sens de l'empêchement. Là, le sujet tient, respire, profite d'un présent inaltérable, et qui lui donne le sentiment de dépasser sa finitude ou celle d'autrui. Et puis, il y a le kairos, l'instant à saisir, la possibilité, voire le droit pour chacun de faire commencement, de faire histoire : l'action du sujet provoquant un avant et un après, si peu différenciés soient-ils. Tenter le kairos, comme un droit et un devoir du sujet. Dès que le sujet renonce à tenter le kairos, quelque chose s'obscurcit en lui. Nous l'avons vu, l'homme du ressentiment est précisément cet homme qui ne se relie plus à ces trois dimensions : son présent est jugé inacceptable, preuve de l'injustice qu'il subit ; son avenir devient inexistant et souvent son passé renvoie à une illusoire nostalgie, très fantasmatique, qui n'a rien à voir avec l'idée de mémoire, plus factuelle, qui, même si elle est toujours un récit, n'en demeure pas moins un vécu, susceptible de constituer une assise, un socle pour le sujet.
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Prendre le large... Melville écrit encore "revoir le monde de l'eau" et l'on comprend que ce motif de la mer n'est pas une affaire de navigation, mais de grand large existentiel, de sublimation de la finitude et de la lassitude qui tombent sur le sujet sans qu'il sache quoi répondre - car il n'y a pas de réponse. Il faut dès lors naviguer, traverser, aller vers l'horizon, trouver un ailleurs pour de nouveau être capable de vivre ici et maintenant.
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"Chaque homme, à quelque période de sa vie, a eu la même soif d'Océan que moi". Ishmael sait donc bien que l'affaire n'est pas personnelle, que le besoin d'Océan vient pallier pour chaque homme le sentiment abandonnique inaugural, sentiment qui ponctue sa vie, comme un refrain triste lui rappelant que le compte à rebours existe et qu'il n'y a du sens ni du côté de l'origine ni du côté de l'avenir, seulement peut-être dans ce désir d'immensité et de suspens que peut représenter l'eau, la mer, l'Océan.
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L'mpact du ressentiment attaque donc le sens du jugement. Ce dernier est vicié, rongé de l'intérieur ; la pourriture est là. Désormais, produire un jugement éclairé devient difficile, alors que c'est la voie rédemptrice. Il s'agit bien d'identifier l'écho, l'aura du ressentiment, même si ce terme est trop digne pour désigner ce qui se joue là, une irradiation plutôt, une contamination servile qui, le temps passant, va se trouver des justifications dignes de ce nom. La faculté de jugement se met dès lors au service du maintien du ressentiment et non de sa déconstruction. Tel est bien l'aspect vicié du phénomène, qui utilise l'instrument possible de libération - la faculté de juger - comme celui-là même du maintien dans la servitude et l'aliénation. Car il y a bien servitude devant la pulsion mortifère. La morale des " esclaves " se joue déjà ici, dans le fait de se soumettre à la rumination.
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En lien avec l'exposition «La France sous leurs yeux. 200 regards de photographes sur les années 2020», une table ronde réunit quatre auteurs qui échangent sur les nouvelles représentations de la France contemporaine.
Quatre auteurs ont été invités à regarder les travaux produits par les 200 photographes de la grande commande nationale pour le photojournalisme et à rédiger quatre essais dédiés chacun à une notion de la devise nationale, convoquant journalisme (Liberté par Pierre Haski, journaliste), philosophie (Fraternité par Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste), histoire (Égalité par Judith Rainhorn, historienne, et Potentialités par Pierre Charbonnier, philosophe). Ils échangeront sur les nouvelles représentations de la France contemporaine.
Table ronde animée par Sonia Devillers, France Inter, membre du jury de la grande commande pour le photojournalisme
Plus d'informations sur l'exposition «La France sous leurs yeux. 200 regards de photographes sur les années 2020» : https://www.bnf.fr/fr/agenda/la-france-sous-leurs-yeux
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