AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782754809610
96 pages
Futuropolis (12/09/2013)
3/5   4 notes
Résumé :
Des mois durant, un jeune auteur de bande dessinée, Alexandre Franc, interpelle Régis Debray en bande dessinée. Questionnement du dessinateur et ripostes de l’écrivain avec des lettres composent ainsi une correspondance graphique inédite, singulière et joyeuse
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique

Après avoir fait dialoguer un vigneron et un auteur de BD («Les Ignorants», 2011), les éditions Futuropolis font cette fois-ci dialoguer un philosophe et un auteur de BD dans «Cher Régis Debray». La façon dont cet éditeur procède est étonnante – comme qui dirait selon un plan d'urbanisation. On rase le village des Schtroumpfs, et on trace des perspectives plus sérieuses à la place.

Moins méprisant que son collègue Alain Finkielkraut à l'égard de la BD, Régis Debray a donc accepté de jouer le jeu d'une correspondance avec Alexandre Franc, jeune auteur dans le style «ligne claire».

A priori cette initiative ne paraît pas aussi excitante que le projet de Tintin de remettre al Capone entre les mains de la police de Chicago.

Cependant, Régis Debray fait partie des philosophes post-modernes «de terrain», comme BHL, Malraux, Simone Weil ou Sartre ; on a vu Régis Debray en compagnie de Che Guevara, ce qui ne compte pas pour rien dans l'admiration qu'Alexandre Franc lui voue. Régis Debray allie l'intrépidité de Tintin aux facultés du Pr Tournesol… sans oublier les moustaches d'Astérix, note malicieusement A. Franc. le parallèle avec Tintin s'impose puisque Hergé déclara s'être inspiré de la rencontre entre Debray et le « Che » pour son album « Tintin et les Picaros » (situé au San Théodoros, république imaginaire d'Amérique latine en proie au coup d'Etat permanent).

Malgré les apparences, cette correspondance ne sort pas du registre de l'aventure. Une fois adultes, que devient l'aspiration à l'héroïsme de gosses baignés dans le culte de héros de papier, capables de supplanter l'exemple d'un père trop prosaïque ? le philosophe post-moderne de terrain n'est-il qu'un avatar de Tintin ou de Corto Maltese ? A quoi bon exalter autant l'héroïsme, si c'est pour finir dans la peau d'un bobo, à torcher des marmots dans un pavillon de banlieue sécurisée ? Questions posées directement ou en filigrane par Alexandre Franc.

A cette question sous-jacente de l'héroïsme, qu'il ne veut pas assumer, Régis Debray se dérobe grâce à des formules spirituelles. Il faut dire à sa décharge que la République française est sans doute le régime le plus contradictoire et perturbateur de la notion d'héroïsme que la France a jamais connu ; elle assume ses « philosophes des Lumières », mais pas la Terreur et les massacres ; ses valeurs laïques, mais par leur usage à des fins de conquête coloniale ; son corps enseignant, mais pas la soumission aux règles de la compétition commerciale, etc. (Au domicile du philosophe, on aperçoit d'ailleurs un buste de Lénine et un portrait de… Kafka !) le « patriotisme de gauche » ressemble beaucoup à l'ancien culte de l'Eglise romaine, absoute de ses crimes comme par enchantement. Debray est le philosophe-apôtre qui a vu le Christ-Che Guevara vivant.

Tout l'intérêt du bouquin, derrière l'amabilité un peu outrée d'Alexandre Franc, tient dans la prise de bec entre le philosophe et l'artiste post-modernes. Ainsi Régis Debray tente de résister à sa transformation en personnage de bande-dessinée ; d'autant plus qu'on lui fait une tête de chat, sans doute l'animal le moins franc et héroïque. Il réplique en soulignant le côté macabre, de « mise en boîte » de la BD ; c'est d'ailleurs la dernière tendance architecturale en général, pas spécialement celle de la BD ou d'A. Franc.

Cependant l'auteur de BD, sur son terrain, a le dessus : on imagine Debray comme on imaginerait Tintin, chauve et mélancolique (Debray a rasé sa moustache), rangé des voitures et briguant une place à l'Académie française.

En refermant ce bouquin, je ne donne pas cher du philosophe post-moderne en comparaison de Tintin.


Lien : http://fanzine.hautetfort.co..
Commenter  J’apprécie          10

Notre auteur Alexandre Franc va dialoguer avec l'illustre Régis Debray pendant près de 2 ans (de juin 2011 à mai 2013). Cela donne quelque chose d'assez philosophique sur la France, la patrie et les idéaux. A l'admiration pour Debray, fait suite une résistance quasi psychologique de m'écrivain qui jadis participa à tous les combats au côté d'un certain Che Guevara pour terminer écrivain tout en étant chargé de mission pour les relations internationales sous la présidence Mitterrand.

C'est une mine d'informations et d'idées. Ainsi, on redevouvre un Jules Ferry qui disait : "Tous les enfants qui fréquentent nos écoles sont appelés à servir un jour leur pays comme soldats ; c'est une oeuvre patriotique que nous poursuivons, et nous rendons un vrai service à nos élèves eux-mêmes en cherchant à leur donner des habitudes viriles, à les familiariser dès l'enfance avec le rôle qu'ils auront plus tard à remplir, à les initier aux devoirs qui les attendent au régiment". A-t-on encore envie de le célébrer ?

Après avoir détesté Les Satellites ou Les Isolés mais véritablement aimé Les Pénates, je découvre un auteur qui suit un chemin assez singulier. Il donne de sa personne au risque de perdre ce qu'il a de plus cher. Il y a une rare intelligence du propos dans cette correspondance dessinée. C'est comme un jeu de piste mais on peut également s'y perdre...

Commenter  J’apprécie          10


critiques presse (3)
BoDoi
04 décembre 2013
Il faut parvenir à suivre l’introspection d’Alexandre Franc, sa crise philosophique, son admiration pour Debray, les réponses de haute volée – pour ne pas dire inaccessibles — du philosophe. Au final, c’est un album très personnel qui déconcertera peut-être les plus terre-à-terre d’entre nous.
Lire la critique sur le site : BoDoi
Actualitte
13 novembre 2013
Le scénariste connaît le langage de la bande dessinée, mais il ne suffit pas de quelques trouvailles narratives et visuelles pour avoir quelque chose à raconter. Le dessinateur déambule autour du sujet, à partir de quelques fragments de texte, puis tourne rapidement en rond.
Lire la critique sur le site : Actualitte
ActuaBD
17 septembre 2013
Ne ratez pas ce qui constitue l’un des ouvrages les plus intelligents de cette rentrée.
Lire la critique sur le site : ActuaBD
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation

- Jules Ferry (XIXe siècle)

"Tous les enfants qui fréquentent nos écoles sont appelés à servir un jour leur pays comme soldats ; c'est une oeuvre patriotique que nous poursuivons, et nous rendons un vrai service à nos élèves eux-mêmes en cherchant à leur donner des habitudes viriles, à les familiariser dès l'enfance avec le rôle qu'ils auront plus tard à remplir, à les initier aux devoirs qui les attendent au régiment."

(p. 17)

Commenter  J’apprécie          91

Debray a consacré un très beau texte à son professeur de philosophie de Terminale : "Éloge de nos maîtres". Le maître au sens de "magister" (celui qui libère) et non "dominus" (celui qui asservit).

(p. 33)

Commenter  J’apprécie          90

Cher Alexandre Franc,

J'ai apprécié comme il convient le ton et l'humour de vos pages. J'en pense du bien et vous dis cette fois mon intérêt pour tenter l'aventure. Sauf que je n'ai pour le moment aucune idée de scénario, occupé que je suis à boucler un livre pour Gallimard assez compliqué (Régis Debray)

Commenter  J’apprécie          20

Les internautes, me direz-vous, n'ont pas de patrie?

Allons donc, outre qu'ils parlent américain par la force des choses et des standards (je ne vois pas le volapuk ni l'Esperanto prospérer sur la Toile), la plupart se bricolent une petite bulle ) plusieurs, une alcove bien à part, avec ses douanes et ses mots de passe, pour mieux se tenir au chaud. Le non-lieu numérique, malgré le doux enchantement de l'utopie, cache une machine à fabriquer de nouveaux territoires, hors-sol, oui, mais barricadés en pointillés. On ne détruit pas ce qu'on remplace, et le remplacement est souvent l'orignal en pire. (R. Debray)

Commenter  J’apprécie          00

(La France) c'est pour moi l'image d'une eau printanière, une rivière courant entre les saules et la mousse, un gave de montagne, une écume de cascade, une fontaine espiègle, imprévisible, rebondissante - à l'oppposé des grandes eaux océaniques de l'Anglo-Saxon, du lac suisse, trop placide ou des deltas marécageux des bras morts, des croupissements du pourrissoir équatorial. (Régis Debray)

Commenter  J’apprécie          00

Lire un extrait
Videos de Alexandre Franc (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alexandre Franc
Jérôme Tubiana et Alexandre Franc en interview sur planetebd.com
autres livres classés : introspectionVoir plus




Quiz Voir plus

Les personnages de Tintin

Je suis un physicien tête-en-l'air et un peu dur d'oreille. J'apparais pour la première fois dans "Le Trésor de Rackham le Rouge". Mon personnage est inspiré d'Auguste Piccard (un physicien suisse concepteur du bathyscaphe) à qui je ressemble physiquement, mais j'ai fait mieux que mon modèle : je suis à l'origine d'un ambitieux programme d'exploration lunaire.

Tintin
Milou
Le Capitaine Haddock
Le Professeur Tournesol
Dupond et Dupont
Le Général Alcazar
L'émir Ben Kalish Ezab
La Castafiore
Oliveira da Figueira
Séraphin Lampion
Le docteur Müller
Nestor
Rastapopoulos
Le colonel Sponsz
Tchang

15 questions
4725 lecteurs ont répondu
Thèmes : bd franco-belge , bande dessinée , bd jeunesse , bd belge , bande dessinée aventure , aventure jeunesse , tintinophile , ligne claire , personnages , Personnages fictifsCréer un quiz sur ce livre