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EAN : 9782377317233
304 pages
Sarbacane (04/05/2022)
4.08/5   39 notes
Résumé :
Il a une douzaine d’années, et est surnommé « le drôle » par son clan une petite troupe de quatre mercenaires qui sévit sur ce monde d’îles flottantes. Gamin doux et
rêveur, il peine à trouver sa place sous les ordres et les taloches de Chef et Tanneur. Il y a bien Rody, son grand frère, mais il ne décroche pas un mot, ne lui accorde jamais un regard.
Le drôle, lui, aime par dessus tout chanter et composer des rimes, ce qui ne lui apporte que des ennui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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Lenocherdeslivres
  30 avril 2022
C'est l'histoire d'un drôle,
Jeune garçon sans nom,
Embarqué dans un groupe,
Un peu contre son gré.
Avec Rody son frère,
Archer aux doigts de fée.
Et Tanneur, une brute,
Aux grosses mains qui frappent.
Et Chef, dont le sourire,
Est promesse de mort.
J'arrête là avec mes vers de mirliton. Ce début juste pour évoquer de la façon dont ce texte est écrit. Mais j'y reviendrai plus tard. Auparavant, l'histoire, un peu quand même. le drôle, dont on n'apprendra le vrai nom que plus tard, au détour d'un retour en arrière, doit suivre le groupe dans lequel son frère est engagé. On ne l'a pas choisi. Il n'a pas choisi. Il est là. Et puis voilà. Il doit subir les moqueries déplaisantes, les regards torves et, surtout, les coups violents qui tombent sur son visage à la moindre bêtise, à la moindre faiblesse. Pas évident quand on a une douzaine d'années de vivre dans ces conditions. D'espérer en un lendemain rieur. En un lendemain, tout court. Et le quotidien, outre les brimades, est fait de violences. Car Chef et Tanneur s'entendent bien pour rechercher la bagarre, les contrats de mercenaires. Et ils n'hésitent pas à sortir les lames à la moindre contrariété. Des brutes épaisses et sans pitié ! Alors quand le drôle se met à chanter, cela ne passe pas. Mais alors là, pas du tout.
Tout bascule un jour de déprime. le groupe est en fuite après un massacre. Il lui faut se cacher hors des sentiers battus. Sur une ile peu explorée. Ah ! Profitons en pour parler de ce monde : composé d'iles flottant non dans l'eau mais dans le vide. Elles sont reliées entre elles par des ponts ou des poutres ; certaines par des bacs, longues barges portées par des ballons. Certaines sont comme des impasses. Pour s'y retrouver, une carte. Mais pas une carte classique. Car, il faut savoir que certaines iles bougent. Elles se déplacent les unes par rapport aux autres. Selon certaines règles. D'où les cartes qui pivotent l'une sur l'autre selon la saison. Quelle bonne idée ! Cela ajoute au charme venimeux de l'endroit. À cette sensation de se perdre en permanence.
Mais revenons à la rencontre. Parti chercher du bois sec sous une pluie insistante, le drôle fouille partout. S'il échoue, les claques voleront. Et lui avec. Donc, il cherche avec énergie. Et finit par tomber sur une grotte. Et dans cette grotte… un dragon. Ou plutôt une dragonne. Comment le sait-il ? Eh bien, grâce au chant. Car il parvient à communiquer avec elle par le chant.
Damien Galisson, nous apprend la notice biographique, est depuis longtemps parolier d'un groupe musical de métal, assez sombre. D'où, sans doute, ce goût du rythme et de la musicalité des textes. D'où, sans doute, ce roman en partie écrit en vers, pas nécessairement sentencieux ou emberlificotés comme on peut le voir parfois. Ici, le vers est au service de la narration. Il est clair et accessible, même si certains mots sont plus recherchés que d'autres. Il n'est pas sacré, ni au-dessus des contingences matérielles de base :
« Lapidaire, il profère :
- Vous me faites chier.
Silence.
- Montez le camp. Pas De feu »
Trivialité et quotidiens sont présents dans ces lignes. Pour un effet maximal. Car ce parti pris, loin d'alourdir ou de ralentir la lecture la rend plus claire, plus lumineuse, plus immersive. J'ai eu tendance, devant certaines pages, à lire à voix haute des passages, sentant le balancement des mots, des phrases. J'ai senti le mouvement des personnages, des émotions à travers celui des syllabes. Plus encore que dans un texte uniquement en prose. Alors attention, le roman n'est pas entièrement en vers. Loin de là. Mais des moments se transforment en petits poèmes, en courts refrains. Certains mots se dessinent dans l'espace, comme lorsque le personnage tombe et que les lettres miment cette chute sur la plage. Ce procédé n'est pas nouveau, assez présent dans toute une série de livres pour la jeunesse. Mais ici, ce n'est pas un gadget destiné à rendre les pages plus attractives visuellement. C'est un choix qui a des conséquences sur le sens et la mise en place de l'ambiance. Cela ajoute à l'histoire, la rend plus sensible au lecteur. En tout cas, moi, cela m'a porté tout au long d'un récit déjà prenant en lui-même.
Car La Dragonne et le drôle raconte une histoire qui ne peut laisser froid : on est vite happé par la vie de ce jeune garçon, pas nécessairement originale dans son contenu, mais si bien racontée, si bien exprimée, avec tellement de petites touches qui la rendent réelle, présente, à portée de main. Damien Galisson a le sens des mots, sans hésitation. Et il l'a utilisé avec talent dans l'écriture de ce beau récit, dont les airs et les mélodies flottent encore après la fermeture de la dernière page.
Lien : https://lenocherdeslivres.wo..
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KaoriKaonashi
  08 mai 2022
Je tiens à remercier l'ensemble des intervenants de l'opération MASSE CRITIQUE BABELIO, grâce à laquelle j'ai pu découvrir La Dragonne et le Drôle de Damien Galisson.
A réception du livre, je suis soufflée par la beauté de la couverture et la qualité des dessins en début de chapitres. Je suis également intriguée par le mélange des codes que nous propose l'auteur avec un roman mêlant IMAGINAIRE et POESIE en vers libres.

1) le contexte
Jeunes orphelins, le Drôle et son frère Rody, ont rejoints, pour leur survie, Chef et Tanneur. A eux quatre, ils forment un clan de mercenaires, qui sillonnent les chemins en quête d'argent facile.
Loin d'être dans son élément aux cotés de ces guerriers opportunistes et avinés ; le Drôle souffre de chercher constamment l'attention d'un frère que la mort de leurs parents a rendu muet. La violence le répugne, il préfère cultiver son talent pour le chant et la poésie.
Hélas, cela n'est pas du goût de Chef et Tanneur. Sans cesse rabroué et rabaissé, il est perçu comme le boulet du groupe à qui sont confiées les tâches ingrates.

2) le Drôle
« Le Drôle », « le gamin »... voilà comment notre personnage est appelé, interpelé, réprimandé, par son clan de fortune ; sous les yeux - et dans le silence - de son frère Rody.
Ballotté par les accidents de la vie, au début du roman, il subit son sort, ses choix étant uniquement dictés par l'impératif de survie de son frère et lui.
Cet harcèlement constant a ruiné l'estime de lui-même, et il finit même par réfréner sa passion pour le chant.
« - Au pire on vend le bourrin, ricane Tanneur.
C'est une vieille blague entre eux,
quand les bourses sont vides.
Je n'aime pas cette blague,
j'ai très peur qu'ils le vendent.
Ils pourraient aussi dire :
«  Au pire, on vend le gamin », parce que
à part nourrir le cheval
qui sait se nourri seul
je
ne
sers
à
rien. » (page 33)

Extrêmement seul, il cherche désespérément l'attention de son frère, de la reconnaissance, de l'amour – en vain.
Les points de rupture avec le groupe vont se succéder

3) L'ode au merveilleux et l'invitation aux rêves


4) L'humour au rendez-vous
La quatrième de couverture laisse entendre un roman léger et bourré d'humour. Promesse tenue, l'auteur utilisant de nombreux ressorts pour donner ce ton humoristique au récit :
- L'absurde et le comique de situation
A titre d'illustration, le Drôle se voit confier par Chef et Tanneur une mission des plus absurdes :

- La parodie des stéréotypes 
L'auteur n'hésite pas à jouer avec les stéréotypes, notamment celui de Chef – qui, comme son nom l'indique, a toujours raison. Ou encore avec l'égo des personnages :
«  Et il n'est pas QUESTION
de faire demi tour
de le suggérer
de commenter
Alors qu'on sait TOUS
qu'on est perdu
qu'on s'empêtre
qu'on s'entête
à s'enfarger
dans les cent mille ronces et fardoches qui s'accrochent à nos frocs. » (page 36)
- La fracture entre le ton léger, et les situations dramatiques
L'auteur utilise également la dichotomie entre le ton du livre, léger et drôle, et les péripéties d'ordre dramatiques que rencontre le personnage principal. Ainsi le Drôle se retrouve-t-il, seul, confronté à une flotte d'aéronefs de guerre.
- le ton des personnages
Les dialogues sont très présents, le plus souvent avec un langage familier. L'auteur n'hésite pas à utiliser le flegme des personnages.
«- T'es con le Drôle,
c'est qu'un oeuf. » (page 281)
- de même que le comique de répétition :

- le burlesque
A titre d'exemple, le monde imaginaire est constitué d'une multitudes d'Îles aux noms ésotériques, allant de « Jachères » à « Cases ». Ces Îles bougent en fonction des saisons.

5) L'importance donnée à la forme
Il est bien rare de lire un roman dans lequel la priorité est donnée à la forme plutôt qu'au fond. C'est le pari original tenu par Damien Galisson avec La Dragonne et le Drôle.
L'intrigue en elle même, est assez simple :
Cela n'entache en rien la qualité du récit, savamment rythmé, et aide même à conférer le ton léger nécessaire à ce roman humoristique.
L'attention est davantage portée sur la manière dont l'histoire est contée : En vers libre, Damien Galisson joue avec les mots et parvient à transmettre le plaisir que lui procure cet exercice.
Ainsi, le roman est ponctué de figures de style, dont les exemples ci-dessous ne prétendent pas à l'exhaustivité :
- Des allitérations et des assonances, en veux-tu en voilà
« Par contre j'tai pas dit, mais dans la cabine, j'me suis rendu compte que tu cocottes sévère. Tu l'prends pas mal, mais servir de la bouffe alors que tu fouettes comme une malle-arrière mal aérée, c'est pas joli. » (page 171)

« Je fuis,
fais feu,
devant ces vaisseaux fous. » (page 226)
- Pléthores d'anaphores
A titre d'exemple, l'anaphore du pronom « je » page 185, accentuant les ressentis du personnage lors de son partage sensoriel avec la Dragonne.
Ou encore :
« Il s'est protégé. Par un silence d'absent.
Absent à son frère,
absent à lui-même,
absent à la colère. » (page 219)
- Répétitions et Anadiplose
« La besace pleine de poison me bat à la hanche à chaque pas que je fais, bat comme le tambour,
le tambour que l'on donne, avant que le bourreau applique la sentence. » (page 199)
« A brigander, de-ci de-là.
Louant leurs lames aux plus offrant.
Offrant la mort aux moins chanceux.
Cherchant la guerre, car ça paie mieux. » (page 30)
- Rimes
« Il est devenu ce mercenaire imperturbable, cet archer imparable, le guerrier indispensable, seul capable de protéger son frère. » (page 219)
- Césure
« Je veux tant qu'elle le sache, qu'ils sont là, qu'ils sont fous. » (page 184 )
- Afin d'accentuer l'effet produit par ces figures de style, l'auteur joue également avec la mise en page de ses paragraphes, n'hésitant pas à modifier l'alignement du texte.

« Les voici :
bleus
toxiques
soporifiques

dangereux. » (page 199)

Il est très agréable de redécouvrir
le plaisir
d'une lecture dans laquelle chaque mot du récit
est soigneusement choisi.
En conclusion,
pari relevé pour Damien Galisson
qui offre une lecture drôle, pétillante,
poétique, rafraichissante.
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FabtheFab
  21 mai 2022
Le drôle fait partie de la bande de Chef avec Tanneur et Rody, ce sont des mercenaires qui vendent leurs talents au plus offrant dans un monde constitué d'îles flottantes. Un jour, en cherchant du bois en forêt, le drôle tombe sur une grotte dans laquelle il rencontre une dragonne, il est impressionné, fasciné mais il s'aperçoit aussi qu'il peut communiquer avec elle. Ce don est extrêmement recherché et attire la curiosité de la Générale Gerfaut, la soeur du roi de ce monde, le monde des Pâles car elle souhaite voler à la dragonne son oeuf.
Damien Galisson est né en 1978 à Poitiers. Jusqu'ici, il a surtout écrit sur des rythmes métal, puisqu'il est le parolier du groupe Tanen. Amateur de Serge Brussolo ou de Justine Niogret, il a d'abord écrit des ouvrages destinés aux tout petits, pour ses garçons. On y retrouve d'ailleurs déjà la trace d'un dragon… Lauréat du concours Émergences 2018 (La Charte), il découvre à cette occasion que son goût des vers et des rimes peut être mis au service de l'imaginaire. Ainsi naîtra La dragonne et le drôle, son premier roman… de fantasy en vers libres” - source : éditions Sarbacane.
Ce roman paraît dans la collection Exprim' qui s'est ouverte, depuis l'arrivée de Julia Thévenot chez Sarbacane, à une nouvelle veine imaginaire et aventure et notamment à la fantasy mais une fantasy exigeante. Comme le dit Julia Thévenot sur le compte Instagram des éditions Sarbacane, le genre de la fantasy peut parfois privilégier le rythme de l'aventure au détriment de l'exigence littéraire et les éditions Sarbacane veut au contraire des textes dans lesquels le genre est au service de la littérature.
Un roman de fantasy sur le thème des dragons en pleine vague des Royaumes de feu mais nous ne sommes pas dans le même univers du tout. Damien Galisson choisit tout d'abord d'osciller entre un univers imaginaire extrêmement poétique de royaumes constitués d'îles flottant dans l'univers et des peuples plus proches de l'heroïc fantasy avec des guerriers frustres, brutaux et souvent vulgaires. Il y a donc un décalage net entre les dialogues qui relèvent d'un registre populaire et souvent vulgaire et le texte descriptif pour lequel l'auteur recherche les effets littéraires. En effet, Damien Galisson propose un roman en vers libres avec énormément d'effets de mise en page littéraire avec des calligrammes, des épanaphores, des hyperboles, des asyndètes, des épitrochasmes et il multiplie à la fois les effets de style et le jeu sur la mise en page. Il trouve un rythme certain et l'intrigue ramassée à peu de péripéties - un jeune garçon protège une dragonne dont l'oeuf est recherché par un groupe de guerriers brutaux - se développe néanmoins sur trois cents pages grâce au jeu de descriptions des tableaux successifs - l'auberge, les îles, la forêt, la grotte, les vaisseaux des guerriers pâles etc. Nous plongeons ainsi dans un univers magnifique et étonnant.
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laulautte
  16 mai 2022
Je n'ai jamais vraiment été Drôle, plutôt « Gamin, reviens c'était pour rire ». Et même si dans mon Midi natal, le dròlle était doux à l'oreille, c'est mainat que j'ai entendu chanter le plus souvent.
L'imaginaire en vers libres de Damien Galisson nous amène à parcourir des îles balayées par des Contrevents qui ne sont pas sans rappeler celles peuplées de dragons de Terremer. A la différence que celles-ci flottent et se déplacent au gré des saisons des vents. Cet univers de fantasy (médiévale) sans véritable nom, cartographié de ponctuations et d'idéogrammes, est un chant empreint de l'esthétique et de la poésie d'Ursula K. Le Guin et de Hayao Miyasaki. La Dragonne et le Drôle est une partition dont la musicalité et la rythmique des mots sont marquées par une typographie travaillée. Un art de la mise en page, rappelant la créativité d'Alain Damasio, subtilement exploité par l'auteur, parolier d'un groupe de Métal, Tanen.
Haut comme trois pommes, le Drôle sans nom apprend la guerre, la rapine et la démerde à coup de taloches au sein de ce qu'on ne peut ni appeler une Horde ni une troupe : trois hommes, mercenaires de surcroît, et un drôle, bon à rien. Mais un drôle de rossignol dont l'innocence est sa cuirasse, le chant, son audace. Il saura donner de la voix pour La Dragonne qui a su lire son âme et entendre la mélodie de grâce qui court dans ses veines.
La Dragonne et le Drôle est un air qui touche ceux qui, là-haut dans le ciel, voient des fréoles à ballons, bouillons de culture de champignons, et des dragons. Vous avez raison M. Galisson, les dragons existent. Continuez d'écrire des chansons, les drôles ça ne restent pas p'tits. Je parcourrais encore vos îles ponctuées par les vents à dos de dragons, Russian Circles et Hania Rani pleins les oreilles. Je retrouverai bien Chef, Tanneur, Rody et le Drôle devenu grand.
Merci aux éditions Sarbacane (et à Babelio) pour ce doux et court envol à la découverte de ces curieuses terres de ciel.
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Tachan
  08 mai 2022
Quand on m'a proposé La Dragonne et le Drôle, c'est surtout mon amour pour les dragons qui m'a fait accepter, mais je craignais un peu une histoire légère qui ne m'aurait pas pleinement satisfaite. Fichus préjugés sur les romans jeunesse. J'avais bien tort quand j'ai vécu un grand moment.
Dès les premières lignes, je suis tombée sous le charme de la prose en vers libres de Damien Galisson qui rythmait avec tant de poésie et de force la voix du narrateur. Je n'avais jamais lu ce genre de plume avant et j'ai adoré. C'est un vrai bonheur d'entendre à ce point la musicalité d'un texte, surtout ici avec un narrateur qui aime chanter. En plus, l'auteur a une plume très riche, un vocabulaire fourni et un registre qui s'adapte toujours à celui qui parle. C'est succulent.
Mais au-delà de ça, le texte n'est pas qu'un prétexte à l'exploration d'un style narratif et d'une belle plume, Damien Galisson a vraiment quelque chose à raconter et j'ai été touché par cela. Dans sa Dragonne et son Drôle, j'ai eu l'impression d'être au croisement de Drifting Dragons (un manga steampunk sur des chasseurs de dragons) et des récits de Robin Hobb (la papesse des récits de dragons pour moi), c'était parfait.
L'univers mis en scène pour l'auteur est rude et âpre, ce que je n'attendais pas, je l'avoue, dans un récit jeunesse. Comme le titre l'indique, on suit un pauvre drôle, un jeune garçon forcé de suivre un petit groupe de mercenaires avec lesquels bosse son frère. Il est l'homme à tout faire, un anonyme qui n'a même pas de nom et pas la moindre reconnaissance, qui va être forcé de faire les basses besognes et de subir leurs moqueries. Ce jeune garçon m'a beaucoup touchée. Il est certes l'archétype des héros de fantasy qui vivent une quête initiatique visant à les faire grandir : là, la rencontre avec une dragonne, mais l'auteur l'a magnifiquement caractérisé avec un caractère doux, rêveur, un peu poète, que la vie n'a pas épargné mais qui a su garder son empathie. J'ai adoré son évolution, son lien avec la dragonne et celui qu'on devine peu à peu avec sa famille. Avec lui, j'ai eu l'impression d'avoir la métaphore de ce pauvre gosse des cités embringué trop tôt dans un gang avec son frère. C'était émouvant.
Il y a ainsi un travail plein de finesse de la part de Damien Galisson pour décrire les liens déjà existants ou qui vont se nouer entre le Drôle et ceux qui l'entourent. J'ai été frappé par la justesse de sa relation bancale avec son frère où l'auteur montre l'importance de se parler, se faire confiance, accepter la différence. J'ai été émue également par celle, pleine de force et de poésie qui se noue entre le héros et la dragonne à travers leur amour pour la chanson et le désir du héros de connaître un amour filial même par procuration. C'était poignant.
En plus de cette dimension humaine, il y a chez Damien Galisson, un vrai goût pour l'aventure en mode piraterie steampunk et donc des sensations de cape et d'épée, de poudre, qui m'ont prise en cours de lecture pour ne plus me lâche, ce que j'ai adoré ! En effet, le Drôle appartient à un groupe de mercenaires, ceux-ci vont rencontrer une troupe de chasseurs de dragons à bord d'aéronefs et nous allons voir leur vie à bord, leurs échauffourées, ainsi que leurs tactiques pour capturer la dragonne et son oeuf. Il n'en fallait pas plus pour me rappeler les meilleurs moments de Drifting Dragons, dont je parlais plus haut, que j'adore. C'était rythmé, dynamique et immersif. On vivait littéralement avec eux, à travers le regard du drôle.
Le récit se veut ainsi à la fois humain et aventureux, plein de poudre et de sagesse, plein de violence et de poésie. J'ai adoré ma lecture. Je ne pensais pas qu'elle me toucherait autant. L'histoire de ce jeune garçon, de sa rencontre et son lien si beau avec la dragonne, puis de ce parcours de pauvre anonyme à jeune héros était beau, touchant et parfaitement raconté sous la plume entraînante et rythmée de l'auteur. C'est un vrai bel ouvrage surprenant, encore plus pour moi au rayon jeunesse où j'ai tendance à tomber un peu trop sur des titres qui se ressemblent tous et ne m'apportent que du divertissement. Là, j'ai senti une vraie volonté d'élever le lecteur en même temps que les personnages et j'en ai été très touchée.
Une superbe réussite, merci à Babelio et Sarbacane pour cette lecture !
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
LenocherdeslivresLenocherdeslivres   29 avril 2022
La guerrière fait la moue, mi-sourire, mi-grimace, elle a parié ma vie plutôt que celle de ses hommes. Je le sais. Elle sait que je le sais. Elle s'en fout.
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laulauttelaulautte   15 mai 2022
Ces gens-là ne pillent pas,
n'enlèvent pas,
ne trucident jamais.
Ils prélèvent l'impôt.
Requisitionnent les hommes.
Défendent le peuple.
A se demander quel mot ils emploient quand ils vont chier.
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KaoriKaonashiKaoriKaonashi   27 avril 2022
À brigander, de-ci de-là.
Louant leurs lames au plus offrant.
Offrant la mort aux moins chanceux.
Cherchant la guerre, car ça paie mieux.
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KaoriKaonashiKaoriKaonashi   08 mai 2022
La victoire me fait battre le cœur, me monte le sang aux joues. Je vois déjà
le sourire de Chef
le respect de Tanneur.
Et Rody qui ne dit rien, mais qui pense que je suis un bon apprenti
qui sait trouver du bois,
du bois sec sous la pluie.
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AdoptalibrarianAdoptalibrarian   28 mai 2022
Le drôle.
Ce n'est pas un nom, mais je n'en ai pas d'autre. Le drôle pour dire "gamin".
J'ai eu un nom un jour, peut-être, il y a longtemps.
Je vois le visage de ma mère, sa bouche qui le prononce.
Mais je ne l'entends plus. C'était avant la guerre, avant qu'on nous emporte.
La guerre l'a avalé, ce nom. Comme la voix de ma mère.
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