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Gérard Luciani (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070384440
284 pages
Gallimard (17/10/1991)
3.75/5   99 notes
Résumé :
Dans une auberge de Florence, vers le milieu du XVIIIe siècle, un marquis et un comte rivalisent de grâces auprès de la maîtresse des lieux dont ils voudraient l'un et l'autre obtenir les faveurs. Mais l'hôtelière, Mirandolina, prête davantage d'attention à un autre de ses clients, un chevalier misogyne et rugueux, plein de morgue à son endroit : pour venger l'affront qu'il fait à son sexe, elle se met en tête de le séduire - afin de le berner. Jouée pour la premièr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Mirandolina, jeune et belle aubergiste , aime plaire: elle aime avoir tous ses hôtes à ses genoux, les mener par le bout du nez...

Elle aime aussi par-dessus tout sa liberté, et la multitude de ses amoureux la lui assure aussi sûrement que le ferait une garde rapprochée.

Aussi quand l'un d'eux, nouveau venu à l'auberge, entreprend de lui résister et même de critiquer son service réputé irréprochable , elle prend la mouche.

Celui-là , un certain Chevalier de Ripafretta, est aussi misogyne qu'elle est, au fond, misandre - curieux, ce néologisme que j'ai été contrainte d'inventer: voudrait-ce dire , messieurs, qu'on n'arrive jamais à vous détester collectivement?

Elle entreprend donc de séduire le récalcitrant avec ses propres armes: la franchise et l'indépendance. Toutes voiles dehors. Et le trouble la prend. C'est assez vertigineux de clamer sa liberté et son refus d'attachement quand on sent- à des mains qui se frôlent, à un verre où l'on trempe, après celles d'un autre, ses propres lèvres- qu'ils vacillent et qu'on est en train de les perdre.

Mais Mirandolina a la tete sur les épaules, et celle-ci est aussi bien faite que son corps. Pas question de flancher. D'autant que le chevalier rétif a fait du chemin lui aussi et que Mirandolina ne voit que trop bien où il veut en venir...et la faire venir.

Jeu leste et habile, trouble maîtrisé, Mirandolina mène la danse au milieu d'un monde de fantoches: caricatures d'hommes -le nouveau riche, l'aristocrate fauché , le viveur cynique, le valet fidèle- et caricatures de femmes-deux comédiennes descendues à l'auberge et flairant l'aubaine-il y a trop d'hommes pour une seule femme..- et qui incarnent, aux yeux de Goldoni, la commedia dell' arte finissante, deux caricatures d'un "éternel féminin" truqué et éventé, qui a fait son temps, comme leur théâtre!

Une comédie nouvelle, alerte et raffinée, sociale et psychologique, et une héroïne nouvelle, émancipée et vive, mais pas folle, la guêpe !

La bourgeoisie montante du 18e sait , depuis les Lumières, qu'elle ne peut compter que sur elle-même. Et Mirandolina, à temps, comprendra qui est son allié naturel, si elle ne veut pas tout perdre.

Une jolie comédie, qu'on joue en ce moment au Français , avec un peu trop de sagesse pour mon goût , car le vent du boulet ne passe pas très loin de cette locandiera téméraire!
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Ecrite à la fin de 1752, la pièce est créée en janvier 1753 au théâtre Saint-Ange de Venise par la troupe de Medebach. Goldoni arrive à la fin du contrat très contraignant qui le lie à la troupe et à son directeur, qu'il quittera bientôt pour rejoindre le théâtre San Luco, et la Locandiera est une des toutes dernières pièces qu'il donne à Saint-Ange. C'est l'arrivée dans la troupe de Saint-Ange en 1751 d'une nouvelle comédienne, Maddalena Raffi, spécialisée dans les rôles de soubrettes, qui permit à Goldoni d'écrire des pièces où ce type de personnage est mis en valeur. le rôle de Mirandolina de la Locandiera lui était destiné. Ce qui ne plaisait guère à la vedette féminine de la compagnie, Mme Medebach : les vapeurs de la dame ont eu pour conséquence la disparition de la pièce de l'affiche au bout de quatre représentations, malgré son succès.

Mirandolina, la Locandiera (ou l'aubergiste) du titre, est une jeune femme indépendante, qui se trouve sans mari ni père, gérant elle-même son bien. Comme elle est jolie et qu'elle a du charme et de l'esprit, elle ne manque pas de soupirants. Deux de ses clients, le marquis de Forlipopoli, de vieille noblesse mais pauvre, et le comte d'Albafiorita, nouveau riche qui vient de s'offrir son titre, en font partie. le premier, personnage comique, lui offre sa protection, le deuxième la couvre de cadeaux. Mais la jeune femme ne fait que s'en amuser. Arrive le chevalier de Ripafratta, qui dédaigne les femmes, et qui met en cause la qualité du service de l'auberge. Mirandolina décide de le rendre amoureux pour le punir. Un jeu de séduction s'engage entre les deux personnages, sous les yeux de Fabrice, le valet de l'auberge, que le père de Mirandolina lui a destiné comme époux avant son décès.

C'est peut être actuellement la pièce la plus jouée de Goldoni. Elle a beaucoup d'atouts : des personnages variés et plutôt complexes, des aspects comiques très efficaces, une peinture sociologique de son temps. le personnage principal, Mirandolina, est une jeune femme qui revendique son indépendance vis-à-vis des hommes, qui n'est absolument pas sentimentale. Certains lui ont reproché sa coquetterie et son désir de manipuler et d'utiliser les hommes grâce à son charme, mais il faut dire que les soupirants en lice ne sont pas tellement séduisants, sauf le chevalier rebelle à l'amour, et là il n'est pas sûr que Mirandolina ne succombe pas non plus à son charme. Seulement, d'une manière évidente, une liaison avec un noble et riche seigneur ne la mènerait pas très loin, et son bon sens lui interdit ce genre d'impasse. La pièce met malgré tout en évidence les limites qu'une femme trouvait à son désir de liberté à l'époque : Mirandolina se trouve à la fin de la pièce dans l'obligation d'épouser Fabrice pour se sortir de la situation dans laquelle elle s'est mise en réveillant le désir chez un homme jeune dans une position sociale dominante, bien loin de ses soupirants plus raisonnables et faciles à maintenir dans le respect.

La société de l'époque est en pleine recomposition, ce que la pièce montre. L'ancienne noblesse est en perte de vitesse, de nouveaux riches prennent le pouvoir, et de nouvelles couches industrieuses, comme Mirandolina, commencent à trouver leur place. D'une façon amusante, la pièce met en scène des femmes travaillant (Mirandolina et les deux actrices) et des hommes surtout oisifs, les trois nobles qui gravitent autour d'elle.

L'intrigue de la pièce est au final très sobre, très réaliste, dans un contexte historique et social précis. C'est très efficace ; la pièce et les personnages sont suffisamment riches pour donner lieu à des lectures très différentes, ce qui qui explique son succès et ses nombreuses reprises.
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La locandiera est pour moi un vrai coup de coeur. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu de théâtre et je me dis qu'il faudrait que je le fasse plus souvent!
Cette pièce m'a fait penser à celle de Molière (même si elle n'a pas été écrite a la même époque bien sur!) car j'ai ri autant grâce aux répliques drôles, aux quiproquos et aux didascalies très précises qui nous donnent énormément d'éléments sur le jeu des acteurs.

Les personnages sont caricaturaux à l'excès et portent à rire également :
- le marquis, ruinés et radin qui pensent pouvoir tout avoir juste grâce a son titre de noblesse.
- le comte qui lui au contraire dépense sans compter et pense pouvoir notamment séduire énormément grâce à son argent.
- le chevalier, clairement misogyne
et enfin l'héroïne de l'histoire Myrandolina, dont tous les hommes tombent fou amoureux et qui s'est mis en tête de donner une bonne leçon au chevalier et le séduisant.

Bref l'amour est au centre de la pièce et va avec pas mal d'autres thèmes, comme l'argent. Cette pièce nous permet aussi de découvrir les moeurs et coutumes de l'époque.

Mon édition (hachette classique) était complétée par un dossier très documenté pour comprendre et aborder la pièce plus facilement (bien que celui ci se lise en un rien de temps).
Lien : http://missmolko1.blogspot.i..
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Relecture, en V.O.

La Locandiera, c'est l'aubergiste, Mirandolina. Elle tient son établissement hérité de son père du mieux qu'elle peut. Tous les hommes tombent sous son charme mais elle, elle a les idées bien arrêtées, elle sait ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas ! Elle va mener tout son monde par le bout du nez…

Multiples relectures de cette pièce dont je ne me lasse pas ! Chaque mot semble dosé, chaque réplique bien calée… des dialogues savoureux au possible, des personnages oh combien caricaturaux certes mais tellement humains en même temps, un comique de situation, et puis ce personnage central, la Locandiera, si vive, si attachée à ses idées, pleine d'humour également.
J'adore particulièrement son monologue sur l'amour ! avec des expressions très imagées et amusantes !
On retrouve un savoir-faire venu de la Commedia dell'Arte que Goldoni maitrisait.

J'ai eu le bonheur de voir cette pièce jouée par Dominique Blanc et André Marcon, en grandissime chevalier.

A lire et relire…
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Après Lysistrata, autre comédie où la femme règne, toujours en accord avec le programme de l'agrèg 2015... J'avais découvert son existence l'an dernier grâce à des amis comédiens-chanteurs qui ont sévi dans des Disney, et qui voulaient la mettre en scène sous forme de comédie musicale. Pour ceux que ça intéresse, et je pense que ce sera le cas, voilà le lien vers les maquettes qu'ils avaient enregistrées : http://lalocandieralemusical.com/locandieramusiques.html On retrouve sur ces formidables morceaux Claire Guyot (La Petite Sirène elle-même, voix également de Buffy, de Teri Hatcher...) dans le rôle de Mirandoline, Olivier Constantin (Jack dans L'Étrange Noel de Monsieur Jack, absolument excellent) ou encore Bernard Alane (Clopin dans le Bossu de Notre-Dame, chanteur de "Nuits d'Arabie" dans Aladdin, etc.) qu'on ne présente plus. Je m'étais régalé de ces chansons, et le projet m'enthousiasmait, malheureusement, le casting dans sa majorité a changé depuis... On verra. Bref, lecture de la pièce maintenant pour la fac, et malheureusement, je me retrouve plutôt de l'avis de IzaBzh : Mirandoline est tellement cruelle, détestable, jusqu'à la toute fin (son amour pour Fabrice nous laisse grandement sceptique) que la pièce nous laisse un goût amer.

C'était le propos de Goldoni, qui le dit dans sa préface, offrir la femme la plus vénale, manipulatrice, sadique, certes toutes proportions gardées puisqu'on est dans une comédie, mais le traditionnel retour à l'ordre et dénouement heureux pour tout le monde n'est pas vraiment de mise. J'aurais voulu voir le Marquis avec Déjanire, le Comte avec Hortense, constater une Mirandoline véritablement repentie, le Chevalier consolé par celle qui lui est promise dans un courrier... Alors certes, c'est une pièce incontournable sur la suprématie féminine envers les hommes, mais Goldoni a tellement dépeint sa protagoniste comme une araignée jouant avec ses proies qu'il ne faut pas s'y tromper, il s'agit bien davantage d'un procès des garces séductrices, point un éloge féministe...

À lire tout de même, l'ambiance de l'auberge est agréable, les caractères bien trempés et pour goûter à la comédie italienne avec une de ses incontournables. Gros coup de mou durant l'acte II ceci dit.
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
LE CHEVALIER. Ah oui, le débat en vaut la peine, assurément ! C'est une femme qui vous émeut, qui vous fait perdre votre sang-froid ? Une femme ? Que ne faut-il pas entendre ! Une femme ! pour moi, il n'y a pas de danger que j'aie jamais à me quereller avec qui que ce soit pour une femme. Je n'ai jamais aimé les femmes, jamais je n'ai eu pour elles la moindre estime, et s'il faut tout vous dire, je suis convaincu que la femme est pour l'homme la pire des calamités.
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Margarita
Mais oui, mon cher mari, je vous comprends. Je connais votre caractère ; vous êtes un honnête homme, vous aimez les vôtres, vous avez bon coeur ,mais vous êtes un peu soupe au lait. Cette fois-ci, pensez un peu ! vous avez même raison : mais finalement aussi bien votre fille que moi-même nous vous avons demandé pardon. Croyez-moi, quand une femme en arrive là, pensez un peu ! ce n'est pas rien ! Mais si je l'ai fait, c'est parce que je vous aime bien, et que j'ai de l'affection pour cette petite, bien qu'elle ne le reconnaisse pas ou ne veuille pas le reconnaître. Pour elle, pour vous, je me retirerais le pain de la bouche : je verserais mon sang pour la paix de notre famille. Faites le bonheur de cette enfant, calmez-vous, sauvez la réputation de votre maison, et si je ne mérite pas votre amour, tant pis, il en sera de moi ce que décideront mon mari, mon destin ou ma mauvaise fortune.
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MIRANDOLINE: Messieurs, maintenant que je me marie, je ne veux plus de protecteurs, plus de soupirants, plus de cadeaux. Jusqu'ici je me suis amusée, et j'ai mal fait, et j'ai pris trop de risques, et je ne veux plus jamais faire cela: voici mon mari.
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C'est justement avec des individus comme lui que je me pique au jeu. Ceux qui me courent après ont vite fait de m'ennuyer. La noblesse, ce n'est pas pour moi. La richesse, je l'estime, mais pas plus que ça. Tout mon plaisir consiste à me voir servie, courtisée, adorée. C'est là mon point faible et celui de presque toutes les femmes.
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MIRANDOLINE, seule. Ah ! si j’avais dû épouser tous ceux qui ont dit vouloir ma main, j’en aurais des maris ! Autant il en descend dans cette auberge, et autant qui s’éprennent de moi, jouent les amoureux transis, et me proposent, tous autant qu’ils sont, de m’épouser séance tenante ! Et voilà pas ce Chevalier, cet ours mal léché, qui me traite si rudement ? C’est bien le premier voyageur venu dans mon auberge qui n’ait pas eu plaisir à traiter avec moi. Je ne dis pas que tous doivent tomber amoureux au premier coup d’œil, non. Mais me mépriser ainsi, voilà qui me met dans une rage noire. 
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Vidéo de Carlo Goldoni
C'est aujourd'hui une de nos plus fortes, plus puissantes et audacieuses comédiennes, une de nos plus actives et fécondes metteuses en scène, aussi. Au Petit Saint-Martin, à Paris, Catherine Hiegel se retrouve pour la première fois de sa carrière seule en scène dans un monologue signé du défunt Jean-Luc Lagarce et monté par Marcial di Fonzo Bo, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne. Elle y excelle de distance ironique et mélancolique à la fois. L'ex-doyenne de la Comédie-Française – dont elle fut violemment et injustement remerciée après quarante ans d'admirables services – incarne à merveille les mille nuances et détours d'un texte, d'un auteur. Si elle reste une des plus subtiles interprètes (et metteuse en scène) de Molière et Goldoni, elle sut encore s'embarquer, après l'éviction du Français, chez les meilleurs dramaturges contemporains, de Bernhardt à Minyana, de Noren à Koltès, via Zeller. Et elle y rayonne comme personne de son énergie blessée, de sa vitalité insubmersible. Elle nous dit ici un peu de ses secrets de fabrication, de ses passions théâtrales, de son enfance merveilleuse, de la Comédie-Française qui la façonna et la fit souffrir, de la misogynie au théâtre, de sa fille qui accuse d'inceste son père Richard Berry, son ex-compagnon. de ses forces et de ses faiblesses. Elle est magnifique.
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