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Victor Le Foll (Autre)Zélie Tessier (Autre)Françoise Besson (Autre)
EAN : 9782330178574
Actes Sud (16/08/2023)
4.36/5   6991 notes
Résumé :
" C'est un roc ! ... c'est un pic ! ... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... C'est une péninsule ! " Cette réplique grandiose tirée de « Cyrano de Bergerac », nous la connaissons toutes et tous. Un homme qui prête sa plume à un autre pour séduire la femme qu'il aime : l'histoire est connue, mais elle n'en est pas moins touchante. Intrigues, rebondissements, le tout écrit en alexandrins : découvrez ce chef-d'oeuvre du théâtre romantique !

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Critiques, Analyses et Avis (438) Voir plus Ajouter une critique
4,36

sur 6991 notes
Ah ! Cyrano ! Cyrano ! Je défaille à ton nom, à ta seule évocation, noble Sire, anneau de mes épousailles avec la lyre, avec la fougue, avec l'immatériel. Fasse que jamais ne meure le soucis de la rime en tes accents sublimes ni choir la fière petite plume qui vient couvrir ton chef de son panache blanc...
Il y a quelque chose d'une époque révolue, quelque chose comme on n'en fait plus. Même pour l'époque de Rostand, un je-ne sais-quoi, un parfum 1600, un mélange de Cervantès et de Shakespeare, un mélange de sveltesse et d'élixir.
Des mots qui répugnent à dire leur âge tant ils sont éternels : on les croirait tombés, au hasard, d'un manuscrit perdu, d'une poche oubliée De Beaumarchais ou de je ne sais quel autre de ses devanciers ou de je ne sais quelle muse des temps du beau français.
Et l'on a beau marcher, par avant, par après, rien de comparable ne s'est jamais rejoué.
Cyrano de Bergerac est l'ultime avatar de ces temps où le français était un art, ou dentelle ou brodé, piqué, surpiqué un fil d'or de douze pieds ; un art qu'on plaçait comme un étendard pour dire : " Vous voyez, je suis Français, jugez comme ça sonne, oyez comme ça claironne ce qui sort de mon gosier ! " Et des quatre coins de la Terre on accourait pour l'écouter.
Pas comme désormais où l'on ne jure que par l'anglais, le chinois, l'arabe, le russe ou le javanais.
" Vous parlez français ? Qu'est-ce que ce dialecte malsonnant difficile à apprendre ? Do you speak english ? No, really ? I'm sorry ! Next, please. "
Ah ! le français d'Edmond Rostand, aaaaahhh !, bon sang !, ça vous fait frétiller les coronaires, ça vous fait chanter les artères, ça vous fait swinguer les ulcères !
Que pouvons-nous dire ici-bas de cette pièce culte ?
Drôle à crever, triste à périr ; c'est un saut, c'est un vol, c'est un jet,
Que dis-je, c'est un jet, c'est une catapulte !
Bon allez, rien que pour le plaisir de la redite,
C'est un top, c'est un hit, c'est un feu,
Que dis-je, c'est un feu, c'est une dynamite !
N'aurait-il fait que cela, l'ami Rostand, qu'il pouvait s'arrêter là, une légende était assurée.
J'évoquais plus haut Cervantès et Shakespeare et je souhaite m'en expliquer.
Indéniablement, il y a du Don Quichotte dans Cyrano, une chevalerie d'un autre temps, batailleur pour un rien et surtout si c'est inutile, pour les motifs les plus anodins qui égratignent ou qui heurtent son sens de l'honneur qu'on sait assez sensible à la moindre stimulation.
Le personnage ou le nom même de Don Quichotte est mentionné dans la pièce. (Acte I, Scène 7, Cyrano : J'ai dix coeurs ; j'ai vingt bras ; il ne peut me suffire de pourfendre des nains... Il me faut des géants ! et Acte II, Scène 7, de Guiche : Avez-vous lu Don Quichot ? Cyrano : Je l'ai lu.)
Il y a également dans son amour illimité, irréfléchi pour Roxane une bonne dose de celui de l'hidalgo pour sa Dulcinée du Toboso. Mais au lieu de le rendre grotesque comme son illustre père littéraire, Rostand le rend touchant, pathétique, mélancolique et ajoute au comique le tragique tel que sut le faire Lope de Vega, éveillant en nous un fort élan de compassion et de commisération.
Il y a aussi indubitablement des accents shakespeariens tels que la fameuse scène du balcon de l'acte III, qui évoque sans ambages Roméo et Juliette.
Bon, il va sans dire également que l'auteur emprunte probablement beaucoup, pour son Cyrano, au D'Artagnan d'Alexandre Dumas, pour forger un côté un peu plus pittoresque, mais aussi, peut-être, pour réactiver cette image de mousquetaire vaillant, très présente dans l'imaginaire d'alors. D'ailleurs, Dumas lui aussi comparait son héros à Don Quichotte.
Pourtant, on ne peut pas dire qu'Edmond Rostand n'emprunte également beaucoup aux textes mêmes du véritable Cyrano de Bergerac, je pense notamment à sa pièce le Pédant Joué, auquel on doit l'inspiration du nez (excusez-moi, c'était facile) qui précède en tous lieux d'un quart d'heure son propriétaire.
Rostand intitule sa pièce "comédie héroïque", j'écrirais plus volontiers tragi-comédie car constamment, derrière des bribes de comique, il y a de la douleur, du tragique, des souffrances pudiquement retenues qui évoquent en nous, lecteur ou spectateur, des larmes qui n'ont rien d'un rire. (On se souvient à ce propos que Pierre Corneille trouvait le terme tragi-comédie désuet et qu'il lui préféra, pour désigner ses propres tragi-comédies, une appellation de sa création, à savoir la comédie héroïque. Tout s'explique donc, sauf qu'à cette appellation, je trouve trop peu de résonance en moi ou de fallacieuses tandis que tragi-comédie, n'importe qui perçoit de quoi il s'agit.)
Cette pièce, vous le savez tous est une histoire d'amour, enrobée dans beaucoup d'autres choses, mais une histoire d'amour.
L'amour d'un homme qui porte une plaie béante, énorme, en plein milieu de la figure, comme un pied de nez à ses autres talents, immenses, mais qui lui interdit d'accéder à la félicité, être aimé par celle qu'il voudrait.
Cyrano est vibrant, touchant, de loyauté envers celui qui lui prête sa belle figure pour approcher sa belle cousine. le sens de l'honneur mis au plus haut degré, plus haut que tout, certains diraient, jusqu'à la bêtise, d'autres pensent que non, que c'est ça la grandeur, même si elle est terrifiante...
J'en ai assez dit, je pense, sur celle, cette oeuvre, que tout le monde connaît et que chacun adore ou chérit, à sa façon, en un coin de son coeur.
Non, encore un mot cependant. Ce Cyrano, si laid dehors, si beau dedans, touche à l'inconscient collectif, à la perception que l'on a communément de nous-même, cette impression, lorsque l'on aime, que si l'autre nous connaissait du dedans, il y verrait nos trésors qui palpitent, mais que malheureusement, notre enveloppe charnelle occulte.
Peut-être est-ce là, le vrai secret de Cyrano, de matérialiser, d'être le symbole de cette incompréhension du monde à notre charme et à notre beauté, qui sait ?
Il est des oeuvres nobles et par delà les modes et par delà les siècles, Cyrano de Bergerac, assurément figure parmi celles-là.
Plus rien, à présent, laissez-vous faire et venez croiser le fer avec ce héros au long nez rehaussé d'un plumet qu'on appelle...
... SON PANACHE.

Ah oui, j'oubliais... ceci n'est que mon avis, un amuse-bouche au moins aussi maigre que ceux qui remplissent l'estomac du héros de ce livre, autant dire, pas grand-chose, face à l'immensité, face à l'oeuvre, qui elle est consistante, qui elle nourrit pour des jours, pour des nuits, pour des décennies, ceux qui s'en repaissent goulûment et qui ont bien raison...
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J'ai troqué mes cliques et mes claques
Contre des cloques et des flaques
Un sac à dos pour oublier
Qu'avant c'est toi qui me pesais

Extrait chanson Vianney "Je m'en vais"
que je m'eusse permis de rajouter
Contre vents et marées, via Nez. Voilà le décor est planté, j'ai utilisé le Plus que Parfait, parce que Cyrano de Bergerac a, lui, décidé d'être admirable en tout et pour tout !

Une ballade se compose de trois couplets de huit vers,
Point ne t'inquiétasses, j'en écris qu'Un, je m'évapore, je m'éthTer
MI-NEZ mais NEZ c'est Cer-videz moi votre verre
Jusque là, j'eusse rempli à tous les Kritter
Bergerac, moulin à rimes, un vrai Don qui Choque
Cuculle par terre, vous décroche la lune, par les aimants rejoint le firmament
Mieux que tu valusses prendre tes clics plutôt que ses claques, qu'il te Pèrefourasse de son Estoc
Que j'eusse encore besoin de votre ....
Aide, mon Rostand. (Comme promis : TER)

Que Huit verres pour un si bon moment
Que dis-je , ... pour un vrai Monument :-)




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Sur une île déserte avec moi Cyrano
Saurait me rappeler que les mots furent beaux
Avant les SMS qu'on appelle texto
Et la médiocrité érigée en credo.
Oui, lire Cyrano c'est refuser le pot
De soupe moulinée pour deux milliards de sots
Qu'on nous prie d'avaler sans piper un seul mot.

C'est rêver, s'échapper et encore rêver
C'est tenir l'idéal, jamais l'abandonner
C'est courir dans les cieux, tempêter, exiger
Toujours mieux, toujours plus; croire et espérer.
C'est créditer l'esprit de qui semble si laid.
C'est de l'envol des mots être persuadé.
C'est abattre en douceur l'homme infatué
Dégonfler les baudruches, percer les vanités.
C'est aimer bien ou mal mais aimer sans compter
Tendre un fil entre deux fait de phrases celées.
C'est s'enchanter d'un trait, jouir d'un quolibet
Servi avec panache et quelqu'hilarité
C'est le rustre puissant qui se fait brocarder
C'est l'homme-éléphant qui va se faire aimer.

Cyrano c'est cela et aussi davantage.
C'est tellement pour moi bien qu'avancée en âge;
Comme à l'adolescence j'admire sans partage
Et je sers cet hommage proche du bredouillage.
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Cyrano aime Roxane qui aime Christian qui aime Roxane : il y en a un de trop… oui mais à Cyrano il manque la beauté, à Christian il manque l'esprit : qu'à cela ne tienne, à eux deux ils ne formeront qu'un pour séduire et se faire aimer de Roxanne, Roxanne pour qui amour rime avec esprit et beauté.
Le panache, la grandeur, le désintéressement, la générosité, autant de vertus magnifiquement célébrées par les parfaits alexandrins de Rostand ; la quintessence de la comédie et de la tragédie réunies en un texte sublime et extraordinairement indémodable, capable de tirer autant de rires que de larmes, aux enfants comme à leurs grands-parents
Et je cite un adolescent sortant du théâtre où il était allé voir la pièce « ouais, ça déchire grave cette pièce : Cyrano, il a un texte trop cool ! »
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Cyrano, Cyrano, tes mots qui m'émerveillent
Coulent comme un ruisseau, perles d'or et de miel
Ils s'animent, tour à tour glaives ou aveux velours
Ils s'impriment en moi et m'émeuvent toujours
Que j'aime ton panache, ton goût du tac-au-tac
Ta verve, ton humour, tes idées enthousiastes !
Tu portes haut et juste honneur et loyauté
On ne peut que louer ta belle intégrité
De ton indépendance tu peux être très fier
Tu traverses la vie tel un joyeux éclair
Mais tu le devines bien, ce qu'en toi je préfère
C'est cette blessure, cette douleur secrète
Ton long nez que tu moques,objet de dérision
Noir obstacle à tes voeux, chagrin sourd et profond
Amoureux de Roxane, tu n'oses rien lui dire
Et à travers Christian, c'est ton coeur qui délire
Tes murmures au balcon m'ont tant donné la fièvre
Comme un frisson de flamme,tout un printemps de sève
Si tendre Cyrano, tes phrases embrasent la nuit
Et même après ta mort, ta belle âme en nous luit.
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Citations et extraits (431) Voir plus Ajouter une citation
Mais… chanter
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, — ou faire un vers
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste, d’ailleurs, se dire : « Mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! »
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul…
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Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui se veut confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le coeur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme!
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Le Bret : Eh ! mon Dieu, quelle est donc cette femme ?
Cyrano : Un danger
Mortel sans le vouloir, exquis sans y songer,
Un piège de nature, une rose muscade
Dans laquelle l'amour se tient en embuscade !
Qui connaît son sourire a connu le parfait.
Elle fait de la grâce avec rien, elle fait
Tenir tout le divin dans un geste quelconque
Et tu ne saurais pas, Vénus, monter en conque,
Ni toi, Diane, marcher dans les grands bois fleuris,
Comme elle monte en chaise et marche dans Paris !...
Le Bret : Sapristi ! je comprends. C'est clair !
Cyrano : C'est diaphane.
Le Bret : Magdeleine Robin, ta cousine ?
Cyrano : Oui, -Roxane.
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Il fut merveilleux, ce public. Il fut à embrasser sur ses trois mille joues. Ah ! Mes braves parisiens ! Mes braves français ! Mes braves athéniens ! comme disait Voltaire.
Vous êtes des snobs, c'est convenu.
Vous applaudissez des audaces niaises, des obscurités qui se donnent pour des profondeurs, et quelquefois des turpitudes pures et simples.
Il faut bien passer ses soirées.
S'il fallait attendre qu'il parût quelque chose de bon pour s'amuser !
Mais c'est égal, quand arrive le vrai style, la vraie éloquence, la vraie émotion, la vraie grâce, la vraie poésie, ah ! Comme vous les reconnaissez du premier coup !
Et quel immense soulagement on sent sous vos bravos !
Comme chacun de vos applaudissements dit : enfin !
Et quel discernement !
Comme dans le bon, c'est bien le meilleur que vous choisissez !
Comme une petite froideur vient vite là où il faut avertir l'auteur qu'il n'est plus ce qu'il était tout à l'heure !
Comme vous vous ressaisissez au moment même où l'on vous croirait, dans l'emportement de l'enthousiasme, disposés à tout accepter et à tout acclamer !
Comme on se sent en France, dans la France idéale qu'on croyait qui ne fût qu'un beau rêve, quand on est devant une pièce comme celle-ci !
Ah ! J'y vais de tout mon coeur, sans fausse honte.
Comme c'est beau, quand l'occasion vous y autorise, d'être chauvin !
(dans "le Journal des Débats", Emile Faguet écrit cette critique dithyrambique à la suite de la répétition générale du 28 décembre 1897)
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CYRANO
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vielles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S'aller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
Etre terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : "Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ?"...
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu'un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
Soit satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles.
Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !
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Edmond ROSTAND – Un siècle d'écrivains : 1868-1918 (France 3, 1996) L'émission « Un siècle d'écrivains », numéro 65, diffusée sur France 3, le 27 mars 1996, et réalisée par Jean-Claude Bringuier.
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