AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2081408635
Éditeur : Flammarion (29/03/2017)

Note moyenne : 4.36/5 (sur 2750 notes)
Résumé :
Le nez de Cyrano s'est mis en travers de son cœur. La belle Roxane aime ailleurs, en l'espèce un cadet sans esprit mais de belle apparence, Christian de Neuvillette.
La pièce de Rostand met en scène la tragique complicité entre deux moitiés d'homme, et s'achève sur une évidence en forme d'espérance : sous les traits de Christian, ce n'était pas moins que l'âme de Cyrano qu'aimait Roxane.
Avec ce drame en cinq actes, au travers des reprises ou des adap... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (212) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
24 octobre 2013
Ah ! Cyrano ! Cyrano ! Je défaille à ton nom, à ta seule évocation, noble Sire, anneau de mes épousailles avec la lyre, avec la fougue, avec l'immatériel. Fasse que jamais ne meure le soucis de la rime en tes accents sublimes ni choir la fière petite plume qui vient couvrir ton chef de son panache blanc...
Il y a quelque chose d'une époque révolue, quelque chose comme on n'en fait plus. Même pour l'époque de Rostand, un je-ne sais-quoi, un parfum 1600, un mélange de Cervantès et de Shakespeare, un mélange de sveltesse et d'élixir.
Des mots qui répugnent à dire leur âge tant ils sont éternels, on les croirait tombés, au hasard, d'un manuscrit perdu, d'une poche oubliée de Beaumarchais ou de je ne sais quel autre de ses devanciers ou de je ne sais quelle muse des temps du beau français.
Et l'on a beau marcher, par avant, par après, rien de comparable ne s'est jamais rejoué.
Cyrano de Bergerac est l'ultime avatar de ces temps où le français était un art, ou dentelle ou brodé, piqué, surpiqué un fil d'or de douze pieds ; un art qu'on plaçait comme un étendard pour dire : " Vous voyez, je suis Français, jugez comme ça sonne, oyez comme ça claironne ce qui sort de mon gosier ! " Et des quatre coins de la Terre on accourait pour l'écouter.
Pas comme désormais où l'on ne jure que par l'anglais, le chinois, l'arabe, le russe ou le javanais.
" Vous parlez français ? Qu'est-ce que ce dialecte malsonnant difficile à apprendre ? Do you speak english ? No, really ? I'm sorry ! Next, please. "
Ah ! le français d'Edmond Rostand, aaaaahhh !, bon sang !, ça vous fait frétiller les coronaires, ça vous fait chanter les artères, ça vous fait swinguer les ulcères !
Que pouvons-nous dire ici-bas de cette pièce culte ?
Drôle à crever, triste à périr ; c'est un saut, c'est un vol, c'est un jet,
Que dis-je, c'est un jet, c'est une catapulte !
Bon allez, rien que pour le plaisir de la redite,
C'est un top, c'est un hit, c'est un feu,
Que dis-je, c'est un feu, c'est une dynamite !
N'aurait-il fait que cela, l'ami Rostand, qu'il pouvait s'arrêter là, une légende était assurée.
J'évoquais plus haut Cervantès et Shakespeare et je souhaite m'en expliquer.
Indéniablement, il y a du Don Quichotte dans Cyrano, une chevalerie d'un autre temps, batailleur pour un rien et surtout si c'est inutile, pour les motifs les plus anodins qui égratignent ou qui heurtent son sens de l'honneur qu'on sait assez sensible à la moindre stimulation.
Le personnage ou le nom même de Don Quichotte est mentionné dans la pièce. (Acte I, Scène 7, Cyrano : J'ai dix coeurs ; j'ai vingt bras ; il ne peut me suffire de pourfendre des nains... Il me faut des géants ! et Acte II, Scène 7, de Guiche : Avez-vous lu Don Quichot ? Cyrano : Je l'ai lu.)
Il y a également dans son amour illimité, irréfléchi pour Roxane une bonne dose de celui de l'hidalgo pour sa Dulcinée du Toboso. Mais au lieu de le rendre grotesque comme son illustre père littéraire, Rostand le rend touchant, pathétique, mélancolique et ajoute au comique le tragique tel que sut le faire Lope de Vega, éveillant en nous un fort élan de compassion et de commisération.
Il y a aussi indubitablement des accents shakespeariens tels que la fameuse scène du balcon de l'acte III, qui évoque sans ambages Roméo et Juliette.
Bon, il va sans dire également que l'auteur emprunte probablement beaucoup, pour son Cyrano, au D'Artagnan d'Alexandre Dumas, pour forger un côté un peu plus pittoresque, mais aussi, peut-être, pour réactiver cette image de mousquetaire vaillant, très présente dans l'imaginaire d'alors. D'ailleurs, Dumas lui aussi comparait son héros à Don Quichotte.
Pourtant, on ne peut pas dire qu'Edmond Rostand n'emprunte également beaucoup aux textes mêmes du véritable Cyrano de Bergerac, je pense notamment à sa pièce le Pédant Joué, auquel on doit l'inspiration du nez (excusez-moi, c'était facile) qui précède en tous lieux d'un quart d'heure son propriétaire.
Rostand intitule sa pièce "comédie héroïque", j'écrirais plus volontiers tragi-comédie car constamment, derrière des bribes de comique, il y a de la douleur, du tragique, des souffrances pudiquement retenues qui évoquent en nous, lecteur ou spectateur, des larmes qui n'ont rien d'un rire. (On se souvient à ce propos que Pierre Corneille trouvait le terme tragi-comédie désuet et qu'il lui préféra, pour désigner ses propres tragi-comédies, une appellation de sa création, à savoir la comédie héroïque. Tout s'explique donc, sauf qu'à cette appellation, je trouve trop peu de résonance en moi ou de fallacieuses tandis que tragi-comédie, n'importe qui perçoit de quoi il s'agit.)
Cette pièce, vous le savez tous est une histoire d'amour, enrobée dans beaucoup d'autres choses, mais une histoire d'amour.
L'amour d'un homme qui porte une plaie béante, énorme, en plein milieu de la figure, comme un pied de nez à ses autres talents, immenses, mais qui lui interdit d'accéder à la félicité, être aimé par celle qu'il voudrait.
Cyrano est vibrant, touchant, de loyauté envers celui qui lui prête sa belle figure pour approcher sa belle cousine. le sens de l'honneur mis au plus haut degré, plus haut que tout, certains diraient, jusqu'à la bêtise, d'autres pensent que non, que c'est ça la grandeur, même si elle est terrifiante...
J'en ai assez dit, je pense, sur celle, cette oeuvre, que tout le monde connaît et que chacun adore ou chérit, à sa façon, en un coin de son coeur.
Non, encore un mot cependant. Ce Cyrano, si laid dehors, si beau dedans, touche à l'inconscient collectif, à la perception que l'on a communément de nous-même, cette impression, lorsque l'on aime, que si l'autre nous connaissait du dedans, il y verrait nos trésors qui palpitent, mais que malheureusement, notre enveloppe charnelle occulte.
Peut-être est-ce là, le vrai secret de Cyrano, de matérialiser, d'être le symbole de cette incompréhension du monde à notre charme et à notre beauté, qui sait ?
Il est des oeuvres nobles et par delà les modes et par delà les siècles, Cyrano de Bergerac, assurément figure parmi celles-là.
Plus rien, à présent, laissez-vous faire et venez croiser le fer avec ce héros au long nez rehaussé d'un plumet qu'on appelle...
... SON PANACHE.
Ah oui, j'oubliais... ceci n'est que mon avis, un amuse-bouche au moins aussi maigre que ceux qui remplissent l'estomac du héros de ce livre, autant dire, pas grand-chose, face à l'immensité, face à l'oeuvre, qui elle est consistante, qui elle nourrit pour des jours, pour des nuits, pour des décennies, ceux qui s'en repaissent goulûment et qui ont bien raison...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1678
Laurence64
30 octobre 2012
Sur une île déserte avec moi Cyrano
Saurait me rappeler que les mots furent beaux
Avant les SMS qu'on appelle texto
Et la médiocrité érigée en credo.
Oui, lire Cyrano c'est refuser le pot
De soupe moulinée pour deux milliards de sots
Qu'on nous prie d'avaler sans piper un seul mot.
C'est rêver, s'échapper et encore rêver
C'est tenir l'idéal, jamais l'abandonner
C'est courir dans les cieux, tempêter, exiger
Toujours mieux, toujours plus; croire et espérer.
C'est créditer l'esprit de qui semble si laid.
C'est de l'envol des mots être persuadé.
C'est abattre en douceur l'homme infatué
Dégonfler les baudruches, percer les vanités.
C'est aimer bien ou mal mais aimer sans compter
Tendre un fil entre deux fait de phrases celées.
C'est s'enchanter d'un trait, jouir d'un quolibet
Servi avec panache et quelqu'hilarité
C'est le rustre puissant qui se fait brocarder
C'est l'homme-éléphant qui va se faire aimer.
Cyrano c'est cela et aussi davantage.
C'est tellement pour moi bien qu'avancée en âge;
Comme à l'adolescence j'admire sans partage
Et je sers cet hommage proche du bredouillage.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1074
ninosairosse
19 mai 2017
J'ai troqué mes cliques et mes claques
Contre des cloques et des flaques
Un sac à dos pour oublier
Qu'avant c'est toi qui me pesais
Extrait chanson Vianney "Je m'en vais"
que je m'eusse permis de rajouter
Contre vents et marées, via Nez. Voilà le décor est planté, j'ai utilisé le Plus que Parfait, parce que Cyrano de Bergerac a, lui, décidé d'être admirable en tout et pour tout !
Une ballade se compose de trois couplets de huit vers,
Point ne t'inquiétasses, j'en écris qu'Un, je m'évapore, je m'éthTer
MI-NEZ mais NEZ c'est Cer-videz moi votre verre
Jusque là, j'eusse rempli à tous les Kritter
Bergerac, moulin à rimes, un vrai Don qui Choque
Cuculle par terre, vous décroche la lune, par les aimants rejoint le firmament
Mieux que tu valusses prendre tes clics plutôt que ses claques, qu'il te Pèrefourasse de son Estoc
Que j'eusse encore besoin de votre ....
Aide, mon Rostand. (Comme promis : TER)
Que Huit verres pour un si bon moment
Que dis-je , ... pour un vrai Monument :-)


+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          835
litolff
19 décembre 2012
Cyrano aime Roxane qui aime Christian qui aime Roxane : il y en a un de trop… oui mais à Cyrano il manque la beauté, à Christian il manque l'esprit : qu'à cela ne tienne, à eux deux ils ne formeront qu'un pour séduire et se faire aimer de Roxanne, Roxanne pour qui amour rime avec esprit et beauté.
Le panache, la grandeur, le désintéressement, la générosité, autant de vertus magnifiquement célébrées par les parfaits alexandrins de Rostand ; la quintessence de la comédie et de la tragédie réunies en un texte sublime et extraordinairement indémodable, capable de tirer autant de rires que de larmes, aux enfants comme à leurs grands-parents
Et je cite un adolescent sortant du théâtre où il était allé voir la pièce « ouais, ça déchire grave cette pièce : Cyrano, il a un texte trop cool ! »
Commenter  J’apprécie          810
cmpf
21 février 2015
Ah que la littérature peut parfois offrir de plaisir, je dirais même de bonheur !
Ce n'est pas ma première lecture de cette merveilleuse pièce d'Edmond Rostand mais j'en sors toujours bouleversée. Pièce qui commence en comédie et finit en tragédie.
Il y a bien sûr ces vers si beaux :
« Eh bien ! écrivons-la,
Cette lettre d'amour qu'en moi-même j'ai faite
Et refaite cent fois, de sorte qu'elle est prête,
Et que mettant mon âme à côté du papier,
Je n'ai tout simplement qu'à la recopier. »
Et tant d'autres qu'il faudrait pouvoir tout citer. Mais il y a aussi ce drame d'un homme sensible, déchiré par l'amour qu'il croit ne pouvoir mériter. Et qui plutôt que montrer sa faiblesse en rajoute dans la provocation, dans l'excès.
Le personnage de Raguenau aussi me touche, lui qui sait ses limites, mais essaie tout de même de tirer le plus grand plaisir de son amour des vers. Qui feint d'être dupe des poètes qu'il nourrit, afin de ne pas les froisser. Puis qui reste léger face à l'adversité.
Roxane, tellement aimée, mais qui ne sait qui elle aime réellement, flouée par le mensonge de Christian et Cyrano.
Il y a bien sûr d'autres thèmes comme la dénonciation de la réussite à tout prix, le ridicule de l'amour de Roxane basé non sur la sincérité des sentiments mais sur la seule qualité de leur expression pourtant c'est la solitude profonde de Cyrano, malgré ses amis, que je vois. Cyrano, privé depuis toujours d'amour «Ma mère ne m'a pas trouvé beau.», mais acceptant de s'effacer deux fois sans une plainte. Aurait-il su se laisser aimer ?
Combien conviendraient ces vers d'un autre poète :
" Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
" Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
" Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
" Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut ;
" Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. "
Critique faite dans le cadre du Challenge ABC 2014-2015
Et dans celui du Challenge 19ème siècle.
"
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          720
Citations & extraits (259) Voir plus Ajouter une citation
PasoaPasoa18 juillet 2017
CYRANO (est secoué d'un grand frisson et se lève brusquement)
- Pas là ! Non ! Pas dans ce fauteuil !
(On veut s'élancer vers lui).
Ne me soutenez pas ! Personne !
(il va s'adosser à l'arbre)
Rien que l'arbre !
Elle vient. Je me sens déjà botté de marbre,
Ganté de plomb !
(il se raidit)
Oh ! mais !... Puisqu'elle est en chemin,
Je l'attendrai debout ,
(Il tire l'épée)
et l'épée à la main !

LE BRET
- Cyrano !

ROXANE (défaillante).
- Cyrano !

(Tous reculent épouvantés)

CYRANO
- Je crois qu'elle regarde...
Qu'elle ose regarder mon nez, cette Camarde
(il lève son épée)
Que dites-vous ?... C'est inutile ?... Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non ! c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !
Qu'est-ce que c'est que tous ceux-là ? Vous êtes mille ?
Ah ! je vous reconnais , tous mes vieux ennemis !
Le Mensonge ?
(il frappe de son épée le vide)
Tiens, tiens ! Ah ! ha ! Les Compromis,
les Préjugés, les Lâchetés !...
(il frappe)
Que je pactise ?
Jamais, jamais ! Ah ! te voilà, toi, la Sottise !
Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas ;
N'importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !


Acte V, scène VI
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
PasoaPasoa18 juillet 2017
ROXANE
- Chacun de nous a sa blessure : j'ai la mienne.
Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,
(elle met la main sur sa poitrine).
Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant
Où l'on peut voir encor des larmes et du sang !

(Le crépuscule commence à venir).

CYRANO
- Sa lettre !... N'aviez-vous pas dit qu'un jour, peut-être,
Vous me la feriez lire ?

ROXANE
- Ah ! Vous voulez ?... Sa lettre ?

CYRANO
Oui... Je veux... Aujourd'hui...

ROXANE (lui donnant le sachet pendu à son cou).
- Tenez !

CYRANO (le prenant).
- Je peux ouvrir ?

ROXANE
- Ouvrez... Lisez !...
(elle revient à son métier, le replie, range ses laines).

CYRANO (lisant).
- Roxane, adieu, je vais mourir !...

ROXANE (s'arrêtant, étonnée).
- Tout haut ?

CYRANO (lisant).
- "C'est pour ce soir, je crois, ma bien-aimée !
J'ai l'âme lourde encor d'amour inexprimée,
Et je meurs ! jamais plus, jamais mes yeux grisés,
Mes regards dont c'était..."

ROXANE
- Comme vous la lisez,
Sa lettre !

CYRANO (continuant).
- "... dont c'était les frémissantes fêtes,
Ne baiseront au vol les gestes que vous faites ;
J'en revois un petit qui vous est familier
Pour toucher votre front, et je voudrais crier..."

ROXANE (troublée).
- Comme vous la lisez, - cette lettre !

(la nuit vient insensiblement)

CYRANO
- "Et je crie :
Adieu !..."

ROXANE
- Vous la lisez...

CYRANO
- "Ma chère, ma chérie,
Mon trésor..."

ROXANE (rêveuse).
- D'une voix...

CYRANO
- "Mon amour !..."

ROXANE
- D'une voix...
(elle tressaille).
Mais... que je n'entends pas pour la première fois !

(Elle s'approche tout doucement, sans qu'il s'en aperçoive, passe derrière le fauteuil, se penche sans bruit, regarde la lettre. - L'ombre augmente).

CYRANO
- "Mon coeur ne vous quittera jamais une seconde,
Et je suis et serai jusque dans l'autre monde
Celui qui vous aima sans mesure, celui..."

ROXANE (lui posant la main sur l'épaule).
- Comment pouvez-vous lire à présent ? Il fait nuit.

(Il tressaille,se retourne, la voit là tout près, fait un geste d'effroi, baisse la tête. Un long silence. Puis, dans l'ombre complètement venue, elle dit avec lenteur, joignant les mains :)

Et pendant quatorze ans, il a joué ce rôle
D'être le vieil ami qui vient pour être drôle !

CYRANO
- Roxane !

ROXANE
- C'était vous.

CYRANO
Non, non, Roxane, non !

ROXANE
- J'aurais dû deviner quand il disait mon nom !

CYRANO
- Non ! ce n'était pas moi !

ROXANE
- C'était vous !

CYRANO
- Je vous jure...

ROXANE
- J'aperçois toute la généreuse imposture :
Les lettres, c'était vous...

CYRANO
- Non !

ROXANE
- Les mots chers et fous,
C'était vous...

CYRANO
- Non !

ROXANE
- La voix dans la nuit, c'était vous !

CYRANO
- Je vous jure que non !

ROXANE
- L'âme, c'était la vôtre !

CYRANO
- Je ne vous aimais pas.

ROXANE
- Vous m'aimiez !

CYRANO (se débattant).
- C'était l'autre !

ROXANE
- Vous m'aimiez !

CYRANO (d'une voix qui faiblit)
- Non !

ROXANE
- Déjà vous le dites plus bas !

CYRANO
- Non, non, mon cher amour, je ne vous aimais pas !

ROXANE
- Ah ! que de choses qui sont mortes... qui sont nées !
Pourquoi vous être tu pendant quatorze années,
Puisque sur cette lettre où, lui, n'était pour rien,
Ces pleurs étaient de vous ?

CYRANO (lui tendant la lettre)
- Ce sang était le sien.

ROXANE
- Alors pourquoi laisser ce sublime silence
Se briser aujourd'hui ?

CYRANO
- Pourquoi ?...


Acte V, Scène V
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PasoaPasoa16 juillet 2017
CYRANO (avec un rire amer).
- Que j'aimasse ?...
(changeant de ton et gravement).
J'aime.

LE BRET
- Et peut-on savoir ? tu ne m'as jamais dit ?...

CYRANO
- Qui j'aime ?... Réfléchis, voyons. Il m'interdit
Le rêve d'être aimé même par une laide,
Ce nez qui d'un quart d'heure en tous lieux me précède :
Alors moi, j'aime qui ?... Mais cela va de soi !
J'aime - mais c'est forcé ! La plus belle qui soit !

LE BRET
- La plus belle ?...

CYRANO
- Tout simplement, qui soit au monde !
La plus brillante, la plus fine,
(avec accablement)
La plus blonde !

LE BRET
- Eh ! Mon Dieu, quelle est donc cette femme ?...

CYRANO
- Un danger
Mortel sans le vouloir, exquis sans y songer,
Un piège de nature, une rose muscade
Dans laquelle l'amour se tient en embuscade !
Qui connaît son sourire a connu le parfait.
Elle fait de la grâce avec rien, elle fait
Tenir tout le divin dans un geste quelconque,
Et tu ne saurais pas, Vénus, monter en conque,
Ni toi, Diane, marcher dans les grands bois fleuris,
Comme elle monte en chaise et marche dans Paris !...

LE BRET
- Sapristi ! Je comprends. C'est clair !

CYRANO
- C'est diaphane.

LE BRET
- Magdeleine Robin, ta cousine ?

CYRANO
- Oui, Roxane.

LE BRET
- Et bien ! Mais c'est au mieux ! Tu l'aimes ? Dis-le lui !
Tu t'es couvert de gloire à ses yeux aujourd'hui !

CYRANO
- Regarde-moi, mon cher, et dis quelle espérance
Pourrait bien me laisser cette protubérance !
Oh ! Je ne me fais pas d'illusion ! Parbleu,
Oui, quelquefois, je m'attendris, dans le soir bleu ;
J'entre en quelque jardin où l'heure se parfume ;
Avec mon pauvre grand diable de nez je hume
L'avril, - je suis des yeux, sous un rayon d'argent,
Au bras d'un cavalier, quelque femme, en songeant
Que pour marcher, à petits pas, dans de la lune,
Aussi moi j'aimerais au bras en avoir une,
Je m'exalte, j'oublie... et j'aperçois soudain
L'ombre de mon profil sur le mur du jardin !

LE BRET (ému)
- Mon ami !...

CYRANO
- Mon ami, j'ai de mauvaises heures !
De me sentir si laid, parfois, tout seul...


Acte I, Scène V

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          52
PasoaPasoa16 juillet 2017
LE VICOMTE
- Personne ? Attendez ! Je vais lui lancer un de ses traits !...

Il s'avance vers Cyrano qui l'observe, et se campant devant lui d'un air fat.

- Vous... Vous avez un nez... heu... un nez... très grand.

CYRANO, gravement.
- Très.

LE VICOMTE, riant.
- Ha !

CYRANO, imperturbable.
- C'est tout ?...

LE VICOMTE
- Mais...

CYRANO
- Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme...
En variant le ton, - par exemple , tenez :
Agressif : " Moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse !"
Amical : " Mais il doit tremper dans votre tasse !
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap !"
Descriptif : " C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ?... c'est une péninsule !"
Curieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?"
Truculent : "ça monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?"
Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !"
Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane !"
Pédant : "L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !"
Cavalier : "Quoi, l'ami, ce croc est à la mode ?
Pour prendre son chapeau, c'est vraiment très commode !"
Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !"
Dramatique : "C'est la Mer Rouge quand il saigne !"
Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne "
Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?"
Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ?"
Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue !"
Campagnard : "Hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain !
C'est queuqu' navet géant ou ben queuqu' melon nain !"
Militaire : "Pointez contre cavalerie !"
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !"
Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot :
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !"

- Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit :
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve

DE GUICHE, voulant emmener le vicomte pétrifié.
- Vicomte, laissez donc !

LE VICOMTE, suffoqué.
- Ces grands airs arrogants !
Un hobereau qui... qui... n'a même pas de gants !
Et qui sort sans rubans, sans bouffettes, sans ganses !

CYRANO
- Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances.
Je ne m'attife pas ainsi qu'un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encor de sommeil dans le coin de son œil
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d'indépendance et de franchise ;
Ce n'est pas une taille avantageuse, c'est
Mon âme que je cambre ainsi qu'en un corset,
Et tout couvert d'exploits qu'en rubans je m'attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu'une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.

LE VICOMTE
Mais, monsieur...

CYRANO
Je n'ai pas de gants ?... La belle affaire !
Il m'en restait un seul... d'une très vieille paire !
Lequel m'était d'ailleurs encore fort importun :
Je l'ai laissé dans la figure de quelqu'un.

LE VICOMTE
- Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule !

CYRANO, ôtant son chapeau et saluant comme si le vicomte venait de se présenter.
- Ah ?... Et moi, Cyrano-Savinien- Hercule de Bergerac.


Acte I, Scène IV
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
salecuyersalecuyer09 juillet 2017
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
Non, merci ! Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci ! Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
Non, merci ! D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh ! pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François » ?…
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Videos de Edmond Rostand (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Edmond Rostand
Diane de Margerie Passion de L'Enigme .Livre-télescope, voyage vers les origines, tourbillon des identités, cet autoportrait de Diane de Margerie est une de ses ?uvres les plus troublantes parce qu'elle éclaire à la fois sa vie intime et sa vie entièrement consacrée à la passion de la littérature. On la retrouve petite fille à Shanghaï et à Pékin, après avoir déjà vécu à Berlin, à Paris et à Londres, on la suit à Rome, à Chartres, au Japon, à Pékin où elle retourne trente ans plus tard : partout, elle nous fait partager le tracé de son regard sur le monde et sa quête de l'énigme se renouvelle sans cesse. Inlassable, fidèle à l'exactitude de l'enfance, elle guette les détails, les traces d'insectes, les tableaux, les objets, les visages autant que les textes majeurs de la littérature française, anglaise, italienne, japonaise. Elle revient sur le choix de ses premières lectures, sur sa fascination des énigmes, elle assiste à plusieurs procès aux Assises et à chaque fois, c'est le mystère des contradictions qu'elle interroge en tentant de saisir également ses propres ambivalences. Elle aime multiplier son regard et ses points de vue, elle observe le monde par la fenêtre ou se laisse envoûter par la terrasse du Temple du Ciel, au point de se faire construire une maison à son image en Italie du Sud, qui sera par la suite transformée et détruite, creusant en elle la place d'un lieu perdu à jamais. Cette grande plongée dans l'aventure de sa vie nous conduit donc au c?ur de sa famille, avec la grand-mère Henriette, la présence ambiguë de sa mère et bien sûr la figure centrale de son père, diplomate et neveu d'Edmond Rostand, qui restera pour elle l'énigme la plus insistante. Mais Diane de Margerie, grande lectrice de Proust et de James, nous invite aussi à entrer dans la matière de ses rêves, elle nous fait partager son amour de la nature mais surtout elle nous conduit au c?ur de la littérature, qu'elle place avant toute chose, ce pays dans lequel elle sent la possibilité d'une réconciliation entre les vivants et les morts, thème qui se faufile entre toutes les pages de ce livre inédit, ponctué de photos de famille, de fragments de tableaux, de dessins japonais, prolongeant ainsi la densité et le mystère de sa quête des origines.
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature dramatiqueVoir plus
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues romanes. Littéraure française>Littérature dramatique (842)
autres livres classés : théâtreVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

CYRANO DE BERGERAC (Rostand)

Quel est l'autre prénom de Cyrano?

Séraphin
Saturnin
Savinien

12 questions
530 lecteurs ont répondu
Thème : Cyrano de Bergerac de Edmond RostandCréer un quiz sur ce livre
. .