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EAN : 9782749163918
Éditeur : Le Cherche midi (09/01/2020)

Note moyenne : 3.39/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Quand il est élu maire du village qui l’a vu naître, dans les Ardennes, Paul jubile : il va consacrer sa vie aux autres.
À son troisième mandat, le « terrain » et un drame personnel l’ont usé. Sa vie bascule. Il est reconnu coupable d’un meurtre et condamné à vingt ans de prison ferme.
Comment a-t-il pu en arriver là ?
Sur le chemin qui le mène vers sa cellule, Paul se souvient, de son idéalisme avant la désillusion, d’une vie d’homme de plus en... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  29 mai 2020
Le maire, le journaliste et la vérité
Pour son second roman, Pascal Grégoire a choisi de se plonger dans le quotidien d'un maire d'une petite ville qui se retrouve devant une Cour d'assises. Un procès qui est aussi un cri d'alarme.
L'histoire de Paul Morand, maire d'une petite ville des Ardennes, est à la fois un hommage à tous ces édiles qui se donnent corps et âme pour leur commune et un cri de détresse face à l'immensité de la tâche en comparaison de moyens souvent dérisoires. Pascal Grégoire, par la magie de l'écriture, en fait un suspense qui ne peut laisser le lecteur indifférent. le récit débute avec le réquisitoire du procureur devant la Cour d'assises de Charleville-Mézières le 28 septembre 2016. En une phrase tout est dit, ou presque: «Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du tribunal, nous sommes ici aujourd'hui pour juger un homme, Paul Morand, maire de Lomieu, exerçant son troisième mandat, pour le meurtre de Jacques Gentil, journaliste à L'Ardennais républicain.» Et si le procureur entend juger l'acte et non l'homme, c'est bien la vie de ce maire qui est au coeur de ce roman auquel l'actualité – le rôle des maires dans la crise du coronavirus davantage que les élections municipales – donne encore davantage d'acuité.
Paul Morand a choisi de s'intéresser à la chose publique, a intégré Sciences-Po à Paris mais, plutôt que de poursuivre une carrière de haut-fonctionnaire en intégrant l'ENA, a choisi de s'engager sur un terrain qu'il connaît bien, celui de ses Ardennes natales. Pour un salaire de 454 € par mois, il est «plombier du quotidien» et «médecin des âmes». Comme le souligne son avocat «être maire aujourd'hui représente une charge très lourde. Faire plus avec moins d'argent, être aux avant-postes, appliquer des lois décidées à Paris, être confronté aux drames humains, à la misère aussi. Combien de maires aujourd'hui démissionnent? Combien sont harassés, premiers de cordée d'une société qui va mal, au bord de l'explosion?»
Au fil des ans, la chose s'est compliquée, la crise économique s'accompagnant de restrictions budgétaires là ou au contraire, il aura fallu davantage de crédits pour maintenir les services publics et pour une solidarité active. le point de bascule se situe peut-être le jour où, sans doute contre l'avis d'une bonne partie de la population, il a voulu accueillir des réfugiés, bouleversé par cette photo d'Aylan, cette petit Syrien de trois ans mort sur une plage de Turquie. La trentaine d'immigrés qui débarquent lui valent de solides inimitiés, à commencer par celle du journaliste local qui le surnomme «le Merkel des Ardennes».
Ce dernier va s'en donner à coeur-joie dans la surenchère et ne va pas rater une occasion pour dénigrer le maire, devenu son punching-ball. Une partie de football entre l'équipe du village et celle des réfugiés va dégénérer et s'en sera fini.
Dans sa cellule, devant le tribunal et dans le fourgon qui le ramène en prison, Paul a le temps de se remémorer sa vie et son action, mais aussi de faire la somme de ses désillusions. Il ne sera qu'à moitié surpris quand le jugement sera prononcé…
Ce qui fait tout l'intérêt du roman, c'est que Pascal Grégoire évite soigneusement l'écueil du manichéisme. Ni blanc, ni noir, c'est bien le roman du gris qu'il nous offre, de ces zones un peu floues où un mensonge pieux vaut mieux qu'un renoncement. Ce faisant, il montre avec éclat toute la fragilité d'un système et nous laisse réfléchir à ce que pourrait devenir une France dans laquelle les édiles renonceraient les uns après les autres à leur mission.

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mariech
  07 janvier 2020
Paul Morand est le maire d'un petit village des Ardennes françaises , brillant élève, il a choisi de revenir dans son village d'enfance et de se présenter aux élections .
C'est grâce à son jeune âge , à ses espoirs de changements qu'il va gagner la confiance des habitants et par la même occasion se faire un ennemi , le maire sortant .
Quelques décennies plus tard , le vent a tourné pour Paul M. , l'impensable est arrivé , il est soupçonné du meurtre de Paul Gentil ,le fils de son ennemi , l'ancien maire .
Chronique très juste de la vie d'un maire actuel , tous les problèmes rencontrés sont analysés , les migrants , le racisme mais également les pertes d'emploi , les petits magasins qui ferment , les habitants qui se sentent délaissés par les élus .
J'ai beaucoup moins aimé l'histoire de la rivalité , de la haine entre le maire et son ennemi , ces passages m'ont semblé peu nuancés .
Malgré tout , un beau portait de la vie d'un maire aujourd'hui , de ses nombreuses responsabilités.
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Waterlyly
  01 janvier 2020
Lomieu, petit village des Ardennes. Paul Morand, le maire en cours d'activité et exerçant son troisième mandat, se retrouve sur le banc des accusés. Il est effectivement présumé coupable du meurtre d'un journaliste, Jacques Gentil. Il va finalement être condamné à vingt ans de prison. Comment Paul, à qui tout semblait réussir, en est-il arrivé là ?
Voilà un très court roman qui peut parfaitement se lire d'une traite, mais qui n'en est pas moins dépourvu d'une grande densité et d'une grosse dimension psychologique. J'ai totalement accroché à l'histoire de ce maire et j'ai eu beaucoup de mal à lâcher ce livre.
Si le roman s'ouvre sur une scène au tribunal et sur la condamnation de Paul, le propos du récit ne va pas s'arrêter là. Pendant que Paul sera conduit dans un fourgon à la prison, il va égrener les souvenirs de ses trois mandats.
Le lecteur va tour à tour découvrir un Paul ambitieux, plein d'illusions, mais aussi sous pression intense et borderline. En plus des soucis qu'il a à gérer en tant que maire, il a des problèmes personnels avec sa femme. J'ai senti qu'à tout moment Paul pouvait perdre le contrôle.
L'auteur nous fait rentrer dans les coulisses de la gestion d'une mairie, et j'ai vite constaté que tout n'est pas si simple, comme il y paraît de prime abord. J'ai suivi avec intérêt toutes les décisions de la mairie, et j'ai trouvé très intéressant le procédé de flash-back qu'use Paul, pour ainsi, au fil de ses souvenirs, immerger le lecteur dans cette politique de mairie.
C'est Paul qui va porter le récit et il faut bien avouer que l'auteur a su le brosser à la perfection, le rendant profond, avec ses parts d'ombre, ses faiblesses et ses convictions. Ce n'est pas un personnage statique et l'on sent une réelle évolution au fur er à mesure des mandats qu'il exercera.
La plume est réellement addictive. le roman est très court, et j'avoue que les pages ont défilé pour ma part. Les petits chapitres apportent beaucoup de rythme, et j'ai apprécié l'usage de la première personne lorsque c'est Paul qui prend la parole.
Un roman qui explore les coulisses de la mairie d'un village de France, le tout servi par un personnage principal borderline et grâce auquel le lecteur suivra en filigrane les tenants et aboutissants du travail de maire. Une excellente découverte à lire d'une traite.
Lien : https://mavoixauchapitre.hom..
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AMR
  05 mai 2020
Merci à #NetGalley France et aux éditions Le Cherche Midi pour l'envoi de ce second roman de Pascal Grégoire, intitulé Monsieur le Maire.
La quatrième de couverture présente ce livre comme une critique du monde politique à la française, une illustration réaliste de l'histoire publique et individuelle, à la fois si ordinaire et essentielle de ces citoyennes et citoyens qui vouent leur vie à leur commune, au cours de mandats électifs.
Ayant moi-même une courte expérience d'un mandat de première adjointe au maire dans un tout petit village (moins de 200 habitants), certes plus petit que celui dont il est question ici (1 352 habitants), ces questions et problématiques m'interpelaient forcément.
Tout commence dans un tribunal ; le maire d'un village des Ardennes est jugé pour un homicide, condamné à de la prison ferme… Au cours de son transfert en fourgon cellulaire vers la prison, il se remémore son parcours et le tragique concours de circonstances qui l'ont entraîné jusque-là.
Lorsqu'il était revenu dans le village qui l'a vu naître et qu'il en était devenu maire, Paul Morand était rempli d'idéal et de bonne volonté, prêt à se donner sans compter auprès de ses administrés. Quinze ans et deux réélections plus tard, il est devenu un homme usé, désillusionné, fragilisé, épuisé physiquement et moralement par les difficultés multiples de ses mandats et un drame personnel.
Paul Grégoire s'est penché sur le quotidien des élus locaux, à la fois dans les infimes détails et anecdotes mais aussi en reprenant des exemples de sujets plus médiatisées comme le mariage pour tous, l'accueil des migrants ou des faits divers, tel ce commerçant qui abat un cambrioleur arabe… Certaines péripéties autour de marchés, de travaux, de voirie, etc… m'ont fait penser à des situations que j'ai moi-même connues.
J'ai été particulièrement sensible au côté tragique et fataliste de ce roman, touchée par cet homme toujours aux premières loges, « dindon de la farce républicaine », dont la colère et le ressentiment enfoui venait de si loin. Même si le récit commence par la fin, avec sa condamnation, il y a dans ses souvenirs une réelle montée en puissance servie avec talent par l'auteur.
Les personnages sont finement travaillés, avec un large spectre de nuances et de paradoxes… Seul le journaliste, catalyseur principal de la triste fin, car cause, moteur et conséquence de l'enchainement fatal, symbolise peut-être trop le méchant, le mauvais, une somme exponentielle de jalousie et de rancune…
Pascal Grégoire a dédié son livre à tous les maires de France, en hommage à leur dévouement face aux difficultés grandissantes de leurs tâches, en réaction aussi devant les nombreuses démissions.
Un roman humain, dérangeant, utile…
https://www.facebook.com/piratedespal/
https://www.instagram.com/la_pirate_des_pal/
#Monsieurlemaire #NetGalleyFrance
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Komboloi
  03 février 2020
En voilà un ouvrage qui entre en résonance avec l'actualité en pleine période de campagne pour les élections municipales.
Un maire est mis en accusation devant une cour d'assise et va se retrouver avec une peine de prison. Sur le chemin de la prison, il repense aux moment marquants de ses mandats de maire et aux évènements qui ont fait qu'il en est arrivé à cette situation.
Ce roman a le mérite de mettre en lumière les difficultés rencontrées par les maires de France. Ces élus sont en première ligne et doivent composer souvent avec peu de moyen. Ce livre montre l'impact parfois catastrophique de cette charge et de la pression sur les personnes, sur la vie familiale. Et lorsque d'autres problèmes surviennent, dans la vie quotidienne par exemple, cela devient vite explosif et ingérable.
Ce qui est un peu dommage avec ce roman c'est qu'il manquait parfois un peu de liant. Les chapitres sont à chaque fois consacrés à un évènement marquant et on passe parfois un peu du coq à l'âne. Conséquence : un rythme un peu haché, en dents de scie. Pourtant, l'auteur essaye de lier tout ça avec le retour systématique aux pensées du maire pendant son trajet vers la prison.
Pour autant, au-delà de ce point, on voit bien l'impact de la profession sur le personnage principal, on voit la descente aux enfers, on sent la catastrophe venir et on s'interroge sur tout ça. Quelques situations peuvent peut-être paraître un peu caricaturales (quoique...) et l'auteur passe un peu trop vite sur certaines, un point qui participe sûrement à cette mauvaise impression sur le rythme.
Un roman intéressant donc, très réaliste et qui braque le projecteur sur cette fonction exigeante et parfois bien peu valorisée alors qu'elle peut s'avérer destructrice. Dommage pour cette impression curieuse que m'ont laissé le style, l'écriture, la construction. Cela m'a donné l'impression de voir défiler une succession d'évènements sans trop de liant, en tout cas avec des transitions imparfaites. Je ne déconseille pas ce livre pour autant !
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   29 mai 2020
Le maire est en permanence face aux contradictions, aux complexités de sa tâche. En tant que maire, est-ce mieux d’éviter de passer pour un “facho” en faisant courir des risques à des personnes qui pourraient construire une maison dans une zone dangereuse, ou prendre le risque de la calomnie pour les protéger? Mon client préfère le courage, mon client préfère le sacrifice, et il préfère soutenir ses administrés, même s’ils ont commis un meurtre impardonnable. Oui, être maire aujourd’hui représente une charge très lourde. Faire plus avec moins d’argent, être aux avant-postes, appliquer des lois décidées à Paris, être confronté aux drames humains, à la misère aussi. Combien de maires aujourd’hui démissionnent? Combien sont harassés, premiers de cordée d’une société qui va mal, au bord de l’explosion? p. 22
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hcdahlemhcdahlem   29 mai 2020
INCIPIT
Le 28 septembre 2016
Cour d’assises de Charleville-Mézières
Reprise de l’audience – Réquisitoire
« Monsieur le président, mesdames et messieurs les membres du tribunal, nous sommes ici aujourd’hui pour juger un homme, Paul Morand, maire de Lomieu, exerçant son troisième mandat, pour le meurtre de Jacques Gentil, journaliste à L’Ardennais républicain. Je dis bien juger l’acte d’un homme. Car le tribunal n’est pas qualifié pour juger la vie d’un homme dans sa globalité. Nous laisserons cela à la conscience de Paul Morand, ou à d’autres instances dont les voies sont impénétrables.
Oui, je dois l’avouer, la vie de Paul Morand est une vie bien remplie. Une vie digne, que l’on pourrait dire exemplaire. Nous avons pu recomposer à travers les témoignages le parcours d’un homme engagé.
Originaire du village dont il est le maire depuis quinze ans, il a mené ses études avec beaucoup de brio et d’intelligence. Paul Morand est une parfaite illustration de notre modèle français. Venu d’un milieu modeste, avec un père imprimeur qui arrivait difficilement à joindre les deux bouts, il a profité de l’ascenseur social pour sortir de sa condition. Nous avons en face de nous un homme au profil plutôt flatteur au premier abord : un provincial qui, à la force du poignet, réussit à Paris en intégrant l’école de la République, Sciences-Po.
Alors que sa route est toute tracée – entrer à l’ENA, puis devenir haut fonctionnaire et faire partie du club très fermé de ceux qui dirigent la France –, il décide de revenir à Lomieu. Les motifs sont valeureux : faire profiter le monde rural de ses connaissances, et tenter de faire de la politique autrement, à hauteur d’hommes, a-t-on entendu.
À n’en pas douter, l’avocat de la défense, maître Chérain, nous racontera cette belle fable… Celle d’un homme qui veut dédier sa vie à ceux qui en ont le plus besoin. À nous, les ruraux, les humbles parmi les humbles. En bon public, messieurs et mesdames, vous pourriez vous faire berner par cette belle histoire, vous pourriez être en empathie avec monsieur le maire, et vous dire que, finalement, un homme comme celui-ci mérite le pardon de la République…
Mais vous l’avez vu et entendu : les choses sont bien plus complexes que cela.
La défense nous parle d’un accident. Un banal accident. Jacques Gentil et son client se seraient simplement disputés, et tout aurait mal tourné. Le journaliste serait tombé en reculant sur une machine offset et serait mort sur le coup. Une dispute, un malheureux concours de circonstances.
Insidieusement, pendant les auditions, maître Chérain a même accusé la victime de s’être elle-même rendue sur les lieux de l’accident, la soupçonnant de mauvaises intentions. Pour moi, nous sommes sur les lieux d’un crime. Car, de mon côté – et je vais vous le démontrer –, il s’agit bel et bien d’un crime, et en aucun cas d’une visite belliqueuse, tardive, agressive. Non, maître Chérain, vous n’arriverez pas à retourner la charge contre nous. Non, vous n’arriverez pas à créer le doute en invoquant qu’aucun témoin n’était là pour voir ce qui s’est réellement passé. Non, votre client n’est pas la victime, et cette demande de classer le dossier sans suite pour légitime défense est grotesque. La victime est au cimetière, et sa famille pleure sa disparition tous les jours. Vos insinuations sont irrespectueuses, infectes, indignes.
Revenons sur cette seconde, le 2 février 2016, où tout a basculé. Jacques Gentil a effectivement rendu visite à Paul Morand en fin de journée. Tout porte à croire qu’il avait des questions à poser au maire. Ses collègues nous ont clairement fait comprendre qu’il semblait travailler sur un dossier depuis de longs mois. Paul Morand a craqué. Il a en une seconde tué un homme, et détruit sa propre vie. Je vous l’accorde, en surface, Paul Morand, semble être un homme irréprochable… Mais beaucoup d’indices montrent qu’il a aussi de grandes zones d’ombre.
Combien de témoignages ici nous ont montré que cet homme pouvait avoir des accès de colère ? Ou, à l’inverse, des périodes entières où il ne décrochait ni un mot ni un sourire… Depuis sa troisième élection, obtenue à quelques voix près, il a repris la cigarette et a retrouvé le chemin du bar plus souvent qu’un maire devrait se l’autoriser. Bien sûr, nous ne sommes pas là pour juger la pensée politique de Paul Morand, mais laissez-moi vous rappeler que, depuis quelque temps, monsieur le maire a connu ce qui ressemble à un glissement vers les extrêmes. N’a-t-il pas, il y a deux ans, défendu un boulanger qui avait tué un cambrioleur arabe ? N’a-t-il pas, il y a quelques mois, refusé un permis de construire à un couple homosexuel ? Des failles, des abysses, creusaient et vivaient dans l’ombre de cet homme. Et que dire de cet épisode où il a décidé d’abattre à la tronçonneuse, pendant plusieurs heures d’affilée, tous les arbres de son jardin ? Il a alors expliqué que ces arbres lui gâchaient la vue…
Ma conviction, monsieur le président, mesdames et messieurs, est que Paul Morand a de la violence en lui ! Les différents incidents que je viens de vous présenter sont symptomatiques d’un homme qui a de la violence et même de la haine enfouies en lui.
Alors, sous la pression, sous beaucoup de pression, face à un de ses nombreux détracteurs, Paul Morand a craqué. Regardez d’ailleurs ce que nous dit le rapport du médecin légiste. La mort a été violente, les lésions sont nombreuses. Vous avez vu comme moi les images de la police technique et scientifique. Je vous l’affirme : Paul Morand ne s’est pas contenté de bousculer M. Gentil, il l’a poussé avec toute sa force, sa violence et sa haine, pour que cette machine puisse se transformer en arme mortelle.
Arrêtons-nous un instant sur la victime, si vous le permettez. Mais où vivons-nous donc ? Un journaliste a tous les droits en démocratie dans l’exercice de ses fonctions, et, monsieur le président, je vous demande de bien vouloir considérer qu’au-delà du meurtre nous sommes face à une affaire de censure. Une censure par mort donnée, par mort voulue. Les sanctions que je vais demander seront à la hauteur de ce terrible symbole : un élu de la République qui assassine la liberté d’expression.
Mesdames et messieurs, vous connaissez certainement l’ONG Reporters sans frontières qui, chaque année, publie un rapport sur l’état de la liberté de la presse dans le monde. Nous devons remercier Paul Morand, qui nous a fait gagner quelques places dans le classement des nations où les journalistes sont opprimés, persécutés et assassinés. Nous voilà maintenant aux côtés de pays tels que la Birmanie, l’Ouzbékistan ou le Qatar.
Mesdames et messieurs, vous avez face à vous un représentant du peuple qui doit être un exemple aux yeux de tous. Un maire, un député n’est pas au-dessus des lois ; bien au contraire, il est celui qui doit les promouvoir, les transmettre à ses électeurs, aux enfants de ses électeurs, comme un père irréprochable. Quelle honte ! Quelle tragédie ! En tant que procureur général, je vous demanderai la plus grande sévérité, car aujourd’hui nous ne jugeons pas un homme, mais un maire. Oh, je ne serais pas plus laxiste avec un assassin qui n’aurait aucun mandat, mais, croyez-moi, je n’y mettrais pas autant d’énergie, autant de passion républicaine.
Je vous ai parlé du beau modèle d’ascenseur social. Eh bien, j’en suis aussi un exemple. Et, à ce titre, l’exemplarité doit être le guide, la première forme de respect de cette merveilleuse République, que l’on soit un élu, un avocat, un juge, ou un citoyen tiré au sort pour juger un homme.
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ChristlbouquineChristlbouquine   09 février 2020
Oui, être maire aujourd’hui représente une charge très lourde. Faire plus avec moins d’argent, être aux avant-postes, appliquer des lois décidées à Paris, être confronté aux drames humains, à la misère aussi. Combien de maire aujourd’hui démissionnent ? Combien sont harassés, premiers de cordée d’une société qui va mal, au bord de l’explosion ?
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hcdahlemhcdahlem   29 mai 2020
Si nous avions vécu cette vie, si nous nous mettions quelques secondes seulement à la place de Paul Morand, n’aurions-nous pas parfois envie de nous défouler en coupant des arbres ? Serions-nous calmes face à un journaliste qui, comme un chien, vous mord au mollet en permanence ? Posez-vous la question, mesdames et messieurs. Êtes-vous sûrs que vous aussi vous n’auriez pas craqué ?
Cette fameuse seconde où tout bascule… Un mauvais geste peut-être, mais pas un crime.
Vous avez le pouvoir de juger de la vie d’un homme. En l’accusant, vous transformerez le maire en assassin, les journaux en feront leurs titres. En l’innocentant, vous rendrez justice à sa vie passée au service des autres. La zone de gris n’existe pas dans une cour d’assises, mesdames et messieurs. Je vous demande de choisir le blanc.
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dacotinedacotine   10 janvier 2020
Ce ne sont que les cache-misère de ton inaction et de ton ignorance.
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