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ISBN : 2253067083
Éditeur : Le Livre de Poche (01/06/1994)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 1062 notes)
Résumé :
Le prince Muichkine arrive à Saint-Pétersbourg. Idiot de naissance parce qu'incapable d'agir, il est infiniment bon. Projeté dans un monde cupide, arriviste et passionnel, il l'illumine de son regard. Par sa générosité, tel le Christ, Léon Nicolaïevitch révélera le meilleur enfoui en chacun. La trop belle Anastasia, achetée cent mille roubles, retrouve la pureté, Gania Yvolguine le sens de l'honneur, et le sanglant Rogojine goûte, un instant, la fraternité. Dostoïev... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
27 mars 2014
L'Idiot, l'une des quatre ou cinq oeuvres phares de Fiodor Dostoïevski, est un assez long roman, dans la veine russe du XIXème, c'est-à-dire avec un nombre assez important de personnages, plusieurs familles s'étageant des couches moyennes à hautes de la société (mais pas de la très haute aristocratie comme chez Tolstoï) avec différentes identités constitutives assez complexes et autour desquelles gravitent un certains nombres de satellites, tous plus ou moins intéressés (argent, mariage, élévation sociale, simple désir d'être "rincé" à l'oeil, etc.).
Le corps du roman prend racine à Pétersbourg ou dans sa proche banlieue bien que Moscou ou des pays étrangers soient mentionnés à différents endroits.
Le sujet du roman semble être l'effet produit par l'apparition dans cette société d'un homme radicalement différent, mû par son seul désir d'être agréable aux autres, toujours conciliant et bienveillant. Une telle attitude est perçue, au mieux comme de la naïveté, le plus souvent pour de la bêtise et parfois comme une pathologie.
Ce trait de caractère du personnage est d'ailleurs renforcé et rendu ambigu par l'épilepsie qui a nécessité plusieurs années de traitement au héros, le prince Muichkine, dans un établissement spécialisé.
Ainsi, ses prises de positions inattendues, sa mansuétude, sa bonhommie sont souvent mises au compte d'une déficience intellectuelle. Combinées à son humilité naturelle, cette disposition place systématiquement le prince en position d'infériorité vis-à-vis de ses interlocuteurs dans un premier temps.
Mais, le plus souvent, ses mêmes interlocuteurs, tentés de se mettre un peu dans la position d'un "dîner de cons" se retrouvent surpris du caractère pénétrant de ses réflexions et de sa subtilité et en ressentent un certain malaise, en comprenant qu'ils ont un peu été la dupe de la situation, ne sachant plus trop qui est le "con" du dîner.
Mais un roman russe du XIXème ne serait pas tout à fait un roman russe du XIXème sans d'inextricables histoires d'amour, dont une oeuvre comme Anna Karénine constitue l'un des fleurons du genre.
Notre bon prince va évidemment semer le trouble dans le coeur de ces dames, et même, de ces messieurs, qui à son contact vont parfois changer radicalement. La folie de différents personnages n'est jamais très, très loin non plus, ce qui ajoute au cocktail une touche déjantée.
C'est évidemment un très bon roman, mais je lui reproche tout de même des insertions longues et parfois ennuyeuses de personnages comme Hippolyte, jeune nihiliste, à l'article de la mort en raison d'une tuberculose, et Lebedev, un fonctionnaire rapace, entremetteur, fourbe et mielleux, qui, selon moi, n'apportent pas forcément un élan, une grandeur supplémentaire au roman, mais semblent avoir été des expédients pour Dostoïevski, lui permettant à la fois d'aborder quelques notions connexes, mais surtout, de faire des pages, lui qui publiait ses romans en feuilletons et qui avait un besoin vital de se les faire payer comme qui dirait " au poids ".
D'où mes 4 étoiles et non 5, ce qui est toujours éminemment discutable sachant bien sûr que cela ne veut absolument pas dire que je n'ai pas pris beaucoup de plaisir à sa lecture, et au fait, quel genre d'idiote suis-je pour donner des avis sur des oeuvres qui ont fait leurs preuves ?
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isajulia
09 juillet 2013
Encore novice en littérature russe, il était grand temps que je m'y mette. Souhaitant découvrir Dostoïevski depuis un moment, c'est sur l'Idiot que mon choix s'est arrêté, je ne le regrette pas d'ailleurs.
L'histoire est celle du prince Muichkine, épileptique, qui après avoir passé une grande partie de sa vie en Suisse pour recevoir les soins adéquats à sa maladie, revient à Saint-Pétersbourg pour retrouver une de ses parentes éloignées, Elisabeth Prokofievna( la générale Epantchine). Grâce à son titre et cette parenté avec la générale, notre bon prince va accumuler les rencontres avec des personnages hauts en couleurs. Son immersion dans une société calculatrice et corrompue va entraîner cette âme pure vouée à faire le bien dans une spirale d'intrigues superficielles qui placeront le prince en position d'idiot, car lucide dans son analyse des choses et des gens qui l'entourent. Débordant de simplicité et de gentillesse, Muichkine va vite devenir l'agneau dans la meute de loups...
Magnifique, grandiose, phénoménal, ce roman ne m'a pas laissée indifférente, j'ai presque honte d'avoir fait un court résumé car cette oeuvre ne se lit pas, elle se vit page à page. Grâce à ses nombreux personnages,tous pourvus de caractères bien distinct, le récit offre un portrait intéressant de la société russe du XIXème siècle. le prince, catapulté au milieu de ces gens prêts à tout fait un peu office de ver dans la pomme, chamboulant les conventions, disant tout haut ce qu'il ne faudrait pas mentionner. Malgré tout, le prince n'est pas si idiot que ça, je l'ai trouvé irradiant de beauté, comme un ange descendu du ciel pour accomplir une mission, finissant par forcer l'admiration des hommes et la passion chez les femmes. Ce livre est fort, malgré son nombre conséquent de pages (900), il nous entraîne dans les abîmes de la folie humaine au fur et à mesure des événements. Tout comme son héros, Dostoïevski "sait raconter" et nous offre une intrigue vivante et haletante avec une fin magistrale à couper le souffle. J'ai adoré et je dirait aux lecteurs qui souhaitent découvrir l'Idiot de ne pas se laisser décourager par la taille du livre et certains passages relativement longs, il faut le lire avec le coeur, prendre le temps de le ressentir, il en vaut la peine!
A lire !
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noor
20 septembre 2013
Je pense que j'aurais pu beaucoup aimer ce livre s'il ne m'avait pas fallu 460 pages pour comprendre que la dizaine de personnages principaux portaient chacun trois noms de famille, un diminutif et un surnom.
(Je me disais bien que çà faisait beaucoup de personnages principaux..)
Le prince Mychkine et Nastassia Filippovna sont des personnages à la psychologie riche et attachante, et je ne voulais pas en rester là.
Après avoir baissé les bras une première fois, pour un motif aussi ridicule, je décidai de prendre mon courage à deux mains et de retenter l'expérience.
Afin de remettre mes idées au clair et de repartir sur de bonnes bases, j'eus la lumineuse idée de lire l'article concernant le roman sur Wikipedia, dont le résumé de l'histoire... jusqu'à ce que j'apprenne la fin.
Pour mon baptême de littérature russe, je crois que j'aurais pas pu faire un meilleur choix.
L'Idiot , par une idiote.
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Eve-Yeshe
01 février 2017
C'est très difficile de parler d'un tel roman car sa puissance perturbe le lecteur en profondeur.
Dostoïevski a choisi comme héros le prince Muichkine (ou Mychkine, ce « i » dur, presque nasalisé, n'existe pas dans notre alphabet) atteint d'épilepsie, maladie qu'il connaît bien car il en est atteint lui-même. Ce prince est considéré comme un idiot car la maladie l'a obligé à être soigné en Suisse. Il semblait en être guéri au retour.
Idiot au sens de naïf : le prince dit ce qu'il pense, sans enrober les choses derrière le langage civilisé et hypocrite qui sied en pareil cas. C'est un être d'une grande sensibilité, perdu dans cette société de petits nobliaux, généraux plus ou moins avines, ou autres croquants en tous genre. Tel un enfant, il parle sans les filtres qu'imposent l'éducation, la bienséance…
Dostoïevski nous livre une belle description de la société de l'époque, entre Saint-Pétersbourg, les maisons de campagne, l'importance du paraître, où chacun intrigue, pour berner l'autre, accéder à une meilleure situation, un meilleur mariage…
La psychologie des personnages a été bien étudiée, qu'il s'agisse du héros, des autres familles qui sont bien typées, parfois caricaturales, des généraux de l'époque, de la place des femmes dans la société, sans oublier la misère et la maladie, la religion…
L'auteur n'hésite pas à s'en prendre à la politique de l'époque (il a été lui-même emprisonné), les mouvements de contestation qui émergent. Il porte une réflexion sur l'amour : le prince ne sait pas qui il aime réellement : Nastassia ou Aglaé, et est-il amoureux d'ailleurs, dans le sens où on l'entend habituellement?
La notion du bien et du mal : le prince incarnant le bien, une figure presque christique en opposition avec Rogojine, le mal incarné intrigant, voulant à tout prix épouser Nastassia Philippovna comme un trophée de chasse.
L'écriture est très rythmée, l'intrigue centrée sur une période relativement courte, l'atmosphère particulière, la psychologie des personnages nécessite une vigilance particulière si l'on ne veut pas se perdre dans le récit.
Dostoïevski est un auteur exigeant, il faut vraiment s'immerger dans le roman qui compte près de mille pages, on ne peut se contenter de survoler, ou de lire seulement des extraits. Il a rédigé plusieurs moutures de « L'idiot », les a détruites et à la fin, il estimait n'avoir transcrit qu'un dixième de ce qu'il aurait voulu dire. le roman est publié en feuilleton en 1869.
Je l'ai beaucoup aimé et j'en suis sortie un peu sonnée ; j'ai lu deux autres livres avant de pouvoir rédiger ma critique, car j'avais trop de choses à dire, et d'ailleurs elle ne me satisfait toujours pas.
Challenge XIXe siècle
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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PhilippeCastellain
06 février 2017
On connaît la formule : « Dostoïevski voulait représenter un être parfaitement bon. Par dérision, il en fit un idiot. » Est-ce vraiment par dérision ? Et qu'entendait-il par ce mot « idiot » ? le prince Mychkine est un être simple, qui ne comprend rien aux conventions sociales ; il ne comprend que les êtres humains et ce qui est bien. Et c'est pour cela que Dostoïevski lui décerne ce titre amer.
A bien des égards il me rappelle Saint François d'Assise, le Povorello, parlant aux oiseaux et citant devant le pape la sagesse des alouettes. Son amitié avec Rogojine ne rappelle-t-elle pas le loup de Gubbio apprivoisé par la simple douceur ?
Mais il n'y aura pas de miracle. La bonté du prince restera impuissante ; son sacrifice ne suffira pas à racheter Nastassia Philipovna. Rendu à la sauvagerie, Rogojine la tuera. Et Aglaé, la seule qui était en mesure de comprendre vraiment le prince, ne deviendra pas Sainte Claire d'Assise mais préférera ruiner consciemment sa propre vie. La figure christique du prince n'est pas aux prises avec un monde mauvais, mais en proie à l'autodestruction. C'est un monde qui refuse d'être sauvé. Un monde qui refuse la venue du Christ, et veut mourir avec son péché originel.
Grâce à la critique d'Yves, j'ai appris que Dostoïevski s'inspira du tableau de Holbein du Christ mort. Peint d'après le cadavre d'un juif retrouvé noyé, il rompait radicalement avec toutes les traditions et le style de l'époque. Ce n'était pas le fils de Dieu dans sa gloire qui était peint, mais un simple cadavre. « Un tel tableau peut faire perdre la foi », déclara-t-il en le découvrant.
On explique généralement cette phrase par la découverte brutale de l'athéisme et du néant – ou de leur peur – qui s'expriment avec une incroyable force sur ces planches de tilleul. Il n'y a pas de Dieu, pas de sauveur, pas de salut, pas d'amour, pas de pardon. Rien. Mais il me semble qu'un tel esprit, ayant fréquenté les révolutionnaires et les bagnards, avait déjà dû être confronté à ces questions.
Contrairement à la plupart des représentations, le corps est seul. Il n'y a ni ange ni disciple. Tous se sont détourné de lui, l'ont abandonné. Et si le monde refuse d'être sauvé ? Alors le sacrifice du Christ est inutile...
Kurozawa en tira un film en noir et blanc de deux heures et demie qui compte parmi les monuments du cinéma, et parmi mes films préférés. Pour plus de cohérence avec le livre, il le plaça dans l'Hokaido, l'île du nord du Japon, au climat froid. C'est une oeuvre monumentale et magnifique, peut-être le summum de l'art de Kurozawa. Et, mais c'est une impression très personnelle, il m'a toujours semblé que s'y exprimait un terrible et violent rejet de la société japonaise traditionnelle...
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Citations & extraits (131) Voir plus Ajouter une citation
Melpomene125Melpomene12520 mai 2017
Mais cette fureur même l'avait aveuglé; autrement il eût remarqué depuis longtemps que cet "idiot" qu'il traitait de la sorte savait parfois tout comprendre un peu trop vite et avec trop de finesse et relater parfaitement bien. Mais, tout à coup, il se produisit quelque chose d'inattendu.
- Je dois vous faire remarquer, Gabriel Ardalionovitch, dit soudain le prince, qu'autrefois j'ai en effet été malade au point d'être presque un idiot, mais il y a longtemps que je suis guéri et il m'est assez désagréable de m'entendre traiter d'idiot.
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PiertyMPiertyM28 janvier 2015
Les gens prêts à renseigner sur toute chose se rencontrent parfois, voire assez fréquemment, dans une certaine classe de la société. Ils savent tout, parce qu’ils concentrent dans une seule direction les facultés inquisitoriales de leur esprit. Cette habitude est naturellement la conséquence d’une absence d’intérêts vitaux plus importants, comme dirait un penseur contemporain. Du reste, en les qualifiant d’omniscients, on sous-entend que le domaine de leur science est assez limité. Ils vous diront par exemple qu’un tel sert à tel endroit, qu’il a pour amis tels et tels ; que sa fortune est de tant. Ils vous citeront la province dont ce personnage a été gouverneur, la femme qu’il a épousée, le montant de la dot qu’elle lui a apportée, ses liens de parenté, et toute sorte de renseignements du même acabit. La plupart du temps ces « je sais tout » vont les coudes percés et touchent des appointements de dix-sept roubles par mois. Ceux dont ils connaissent si bien les tenants sont loin de se douter des mobiles d’une pareille curiosité. Pourtant, bien des gens de cette espèce se procurent une véritable puissance en acquérant un savoir qui équivaut à une véritable science et que leur fierté élève au rang d’une satisfaction esthétique D’ailleurs cette science a ses attraits.
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Nastasia-BNastasia-B11 septembre 2012
- À l'eau ou sous le couteau ! dit-il enfin. Hé ! C'est justement pour ça qu'elle m'épouse, parce qu'elle s'attend sûrement au couteau ! Est-il vraiment possible, prince, que jusqu'à présent tu ne te sois pas aperçu de ce dont il s'agit ?
- Je ne te comprends pas.
Après tout, peut-être ne comprend-il vraiment pas, ha, ha ! On dit bien de toi que tu es un peu... Elle en aime un autre... c'est cela que tu dois comprendre ! Exactement comme je l'aime, moi, elle en aime un autre. Et sais-tu qui il est, cet autre ? C'est toi ! Quoi, tu ne le savais pas, peut-être ?
- Moi !
- Toi ! Elle t'a aimé dès ce jour-là, tu sais, le jour de sa fête. Seulement elle pense qu'il lui est impossible de t'épouser, parce qu'elle a peur de te déshonorer et de briser toute ta vie. "On sait qui je suis". Jusqu'à présent elle ne cesse de l'affirmer. Elle m'a dit tout cela carrément, en face. Elle craint de te perdre et de te déshonorer ; quant à moi, cela veut dire que ça ne fait rien, on peut m'épouser ; voilà en quelle estime elle me tient, remarque ça aussi !
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cmpfcmpf06 février 2015
– Je sais parfaitement, dit le prince, que les crimes étaient autrefois tout aussi nombreux et tout aussi effroyables. J’ai visité des prisons, il n’y a pas longtemps, et j’ai eu l’occasion de faire la connaissance de quelques condamnés et inculpés. Il y a même des criminels plus monstrueux que ceux dont nous avons parlé. Il y en a qui, ayant tué une dizaine de personnes, ne ressentent pas l’ombre d’un remords. Mais voici ce que j’ai observé : le scélérat le plus endurci et le plus dénué de remords se sent cependant criminel, c’est-à-dire que, dans sa conscience, il se rend compte qu’il a mal agi, bien qu’il n’éprouve aucun repentir. Et c’était le cas de tous ces prisonniers. Mais les criminels dont parle Eugène Pavlovitch ne veulent même plus se considérer comme tels ; dans leur for intérieur, ils estiment qu’ils ont eu le droit pour eux et qu’ils ont bien agi ou peu s’en faut. Il y a là, à mon sens, une terrible différence. Et remarquez que ce sont tous des jeunes gens, c’est-à-dire que leur âge est celui où l’homme est le plus désarmé contre l’influence des idées démoralisantes.
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NMTBNMTB16 mars 2017
Le Russe passe très facilement à l’athéisme, plus facilement que n’importe quel autre peuple du monde. Et nos compatriotes ne deviennent pas simplement athées, ils ont foi dans l’athéisme, comme si c’était une nouvelle religion ; ils ne s’aperçoivent pas que c’est dans le néant qu’ils placent leur foi. Tant nous avons soif de croire ! « Celui qui n’a pas le sol sous ses pieds n’a pas non plus de Dieu. » Cette pensée n’est pas de moi. Elle m’a été exprimée par un marchand qui était vieux-croyant et que j’ai rencontré en voyage. À la vérité il ne s’est pas exprimé ainsi ; il a dit : « Celui qui a renié sa patrie, celui-là a aussi renié son Dieu ! » Songez donc qu’il s’est trouvé en Russie des hommes de haute culture pour entrer dans la secte des khlystes... Au fond je me demande en quoi les khlystes sont pires que les nihilistes, les jésuites, les athées ? Peut-être même leur doctrine est-elle plus profonde. Mais voilà à quoi aboutit l’angoisse de l’âme !... Montrez aux compagnons assoiffés et enflammés de Colomb les rives du « Nouveau Monde » ; découvrez à l’homme russe le « Monde » russe ; permettez-lui de trouver cet or, ce trésor que la terre dissimule à ses yeux ! Faites-lui voir la rénovation future de toute humanité et sa résurrection, qui peut-être ne lui viendra que de la pensée russe, du Dieu russe et du Christ russe. Et vous verrez quel géant puissant et juste, sage et doux, se dressera devant le monde stupéfait et terrifié ; car ils n’attendent de nous que le glaive, le glaive et la violence, et, en jugeant d’après eux-mêmes, ils ne peuvent se représenter notre puissance sous d’autres dehors que ceux de la barbarie. Il en a toujours été ainsi jusqu’à présent et ce préjugé ne fera que croître à l’avenir. Et...
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