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ISBN : 207283645X
Éditeur : Gallimard (03/01/2019)

Note moyenne : 4.24/5 (sur 1560 notes)
Résumé :
Pour retrouver l'homme qu'elle aime, un écrivain maudit, Marguerite accepte de livrer son âme au diable. Version contemporaine du mythe de Faust, transposé à Moscou dans les années 1930, Le Maître et Marguerite est aussi une des histoires d'amour les plus émouvantes jamais écrites. Mikhaïl Boulgakov a travaillé à son roman durant douze ans, en pleine dictature stalinienne, conscient qu'il n'aurait aucune chance de le voir paraître de son vivant. Écrit pour la libert... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (160) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  08 décembre 2014
Ça vous dirait d'être conviés à un bal avec Staline ? Sans quoi, n'hésitez pas, Mikhaïl Boulgakov a un petit carton d'invitation à vous donner. Cela s'appelle le Maître Et Marguerite. C'est plaisant à lire, tonique, fantasque et dépaysant.
L'auteur, aux prises avec l'atrocité de la dictature stalinienne, persécuté dans sa propre vie, muselé professionnellement et intellectuellement a essayé, via ce roman, à faire passer en fraude un s.o.s., à glisser un message dans une bouteille... Car comment critiquer ce régime de barbarie et de dénonciation sans tomber sous le joug des autorités ?
C'est le tour de force qu'a réalisé Mikhaïl Boulgakov en imaginant une histoire fantastique, pleine de diables loufoques et de suppôts de Satan risibles mais où, à chaque coin de page, on lit en transparence une critique du système qui sévissait à l'époque.
Alternant des situations quasi burlesques, des scènes de simili science-fiction kafkaïennes, des tableaux tragico-fantastiques, des moments pseudo-mystiques et de nombreux appels du pieds à la tradition démoniaque judéo-chrétienne, Boulgakov parvient à s'évader du réel pour embarquer le lecteur dans son univers à la fois déprimant et gorgé d'espoir (quand le présent est désespérant, l'imaginaire et l'espoir surnaturel sont le seul refuge de l'écrivain persécuté).
Vous aurez compris qu'il est difficile de lire ce roman sans rien connaître des éléments biographiques de l'auteur et des conditions de sa gestation et pourtant, pourtant, si l'on choisit de se laisser bercer par les seules forces de l'imaginaire, il y a moyen de trouver également beaucoup de plaisir à sa lecture sans forcément s'encombrer de trop de sens politique ou autobiographique.
L'ouvrage est d'une construction assez bizarre mais fort maîtrisée où rien n'est laissé au hasard et où les destins des différents protagonistes se croisent et s'enchevêtrent pour former une trame insolite où les méchants ne font pas peur et les gentils ne sont pas si gentils que cela. On y rencontre, dans une sorte de mascarade vénitienne, une foule de personnages dont fatalement, le maître, mais aussi un chat, un géant, des êtres avec ou sans tête, Ponce Pilate, — le Diable en personne — et, bien entendu, une certaine Marguerite...
Mais je m'en voudrais de vous en dire beaucoup plus. Laissez-vous embarqué dans ce " pays des merveilles " pour adulte et un tantinet cauchemardesque. Évidemment, comme tout écrit très typé, il ne peut pas plaire à tout le monde. Certains le trouveront génial, d'autres s'y ennuieront et certains encore trouveront que cela n'a ni queue ni tête. Personnellement, j'ai bien aimé sans toutefois adorer, mais, bien entendu, ce n'est là que mon petit diable d'avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
N. B. : Gros bémol concernant l'édition Pocket, que je qualifierais d'assez mauvaise pour trois raisons : 1°) nombreuses coquilles, 2°) notes souvent utiles mais qui dévoilent des pans à venir de l'histoire (notamment au début) en les déflorant fatalement un peu au moment où on les rencontre dans la lecture, 3°) reliure de très mauvaise qualité où les pages prennent rapidement la poudre d'escampette. Donc, si vous avez l'occasion, essayez une autre édition.
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Woland
  15 janvier 2009
Titre original : Мастер и Маргарита
Traduction : Claude Ligny
"Le Maître et Marguerite", que Mikhaïl Boulgakov commença à rédiger en 1928, sous le titre de "Le Sabot de l'Ingénieur", ne devait être publié pour la première fois qu'en 1966. Pourtant, cette oeuvre, achevée le 13 février 1940, un peu plus de trois semaines avant le décès de son auteur, est assurément l'un des "romans-phares" de la littérature russe du XXème siècle et c'est elle qui contient, entre autres phrases inoubliables, le fameux "Les manuscrits ne brûlent pas !" que l'on peut considérer comme un symbole de la victoire de la liberté de penser face à l'acharnement totalitaire.
Résumer l'intrigue de ce roman onirique et fiévreux, cynique autant que merveilleux, est chose trop réductrice pour que je m'y essaie. Disons essentiellement qu'il fait alterner deux actions, l'une moderne et qui se déroule dans le Moscou de l'ère stalinienne, l'autre "antique" et ayant pour cadre la Judée pré-chrétienne qu'Hadrien n'a pas encore rebaptisée Palestine.
La deuxième intrigue est la vision gnostique de la rencontre de Jésus de Nazareth, appelé Yeshoua Ha-Nozri par Boulgakov, avec Ponce Pilate, procurateur romain de la région, et aussi de son supplice - Boulgakov délaisse la crucifixion traditionnelle pour le pilori - sur le Mont Chauve - ou Mont du Crâne-Golgotha. Yeshoua y apparaît comme un illuminé mais au sens bouddhique du terme, un homme paisible et doux, capable de deceler la Bonté dans le coeur du plus cruel des centurions et suivi depuis le début de ses errances par un certain Matthieu Lévy qui, selon Yeshoua lui-même, déforme pour les recopier les propos qu'il tient[/b]. Juda de Kairoth et Caïphe, le Grand Prêtre du Sanhedrin, sont évidemment de la partie avec un Bar-rabbas qui ne fait que croiser bien fugitivement celui qui deviendra le Christ.
Comme Boulgakov aurait pu éviter d'accepter l'aide que lui fournit Staline pour survivre à l'interdiction de ses oeuvres au début des années 30 , Pilate aurait pu sauver Yeshoua. Mais si l'un n'eut pas le courage d'affronter le goulag ou le procès après tortures si chers au successeur de Lénine, le second, dans un instant de faiblesse, préféra préserver sa carrière en laissant supprimer la vie d'un innocent.
Pour Boulgakov, le prix à payer sera une existence désormais hantée par la conscience de sa veulerie et l'avortement systématique de tous ses essais de publication. En silence cependant, en cachette aussi, inlassablement, il reprend et remanie ce qu'il nomme son "manuscrit sur le Diable" - on ne comptera pas moins de cinq remaniements en douze ans. Tourmenté par ses angoisses, et aussi par un corps qui, peu à peu, l'abandonne, l'écrivain gribouille dès 1931, au bas d'un extrait que vous pourrez lire dans l'édition POCKET du "Maître et Marguerite", ces mots qui émeuvent encore singulièrement le lecteur par delà les années : "Seigneur, aide-moi à terminer mon roman."
Pour le Pilate qu'il recrée, Boulgakov façonne un châtiment qui perdure au-dela les siècles, une espèce de Purgatoire hors du temps où le puissant fonctionnaire romain, "qu'il fasse sombre ou que luise la lune", ne peut connaître la paix bien qu'il soit mort depuis près de deux mille ans. Invariablement, Pilate rêve qu'il annonce au peuple juif sa décision de laisser la vie sauve à Yeshoua. Invariablement, il se réveille et se rend compte que Yeshoua est mort et que lui, Pilate, n'a pas reçu son pardon.
Et, inlassablement, ce fantôme pose et repose cette question qui dut bien souvent torturer Boulgakov :"La Lâcheté n'est-elle pas le plus grand crime qui soit ?"
A la fin du roman, bien sûr, Pilate sera enfin libéré et, dans une très belle image onirique, rejoindra Yeshoua sur un rayon de lune et s'en ira avec lui vers l'Eternité.
Entretemps, l'intrigue moderne aura laissé le champ libre à un Satan là encore plus proche de l'interprétation gnostique que de l'interprétation traditionnelle, et à qui Boulgakov a donné le nom de Woland.
L'accompagnent et le servent trois démons familiers, l'inénarrable Koroviev, Azazello le courtaud aux vilains crocs jaunes qui nasille sur tous les tons, et le non moins extraordinaire Béhémoth, lequel se présente sous l'aspect d'un énorme chat noir capable de s'habiller comme un homme et de jouer aux échecs.
Les trois compères s'en donnent à coeur joie dans un Moscou diurne et surtout nocturne, règlent au passage les comptes de l'écrivain Boulgakov avec les critiques stalinistes, causent mille et un accidents, acculent plusieurs malheureux à l'asile psychiatrique, décapitent un homme, en poignardent un autre, tranchent, taillent, tourbillonnent ... démontent en un mot l'implacable machine totalitaire avec une vigueur en effet démoniaque et ce sens de l'humour propre à l'âme slave.
Au coeur du cyclone diabolique, le Maître, écrivain enfermé parmi les fous après la dénonciation d'un voisin désireux d'accaparer son appartement (les appartements, la convoitise qu'ils inspirent aux pauvres Moscovites obligés de se contenter des "maisons communautaires", les déboires que Boulgakov lui-même connut avec le sien occupent dans le livre une place bien révélatrice du mode de vie imposé à la majorité par le régime bolchevique) et son hégérie, Marguerite, qui quitte tout pour le rejoindre et le suivre au-delà la Mort. Un couple d'amoureux, par conséquent, où la femme prédomine - elle prend l'initiative de suivre les directives de Woland et d'assister au Grand Bal donné par Satan - mais où c'est elle également qui se montre la plus accessible à la pitié.
Ce livre fascinant, qui n'est pas sans rappeler parfois les meilleurs moments du nonsense d'un Lewis Carroll et qui mêle avec génie le fantastique, la poésie, la religion, l'histoire et la philosophie, est irracontable. Il faut donc le lire et ne pas hésiter à le placer bien haut dans votre Panthéon livresque car, né de la souffrance et de la révolte d'un homme qui désespérait d'écrire, il nous prouve avec panache que, quelque sombres que puissent être les tourmentes de l'Histoire, le Génie survit toujours à leurs ténèbres.
Lisez Boulgakov ! Jamais vous ne regretterez d'avoir fait sa connaissance ... ;o)
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Gwen21
  16 juin 2017
S'il existe des livres qui donnent l'impression de ressembler à beaucoup d'autres, il en existe aussi, plus rares, qui donnent celle de ne ressembler à aucun autre. de ce fait en découle naturellement un autre : les premiers ne laisseront guère de traces dans notre mémoire quand les seconds la marqueront durablement. Vous l'aurez compris, "Le Maître et Marguerite", le grande roman de Boulgakov, fait partie de ces derniers.
Depuis des années, ce grand classique du XXème siècle me faisait de l'oeil sur l'étagère et le chat noir de la couverture m'intriguait. Désormais, je connais bien ce chat et je comprend pourquoi ce roman a toute sa place parmi les grands classiques de la littérature. Assez inclassable, le récit oscille entre fiction et satire, oeuvre fantastique et roman social ; très vite le lecteur comprend qu'il doit lire entre les lignes pour une meilleure compréhension et appréciation de l'oeuvre.
Avant toute chose, je conseille au lecteur de prendre connaissance du contexte politique et social qui fut celui de son auteur, un écrivain courageux et rebelle, chez qui on perçoit une invincible volonté de témoigner de son temps, le soviétisme.
Je ne dirai rien de la trame du roman ; d'abord cela me semble impossible, ensuite sans intérêt. Découvrir Boulgakov et son chef-d'oeuvre, c'est s'y plonger et le vivre, il fait partie de ces expériences qui ne s'expliquent pas mais se ressentent. La marque du grand art.
Pour ma part, j'ai été fascinée par ce livre et par la construction narrative faussement éparpillée et véritablement maîtrisée. Tous les personnages sont les maillons d'une chaîne qui se constitue au fil des pages, par un effet "écroulement de dominos" où chaque nouveau protagoniste chasse le précédent mais pour l'inscrire dans un tout cohérent. Une grande originalité ressort de l'écriture, ainsi qu'une forme de cynisme non dénué d'humour, même si le rire est jaune.
Une belle découverte sur une période que je connais moins bien que le XIXème siècle russe et qui lève un autre coin du voile couvrant l'immense et douloureux patrimoine de ce peuple.

Challenge XXème siècle
Challenge 2014-1968 2017
Challenge Petit Bac 2016 - 2017
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michemuche
  07 août 2019
Voila mon second voyage avec la littérature russe, mon compagnon de route est Mikhaïl Boulgakov.
"Le petit père des peuples" alias Staline gouverne d'une poigne de fer sur l'union soviétique, quand on est écrivain à cette époque il vaut mieux surveiller son langage et ces écrits. Boulgakov le sait il fera même partie de ces écrivains censurés. Voila pour la petite histoire.
" le maître et Marguerite" est un roman qui résume assez bien la folie des années trente; un savoureux mélange d'allégories à la façon de Murakami avec la folie douce de Brautigan.
Tout commence dans un parc de Moscou, Mikhaïl Berlioz est rédacteur en chef d'une revue littéraire et Ivan Ponyriev est poète.
Le premier demande au second de revoir son travail; le thème: l'existence
réelle ou imaginaire de Jésus Christ. Un troisième personnage prend part à la conversation, un certain Woland.
Il va résulter de cette rencontre un immense capharnaüm dans Moscou.
Des billets de 10 roubles vont tomber du ciel, des évènements étranges au n°302 rue Sadovaïa appartement 50. J'allais oublier un certain Ponce Pilate.
Enfin je vous invite grand au bal que donne Satan avec la belle Marguerite comme maitresse de maison.
Ce billet peut vous paraitre confus, ce sont peut-être les effets secondaires de la lecture.
Si jamais vous rencontrez un gros chat tenant un verre de Cognac passez votre chemin car Woland et ses suppôts ne sont pas loin.
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Bobby_The_Rasta_Lama
  21 août 2019
"Mais cette nuit est une nuit de règlement de compte."
(p. 507)
On peut le dire comme ça...
Il est très tard quand je referme enfin "Le maître et Marguerite" de Boulgakov. La fenêtre est ouverte, et quelque part au fond du jardin un hibou hulule d'une voix plaintive qu'il était un mauvais poète, et qu'il n'écrira plus jamais de la poésie. Et même si la lune n'est pas pleine, le cercle brumeux qui l'entoure crée une sorte de magie étrange...
Je ne serais pas surprise de voir y passer une sorcière sur un balai. Ou sur un cochon, si vous préférez.
Et mon souvenir va à mes potes russophiles de la fac, qui m'ont tellement assommée avec ce livre que j'avais des sueurs froides rien qu'à l'idée d'y jeter un coup d'oeil : d'abord je vais buter sur les niveaux narratifs qui superposent le Moscou des années 30 avec une histoire biblique, après je vais rencontrer des personnages au noms aussi fous que Woland, Azazello et Yeshoua Ha-Nozri; Ponce Pilate et le gros chat noir avec un samovar vont arriver dans la foulée, et à la fin je ne comprendrai rien du tout ! Qui peut trouver ça génial ? Les pensionnaires dans le sanatorium du Dr. Stravinski pendant ce sacré printemps moscovite ?
Ce n'est donc qu'après de longues années que j'ai décidé d'ouvrir prudemment cet ouvrage douteux.
Ha ! La rencontre avec Woland près de l'Etang du Patriarche m'a fait l'effet d'un seau d'eau glacée dans la figure, et je me suis enfin réveillée. Il est tout aussi possible que c'était le contraire et que je me suis laissée envoûter, mais avec Woland, on ne sait jamais... Il n'est pas étonnant que le livre a inspiré Mick Jagger pour écrire "Sympathy for the Devil". Mais c'est loin d'être la seule chose qu'il a inspiré, et réciproquement, les sources dans lesquelles puise Boulgakov sont innombrables. Rien n'est laissé au hasard, et le moindre nom, le moindre endroit fait une référence politique ou culturelle. Boulgakov s'amuse, montre, dénonce. La lecture est fluide, mais elle est loin d'être facile.
Peut-on définir objectivement le Bien et le Mal ?
Woland n'est pas un représentant du "mal" dans le sens biblique du terme, mais plutôt en élément qui dévoile la véritable nature humaine. D'où l'enchaînement d'épisodes burlesques lors de son passage à Moscou : il est comme une tornade qui sème la pagaille dans la bureaucratie communiste bien rodée. Les agissements de sa petite bande sont, certes, "diaboliques", mais ils ne font que pointer le doigt sur le rationalisme imposé par l'époque, et sur cette large âme russe qui reste pleine de mysticisme, fatalisme, et la foi naturelle en quelque chose qui dépasse les frontières du monde physique.
"Est-ce que la lâcheté est le pire défaut de l'humanité ?" se demande Ponce Pilate en condamnant malgré lui le prophète Ha-Nozri. Cette histoire contenue dans le livre du Maître est, paradoxalement, la plus réaliste de toutes, et elle a aussi une grande importance pour le dénouement de l'ensemble.
Le Maître est anéanti après le refus de son manuscrit, et c'est l'amour de Marguerite, qui n'hésite pas à faire n'importe quoi, même de signer un pacte avec le Diable et servir d'hôtesse à son bal, qui va le sauver.
Même Woland doit s'incliner - la dichotomie classique entre le Bien et le Mal disparaît, pour laisser la place à quelque chose en dehors de ces notions - l'Amour pur. Mais Woland est le Diable. Est-ce vraiment son rôle de veiller à ce que tout se finisse bien ? La réalité dans "Le Maître et Marguerite" est différente : Woland ne fait pas que "punir les méchants", il est aussi un exécuteur du Destin, et en quelque sorte, il est là pour maintenir l'équilibre sur la terre et récompenser ceux qui le méritent. Tous les niveaux du livre convergent vers cet état de grâce final.
Ce qui est étonnant, c'est que l'histoire fantastique de Boulgakov est écrite si posément que parfois je me demandais pourquoi, Diable, devrait-il me sembler bizarre que Marguerite s'élève dans les airs pour casser les fenêtres de l'appartement de l'homme qui est à l'origine des malheurs de son Maître. Elle prend tout simplement un marteau et... et alors ?! J'ai avalé l'histoire de la pommade magique, Pilate, Judas et Yeshoua sans hésiter, comme si Boulgakov avait été là pour consigner tout simplement sur papier ce qu'il a vu.
Il est très probable qu'il reste beaucoup de choses que je n'ai pas comprises, ou comprises de travers. La prochaine fois, je serai peut-être interpellée par quelque chose que je n'ai même pas remarqué, ou surprise que j'ai pu m'attarder sur des choses qui ne le valent pas vraiment. Qui sait ? Ca fait longtemps que je ne suis pas tombée sur un livre qui me laisse des impressions pareilles. C'est fou, ou c'est génial ? Ou les deux ? Est-il seulement possible que ce soit les deux ?
... j'ai presque fini de rêver, quand dans la nuit, au fond du jardin, un chat a affreusement hurlé.
Je me penche dehors, et d'une voix pas rassurée, je demande : "B..bb..Béhémoth ?
Et c'est la dernière goutte à la perfection du roman de Boulgakov.
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WolandWoland   17 septembre 2014
[...] ... A peine l'économiste-planificateur [= l'oncle de Berlioz] avait-il ôté son doigt de la sonnette que la porte s'ouvrait, et Maximilien Andréievitch entra dans le vestibule à demi obscur. Tout de suite, une circonstance l'étonna quelque peu : il ne comprenait pas qui avait pu lui ouvrir la porte, car dans le vestibule, il n'y avait personne, hormis un énorme chat noir [= Béhémoth], assis sur une chaise.

Maximilien Andréievitch toussota, et frappa légèrement le plancher du pied ; immédiatement, la porte du cabinet de travail s'ouvrit, et Koroviev parut. Maximilien Andréievitch s'inclina poliment, quoique avec dignité, et dit :

- "Mon nom est Poplavski. Je suis l'oncle ..."

Sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Koroviev tira brusquement de sa poche un mouchoir sale, y enfouit son visage et se mit à pleurer.

- " ... du défunt Berlioz, et ...

- Oh oui ! oh oui !" coupa Koroviev en ôtant le mouchoir de sa figure. "Rien qu'en vous voyant, j'ai deviné que c'était vous !" (Un sanglot le secoua et il se mit à crier) : "Ha, quel malheur, hein ? Qu'est-ce qu'on ne voit pas, de nos jours, hein ?

- Il a été écrasé par un tramway, n'est-ce pas ?" dit à mi-voix Poplavski.

- "Ecrabouillé !" cria Koroviev, et un flot de larmes jaillit sous son lorgnon. "Ecrabouillé ! J'étais là, j'ai tout vu. Croyez-vous - d'abord la tête - bing ! - en l'air ! Puis la jambe droite - crac ! - en deux ! Et la gauche - crac ! - en deux aussi ! Voilà à quoi ça mène, ces tramways !" (Et, apparemment incapable de se contenir, Koroviev piqua du nez dans la glace qui ornait le mur, à côté de lui, et demeura là, tout secoué de sanglots.)

L'oncle de Berlioz fut sincèrement touché par l'attitude de l'inconnu. "Et on dit qu'à notre époque, il n'y a plus d'amis véritables !" pensa-t-il, en ressentant lui-même un léger picotement dans les yeux. Mais en même temps, un petit nuage désagréable traversa son esprit - une petite pensée fugitive, mais venimeuse : cet ami véritable se serait-il déjà fait enregistrer dans l'appartement du défunt ? La vie n'était pas avare d'exemples de ce genre.

- "Je vous demande pardon : vous étiez un ami de mon pauvre Micha ?" demanda-t-il en essuyant du revers de sa manche son oeil gauche, d'ailleurs parfaitement sec, et en examinant de l'oeil droit Koroviev bouleversé par le chagrin. Mais celui-ci sanglotait avec un tel débordement qu'on ne pouvait rien comprendre à ce qu'il disait, sauf ces mots sans cesse répétés : "Crac ! En deux !" Quand il eut pleuré tout son soûl, Koroviev se décolla enfin du mur et hoqueta :

- "Non, je n'en peux plus ! Je vais aller prendre trois-cents gouttes de valériane à l'éther ... (Et, tournant vers Poplavski un visage ravagé par les larmes, il ajouta) : "Voilà ce que c'est, le tramway !

- Excusez-moi, c'est vous qui m'avez envoyé le télégramme ?" dit Maximilien Andréievitch, en se demandant avec une inquiétude croissante, qui pouvait bien être ce pleurard.

- "C'est lui," répondit Koroviev en montrant du doigt le chat noir.

Poplavski écarquilla les yeux, croyant avoir mal entendu.

- "Non, je n'en peux plus, je suis à bout ..." reprit Koroviev en reniflant, "quand j'y repense : la roue sur sa jambe ... une seule roue pèse dix pouds ... Crac ! ... Je vais m'allonger, essayer d'oublier en dormant ..."

Et il quitta le vestibule.

Alors, le chat bougea. Il sauta à bas de sa chaise, se dressa sur ses pattes de derrière, mit ses pattes de devant sur ses hanches, ouvrit la gueule et dit :

- "Oui, c'est moi qui ai envoyé le télégramme. Et après ?" ... [...]
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KrisPyKrisPy   16 juin 2014
[Marguerite fut alors saisie par l'idée qu'au fond, elle avait tort de presser son balai avec tant d'ardeur, qu'elle se privait ainsi de la possibilité de voir les choses comme il convenait, de jouir pleinement de son voyage aérien. Quelque chose lui suggérait que, là où elle allait, on l'attendrait de toute façon, et qu'elle n'avait donc aucune raison de se maintenir à cette hauteur et à cette vitesse, où elle s'ennuyait.
Elle abaissa la brosse de son balai, dont le manche se releva par-derrière, et, ralentissant considérablement son allure, elle descendit vers la terre. Cette glissade - comme sur un wagonnet de montagnes russes - lui procura le plus intense plaisir. Le sol, jusqu'alors obscur et confus, montait vers elle, et elle découvrait les beautés secrètes de la terre au clair de lune. La terre s'approcha encore, et Marguerite reçut par bouffées la senteur des forêts verdissantes. Plus bas, elle survola les traînées de brouillard qui s'étalaient sur un pré humide de rosée, puis elle passa au-dessus d'un étang. A ses pieds, les grenouilles chantaient en choeur. Elle perçut au loin, avec une bizarre émotion, le grondement d'un train. Bientôt, elle put le voir. Il s'étirait lentement, semblable à une chenille, et projetait en l'air des étincelles. Marguerite le dépassa, survola encore un plan d'eau miroitant où flottait une seconde lune, descendit plus bas encore et continua de voler, effleurant des pieds la cime des pins gigantesques.]
A ce moment, un affreux bruissement d'air déchiré, qui se rapprochait rapidement, se fit entendre derrière Marguerite. Peu à peu, à ce sifflement d'obus, se joignît - déjà perceptible à des kilomètres de distance - un rire de femme. Marguerite tourna la tête et vit un objet sombre, de forme compliquée, qui la rattrapait. A mesure qu'il gagnait du terrain, l'objet se dessinait avec plus de netteté, et bientôt Marguerite put voir que c'était quelque chose qui volait, chevauchant une monture. Enfin, l'objet ralentit sa course en arrivant à la hauteur de Marguerite, et celle-ci reconnut Natacha.
Elle était nue, complètement échevelée, et elle avait pour monture un gros pourceau qui serrait entre ses sabots de devant un porte-documents, tandis que ses pattes de derrière battaient l'air avec acharnement. De temps à autre, un pince-nez qui avait glissé de son groin et qui volait à côté de lui au bout de son cordon, jetait des reflets de lune, tandis qu'un chapeau tressautait sur sa tête et glissait parfois sur ses yeux; En l'examinant plus soigneusement, Marguerite reconnut dans ce pourceau Nikolaï Ivanovitch, et son rire sonore retentit au-dessus de la forêt, se mêlant au rire de Natacha.
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PchabannesPchabannes   15 janvier 2009
Chapitre XXIV du Maître et Marguerite (je cite in extenso) :

A l'instant même, quelqu'un tomba du plafond et s'écroula à terre, un citoyen tout décontenancé, dans un état proche du délire, sans rien sur lui que ses sous-vêtements, mais ayant, chose curieuse, une valise dans les bras et une casquette. Cet homme grelottait de peur et n'arrivait pas à se mettre debout.

"Mogarytch ?" demanda Azazello à l'individu tombé du ciel.

"Aloysius Mogarytch", répondit l'autre tout tremblant.

"C'est bien vous qui, après avoir lu l'article de Latounski sur le roman de cet homme, avez porté plainte contre lui en déclarant qu'il détenait des écrits subversifs ?"

Le citoyen fraîchement débarqué bleuit et fondit en larmes de repentir.

"Vous vouliez vous installer dans son deux-pièces ?" nasilla Azazello aussi cordialement qu'il le put.

Un feulement de chat enragé se fit entendre dans la pièce et Marguerite, hurlant à pleine gorge :"Hou, gare à la sorcière, hou !", se jeta, toutes griffes dehors, sur la figure d'Aloysius Mogarytch. Dans le remue-ménage qui s'ensuivit, la voix du maître s'éleva, pathétique :

"Que fais-tu ? Margot, ne te déshonore pas !

-Je proteste, il n'y a pas déshonneur !" brailla le chat.

Koroviev tira Marguerite en arrière. "J'ai installé une baignoire..." criait Mogarytch, claquant des dents, le visage en sang ; et dans sa terreur, il se mit à débiter des idioties : "rien que de refaire la peinture... au sulfate de chaux...

-Bonne idée, ça, d'avoir installé une baignoire, approuva Azazello, il lui faut des bains...". Puis il cria : "Hors d'ici !" Alors une force invisible retourna Mogarytch les pieds en l'air et l'expulsa de la chambre de Woland par la fenêtre ouverte. L'incident se conclut à la page suivante. "De toute façon, à la clinique, ils vont s'apercevoir de mon absence", ajouta-t-il [le maître] timidement à l'adresse de Woland. "Allons donc, comment voulez-vous qu'ils s'en apercoive
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   19 août 2019
"Si tu viens me voir, pourquoi ne me souhaites-tu pas le bonjour, ex-percepteur d'impôts ? dit Woland d'un ton sévère.
- Parce que je ne veux rien te souhaite de bon ! répliqua l'autre avec audace.
- Mais il y a une chose dont il faut que tu prennes ton parti, répondit Woland dont la bouche dessina un sourire ironique. A peine est-tu apparu sur ce toit que tu as commis une bourde, et je vais te dire laquelle. Le ton sur lequel tu as parlé semblait signifier que tu refusais les ombres, ainsi que le mal. Aie donc la bonté de réfléchir à cette question : à quoi servirait ton bien, si le mal n'existait pas, et à quoi ressemblerait la terre, si on en effaçait les ombres ? Les ombres ne sont-elles pas produites par les objets, et par les hommes ? Voici l'ombre de mon épée. Mais il y a aussi les ombres des arbres et des êtres vivants. Veux-tu donc dépouiller tout le globe terrestre, balayer de sa surface tous les arbres et tout ce qui vit, à cause de cette lubie que tu as de vouloir te délecter de pure lumière ? T'es bête.
- Je ne discuterai pas avec toi, vieux sophiste, répondit Matthieu Lévi.
- Et tu ne peux pas discuter avec moi, pour la raison que je viens d'indiquer : tu est bête, répondit Woland, puis il reprit : Bon, sois bref, car tu m'ennuies. Pourquoi est-tu venu ?
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ninamarijoninamarijo   08 septembre 2015
Jetant autour de lui des regards affolés, le directeur financier recula vers la fenêtre qui donnait sur le jardin et qu’inondait la clarté de la lune. Mais en se retournant il vit, collé contre la vitre, le visage d’une jeune fille nue et son bras nu qui, passé par le vasistas, essayait d’ouvrir l’espagnolette inférieure. Celle du haut était déjà ouverte.
Rimski eut l’impression que la lampe du bureau s’éteignait soudain et que le bureau lui-même se mettait à tanguer. Une vague glacée le submergea, mais – heureusement pour lui – il parvint à se dominer, et ne tomba pas. Il rassembla ce qui lui restait de forces pour crier, mais ce ne fut qu’un murmure :
– Au secours…
Devant la porte qu’il gardait, Varienoukha sautait d’un pied sur l’autre, et à chaque saut il demeurait un moment suspendu en l’air, animé d’un léger balancement. Les bras tendus vers Rimski, il agitait ses doigts crochus, sifflait et clappait, tout en lançant des clins d’œil à la jeune fille de la fenêtre.
Aussitôt celle-ci, pour aller plus vite, passa sa tête rousse par le vasistas et tendit le bras autant qu’elle le put ; ses ongles griffèrent la crémone inférieure, et elle essaya d’ébranler le châssis. À ce moment, son bras se mit à s’allonger, comme s’il était en caoutchouc, en prenant une teinte verdâtre, cadavérique. Enfin, les doigts verts de la morte se refermèrent sur la poignée de l’espagnolette ; celle-ci tourna, et la croisée s’ouvrit, Rimski poussa un faible cri et se colla contre le mur en tenant sa serviette devant lui comme un bouclier. Il se rendait compte que sa dernière heure était venue.
La croisée s’ouvrit largement, laissant entrer non la fraîcheur de la nuit et le parfum des tilleuls, mais une funèbre odeur de caveau. La morte franchit l’appui de la fenêtre, et Rimski vit distinctement, sur sa poitrine, les taches hideuses de la décomposition.
À ce moment précis – de la construction basse située au cœur du jardin, derrière le stand de tir, où logeaient les oiseaux qui participaient à certains programmes –, juste à ce moment monta le cri joyeux d’un coq. Un coq braillard et bien dressé qui annonçait ainsi aux habitants de Moscou, en claironnant, que là-bas, à l’Orient, naissait l’aurore.
Une fureur sauvage tordit les traits de la jeune fille qui jeta, d’une voix rauque, une bordée de jurons. Devant la porte, Varienoukha, qui flottait en l’air, poussa une plainte aiguë et tomba lourdement sur le plancher.
Au second cri du coq, la jeune fille claqua des dents, et ses cheveux roux se dressèrent sur sa tête. Au troisième cri, elle tourna le dos et s’envola par la fenêtre. À sa suite, Varienoukha, d’une détente de ses jambes, se lança en l’air, prit une position horizontale et, semblable à Cupidon volant, passa lentement au-dessus du bureau, franchit la croisée et s’enfonça dans la nuit. Un vieillard aux cheveux blancs comme la neige, sans un seul fil noir – un vieillard qui, l’instant d’avant, était encore Rimski –, se rua vers la porte, tourna la clef, ouvrit le battant et s’élança dans une course éperdue le long du couloir obscur. Parvenu au coin où s’amorçait la descente de l’escalier, il trouva à tâtons, en gémissant de terreur, le bouton électrique, et l’escalier s’éclaira. Mais le tremblant vieillard, secoué de frissons, manqua une marche et tomba : il avait cru voir, là-haut, Varienoukha plonger sur lui d’un vol lourd et indolent.
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