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ISBN : 2825100935
Éditeur : L'Age d'Homme (28/02/1995)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Une des oeuvres de Georges Haldas, centrée autour de la figure de père. Une remémoration minutieuse en même temps qu'une transfiguration.
- Présentation de l'éditeur -
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
marguerite18
  30 mars 2019
Dans cette oeuvre, Georges Haldas fait revivre - avec quelle puissance d'évocation ! - trente ans après sa mort "l'homme mon père". Originaire de l'île grecque de Céphalonie, ayant vécu en Inde où son père à lui - donc le grand-père de l'auteur - exploitait une tannerie et en Italie, le père de Georges rencontre sa mère dans la pension que la famille de celle-ci, après avoir connu des déboires dans l'horlogerie, tient à Genève, Boulevard des philosophes et l'épouse après dix ans de fiançailles. Intelligent, maîtrisant parfaitement plusieurs langues, au bénéfice d'une solide formation juridique, doué pour le dessin et la musique, le héros du livre ne connaît pourtant pas la réussite professionnelle. Arrivé à l'âge mûr, après la faillite de l'entreprise Vélocitas où il travaillait, il est contraint de se contenter d'un modeste emploi de comptable, bien éloigné de tout ce qui l'intéresse, philosophie, littérature et beaux-arts. Hanté par le regret d'avoir raté sa vie et les grandes questions existentielles, le père de Georges - autour duquel toute la famille gravite - est un personnage sombre et tourmenté, d'un abord difficile pour les siens, à l'humeur imprévisible et sujet aux explosions de colère, toutefois sans violence physique. Il reporte ses ambitions sur son fils dont il exige une parfaite réussite scolaire, ce qui ne manque pas d'empoisonner quelque peu l'enfance de celui-ci.
Georges Haldas nous restitue cet homme ainsi que sa propre enfance, avec finesse et sensibilité, dans une suite de chroniques retraçant par exemple les excursions qu'il fit en sa compagnie en Céphalonie et dans le Jura suisse, les noëls en famille, miraculeusement harmonieux alors que précédés de jours de bile noire du patriarche, les malencontreuses ruses parentales pour assurer le panache scolaire du fils. C'est ainsi que le père se substitue à l'enfant pour illustrer par un dessin les méfaits de l'alcoolisme en vue d'un concours (bien dans l'air du temps de la société helvétique de l'époque) ou que les parents conçoivent l'idée baroque de faire apprendre par coeur à leur fils une conférence largement retouchée par la mère, mais qu'il est sensé restituer en donnant l'illusion de la spontanéité.
Georges Haldas est un écrivain profondément original, saisissant les moindres nuances d'un caractère ou d'une atmosphère, qui mériterait amplement d'être découvert et reconnu au-delà des frontières suisses.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
marguerite18marguerite18   18 mai 2019
Mais, à l'image des grands actes de communion humaine, les rencontres de football, au gré des dimanches, se développaient, pour nous, selon un rituel trinitaire : avant, pendant, après. Avant : c'était la montée au stade, à l'un des trois stades. Et je peux dire que ces montées qui, avec le temps, se sont fondues en une seule, demeurent pour moi baignées dans ce qu'Hölderlin appelait la "lumière philosophique". Nous déjeunions de bonne heure, ces dimanches-là, je me rappelle, et quand c'était l'hiver, nous nous habillions avec lenteur et précision comme pour une expédition arctique. Les repas avaient quelque chose d'un peu hâtif et de préoccupé. Enfin, les contingences familiales dominées, nous partions d'un bon pas tous deux le long des rues désertes. Que toute la ville paraissait claire alors, lucide, alerte : mon père lui-même marchait à grands pas avec un air qui était, si on peut dire, de gaieté grave et pensive. Au-dessus des ruelles de banlieue, on apercevait la crête du Jura recouverte de neige, les cheminées roses dans l'air pâle et, naturellement, les mouettes tournoyant devant une fenêtre, où une femme en fichu leur lançait des morceaux de pain. Mon père, baissant la tête parfois pour affronter le léger vent du nord, reprenait le plus souvent le fil de ses méditations sur l'énigme de la vie, telles qu'il les avait amorcées au cours de nos promenades à Céphalonie Chose étrange et bénéfique, il se faisait en lui, à ces moments-là, comme une trêve : oubliant jusqu'aux préoccupations scolaires à mon égard et toute considération sur la situation de son équipe au classement général, il retrouvait cette jeunesse, cet enthousiasme, ces grandes aspirations que l'usure de la vie n'avait en somme pas atteintes, mais seulement fatiguées, et qui étaient ce qu'il y avait de plus énergique et de meilleur en lui sans doute. Et tandis que je l'écoutais parler, non pas machinalement, au contraire - et comme autrefois - en m'associant à son monologue, je percevais avec plus d'acuité encore, comme au temps de ma petite enfance, chaque détail de la rue, les particularités de certains quartiers que nous traversions et qui, après celui des Maraîchers, sont un peu - ou plutôt étaient - à l'image des petites villes françaises avec leurs platanes, leurs maisons basses, leur bistrots biscornus, leurs bicoques de petites entreprises aujourd'hui de plus en plus traquées et vouées à la disparition.
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marguerite18marguerite18   18 mai 2019
Je me postais d'ordinaire sur un petit escalier situé face à l'immeuble. Et d'abord, et comme toujours en ce qui concernait la personne de mon père, il y avait dans cette attente, en dépit de l'habitude, un grain d'anxiété : serait-il content de me voir ou, pour des raisons inconnues, aurait-il son air préoccupé des mauvais jours ? Mais déjà sa silhouette était sur le pas de la porte. A un geste imperceptible de la main - aussitôt réprimé - je pouvais mesurer le contentement qu'il venait d'éprouver en m'apercevant. Mais, d'emblée, les choses, pour nous, se compliquaient : sans doute étais-je content, tout au fond, que mon père fût heureux de me voir et aussi qu'il le manifestât par ce geste imperceptible de la main, aussitôt, d'ailleurs, réprimé. Ce qui était, chez lui, déjà, une démonstration. Mais en même temps, la vue de ce contentement me causait une gêne. Par une sorte de réflexe, hérité de lui sans doute et qui finissait naturellement par se retourner contre lui, il m'était difficile, pour ne pas dire intolérable - et cela n'a guère changé - que quelqu'un pût éprouver une satisfaction quelconque à me voir. Cela me paraissait à la fois incongru, en même temps que j'y voyais, je me rappelle, comme une obscure offense faite à la vie. A la moindre manifestation de ce contentement, redouté à la fois et non désagréable, j'aurais voulu rentrer dix pieds sous terre. J'allais jusqu'à y percevoir quelque chose d'impudique ; et je suis persuadé que mon père devait réagir de même. D'où la ténuité de son geste. Mais en vertu de ce que je viens de dire et du subtil jeu de miroir de nos rapports, cette réserve, cette économie de moyens dans la démonstration paternelle, la rendant plus éloquente, loin de diminuer ma gêne, ne faisait que l'accroître. Cette mutuelle discrétion finissait par nous paralyser.
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Georges Haldas ou l'État de poésie 4/4
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