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Liselotte Bodo (Traducteur)Jacqueline Chambon (Traducteur)Patrick Charbonneau (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2868698328
Éditeur : Actes Sud (24/04/1992)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 532 notes)
Résumé :
Voici le roman le plus célèbre et le plus émouvant de Marlen Haushofer, journal de bord d'une femme ordinaire, confrontée à une expérience - limite. Après une catastrophe planétaire, l'héroïne se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s'être pétrifiée durant la nuit. Tel un moderne Robinson, elle organise sa survie en compagnie de quelques animaux familiers, prend en ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (142) Voir plus Ajouter une critique
isabelleisapure
  12 mai 2016
Coup de coeur absolu !
Comment parler d'un livre qui m'a émue, bouleversée, chamboulée au-delà des mots ?
Il est six heures du matin, le jour commence à se lever, mon chat dort sur le canapé à côté de moi, l'homme que j'aime en fait autant dans la pièce voisine. Je referme un livre exceptionnel ! Rien que de très ordinaire me direz-vous.
Je n'en suis pas si sûre car il y a des lectures tellement sublimes où chaque mot est à sa place, chaque geste, chaque sentiment sublimés par une écriture radieuse que l'on ne peut s'en extraire après la dernière page.
Je vais essayer de vous en parler le plus simplement possible.
Une femme dont on ne saura jamais le nom se retrouve prisonnière derrière un mur invisible à travers lequel elle aperçoit la maison voisine où un homme penché au-dessus d'une fontaine est probablement en train de boire et une femme assise sur un banc.
Elle ne met pas longtemps à comprendre l'impensable, il n'y a plus de vie autour d'elle, ces voisins sont figés dans la mort, pétrifiés en pleine action comme les habitants de Pompéi. de ce que l'on suppose être une catastrophe nucléaire, on ne saura rien.
Alors, de quoi parle ce livre ? de la survie, du partage avec un chat, un chien, une vache, ses seuls compagnons rescapés.
Il faut apprendre à vivre avec ce qu'il y a, quelques provisions rapidement épuisées, faire face aux mille tracas quotidiens.
Il faut apprendre à apprivoiser la solitude, la peur, la souffrance.
Au fil des jours dont elle tient soigneusement le décompte sur un agenda on la suit dans ses journées, dans les soins qu'elle donne à ses animaux, dans ses balades avec Lynx, le chien fidèle qui sans cesse lui redonne espoir par un coup de langue ou un regard plein d'amour qui semble dire : Ne t'en fais pas, je suis là !
"Comme c'était beau ces jours-là d'aller dans les bois avec Lynx. Les petits flocons se posaient sur mon visage, la neige crissait sous mes pas, j'entendais à peine Lynx derrière moi. Je contemplais nos traces dans la neige, mes lourds talons et les fines empreintes du chien. L'homme et le chien réduits à leur plus simple expression."

La nature est omniprésente dans ce récit, les saisons se suivent immuablement et les pages du livre se tournent, vite, trop vite.
Il ne se passe pas grand-chose finalement, pas beaucoup d'action, mais tellement plus. C'est triste, c'est plein d'espoir, c'est sublime.
Voilà j'ai essayé de vous parler d'un livre magistral, un coup de poing littéraire que je ne suis pas prête d'oublier.

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Kittiwake
  11 août 2015
Brutalement isolée du reste du monde par une frontière immatérielle, une femme se retrouve soudain confrontée à elle même et à une nature peu amicale, avec un enjeu immédiat, la survie.
Que l'on ne s'y méprenne pas, si le récit s'apparente indéniablement au genre science-fiction post-apocalyptique, il ne doit pas décourager les lecteurs peu friands de cette littérature. On ne sait pas ce qui s'est passé et on s'en fiche. le propos tient plus d'une robinsonade, terrestre et montagnarde, que d'une chronique de fin du monde.
La narratrice, seule dans son chalet de montagne, prend vite conscience d'une nécessité, manger pour vivre. Et l'énergie déployée, lorsque l'on a une idée vague et livresque des joies du travail paysan, procure une épuisement rapide qui met à distance les questions existentielles. Qui ne tarderont cependant pas à s'imposer.
Les alliances nécessaires se nouent : un chien, un chat, une vache que leur statut d'animal de compagnie ou de labeur a rendu dépendants et incapables de se débrouiller dans la nature. Leur rôle est fondamental et complexe : ils sont une garantie de ne pas perdre la faculté de parler, même si c'est à sens unique, ils contribuent à rendre le quotidien plus facile bien que leur existence soit une responsabilité, lourde à porter mais garante d'une volonté de rester en vie.
Cette profonde solitude crée de longs débats internes, qui éludent rapidement la question de ce qui a pu provoquer une telle situation. Ce sont les constats de la vacuité et de la vanité de ce qui faisait la vie d'avant, les enfants le travail, la famille et la gestion du temps, dans l'ignorance totale de ce qui fait l'essence de la vie.
L'ex femme lancée malgré elle dans la trépidation d'une vie urbaine souffre aussi dans son corps, les travaux des champs sont exigeants, la nourriture est peu variée et peu abondante, une simple rage de dents devient un enfer, les,muscles et les articulations sont mis à mal.
Elle abandonne sans regret tous les rituels qui concernent son apparence : les animaux ne le lui reprocheront pas.
Peu à peu, émergent des représentations d'une autre dimension, plus profondes, plus intimes, curieusement surgies d'un nouvel exil vers un alpage pour l'été.
C'est un récit bouleversant, dont les effets se font sentir au cours des nuits qui suivent la lecture, par des rêves suffisamment intenses pour que l'on s'en souvienne au réveil. Bien au delà de l'histoire, les interrogations fondamentales se profilent.
Le récit est habilement construit pour ne pas devenir monotone. Un tout petit bémol : certains tournures de phrases sont un peu étranges : effet de la traduction?
Une adaptation filmée existe, sous le même titre, tout à fait à la hauteur, ce qui est assez rare pour être souligné.


Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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colka
  07 juin 2019
Roman post-apocalyptique ou plutôt récit parabolique centré sur une expérience-limite ? Je penche pour la seconde hypothèse.
Une narratrice dont on ne connaîtra jamais le nom a décidé d'écrire un journal de bord dans lequel elle conte ce qu'est devenue sa vie quotidienne depuis qu'un mur invisible l'a isolée du restant de l'humanité dans un coin de la forêt autrichienne où elle séjournait avec son cousin Hugo et son épouse. D'humanité, il n'est plus question non plus puisque tout le monde, vivant derrière cet obstacle devenu infranchissable, semble être complètement pétrifié.
J'avoue que bien vite j'ai oublié ce mur dont la narratrice confesse presque, à un moment dans le roman, le caractère symbolique, pour suivre cette odyssée extra-ordinaire que nous conte Marlen Haushoer et qui pourrait tout aussi bien être celle d'un(e) ermite en rupture de banc avec la société où elle/il vit. Or on ne quitte pas impunément le monde d'où l'on vient et cette femme va être assaillie au début de cette aventure hors du commun par toutes les peurs archaïques qui peuvent surgir dans une telle situation. Peur de l'abandon lorsqu'elle va s'apercevoir qu'elle est vraiment seule au monde au sens premier du terme. Mais son instinct de survie et son sens de la combativité vont activer en elle une forte capacité de résilience et elle va renouer avec des racines paysannes dont elle n'avait plus conscience. C'est également une véritable ascèse qu'elle va accomplir en passant de la résignation à l'acceptation d'un nouvel ordre du monde qui la dépasse mais auquel elle se soumet. Son mode de vie va donc radicalement changer. Abandon d'une féminité qu'elle perçoit comme trop liée à l'apparence et aux rites sociaux qui la sous-tendent. Abandon progressif des repères de temps. Elle va même assumer avec courage et lucidité son goût pour la solitude et une certaine misanthropie.
Est-ce au profit d'une sorte d'ataraxie désincarnée dans laquelle elle se détacherait complètement de son environnement jusqu'à la mort ? Pas du tout ! Va se présenter à elle un nouvel ordre du monde dans lequel elle se sent bien plus heureuse qu'avant notamment au coeur de la nature ou au fond de la forêt. Et surtout elle va tisser des liens privilégiés avec des animaux qui vont devenir sa nouvelle famille, avec toutes les joies et les peines qui l'accompagnent. le récit des moments d'intimité avec Lynx, Bella, la vieille chatte et ses chatons m'ont beaucoup touchée par l'empathie et la tendresse qu'ils dégagent. Et seule son acceptation d'un ordre cosmique qui lui est supérieur va lui permettre de continuer à vivre après la mort de Lynx son chien et même d'envisager la sienne avec une certaine sérénité...
Ce roman m'a fortement interpellée par les questionnements qu'il soulève. A quoi tient notre humanité ? Qui sommes-nous une fois privés de tous les repères sociaux qui sont les nôtres ? Quid de notre capacité de résilience dans des circonstances extrêmes ? A aucun moment l'écriture froide et distanciée de la narratrice ne laisse d'échappatoire. J'ai suivi pas à pas la narratrice dans son parcours initiatique, même si j'aurais souhaité à certaines moments plus d'émotions...
Dernier questionnement non moins fort que les autres mais plus collectif et qui court en sous-thème dans tout le roman : l'urgence de préserver un ordre du monde dans lequel on puisse vivre en harmonie avec la nature et tout le vivant.
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Afleurdelivres
  24 mars 2019
Coup de coeur!
Expérience-limite dans la montagne
« Aujourd'hui cinq novembre je commence mon récit. Je noterai tout, aussi exactement que possible. Pourtant je ne sais même pas si aujourd'hui est bien le cinq novembre. Au cours de l'hiver dernier quelques jours m'ont échappé. Je ne pourrais pas dire non plus quel jour de la semaine c'est. Mais je pense que cela n'a pas beaucoup d'importance ».
Le livre s'ouvre sur un journal, un récit-témoignage de la narratrice qui se retrouve mystérieusement prisonnière de la montagne autrichienne.
Alors qu'elle est invitée à passer quelques jours dans un chalet isolé appartenant à sa cousine et son époux ,passionnés de chasse, ces derniers décident de faire un saut au village. Ils ne reviendront jamais. Partie à leur recherche elle se heurte violemment à une paroi lisse et froide : un mur invisible divisant la vallée (métaphorique bien sûr).
Un mur incassable en pleine forêt dont elle ignore l'origine mais présuppose qu'il est la nouvelle arme d'une guerre qu'elle pressentait.
Le plus inquiétant est que de l'autre côté de cette frontière mystérieuse on ne perçoit plus aucun signe de vie, seul règne le silence. Tout est inanimé. Subsistent quelques corps sans vie, figés.
N'ayant aucun moyen de communiquer ni d'interlocuteurs, elle met tout en oeuvre pour organiser sa survie avec les moyens du bord.
Dans son périmètre les écosystèmes ont été épargnés et la vie continue.
Les animaux, indispensables à sa survie, seront son salut et lui donneront la force de se battre. Elle trouve une échappatoire dans le labeur quotidien (en plus de se rationner elle pêche, chasse, bêche, cultive, récolte, trait, coupe du bois…).

Ce qui est le plus touchant et attachant dans ce récit empli d'onirisme c'est précisément la symbiose avec les animaux et la nature❤️( à la fois danger et refuge).
Il y a également beaucoup de questionnements divers et intéressants sur le rapport à soi, à l'autre, la connaissance de ses limites, la maternité, la conscience, le superflu, le temps, la condition des femmes...
Quel beau texte! N'hésitez pas à passer de l'autre côté du mur. Une belle leçon de vie.
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kateginger63
  09 juillet 2018
ALERTE COUP DE COEUR !♥♥♥
*
Une femme devenue Sauvage.
*
Et voilà, j'ai enfin lu cet ouvrage de la fameuse auteure féministe autrichienne.
Mais pourquoi ai-je attendu si longtemps pour le lire? Je pense qu'il faut parfois se fier à son instinct. Baste! Maintenant je sais ce qu'il vaut, et rien que pour ça, j'ai envie de vous en parler.
Pas le résumé - vous le connaissez déjà - mais plutôt par mes ressentis, mes impressions, mes émotions.
*
Pourrais-je oser dire que cet ouvrage changera ma vie? C'est un peu osé. Mais il va certainement et même sûrement faire dégringoler certaines de mes certitudes, me faire rapprocher encore plus de la Nature.
*
Le thème post-apocalyptique n'est qu'un prétexte finalement pour mettre en exergue la position féministe de l'auteure.
Dans son récit de femme seule (la narratrice), il n'y a plus de "mâles" dans sa vallée idéalisée. En l'absence de ceux-ci, la femme peut, coupée de tout lien avec la civilisation, redevenir elle-même, prendre son destin en main.
Il y a une sorte d'onirisme dans son récit, parfois les rêves se mélangent à la réalité, la femme accouche d'animaux....
Dans un état de survie permanent, un environnement presque sauvage, la femme se débarrasse de sa peau pour devenir une "Autre", impliquant des devoirs (envers ses animaux) et non plus de droits (citoyenne).
*
Un texte dans un style limpide et transparent (comme le Mur) sous forme un peu fouillis de journal de bord, revenant régulièrement sur un évènement tragique. Une lecture attentive, concentrée et lu avec délectation - il ne se dévore pas d'une traite- .
Plusieurs niveaux de lecture s'offrent à nous, les Femmes.
Avec quelques notions de psychologie, on peut le lire comme une Fable, et entrevoir un schéma "d'histoire de l'humanité" (rien que ça!!).
Le lire aussi avec grande simplicité comme un récit survivaliste (ce n'est pas péjoratif dans ma bouche).
Aussi comme un roman contemplatif, de nature writing.
Et que dire de ces paysages bucoliques, sylvestres et alpins? L'Autriche, un des souvenirs d'enfance les plus vivaces, qui m'ont (re)transporté le temps de ma lecture dans un état proche de la quiétude.
*
Bref, vous l'aurez compris, cette oeuvre fabuleuse et majestueuse vous enchantera d'une manière ou d'une autre.
La fin vous laissera peut-être un sentiment de malaise voire d'insatisfaction, comme je l'ai exprimé (tristesse et mélancolie). Que va faire la narratrice? Dans quel état l'avons-nous laissé?
"Une solitude assumée, une sereine résignation à l'ordonnance du monde"
*
Marlen Haushofer , dans ses écrits, a libéré son passé et en a fait un exutoire et une thérapie. Elle s'est penchée sur un passé considéré comme révolu, auquel il faut se confronter pour s'en libérer et pouvoir continuer à vivre (cathartique assurément). Trois de ses autres oeuvres que je lirais certainement.
*
De la beauté, de l'harmonie et finalement la paix. Voilà ce que j'ai trouvé ici dans ce texte. Je suis comblée.
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Citations et extraits (120) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   01 décembre 2017
Quand je me remémore la femme que j’ai été (..)
Je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main. Encore jeune fille, elle se chargea en toute inconscience d’un lourd fardeau et fonda une famille, après quoi elle ne cessa plus d’être accablée par un nombre écrasant de devoirs et de soucis. Seule une géante aurait pu se libérer et elle était loin d’être une géante, juste une femme surmenée, à l’intelligence moyenne, condamnée à vivre dans un monde hostile aux femmes, un monde qui lui parut toujours étranger et inquiétant. Elle en savait un peu sur pas mal de choses mais sur la plupart elle ne savait rien du tout et, en général, dans son esprit dominait un désordre effrayant. C’était bien assez pour la société dans laquelle elle vivait et qui d’ailleurs était aussi ignorante et accablée qu’elle. Mais je dois dire à sa décharge qu’elle en ressentait toujours un malaise diffus et qu’elle garda la conscience que cela ne pouvait pas être suffisant.
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LandulpheLandulphe   05 octobre 2015
Mais si le temps n’existe que dans ma tête, et si je suis le dernier être humain, il finira avec moi. Cette pensée me rend joyeuse. Il est peut-être en mon pouvoir de tuer le temps. Le grand filet se déchirera et tombera dans l’oubli avec son triste contenu. On devrait m’en avoir de la reconnaissance, mais personne ne saura après ma mort que c’est moi qui ai assassiné le temps. Dans le fond, ces pensées n’ont pas la moindre signification. Les choses arrivent tout simplement et, comme des millions d’hommes avant moi, je cherche à leur trouver un sens parce que mon orgueil ne veut pas admettre que le sens d’un événement est tout entier dans cet événement. Aucun coléoptère que j’écrase sans y prendre garde ne verra dans cet événement fâcheux pour lui une secrète relation de portée universelle. Il était simplement sous mon pied au moment où je l’ai écrasé : un bien-être dans la lumière, une courte douleur aiguë et puis plus rien. Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister. Je ne sais pas si j’arriverai un jour à prendre mon parti de cette révélation. Il est difficile de se défaire de cette folie des grandeurs ancrée en nous depuis si longtemps. Je plains les animaux et les hommes parce qu’ils sont jetés dans la vie sans l’avoir voulu. Mais ce sont les hommes qui sont sans doute le plus à plaindre, parce qu’ils possèdent juste assez de raison pour lutter contre le cours naturel des choses. Cela les a rendus méchants, désespérés et bien peu dignes d’être aimés. Et pourtant il leur aurait été possible de vivre autrement. Il n’existe pas de sentiment plus raisonnable que l’amour, qui rend la vie plus supportable à celui qui aime et à celui qui est aimé. Mais il aurait fallu reconnaître que c’était notre seule possibilité, l’unique espoir d’une vie meilleure. Pour l’immense foule des morts, la seule possibilité de l’homme est perdue à jamais. Ma pensée revient sans cesse là-dessus. Je ne peux pas comprendre pourquoi nous avons fait fausse route. Je sais seulement qu’il est trop tard.
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VALENTYNEVALENTYNE   15 avril 2015
Ici, dans la forêt, je me trouve enfin à la place qui me convient. Je n’en veux plus aux fabricants d’autos, ils ont depuis longtemps perdu tout intérêt. Mais comme ils m’ont torturée avec des choses qui me répugnaient ! je n’avais que cette petite vie et ils ne m’ont pas laissé vivre en paix. Maintenant que les hommes n’existent plus, les conduites de gaz, les centrales électriques et les oléoducs montrent leur vrai visage lamentable. On en avait fait des dieux au lieu de s’en servir comme objets d’usage. Moi aussi je possède un objet de ce genre au milieu de la forêt : la Mercedes noire de Hugo. Quand nous sommes arrivés avec, elle était presque neuve. Aujourd’hui, recouverte d’herbe, elle sert de nids aux souris et aux oiseaux. Quand la clématite fleurit au mois de juin, elle devient très belle et se met à ressembler à un gigantesque bouquet de mariée. Elle est belle aussi en hiver lorsqu’elle est brillante de givre ou se couronne d’une coiffe blanche.
Au printemps et à l’automne, je distingue entre les tiges brunes le jaune passé de ses coussins jonchés de feuilles de hêtre, mêlées à des petits morceaux de caoutchouc mousse et de crin, arraché et déchiqueté par des dents minuscules. La Mercedes d’Hugo est devenue un foyer confortable, chaud et abrité du vent. On devrait placer des voitures dans les forêts, elles font de bons nichoirs. Sur les routes, à travers tout le pays, il doit y en avoir des milliers recouvertes de lierre, d’orties et de buissons. Mais celle-là sont entièrement vide et sans habitants. (P 258)
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blanchenoirblanchenoir   01 octobre 2016
Les orties continueront à pousser, même si je les arrache cent fois, et elles me survivront. Elles ont tellement plus de temps que moi. Un jour, je ne serai plus là et plus personne ne fauchera le pré, alors le sous-bois gagnera du terrain puis la forêt s'avancera jusqu'au mur en reconquérant le sol que l'homme lui avait volé. Quand mes pensées s'embrouillent, c'est comme si la forêt avait commencé à allonger en moi ses racines pour penser avec mon cerveau ses vieilles et éternelles pensées. Et la forêt ne veut pas que les hommes reviennent.
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CalamityJahCalamityJah   06 août 2019
Aimer et prendre soin d'un être est une tâche très pénible et beaucoup plus difficile que tuer ou détruire. Élever un enfant représente vingt ans de travail, le tuer ne prend que dix secondes. Même le taureau a mis un an pour devenir grand et fort et quelques coups de hache ont suffi à l'anéantir. Je pense à tout ce temps pendant lequel Bella l'a porté patiemment dans son ventre et l'a nourri ; je pense aux heures difficiles de sa naissance et aux longs mois qu'il a fallu pour que le petit veau se transforme en un puissant taureau. Le soleil a dû briller pour faire pousser l'herbe dont il avait besoin, l'eau a dû jaillir et tomber du ciel pour l'abreuver. Il a fallu l'étriller et le brosser, enlever le fumier pour que sa couche soit sèche. Et tout cela a eu lieu en vain. Je ne peux m'empêcher d'y voir un désordre horrible et excessif. L'homme qui l'a abattu était certainement fou, mais sa folie même l'a trahi. Le désir secret de tuer devait déjà sommeiller en lui auparavant. Je pourrais aller jusqu'à en avoir pitié puisque telle était sa nature. Pourtant j'essaierai toujours de l'éliminer, parce qu'il m'est impossible de supporter qu'un être ainsi constitué puisse continuer à tuer et à détruire. Je ne pense pas qu'il en reste un autre de son espèce dans la forêt, mais je suis devenue aussi méfiante que ma chatte. Mon fusil chargé est toujours suspendu au mur, et je ne fais pas un pas dehors sans mon couteau de chasse aiguisé. J'ai beaucoup réfléchi à toutes ces choses et je suis même parvenue à comprendre les meurtriers. La haine qu'ils ressentent envers tout ce qui peut engendrer une vie nouvelle doit être terrible. Je le comprends mais je dois me défendre contre eux, moi personnellement. Il n'y a plus personne qui puisse me protéger ou travailler à ma place et me permettre ainsi de me livrer à mes spéculations sans être dérangée.
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Videos de Marlen Haushofer (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marlen Haushofer
Retour en vidéo sur la présentation des coups de coeur de nos libraires pour la rentrée littéraire 2018 !
Merci aux 50+ les participants de notre première rentrée littéraire. Retrouvez la liste des livres présentées sure notre site : https://www.librairiemartelle.com/239-a-la-une-presentation-rentree-litteraire.html
Fabien présente « Frère d?âme » DAVID DIOP - ÉDITIONS SEUIL https://www.librairiemartelle.com/98022-litterature-francaise-grand-format-frere-d-ame.html
Fabien présente « Et j'abattrai l'arrogance des tyrans » ABDECKER MARIE-FLEUR - ÉDITIONS FORGES VULCAIN https://www.librairiemartelle.com/99950-romans-historiques-et-j-abattrai-l-arrogance-des-tyrans.html
Alice présente « En nous beaucoup d'hommes respirent » MARIE-AUDE MURAIL - ÉDITIONS ICONOCLASTE https://www.librairiemartelle.com/101058-litterature-francaise-grand-format-en-nous-beaucoup-d-hommes-respirent.html
Alice présente « Arlo Finch » JOHN AUGUST - ÉDITIONS MILAN https://www.librairiemartelle.com/103929-romans-11-et-plus-arlo-finch--tome-01---le-mystere-des-longs-bois.html
Sophie présente « Le malheur du bas » INES BAYARD - ÉDITIONS ALBIN MICHEL https://www.librairiemartelle.com/99441-litterature-francaise-grand-format-le-malheur-du-bas.html
Sophie présente « Trancher »   AMÉLIE CORDONNIER - ÉDITIONS FLAMMARION https://www.librairiemartelle.com/100691-litterature-francaise-grand-format-litterature-francaise---trancher.html
Pierrick présente « Les enfants de coeur » HEATHER O'NEILL - ÉDITIONS SEUIL https://www.librairiemartelle.com/98019-litterature-etrangere-grand-format-les-enfants-de-coeur.html
Pierrick présente « La vraie vie » DIEUDONNE ADELINE - ÉDITIONS ICONOCLASTE https://www.librairiemartelle.com/101059-litterature-francaise-grand-format-la-vraie-vie.html
Pierrick présente « Trois fois la fin du monde » SOPHIE DIVRY - ÉDITIONS NOIR BLANC https://www.librairiemartelle.com/100106-litterature-francaise-grand-format-trois-fois-la-fin-du-monde.html
Pierrick présente « Le mur invisible » MARLEN HAUSHOFER - ÉDITIONS ACTES SUD https://www.librairiemartelle.com/52870-litterature--etrangere-format-poche-le-mur-invisible-babel-44.html
Clémentine présente « Le manuel de survie à l'usage des jeunes filles » MICK KITSON - ÉDITIONS MÉTAILLÉ https://www.librairiemartelle.com/101280-litterature-etrangere-grand-format-manuel-de-survie-a-l-usage-des-jeunes-filles.html
Clémentine présente « Dans la forêt » HEGLAND JEAN - ÉDITIONS GALLMEISTER https://www.librairiemartelle.com/35864-litterature-etrangere-grand-format-dans-la-foret.html
Clémentine présente « My absolute darling » TALLENT GABRIEL - ÉDITIONS GALLMEISTER https://www.librairiemartelle.com/70704-litterature-etrangere-grand-format-my-absolute-darling.html
Clémentine présente « Lèvres de pierre » NANCY HUSTON - ÉDITIONS ACTES SUD https://www.librairiemartelle.com/99056-litterature-francaise-grand-format-levres-de-pierre---nouvelles-classes-de-litterature.html
Anne présente « Capitai
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