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Alzir Hella (Traducteur)
EAN : 9782246087151
383 pages
Éditeur : Grasset (01/04/2002)

Note moyenne : 4.31/5 (sur 805 notes)
Résumé :
A la veille de la Première Guerre mondiale, un jeune officier pauvre, en garnison dans une petite ville autrichienne, est pris de pitié pour une jeune infirme riche. De cette pitié dangereuse découlera l'amour fou que porte Edith de Kekesfalva au lieutenant Anton Hofmiller.
Cet amour impossible finira tragiquement, dans l'évocation nostalgique d'une société bientôt condamnée par l'histoire.
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Critiques, Analyses et Avis (103) Voir plus Ajouter une critique
enjie77
  22 avril 2020
« Même aujourd'hui, après des années, je n'arrive pas à fixer la limite où a fini ma maladresse et où a commencé ma faute. Il est probable que je ne le saurai jamais. »
Dans son unique roman, « Ungeduld des herzens », écrit en 1939, Stefan Zweig nous met en présence de l'Intendant Anton Hofmiller, qui, on peut l'imaginer, le front soucieux, ressent le besoin de s'épancher. Il nous raconte l'histoire qui aura meurtri toute son existence.
Nous sommes en mai 1914, peu avant la Première guerre mondiale et la fin de l'Empire austro-hongrois. Il est alors âgé de vingt-cinq ans. Issu d'une famille de fonctionnaires sans le sou, devenu par nécessité lieutenant au Xème régiment de Uhlans dans une petite ville de garnison pas très loin de Vienne et de Budapest, il s'ennuie. Il n'y a rien de plus ressemblant à une ville de garnison qu'une autre ville de garnison. L'emploi du temps de chaque habitant est réglé comme du papier à musique jusqu'à l'heure de la promenade du chien, la monotonie des habitudes est quotidienne, tout le monde connait tout le monde jusqu'à la couleur du chapeau que telle dame porte en été ou en hiver.
A l'occasion d'une partie d'échec, Anton s'en ouvre au pharmacien de la ville. Ce dernier lui propose de l'introduire auprès de Monsieur de Kekesfalva, l'homme le plus riche de la région, propriétaire du château de cette commune, et qui se fait toujours un plaisir de recevoir des officiers.
Deux jours plus tard, c'est avec fierté que le pharmacien lui apporte une carte qui prie Monsieur le lieutenant Hofmiller de bien vouloir venir dîner le mercredi de la semaine suivante, à huit heures.
Le soir convenu, Anton revêt son bel uniforme, ses gants et ses souliers neufs mais un contretemps stupide le met en retard. « On devrait être superstitieux et prêter une plus grande attention aux petits signes que nous fait le destin ».
Lors de ce somptueux dîner, Anton est subjugué par le faste de la soirée, ravi de se retrouver en si belle compagnie, il se grise de valses et en oublie d'inviter la fille de Monsieur de Kekesfalva. Contrarié par son impair, il s'empresse d'aller inviter la jeune fille qui se tient assise à l'écart. C'est au moment où Anton s'incline devant la jeune Edith avec insistance, qu'il commet la terrible méprise. La jeune fille est paralysée. Honteux, confus, Anton quitte précipitamment le château. le lendemain, rongé par sa conscience, il éprouve le besoin de se faire pardonner et lui fait adresser des fleurs. Touchée, Edith lui répond par une invitation à prendre le thé.
Et c'est ainsi que démarre ce que Zweig appelle « le grand empoisonnement par la pitié ».
Quelle finesse, quelle écriture, quelle sensibilité ! Zweig décortique un à un les mécanismes de la pitié, les ressorts sur lesquels elle s'appuie : l'honneur, la parole donnée, l'orgueil, la peur d'être cruel, la naïveté, la bonté, le besoin de reconnaissance, l'altruisme, la compassion. le lecteur assiste impuissant à l'infernal engrenage dû à la culpabilité, à la pitié. Mr de Kekesfalva, comme tout l'entourage d'Edith, redouble d'attentions à l'égard d'Anton. Edith est aussi une jeune fille très éprouvée par la maladie. Son entourage, consumé par un sentiment de culpabilité, ne sait rien lui refuser. Elle en devient une jeune fille capricieuse voire par moment convulsive.
Ce cocktail de sentiments, d'émotions, ôte à Anton tout libre arbitre, tout discernement, il devient esclave de sa pitié même si par moment, il tente de se libérer. Rien ne peut empêcher le piège de se refermer doucement. le lecteur visualise cette toile d'araignée qu'Anton, malgré lui ou à cause de lui, tisse inéluctablement autour de sa personne jusqu'à l'irrémédiable.
La grande force de Zweig, c'est cette capacité à soumettre son lecteur à sa question, à l'étude d'un cas de conscience. L'intensité et la beauté de son écriture immerge celui-ci dans les profondeurs de l'introspection.
C'est toujours un grand moment de lecture qu'un livre de Stefan Zweig et parfois, pour moi, cela peut devenir une véritable épreuve non dans le mauvais sens du terme, loin de là, mais plutôt comme un dédoublement de ma personnalité où la puissance de l'écriture me phagocyte, il n'y a plus aucune distance entre le récit et moi.
Personnellement, je me substitue à Anton, je l'accompagne psychologiquement, j'anticipe ses réactions comme je les désapprouve, je me tourmente avec lui, je suis comme un adhésif qui ne peut se détacher de lui, je m'embourbe avec lui, je réfléchis, et la tension monte crescendo, le piège se referme sur Anton, je suis projetée dans un tourbillon et je sors épuisée de ma lecture.
Dans ce roman, j'y retrouve la même puissance que dans la nouvelle « La Confusion des sentiments ». Même tragédie où l'amour est inavoué comme il peut être un amour inavouable. Et même si le lecteur subodore la chute, le pouvoir des mots l'entraîne inéluctablement vers des sommets vertigineux et c'est ahuri qu'il sort de sa lecture.

Extrait d'un conte des mille et une nuits : Dans ce conte, le vieillard appelle le jeune homme d'une voix désespérée : il le supplie de le prendre sur ses épaules. le jeune homme a pitié, il se penche sur le vieillard, le soulève et le met sur son dos. Mais ce soi-disant paralysé est en réalité un djinn, un mauvais esprit, un fourbe enchanteur. Et à peine est-il assis sur les épaules du jeune homme qu'il serre brusquement ses cuisses velues autour de la gorge de son bienfaiteur qui ne peut plus s'en délivrer. Impitoyable, il en fait sa bête de somme, il le fouette, le fouette sans cesse sans lui accorder aucun répit. Et le malheureux doit le porter où l'autre l'exige, désormais il n'a plus de volonté propre, victime de sa pitié ».
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fredho
  16 septembre 2013
1913 dans une petite ville d'Autriche, un jeune officier Anton Hofmiller est invité au bal organisé par l'homme le plus riche de la région, le vieux Comte de Kekesfelva. Au cours de la soirée Anton décide par politesse d'inviter à danser la fille du Comte, Edith. Malheureusement il commet une bourde car la jeune fille est paraplégique, aussi, affectée par sa demande, Edith s'effondre en larmes devant les invités. Honteux, le jeune officier panique et s'enfuit.
Rongé par la culpabilité Anton envoie des fleurs à Edith afin de se racheter, délicate attention qui lui vaut une nouvelle invitation au château de Kekesfelva. Pris de pitié par l'infirmité de la jeune fille, il multiplie ses visites et finit par occuper une place importante au sein de cette richissime famille. Sous le charme du sympathique officier, Edith tombe follement amoureuse de lui.
Face à l'emprise de la famille de Kekelfelva, Anton Hofmiller est dépassé par la situation et essaie d'échapper à Edith, mais prisonnier de sa pitié, inconstant, immature, il va enchaîner les maladresses et plonger dans un indicible engrenage qui mènera cette histoire au drame inéluctable.
Hofmiller victime de sa pitié nous raconte son infernale histoire et nous fait partager son analyse et ses émotions ce qui nous met en position de juge.
Pour le coup j'ai été un peu agacée par le personnage de Hofmiller, sa gentillesse apparaît plus comme de la lâcheté, il n'ose pas refuser de peur d'offenser ce qui prouve bien son manque de courage (on est quelque fois plus souvent gentil par lâcheté que par bonté !).
En revanche j'ai beaucoup aimé Edith, c'est le personnage fort de ce roman, malgré sa personnalité impulsive, lunatique, hystérique et pleine d'aigreur, elle émane une profonde sincérité, elle ne cache rien et dévoile ses états d'âme sans duplicité. La jeune fille est plus torturée par le fait que son entourage éprouve de la pitié à son égard que par la paralysie de ses jambes. Mais Edith essaie de s'accrocher à la vie, et son amour passionnel et violent pour le jeune officier devient sa raison de vivre, son souffle, sa force, son espoir voire sa guérison...
Dans ce roman Stefan Zweig scrute le thème de la pitié et ses dangers, mais il décortique également avec talent les faiblesses les plus inavouables de l'être humain. J'ai été happée par cette lecture, bouleversée par la psychologie des personnages, même si ce roman dégage beaucoup de noirceur, de négativité et de pessimisme Zweig nous démontre une fois de plus que l'Homme est faible mais reste malgré tout humain.
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Levant
  06 janvier 2016
Autant l'amour peut être spontané et inconditionnel, autant la pitié est un élan du coeur qui doit être maîtrisé, au risque de devenir dévastateur. Cette mise en garde est celle que le docteur Condor adresse à Anton Hofmiller. Ils sont l'un et l'autre deux personnages parmi ceux de ce qui restera à jamais comme le seul roman achevé de Stefan Zweig: La pitié dangereuse.
Le hasard a voulu qu'à peine parvenu au point final de ce livre, je m'engage dans une autre lecture que, dès les premières dizaines de pages, je pressens déjà comme un autre grand moment de prospérité intellectuelle. Je veux parler de "L'insoutenable légèreté de l'être" de Milan Kundera. Je sais, vous allez me dire qu'il était temps. Mais même si j'ai pris de l'âge, je me plais à clamer que je ne suis encore qu'un nouveau-né en matière de littérature. Je m'en convaincs tous les jours en observant les quantités d'ouvrages qui me toisent du haut des rayons de mes librairies préférées.
J'invoque le hasard en pareille circonstance, car dans l'ouvrage de Kundera, de pitié il est aussi question. Elle n'en constitue certes pas le thème principal, mais elle y est évoquée en ce contexte et ces termes : "le mot compassion signifie que l'on peut regarder d'un coeur froid la souffrance d'autrui; autrement dit: on a de la sympathie pour celui qui souffre. Un autre mot qui a à peu près le même sens, pitié, suggère même une sorte d'indulgence envers l'être souffrant. Avoir de la pitié pour une femme, c'est être mieux loti qu'elle, c'est s'incliner, s'abaisser jusqu'à elle." Je n'augure pas de collusion entre cet ouvrage et celui de Stefan Zweig, mais le hasard m'aura fait ce clin d'oeil. De hasard d'ailleurs il est beaucoup question dans l'ouvrage de Milan Kundera.
"S'abaisser jusqu'à elle". C'est sans doute l'expression qui traduit le mieux la douleur d'Edith de Kekesfalva, la jeune héroïne malheureuse du roman de Stefan Zweig. Ce dernier dépeint la tyrannie avec laquelle son infirmité a irrémédiablement déclassé la jeune fille par rapport à son entourage, alors que sa beauté et sa position sociale lui laissaient briguer une autre position, vis-à-vis d'éventuels soupirants en particulier. Cruauté du sort.
La pitié dangereuse est un ouvrage qui se lit en une respiration. Il piège son lecteur dans une apnée de l'esprit qui le déconnecte de son environnement. L'aventure sentimentale que vit son héros, Anton Hofmiller, est une forme de dilemme cornélien. Celui que s'est infligé, sans y prendre garde, un jeune officier de la société très codifiée de l'Autriche-Hongrie à la veille de la première guerre mondiale. Il est devenu prisonnier de sa pitié, comme l'est de son fauteuil celle qui a suscité sa compassion, alors que les codes moraux de la condition de celui-ci lui commandaient de ne pas sacrifier son honneur, en prêtant à penser par exemple qu'il aurait pu marchander ses sentiments pour acheter une position sociale. Sa propre liberté est elle aussi en question dans cet élan spontané.
Voilà un ouvrage qui vous pousse dans les retranchements de vos émotions. Certains passages vous font les jambes de plomb. Ils parviennent à vous installer dans l'esprit d'un corps privé de sa mobilité. On y apprend la dépendance, l'impossibilité pour une personne de se porter à la rencontre de celle que son coeur a choisie, d'être réduite à attendre son bon vouloir, "enchaînée à la terre" qu'elle est par son handicap. On y apprend l'univers rétréci aux murs d'une pièce. On y apprend le désespoir, la révolte et le sentiment d'injustice qui endeuillent le coeur d'une adolescente lorsqu'elle perd l'usage de ses jambes.
C'est bien évidemment et sans surprise, comme son titre le présage, l'exploration du sentiment de la pitié, qui constitue le thème central de ce roman. Stefan Zweig dresse une véritable autopsie de cette "maudite vague de compassion" lorsque de "force dévouée" elle devient "faiblesse meurtrière". On y découvre comment le piège s'est refermé sur le jeune officier, lorsque sa volonté de bien faire est payée en retour par le harcèlement d'une passion dévorante. Elle le surprend et le laisse désarmé : "Jamais, dans mon innocence, je n'aurais pu imaginer que les disgraciées de la nature, elles aussi, osassent aimer."
Le médecin traitant de la jeune paralytique, le docteur Condor, en thérapeute averti, sait qu'à défaut de déboucher sur le sacrifice entier de son auteur par un dévouement total et inconditionnel, la pitié reste "molle et sentimentale". Le remède devient poison. Le malade s'accoutume à la pitié comme la douleur à la morphine. Les doses augmentées n'y suffiront jamais. C'est un cercle de perdition.
Il est des auteurs qui ont une capacité supérieure à analyser et comprendre les sentiments, la psychologie de leurs semblables. Stefan Zweig est de ceux-là. Sa force inspiratrice lui confère une puissance évocatrice stupéfiante. La fluidité de son texte autorise une appropriation immédiate de celui-ci par le lecteur, pour son plus grand confort intellectuel. Le résultat est une forme de rêve littéraire éveillé. C'est prodigieux.
Ce genre de littérature grandit son lecteur. La contrepartie est toutefois qu'elle grandit plus vite les sommets de la culture qui le surplombent.
Plus je grandis, plus je rapetisse. J'en ai marre. Demain j'arrête de lire. Enfin, peut-être pas. On verra. Pour le moment j'ai rendez-vous avec Kundera.
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AgatheDumaurier
  06 juin 2016
"Qu' allait-il faire dans cette galère ?", telle est la réplique qui nous obsède pendant toute la lecture du livre.
Anton Hoffmiller, jeune lieutenant de l armée d Autriche, a commis une sacrée boulette chez ceux qu' il croit une aristocrate famille hongroise : il a invité la jeune héritière à danser alors qu' elle est paralysée, entrainant chez elle une crise d' hystérie. Extrêmement gêné, pris de pitié pour la pauvre enfant, il lui envoie des fleurs puis vient s excuser. On l accueille avec chaleur, on lui signifie son importance, on le flatte, lui seul sait redonner le sourire à Édith, lui seul la soulage, le papa lui baise les mains, on le couvre de cadeaux, de compliments, de bons repas ...Notre lieutenant ne se sent plus, c est beaucoup mieux que la caserne, il se sent reconnu, utile...Il ne voit rien du piège qui se referme autour de lui ...Car bientôt Édith en fait son alpha et son oméga, elle le veut, et papa ne veut rien lui refuser. le problème, c est qu'Anton ne veut plus. Il voulait juste aider, par compassion, rien d autre. Mais la passion d Édith, il n en veut pas, elle lui fait horreur, lui parait contre nature. Il recule, mais tous ceux qui s occupent d Édith lui mettent une pression quasi insoutenable.
Le père fait son Priam devant Achille, à genoux et sanglotant, prends ma fille ou elle meurt et je meurs avec elle.
Le docteur, j ai épousé une aveugle, ton devoir, c est de redonner espoir, tu dois rester auprès d Edithbou tu es un assassin. Tu seras un meurtrier.
Et Édith, corps souffrant mais enfant ultra gâtée, qui le harcèle sans relâche. Mais d un vrai harcèlement je veux dire...
Pauvre Anton. Comment peut-on il se sortir de ce guêpier tendu par un vieux filou, un médecin fanatique et une jeune fille complètement désaxée ?
Ma vision est peut-être un peu plus cynique que ce que j ai lu dans les critiques, mais c est que j ai expérimenté les principes du harcèlement, de la culpabilisation, et que je les retrouve tels quels chez Édith, le docteur et le père. Anton se laisse piéger. Il est jeune, influençable et trop sensible. Il pense découvrir la pitié, et c est vrai, mais c est aussi l'orgueil qu on manipule chez lui, l envie de compter et d être quelqu'un. Cependant il n' est rien pour eux, juste un jouet qu on manipule sans se préoccuper un instant de ce qui il ressent. Un jouet qu'on peut casser et qui ne comprendra jamais que, dans cette affaire, c' était lui la victime. Et c est pour ça, je pense, sa colère impuissante, son dégoût choquant d'Edith, ses fuites, ses impulsions sadiques. Il ne peut s avouer clairement qu'il les hait tous.
L enfer est pavé de bonnes intentions, mais aussi de mauvaises.
Génial roman tres noir, à lire absolument.
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mariech
  19 avril 2012
Autriche 1913 , Anton Hofmiller est officier dans l' Empire austo-hongrois .
Lors d'une soirée chez une famille aisée il rencontre la fille de se hôtes et l'invite à danser sans savoir qu'elle est paralysée ., ce soir là il s'enfuit bouleversé .
Pour se faire pardonner de son impair , il envoie un bouquet de fleurs à la jeune fille puis lui rend des visites de plus en plus fréquentes , par pitié .
Stefan Zweig analyse de façon remarquable les sentiments de pitié , c'est un romancier qui excelle à fouiller l'âme humaine et nous renvoie à nos propres failles .
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critiques presse (1)
Lexpress   05 juillet 2012
Avec une langue riche, l'auteur s'emploie à dérouler une histoire d'amour tragique, mêlant finesse psychologique et fond historique.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (170) Voir plus Ajouter une citation
JoohJooh   14 septembre 2015
Pas un instant l’idée ne m’avait effleuré que sous cette couverture qui l’enveloppait, respirait, sentait, attendait le corps nu d’une femme qui comme toutes les autres désirait et voulait être désirée. Jamais, avec mes vingt-cinq ans, je n’aurais pu imaginer que les disgraciées de la nature, les malades, les trop vieilles, les exclues elles aussi puissent oser aimer. Car un jeune homme inexpérimenté se représente presque toujours le monde d'après ses lectures ou des récits. Avant de vivre sa propre vie, son imagination travaille sur des images et des modèles étrangers. Dans les livres, les pièces de théâtre ou les films (où la réalité est représentée d'une façon souvent simpliste et superficielle) ce sont presque exclusivement les êtres jeunes, beaux, les élus, qui s'aiment. Aussi avais-je pensé (...) qu'il fallait être particulièrement séduisant, doué et favorisé par le sort pour attirer l'amour d'une femme.
+ Lire la suite
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enjie77enjie77   20 avril 2020
Respectueusement et la tête baissée, les gens formèrent la haie et une émotion visible s'empara d'eux lorsqu'ils s'aperçurent de l'infirmité d'Edith, qui s'avançait soutenue par Piszta et Ilona. Les gens simples sont toujours profondément émus lorsqu'ils voient que le malheur n'hésite pas à frapper aussi les riches à l'occasion. Il y eut des murmures et des chuchotements, puis les femmes apportèrent des cousins pour que la pauvre infirme pût s'asseoir le plus commodément possible, bien entendu au premier rang qui s'était vidé rapidement.
Il semblait presque que le curé célébrât pour nous la messe avec une solennité particulière. Je regardai par hasard Edith qui se trouvait à côté de moi et remarquai vraiment effrayé avec quelle brûlante ferveur elle priait. Jamais rien n'avait pu me faire supposer jusqu'alors, qu'elle eût reçu une éducation religieuse ou qu'elle fût pieuse. Or je constatais chez elle une manière de prier qui n'était pas, comme chez la plupart des gens, une habitude prise ; son visage blême, penché comme quelqu'un qui marche contre un vent violent, les mains accrochées au banc, son être replié en soi, ses lèvres murmurant d'une façon inconsciente, toute son attitude trahissait une vive tension intérieure. Parfois je sentais un léger tremblement du banc, tellement était grande la secousse que causait en elle l'exaltation de sa prière extatique. Je compris qu'elle demandait à Dieu d'exaucer un vœu précis. Et il n'était pas très difficile de deviner quel était ce vœu

page 186
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JoohJooh   28 août 2015
Ce ne sont pas les êtres bien portants, sûrs d'eux-mêmes, gais, fiers et joyeux qui aiment vraiment, - ils n'ont pas besoin de cela ! Quand ils acceptent d'être aimés, c'est d'une façon hautaine et indifférente, comme un hommage qui leur est dû. Le don d'autrui n'est pour eux qu'une simple garniture, une parure dans leurs cheveux, un bracelet à leur poignet, et non le sens et le bonheur de leur existence. Seuls ceux que le sort a désavantagés, les humiliés, les laids, les déshérités, les réprouvés, on peut les aider par l'amour. Et quand on leur consacre son existence, on les dédommage seulement de ce dont la vie les a privés. Et eux seuls savent aimer et se laisser aimer comme il faut: humblement et avec reconnaissance.
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JoohJooh   06 septembre 2015
Quand une femme se défend contre un amour qu'elle ne partage pas, elle ne fait qu'obéir à la loi de son sexe, le geste du refus lui est tout à fait naturel, et même quand elle se dérobe au désir le plus ardent, on ne peut la taxer de cruauté. Il en est, hélas ! tout autrement dans le cas où le destin inverse les rôles, quand une femme a vaincu sa pudeur jusqu'à manifester à un homme son amour et à le lui offrir, sans être certaine de trouver la réciproque, et que lui se cabre et reste froid ! Celui qui se refuse à une femme qui le désire, l'offense toujours dans sa fierté et la rend honteuse. [...] Immanquablement la résistance d'un homme devient alors cruauté et s'il refuse cet amour, il est coupable, sans avoir commis aucune faute.
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JoohJooh   03 septembre 2015
Mais moi on ne m'entendra jamais employer le mot "incurable". Jamais ! Je sais, l'homme le plus intelligent du XIXe siècle, Nietzsche, a dit: "Il ne faut pas vouloir guérir l'inguérissable." Mais c'est à mon avis la phrase la plus fausse et la plus dangereuse qu'il ait écrite, parmi tous les paradoxes qu'il nous a donnés à résoudre. C'est justement le contraire qui est vrai et je prétends, quant à moi, que c’est précisément l'inguérissable - comme on l'appelle - qu'il faut guérir si l'on devient médecin, et bien plus: j'ajouterai que c'est devant l'inguérissable que se montre le médecin. Le médecin qui accepte d'avance l'idée de l'incurabilité, déserte sa tâche, il capitule avant la bataille.
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Vidéo de Stefan Zweig
6 décembre 2009 :
Mot de l'éditeur : « Cest depuis cette seconde que je tai aimé. Je sais que les femmes tont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois-moi, personne ne ta aimé aussi fort comme une esclave, comme un chien , avec autant de dévouement que cet être que jétais alors et que pour toi je suis restée. Rien sur la terre ne ressemble à lamour inaperçu dune enfant retirée dans lombre ; cet amour est si désintéressé, si humble, si soumis, si attentif et si passionné que jamais il ne pourra être égalé par lamour, fait de désir, et, malgré tout, exigeant, dune femme épanouie. »
Un amour total, passionnel, désintéressé, tapi dans lombre, nattendant rien en retour que de pouvoir le confesser. Une blessure vive, la perte dun enfant, symbole de cet amour que le temps na su effacer ni entamer. Lêtre aimé objet dune admiration infinie mais lucide. Une déclaration fanatique, fiévreuse, pleine de tendresse et de folie. La voix dune femme qui se meurt doucement, sans sapitoyer sur elle-même, tout entière tournée vers celui quelle admire plus que tout. La voix dune femme qui sest donnée tout entière à un homme, qui jamais ne la reconnue. Avec Lettre dune inconnue, Stefan Zweig pousse plus loin encore lanalyse du sentiment amoureux et de ses ravages, en nous offrant un cri déchirant dune profonde humanité. Ici nulle confusion des sentiments : la passion est absolue, sans concession, si pure quelle touche au sublime.
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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