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Alzir Hella (Traducteur)Olivier Bournac (Traducteur)Brigitte Vergne-Cain (Traducteur)Gérard Rudent (Traducteur)Romain Rolland (Préfacier, etc.)
ISBN : 2253057541
Éditeur : Le Livre de Poche (01/10/1991)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 1102 notes)
Résumé :
Dans Amok, publié en 1922, est suggéré un bon, usage de l'exotisme : c'est d'abord de rendre problématique le confort d'une formule de croisière... Pour éprouver; en soi et partout autour, la présence d'un royaume primitif, puissant et mystérieux, le royaume de l'Autre, de l'Inhumain, de la Mort... et devenir ainsi un authentique exote (un en -, dehors », un « hors-venu ») sachant « parler et parler longtemps avec toutes les bouches, dans la nuit ». VICTOR SEGALEN, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (110) Voir plus Ajouter une critique
Jmlyr
  31 décembre 2017
Si un soir de réveillon, après avoir abusé de boisson, vous vous trouvez pris par "l'Amok", je vous souhaite de ne jamais vivre ce qu'a vécu le héros de cette terrible nouvelle.
J'ai eu l'amok, j'ai couru comme une folle au fil des pages, enchainant les feuillets comme l'on enchaine les kilomètres, avec l'angoisse montante et oppressante que sait nous insuffler Zweig.
Je ne me suis pas identifiée à ce médecin, mais j'ai tout ressenti, une fois de plus avec ce style précis qui fait mouche, qui me touche, et me laisse une fois de plus
l'âme KO, à défaut de l'âm'OK !
Je ne résumerai pas l'histoire, d'autres l'ont fait, mais je poursuis ma découverte de cet auteur sublime qui fait se déployer sous nos yeux les tourments de l'humain et sonder les travers des labyrinthes intérieurs avec la précision d'un horloger...
…en parlant d'horloge, je vous dis à tous à l'année prochaine, même si de l'autre côté du globe certains y êtes déjà !
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Osmanthe
  01 mars 2015
Le narrateur rencontre sur un navire de croisière un homme étrange qui reste caché dans la nuit...Il va lui raconter ses déboires. Médecin, ses tendances masochistes se révèlent devant les femmes. Une première fois, il va détourner de l'argent pour l'une d'elles, ce qui l'obligera à s'exiler d'Allemagne vers la Malaisie coloniale. Une fois là-bas, une belle, fière et riche anglaise vient le trouver pour lui demander secours...Elle est enceinte...mais manifestement pas de son mari, qui rentre de voyage dans quelques jours. Avorter est plus qu'une nécessité, une question d'honneur, et même de vie ou de mort...
Lui est ébranlé, mais son esprit sado-masochiste se manifeste, pour réclamer un prix à payer pour ce service, en nature...
A partir de cette demande va s'engager un bras de fer impitoyable entre les protagonistes, entre cette "dame de fer" obsédée par la sauvegarde de son honneur et cet homme dont l'esprit est miné, tourmenté par des sentiments ambivalents d'amour et de haine...qui se croit lui-même, depuis sa rencontre avec cette femme obsédante, amok, ravagé par une folie furieuse et meurtrière propre aux autochtones...
Dans cette longue nouvelle, Zweig installe dès le départ une atmosphère oppressante...D'abord la mystérieuse et quasi inquiétante entrée en contact de ce médecin, sur le bateau, avec le narrateur principal...Puis lorsque le médecin entame son récit de son histoire en Malaisie, le malaise (sans jeu de mots) nous gagne. L'ambiance devient étouffante, moite, ça transpire le drame à venir...
La progression de la tension est impressionnante, mise en relief par une maîtrise extraordinaire de la construction du récit et de la forme : le médecin, par l'emploi du "je" exprime ce qu'il ressent en direct, bizarre impression d'être comme au coeur d'un reportage de guerre en totale insécurité...sauf que la guerre ici est aussi à l'intérieur du corps et de l'âme du narrateur. Et puis quelle maestria pour, entre les moments d'emballements furieux, ralentir comme pour zoomer sur chaque plan dans les confrontations-clés entre les deux êtres déchirés : la première rencontre, la scène de la réception...
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, qui bien qu'écrite en 1922, m'a semblé sonner encore par son style d'écriture et son rythme comme les oeuvres de Stendhal ou Mérimée, même si, sans doute pour servir cette nécessité de mise sous tension du lecteur, certains mots comme "horreur" sont un peu employés trop facilement et trop souvent.
Pour moi un petit bijou, qui se prêterait bien à une nouvelle adaptation au cinéma ! Sauf erreur, la dernière date de 1982.
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Foxfire
  27 décembre 2016
J'ai beau adorer lire, et ce depuis l'enfance, j'ai de grosses lacunes, je le confesse. La faute en revient sans doute en grande partie à de mauvais professeurs (ou des professeurs découragés) qui m'ont donné envie de fuir les grands noms classiques pour aller me réfugier chez King, Barker et consorts. Je n'avais jamais lu Zweig et j'avoue que c'est en moonwalk que je me suis lancée dans la lecture d'Amok qui devait me permettre de remplir la lettre Z du challenge ABC. C'est tout l'intérêt de ces challenges, nous pousser à plus de curiosité, nous inciter à dépasser nos a priori.
A priori qui, dans le cas d'Amok, ont été complètement balayés. Je craignais de m'ennuyer. Il n'en est rien. J'ai été bluffée par le sens de la narration de l'auteur. Les récits sont parfaitement menés, ce sont des modèles de construction narratives.
L'écriture est superbe. L'intrigue de "la ruelle au clair de lune" m'a un peu moins emballée que le très bon "Amok" ou la sublime "lettre d'une inconnue" mais là aussi j'ai été séduite par le style. C'est tellement bien écrit ! Et les personnages sont si finement ciselés...
Outre la construction narrative et le style parfait de l'auteur, les 3 récits du recueil brillent par leur profondeur psychologique. Dans ces histoires, Zweig dissèque les affres de la passion. Ici, il n'est pas question d'amour simple et tranquille, l'amour n'apporte pas la paix. Au contraire, c'est un sentiment violent où se mêlent humiliation et souffrance, et qui peut conduire à la folie.
J'ai été totalement séduite par ce recueil de nouvelles. J'ai été emballée par le style de l'auteur et son romanesque incandescent. Il ne fait aucun doute que je lirai d'autres oeuvres de Zweig.
Challenge ABC 2016-2017 - 11/26
Challenge 14-68 entre 2 points de bascule - 1
Challenge Petits plaisirs 2016 - 51
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valleg
  15 février 2013
Est-ce qu'un jour je serai déçue par un récit de Zweig ? J'en doute, et c'est tant mieux, mais bon allez savoir, pour peu que l'Amok me prenne moi aussi un de ces quatre matins…
Donc, j'ai adoré ce recueil de nouvelles.
J'ai retrouvé la finesse de l'analyse psychologique de Zweig que j'ai tant apprécié dans ses romans. Je sais qu'il était ami de Freud qui a dû bien le briffer, mais comme même ; réussir à décrire si justement les profondeurs de l'âme humaine dans ses obsessions, sa déraison, ses passions, ça me stupéfie chaque fois. On sent tellement d' humanité chez cet auteur.
Et puis ce sens de la construction, ce sens dramatique, la beauté des métaphores, la musicalité de son écriture. C'est somptueux.
Je vais vous dire, bien que le thème de ce recueil ne s'y prête guère, j'en suis sortie merveilleusement apaisée par tant de perfection et de beauté.
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paroles
  26 avril 2014
Où nous mène la passion ? Jusqu'à la folie parfois. Et c'est bien là que nous emmène cette fois-ci Stefan Zweig.
Tout-à-coup, sans crier gare, elle s'empare de nous. Elle nous fait faire tout et n'importe quoi. Cette passion dévorante, cette rage qui détruit tout sur son passage et nous pousse à commettre des actes irréfléchis. Et quand le coup de folie passé, nous nous penchons sur nos actes irraisonnés, il ne nous reste que le remords qui nous ronge jusqu'à l'épuisement.
Encore une fois, Stefan Zweig réussit magistralement à décrire les sentiments que traverse son malheureux héros, dont on ne connaîtra ni le nom, ni l'âge, sinon qu'il fut médecin et refusa de pratiquer l'avortement demandé par une jolie femme.
Il est minuit docteur... La confession commence. Les sentiments s'entrechoquent. le vertige hésite entre la haine, la passion, le devoir...

Sur le divan de Stefan Zweig, pour une autre psychanalyse... J'y cours.
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Citations et extraits (93) Voir plus Ajouter une citation
JmlyrJmlyr   30 décembre 2017
Je respirais, délivré, en toute sérénité ; et, avec une volupté neuve, je savourais sur mes lèvres, comme un pur breuvage, l'air moelleux, clarifié et légèrement enivrant qui portait en lui l'haleine des fruits et le parfum des îles lointaines. Maintenant, pour la première fois depuis que j'étais à bord du navire, le saint désir de la rêverie s'empara de moi, ainsi que cet autre désir, plus sensuel, qui me faisait aspirer à livrer, comme une femme, mon corps à cette mollesse qui me pressait de toutes parts.

Page22
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gouelangouelan   03 mai 2018
J'étais toujours occupée de toi, toujours en attente et en mouvement ; mais tu pouvais aussi peu t'en rendre compte que de la tension du ressort de la montre que tu portes dans ta poche, et qui compte et mesure patiemment dans l'ombre tes heures et accompagne tes pas d'un battement de cœur imperceptible, alors que ton hâtif regard l'effleure à peine une seule fois parmi des millions de tic-tac toujours en éveil.

Lettre d'une inconnue.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   18 novembre 2016
[...] par l'entrebâillement d'une porte, brille la chair nue sous des chiffons dorés. [...] Les matelots ricanent quand ils se rencontrent en ce lieu; leurs regards mornes s'animent d'une foule de promesses, car ici, tout se trouve : les femmes et le jeu, l'ivresse et le spectacle, l'aventure, grande ou sordide. Mais tout cela est dans l'ombre; tout cela ne se passe qu'à l'intérieur, et cette apparente réserve est doublement excitante par la séduction du mystère et de la facilité d'accès. Ces rues sont les mêmes à Hambourg qu'à Colombo et à la Havane; elles sont les mêmes partout, comme le sont aussi les grandes avenues du luxe, car les sommets ou les bas-fonds de la vie ont partout la même forme; ces rues inciviles, émouvantes par ce qu'elles révèlent et attirantes par ce qu'elles cachent, sont les derniers restes fantastiques d'un monde au sens déréglés, où les instincts se déchaînent encore brutalement et sans frein, une forêt sombre de passions, un hallier plein de bêtes sauvages. Le rêve peut s'y donner carrière. La Ruelle au Clair de Lune
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cmpfcmpf   13 janvier 2015
Quels rêves alors n’ai-je pas faits ! Je voulais apprendre les langues et lire les livres sacrés dans le texte original, étudier les maladies, faire de la recherche ; je voulais sonder l’âme des indigènes – oui, c’est ainsi qu’on dit dans le jargon européen –, bref, devenir un missionnaire de l’humanité et de la civilisation. Tous ceux qui viennent de ce côté font le même rêve. Mais dans cette serre étouffante, là-bas, qui échappe à la vue du voyageur, la force vous manque vite ; la fièvre – on a beau avaler autant de quinine que l’on peut, on l’attrape quand même, elle vous dévore le corps ; on devient indolent et paresseux, on devient une poule mouillée, un véritable mollusque. Un Européen est, en quelque sorte, arraché à son être quand, venant des grandes villes, il arrive dans une de ces maudites stations perdues dans les marais ; tôt ou tard, chacun reçoit le coup fatal : les uns boivent, les autres fument l’opium, d’autres ne pensent qu’à donner des coups et deviennent des brutes ; de toute façon, chacun contracte sa folie.
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WolandWoland   07 novembre 2017
[...] ... Au port de Naples, se produisit alors ce curieux événement dont l'explication, je crois, se trouve dans le récit de l'étranger. Le soir, la plupart des passagers avaient quitté le bord, moi-même j'étais allé à l'Opéra et ensuite dans un des cafés lumineux de la Via Roma. Lorsque nous regagnions le navire en canot, je fus surpris de voir quelques barques, éclairées par des torches et des lampes à acétylène, faire le tour du vapeur en cherchant tandis qu'en haut, dans les ténèbres du bord, des carabiniers allaient et venaient mystérieusement. Je demandai à un matelot ce qui était arrivé. Il éluda ma question d'une façon m'indiquant immédiatement qu'il avait reçu l'ordre de se taire, et même le lendemain, lorsque le navire, son calme retrouvé, et sans la trace du moindre incident, se dirigea sur Gênes, on ne put rien apprendre. Ce fut plus tard, dans les journaux italiens, qu'il me fut donné de lire le récit romanesque d'un prétendu accident arrivé au port de Naples. On devait, disait-il, transborder du navire dans un canot, en pleine nuit, pour ne pas inquiéter les passagers par un tel spectacle, le cercueil d'une grande dame des colonies néerlandaises et l'on avait attendu la fin de toute animation sur le bâtiment. Alors qu'en présence du mari la bière glissait le long d'une échelle de corde, un corps lourd tomba soudain du haut du navire dans la mer, entraînant dans la chute cercueil, porteurs et mari. Un journal affirmait qu'un fou s'était précipité sur l'échelle depuis la coupée ; un autre brodait en disant que la corde supportant un poids par trop lourd s'était rompue ; quoi qu'il en fût, la compagnie de navigation semblait avoir pris ces mesures pour cacher les faits exacts. A l'aide de canots, et non sans difficultés, on était parvenu à sortir de l'eau, sains et saufs, les porteurs et le mari de la défunte ; par contre, le cercueil en plomb, ayant coulé immédiatement à fond, n'avait pu être retiré. La parution simultanée dans les journaux d'une autre et brève nouvelle annonçant qu'on avait repêché dans le port le cadavre d'un homme âgé d'environ quarante ans ne fut apparemment pas mise en relation par le public avec l'histoire romanesque du cercueil ; quant à moi, il me sembla, à peine avais-je lu ces lignes rapides, que derrière mon journal se montraient soudain, encore une fois, le masque blême et les lunettes étincelantes d'un fantôme. ... [...]
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