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EAN : 9782370551177
320 pages
Le Tripode (09/02/2017)
3.8/5   510 notes
Résumé :
Bandini, le héros de John Fante, a trouvé son héritier. C'est un branleur. Mais un branleur de génie !

1952. Dans une cafétéria juive à l'angle de Broadway et de la 86e rue, Jakob Bronsky, tout juste débarqué aux États-Unis, écrit un roman sur son expérience du ghetto pendant la guerre : Le Branleur !

Au milieu des clodos, des putes, des maquereaux et d'autres paumés, il survit comme il peut, accumulant les jobs miteux, fantasmant sous ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
3,8

sur 510 notes

Yassleo
  12 février 2016
Fuck America. Je traduis? Parce que ça ne me gêne pas de rendre service, j'ai fait anglais première langue : Brian is in the kitchen and fuck America. Première leçon si je ne m'abuse.
Bon, pas de Brian ici. Juste Jakob Bronsky. Fils de Nathan, celui qui fuck l'Amérique. Why me direz-vous? Because serais-je tentée de répondre.
La famille Bronsky est allemande, de confession juive. Dommage, car elle vit précisément dans les années 30-40 en Allemagne, à l'ère où fait pas bon être juif. Car le nazi a dit : le juif tu haïras, le juif tu brimeras, et sur le juif tu t'acharneras. Pourquoi? Parce qu'un p'tit hystérique, moustache proprette et raie soignée, était tout colère? Allez savoir. Mais je m'égare.
Bronsky père a mis du temps à comprendre, persuadé qu'on leur ficherait vite la paix aux juifs. Mais perdu. Même joueur joue encore : devant l'urgence de sauver sa famille des griffes du loup hitlérien, il demande alors asile auprès des States. Mais quota oblige, et file d'attente digne d'un premier jour de soldes, pas possible de poser la deutsche savate sur le sol américain avant début des années 50. La famille ne débarquera donc qu'en 1953 aux USA. Après les soldes. Fuck America.
Le roman se situe en cette année, du point de vue narratif de Jakob, le fils alors âgé de 27 ans (qui n'est autre qu'Edgar Hilsenrath himself).
Jakob survit, fraude et ne bosse que ce qu'il faut pour subvenir à l'essentiel de ses besoins : se loger, se nourrir, baiser. Et consacre son temps libre à écrire, dans un coin de la cafèt' des migrants, son bouquin salvateur et curatif au titre prometteur : le Branleur. Seule l'écriture lui permettra de se (re)construire.
Dialogues hors-normes, humour grinçant, et situations saugrenues : pas mieux pour témoigner de la rapide déconvenue sur l'American Dream. Roman largement autobiographique, Edgar Hilsenrath s'y dévoile, avec un ton détaché, un regard désabusé, froid, et un style sans détour. Ecriture à la Bukowski, la bibine en moins, le langage est souvent cru et le sexe tient bonne place. Mais derrière cette vulgarité et cette apparente désinvolture se cache un homme délicat, certes paumé et bonimenteur, mais troublant de sincérité.
Eeeet ouais! Y a pas que le zob à Jakob, y a son ptit coeur aussi. Et il faudra attendre les quatre derniers chapitres pour enfin connaître l'histoire de Jakob-Edgar vécue pendant la guerre.
Difficile toutefois de faire la part entre fiction et réalité dans cette oeuvre romancée. Lire une bio rapide d'Edgar Hilsenrath permet de démêler un peu tout ça. Ou lire le Branleur peut-être (alias Nuit du même auteur).
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Bookycooky
  22 septembre 2015
Fuck America! Une très bonne parodie des États-Unis ,si on peut appeler ça comme ça.Le titre tombe bien,vu que le premier mot vient en tête de liste des mots les plus utilisés par les américains dans la langue courante.
C'est l'histoire , en grande partie autobiographique, des déboires d'un jeune juif allemand,rescapé des camps, émigré aux États-Unis,dans le New-York des années 50.Sans le sous,quasi clodo,il écrit un livre et survit grâce à des petits boulots temporaires.
Avec un humour,qui souvent frôle le vulgaire(du moins à mon goût), mais qui fait quand même bien rire ,je dois l'avouer,des superbes anecdotes comme celles des restos de divers gammes où notre protagoniste s'approvisionne gratis grâce à des méthodes peu orthodoxes,des dialogues truculents à la Woody Allen( on est quand même dans le même milieu..)....,une prose flexible,mixte mais qui ne déraille jamais du contexte.L'auteur termine avec un épilogue grave ,mi-réalité,mi-fiction à la mémoire de la Shoah.
C'est un roman cinglant,désopilant,provocateur,généreux,qui ne laisse pas indifférent et qui se lit d'une traite.
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LiliGalipette
  12 mai 2013
Jakob Bronsky est un juif allemand, rescapé des ghettos, arrivé en Amérique au début des années 1950. Sans le sou, il vit de petits boulots et de combines plus ou moins légales. Au milieu des prostituées et des clochards des bas quartiers de New York, il ne pense qu'à écrire son roman sur son expérience de la guerre. « Quelque part dans mes souvenirs, il y a un trou. Un grand trou noir. Et c'est par l'écriture que j'essaie de le combler. » (p. 63) Outre sa plume, son sexe l'obsède et on le suit dans ses déambulations noctambules à la recherche d'une femme complaisante. « Mon besoin de sexe est directement lié à ma puissance créatrice, à la foi en mon génie artistique. » (p. 99)
Le roman s'ouvre sur la correspondance entre Nathan Bronsky, le père de Jakob, et le consul général des États-Unis d'Amérique en 1938. En quelques lettres très protocolaires, mais particulièrement grossières, on fait comprendre au père de famille juif qu'il n'y aura de la place aux USA pour lui et les siens qu'en 1953 et que, après tout, on se moque bien de ses problèmes avec les nazis. Amérique, terre d'accueil ? Mon cul, oui ! « À l'époque où nous avions besoin de l'Amérique, les portes étaient fermées. Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'elle. » (p. 33) Pour Jakob, finalement accueilli légalement outre-Atlantique, le ressentiment est un mode de pensée. Il n'y a pas de rêve américain pour les juifs émigrés et l'Holocauste est loin de leur avoir ouvert toutes les portes et attiré toutes les sympathies. « J'ai compris qu'il ne suffit pas de survivre. Survivre ce n'est pas assez. » (p. 271) Encore et toujours, on attend des juifs qu'ils gagnent leur place au soleil, plus durement que les autres.
Jakob est un sympathique baratineur et un charmant looser dont il est diablement agréable de suivre les errances malchanceuses dans la Grosse Pomme. Très solitaire, l'homme s'admoneste régulièrement et entretient des discussions imaginaires avec des personnalités réelles ou inventées. du fond de sa misère, il rêve à sa réussite en tant qu'homme de lettres et bête de sexe. Les dialogues sont percutants, du tac au tac, avec un aspect profondément théâtral. J'ai particulièrement apprécié l'originalité de la typographie, notamment l'emploi du haut de casse qui rythme le texte de phrases plus puissantes.
Largement autobiographique, ce roman est cynique et porte un regard dérangeant et iconoclaste sur la question juive. Comme son titre le laisse supposer, Fuck America est un texte qui ne s'embarrasse pas de pudeur ou de politiquement correct. Foutraque, mais particulièrement bien foutu, le roman se grignote avec un plaisir glouton. N'oubliez pas de lâcher un rot sonore à la fin de votre lecture, vous ferez plaisir à l'auteur !
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Sachenka
  02 juillet 2017
Histoire assez drôle, que ce Fuck America. Ce titre, il dit tout. C'est comme un pied de nez, mieux encore, un doigt d'honneur bien envoyé par l'auteur Edgar Hilsenrath. C'est d'autant plus bien senti qu'il s'agit d'une oeuvre en grande partie autobiographique. Ça donne le ton…
Justement, malgré le ton humoristique, l'auteur dénonce des situations très sérieuses et poignantes. On peut penser au sort des immigrants, bien sur, mais surtout de ceux qui se sont vu refuser l'accès à l'Amérique. Entre autres, dans les années 1930, de nombreux Juifs n'ont pas réussi à fuir l'Allemagne et l'holocauste parce que les États-Unis imposaient un quota. Oui, oui, pas plus de tant de Juifs ! Ainsi, Nathan Brodsky et son épouse sont restés sur le Vieux Continent et y sont morts, vous devinez comment. Toutefois, dans les années 1950, leur fils Jakob, un survivant, réussit à leur place. Fraichement débarqué, il expérimente une nouvelle forme de survie, au jour le jour, en mendiant, en volant, en mentant, en se débrouillant plutôt mal dans plusieurs petits boulots miteux. Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour une bouchée de pain. Je suis soulagé de ne pas l'avoir rencontré à ce moment, ce Jakob Bordsky. Eh oui ! La vie des émigrants aux États-Unis n'était pas aussi belle et glorieuse qu'on se le figurait. Et sans n'est pas beaucoup mieux aujourd'hui. Exit le rêve américain.
En lisant Fuck America, j'ai beaucoup ri. C'est que c'est drôlement intelligent. Sous couvert de péripéties burlesque, la critique très cynique de la société américaine est très présente, acerbe. le genre d'humour qui fait grincer les dents… En fait, c'en est une satire. Et pourquoi est-ce si criant de vérité ? Parce que c'est en partie autobiographique. Comme je l'écrivais plus haut, Edgar Hilsenrath s'est inspiré de plusieurs situations qu'il a lui-même vécues. le roman tombe également dans le grossier et le vulgaire à l'occasion. Mais bon, j'en ai vu d'autres, je ne m'offusque pas tant. Et c'est aussi ça, la vie.
Malgré toutes ces qualités appréciables, je ne peux pas dire que ce roman un coup de coeur. C'est qu'il y a des longueurs. Vers le milieu du roman, j'avais compris le principe (le sujet, le schéma) et, à partir de là, tout n'est que le prolongement qui s'étire et s'étire. Et, même si je me suis beaucoup amusé en sa compagnie, je ne peux pas dire que j'ai trouvé Jakob Brodsky particulièrement attachant ni que je l'ai complètement compris. D'autant plus que je me demandais constamment si, en tant que narrateur de sa propre histoire, il me mentait à moi aussi en plus de tous les autres personnages…
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Luniver
  26 mars 2014
En Allemagne en 1938, la famille Bronsky se sent menacée par les nazis, et demande un visa d'émigration d'urgence aux États-Unis. le consul refuse, arguant que le risque de mort ne remet pas en question les quota du pays, déjà largement atteints. Il leur promet tout de même une place pour 1953, avec la recommandation de bien préciser dans leur testament leur souhait de voir leurs cendres répandues au pays de l'Oncle Sam... le ton est donné !
Contre toute attente, la famille survit, et décide de profiter de la place qui leur est réservée, plus par provocation que par réelle utilité. Les deux premiers mots d'anglais qu'ils prononcent sont significatifs : « Fuck America ! »
La famille se sépare, et le fils, Jakob, vivote avec les autres laissés pour compte du rêve américain : des petits boulots, des combines foireuses et des escroqueries sans ambition lui permettent de gagner de quoi manger quelques jours. Jours dépensés à écrire son livre sur son expérience du ghetto, affectueusement titré« Le branleur », et à fréquenter les putes qui lui fournissent toute son inspiration.
Sur un sujet où les autres écrivains mettent deux paires de gants avant de commencer la première ligne, Hilsenrath écrit à coups de massue. L'humour est noir, et sa vision de la société qui l'entoure très cynique. À noter aussi une utilisation de la typographie dans l'écriture : taille du texte qui varie, passages en gras, etc. Ce roman est aussi atypique dans sa construction que dans la manière d'aborder son sujet. À conseiller si vous avez envie d'être un peu bousculé.
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Erik35Erik35   14 juin 2020
Je note rarement des choses dans mon journal intime. La plupart des feuilles sont vierges, ont un aspect énigmatique et dégagent des mystères : du papier blanc, à deux sous, de chez Woolsworths. Une fois seulement, fin juin, je me suis décidé à prendre quelques notes. J'ai écrit : hier, le 23 juin 1953, Jakob Bronsky a fini le CHAPITRE CINQ. LE BRANLEUR progresse. J'ai besoin d'un nouveau crayon. J'ai aussi besoin d'une femme. Plus j'écris, plus ma bite me démange. Mon besoin de sexe est immédiatement lié à ma puissance créatrice, à la foi en mon génie artistique. Malheureusement, les putains s'en fichent pas mal, et les jeunes filles "privées" encore plus. Jakob Bronsky ne compte pas. Son art est un manifeste. Il ne bouleverse personne. Sauf lui-même. Jakob Bronsky est un grand artiste encore ignoré du monde entier.

J'ai noté encore autre chose. J'ai écrit : il est inexact de dire qu'ici l'amour est uniquement une question d'argent. Celui qui dans ce pays désire une fille qui ne tapie pas et n'est pas une call-girl ou quelque chose dans le genre - une fille de l'autre espèce si l'on peut dire -, pour celui-là, l'amour dépend avant tout de l'aura de réussite qu'il est tenu, en tant qu'homme, de dégager. Si toi, Jakob Bronsky, tu devais rencontrer une telle fille, elle se posera les questions suivantes : Qui est Jakob Bronsky ? Pourquoi écrit-il dans une langue qui n'est pas «in» et qui n'est parlée que par quelques greenhorns ? Où ces gribouillages le mèneront-ils ? À rien, probablement; Que sait-il, Jakob Bronsky, de l'american way of life ? Sait-il, Jakob Bronsky, que seule la réussite compte, et rien d'autre ? Est-ce un mec qui écrase l'autre sans le moindre scrupule tout en croyant au bon Dieu ? Sait-il que notre monde est un monde paradisiaque ? Croit-il, Jakob Bronsky, à l'infaillibilité de notre système ? Connaît-il les idéaux de nos ancêtres, ceux arrivés avec le premier navire, le Mayflower, et que pense-t-il de la culture Coca-Cola ? Croit-il, Jakob Bronsky, au rêve américain ? Va-t-il un jour posséder une voiture flambant neuve, des costumes de prix, une maison ou un appartement à lui dans les quartiers en vogue de l'Eastside ? Ses revenus dépasseront-ils les cent cinquante dollars par semaine, de sorte qu'on puisse dire : celui-là, il vaut cent cinquante dollars, minimum ! Claquera-t-il, ne serait-ce qu'une fois, cent balles en une soirée par pure exubérance, juste pour me montrer qu'il en a les moyens ? M'invitera-t-il à Las Vegas ? Croit-il, Jakob Bronsky, à l'intérêt de devenir membre d'un Country Club et que fait-il pour y parvenir ? Va-t-il falloir que je subisse sa bite ? Est-ce que ça vaut le coup ? Car, au bout du compte, je voudrais me marier un jour, puisque c'est ce qu'on attend de moi. Car, au bout du compte, je voudrais aussi divorcer un jour pour encaisser ma pension alimentaire. Sera-t-il, Jakob Bronsky, un jour en mesure de payer une pension alimentaire, Jakob Bronsky, ce vieux clodo qui prétend avoir vingt-sept ans ? Non, Jakob Bronsky, tes gribouillages ne m'intéressent pas. Ta trique encore moins. Douche ta bite à l'eau froide !

Puis, j'ai noté une dernière chose. J'ai noté : Pour écrire le CHAPITRE CINQ, Jakob Bronsky a vécu neuf jours avec ce qui restait de son dernier dollar.
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LuniverLuniver   12 mars 2014
Je dis : « Vous pourriez manger un petit quelque chose. Peut-être un sandwich jambon-gruyère ? »
« Je ne mange pas de jambon », dit Monsieur Selig.
« Vous êtes pratiquant ? »
« Non. Pas du tout. Mais je ne mange plus de jambon depuis que les nazis m'en ont fourré de force dans la bouche. »
« Quand ça ? »
« 1940. À Varsovie. En Pologne sous l'Occupation. »
« Avant vous mangiez du jambon ? »
« Bien sûr. Nous n'étions pas pratiquants. »
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Erik35Erik35   12 juin 2020
D'habitude, les émigrants sont assis aux tables du devant, tout près de la grande vitrine de la cafétéria décorée de gâteaux géants en plastique de toutes les couleurs. Ils y sont tous les soirs, regardent Broadway illuminée et l'angle du côté ouest de la 86è, déconnent à propos des putes qui traînent dehors, pestent contre l'Amérique et le rêve américain, se plaignent des grosses bagnoles, de la bouffe insipide, du café infect, des jobs débiles, maudissent les femmes américaines cupides, donc inaccessibles, font des projets, des projets de retour en Europe, parlent du passé, mais jamais de la guerre, parlent du bon vieux temps, des cafés d'antan «où il y avait des revues à disposition et où le café était servi avec de la crème chantilly», parlent des filles qu'ils ont eues «pour trois fois rien... pas comme ici», parlent de leurs grands appartements d'autrefois, de leurs domestiques, de leurs affaires. À l'époque, tout allait pour le mieux : la bouffe était fraîche, les fleurs sentaient bon, le ciel était bleu et les rues propres. Pas de nègre. Pas de Portoricains.
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BookycookyBookycooky   22 septembre 2015
Le riche parent les ammena en voiture à Times Square et il leur montra les alignements de cinémas,un cinéma chassant l'autre.Il leur montra également la 44 eme rue avec ses grands théâtres.Nathan Bronsky aperçut une Cadillac noire,encore plus belle que celle du riche parent.La Cadillac stationnait devant l'un de ces grands théâtres.A l'intérieur,le chauffeur en élégante livrée.Nathan Bronsky toucha sa femme pour lui montrer un clochard noir qui pissait derrière la Cadillac.Il demanda au riche parent:"C'est ca ,l'Amerique?"
"Oui",dit le riche parent."C'est ca ,l'Amerique."
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Erik35Erik35   03 juillet 2020
Ma mère devait se douter de quelque chose. Elle gardait ses mains pliées sur son gros ventre comme si elle voulait qu'on prie ensemble tous les deux. "Dieu qui est bon", chuchota ma mère. "Je voudrais toujours garder mon petit Jakob ainsi. Aie pitié de lui. Il a toujours cette peur étrange. Je la ressens physiquement. Ne le fais plus grandir. Laisse-le en moi pour toujours. Je le garderai au chaud. Je serai bonne avec lui. Et je le nourrirai de mon sang.
«Le bon Dieu a-t-il répondu à votre mère ?»
«Je ne sais pas», je dis. «Mais je sais que ma mère a répondu à sa place.»
«Qu'a-t-elle dit ?»
«Ça ne marchera pas, a-t-elle dit. Aucune mère dans ce monde ne peut garder son enfant pour l'éternité.»
«Qu'a-t-elle dit d'autre ?»
«Qu'une mère n'arrive déjà pas à garder son enfant, ne serait-ce que le temps de sa propre vie - ce qui fait quand même bien moins que l'éternité.»
«La vie est courte.»
«Tout juste.»
«Les mères doivent aussi mourir.»
«Oui.»
«C'est pourquoi tout cela n'avait pas de sens. Je devais donc sortir de son ventre pour vivre un moment et pour mourir un jour. que ce fût avant ou après ma mère.
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Videos de Edgar Hilsenrath (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Edgar Hilsenrath
Edgar Hilsenrath : Entretien avec Antoine Spire (1994 - Mémoires du siècle / France Culture). Par Antoine Spire. Réalisation : Isabelle Mezil. Diffusion sur France Culture le 1er septembre 1994. Edgar Hilsenrath, né le 2 avril 1926 à Leipzig (Saxe, Allemagne) et mort le 30 décembre 2018 à Wittlich (Rhénanie-Palatinat, Allemagne), est un écrivain allemand, connu avant tout pour ses romans "Nuit" ("Nacht", 1964), "Le Nazi et le Barbier" ("Der Nazi & der Friseur", 1977) et "Le Conte de la pensée dernière" ("Das Märchen vom letzten Gedanken", 1989). Depuis son premier roman "Nuit", dans lequel Edgar Hilsenrath relate avec un réalisme cruel son expérience en tant que survivant du ghetto, il prend l'Holocauste comme thème central sans jamais porter une seule accusation directe ni dépeindre les criminels et les victimes en noir et blanc, le but de son œuvre entière étant d'écrire contre l'oubli. En revanche, dans le reste de son œuvre, il est passé à des formes d'expression plus vigoureuses, qui tiennent le lecteur à distance, comme la satire, le grotesque ou le conte. À propos de son roman "Le Nazi et le Barbier", le magazine "Der Spiegel" écrit: « ... une satire sur les juifs et les SS. Un roman picaresque, grotesque, étrange et parfois d'une cruelle sobriété qui évoque avec humour noir une sombre époque. » L'histoire met en scène un Allemand dénommé Max Schulz qui participe allègrement à la furie meurtrière de ses compatriotes après avoir rejoint la SS puis, après la défaite, usurpe l'identité de son ami d'enfance, Itzig Filkenstein, se rend en Israël et devient un sioniste fanatique... Le livre, écrit en 1968-1969, n'est publié en Allemagne qu'après avoir été publié en 1971 avec succès aux États-Unis dans la traduction anglaise sous le titre "The Nazi and the Barber. A Tale of Vengeance". Après que le manuscrit a été refusé par plus de 60 maisons d'édition allemandes, il paraît enfin dans les derniers jours d'août 1977 chez un petit éditeur de Cologne, Helmut Braun. La première édition (10 000 exemplaires) est vite épuisée, deux autres suivirent rapidement. Dans le roman "Le Conte de la dernière pensée", paru en 1989 et pour lequel Hilsenrath reçoit le Prix Alfred Döblin, l'auteur s'attaque au problème du souvenir et du récit historique. En décrivant le génocide arménien et en le comparant à la Shoah, il s'élève contre toute forme de violence faite à un peuple et met en garde contre l'oubli. La forme du conte, choisie par l'auteur pour s'attaquer au mensonge, signifie également que l'histoire racontée n'a plus de témoins. Dans beaucoup de livres d'Hilsenrath, émergent nettement des traits autobiographiques, qui sont cependant habituellement repris sous forme de fiction. Son ouvrage autobiographique le moins romancé est paru en 1997 sous le titre "Les Aventures de Ruben Jablonski" ("Die Abenteuer des Ruben Jablonski").
Sources : France Culture et Wikipédia
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