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Critiques sur Laëtitia (99)
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michfred
  03 septembre 2016
Grâce à un petit mot de Jérôme Garcin, en fin d'émission du Masque, j'ai eu envie de découvrir ce livre.

Vous avez peut- être déjà oublié Laëtitia Perrais, jeune fille placée en famille d'accueil, avec sa jumelle Jessica, après une enfance massacrée- mère dépressive et père affectueux avec ses filles mais brutal avec leur mère, foyer, et....famille d'accueil- ?

Sa route croise, un triste jour de janvier, celle d'un criminel récidiviste, brutal, violent, mais pas encore un assassin. L'alcool, la drogue, la frustration et la haine le font irrésistiblement partir en vrille : il va la tuer, la dépecer, éparpiller son corps martyrisé dans les étangs du pays de Retz

Le pays de Gilles de Retz , le terrible Barbe-Bleue. Tout un programme.

Encore un fait divers, me direz-vous, avec une mine un peu dégoûtée. Ce n'est pas de la littérature !

D'abord, écrit Ivan Jablonka , historien et sociologue plus que romancier et auteur de nombreux ouvrages savants , « un fait divers n'est jamais un simple « fait » et il n'a rien de « divers » ». Il « peut être analysé comme un objet d'histoire » car « il dissimule une profondeur humaine et un certain état de la société : des familles disloquées, des souffrances d'enfant muettes, des jeunes entrés tôt dans la vie active, mais aussi le pays au début du XXIème siècle, la France de la pauvreté, des zones périurbaines, des inégalités sociales. »

Ce n'est donc pas un récit linéaire , c'est encore moins un roman, et c'est beaucoup plus qu'une enquête: c'est une interrogation profonde, pertinente, et décapante sur l'espace de liberté que nos sociétés inégalitaires, machistes et sur-médiatisées laissent aux petites filles pauvres pour se soustraire à un destin tout tracé de victimes, et sur celui qu'elles laissent aux hommes de bonne volonté pour faire l'exacte lumière sur les actes et les êtres, et pour exercer la justice malgré des pressions populistes émanant du pouvoir lui-même.

Ivan Jablonka a voulu rendre justice aux unes et aux autres, redonner une place à ces humbles enfants battues, ballotées et martyrisées, et montrer l' obstination et la farouche indépendance de ces discrets travailleurs de l'ombre, gendarmes, juges d'instruction,avocats, travailleurs sociaux, à l'écoute des drames énormes de ces vies minuscules.

Que de prédateurs dans cet assassinat sordide : l'assassin lui-même, bien sûr, mais aussi le père biologique, histrion alcoolique et sentimental (mais auteur de brutalités conjugales) , le père d'accueil, vrai Tartuffe et s'avérant, après l'affaire et sa sanctification en père idéal par l'Elysée, un prédateur sexuel sans scrupule qui a honteusement abusé de ses nombreuses « filles » de passage, et, pour terminer, le président de la République, Nicolas Sarkozy lui-même, instrumentalisant l'affaire comme à son habitude pour faire monter la mayonnaise sécuritaire et durcir encore la législation pénale. « Un fait divers, une intervention publique. A chaque crime, sa loi. Un meurtre vient « prouver » les failles du système pénal existant ; la loi qui y fait suite doit « couvrir » tous les crimes à venir". Ce président n'hésite pas à accuser la magistrature de laxisme, à fausser les faits, à forcer les rôles, provoquant , en Bretagne et ailleurs, une fronde des juges sans précédent. Pauvre Laëtitia, « démembrée par un barbare, récupérée par un charognard » titrait Charlie Hebdo…

Pour résumer, dit Jablonka, la mort de Laëtitia est un véritable féminicide : une petite jeune fille de 18 ans en butte aux quatre figures du prédateur machiste : le Caïd toxico et dangereux, le Nerveux imbibé, le Père-la-Morale pervers et le Chef qui joue les « puissances invitantes », « quatre cultures, quatre corruptions viriles, quatre manières d'héroïser la violence »


L'auteur va même jusqu'à se mettre lui-même en accusation, conscient qu'il est lui aussi un homme, après tout, et même une sorte de disséqueur de cadavre et que son livre,qui jette en pâture au public la vie trop brève de Laëtitia, pratique lui aussi sur la jeune fille une forme de violence. Il entreprend avec une grande lucidité son autocritique ainsi que celle du fait divers en tant que tel, et dénonce avec vigueur les « couples » écrivain-criminel célèbres, de Genet-Pilorge à Carrère-Romand.

Il faut, dit-il, que toute la fascination provoquée par le fait divers aille cette fois à la victime.

Car cette analyse sociologique et politique n'est pas seulement intelligente et convaincante, elle est aussi tendre, empathique, bouleversante: l'auteur fait revivre la figure timide de la petite serveuse, sa vie ébauchée, son essor interrompu, avec un très grand respect, une infinie douceur, une grande justesse.

Laëtitia recouvre son intégrité, et le fait divers, dans un tel ouvrage, ses lettres de noblesse.

Un livre formidable de profondeur, d'humanité et d'intelligence. Je recommande plus que chaudement !!

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Merik
  13 mai 2017
Le fait divers se résume souvent à une mort d'une simplicité massacrante. Cela pourrait être le cas pour l'assassinat de Laëtitia, sauf qu'Ivan Jablonka a décidé d'en éclairer tous les tenants, au point de réaliser la photographie d'une société, celle qui l'a engendré.
Et d'en faire au final le portrait d'une vie, celle de Laëtitia. A la différence des récits documentaires habituels à la fascination morbide, qui font trop souvent la part belle aux tueurs.
En cela, ce récit semblerait presque optimiste, tourné vers la vie. Mais il est surtout passionnant, intelligent. Et bouleversant. Il fallait que ce soit un homme qui écrive sur la fin des hommes, ceux-là même, du tueur au président, qui s'accaparent du destin de la victime comme d'un objet, pour assouvir leur besoin de sexe, de domination ou de pouvoir.
Un récit-enquête qui pourrait tenir la discussion haute, des heures et des heures. Mais je ne m'en sens pas capable, je risquerais de le déformer.
Le plus simple est encore de le lire.
Si vous le faites pas pour vous, faites le pour Laëtitia.
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domisylzen
  21 décembre 2016
Et dire je j'ai faillit ne pas le prendre !
La bibliothécaire : t'nez celui-là vient de rentrer. Il est prix machin-chose 2016 !
Mwa : j'aime pas les prix machin-chose (un peu sur le ton de j'aime pas la tarte au concombre).
Mais lorsque j'ai voulu le reposer sur le présentoir, ma main ne l'a pas quitté. Comme ci l'âme de ce livre avait engagé un dialogue avec mon subconscient.
Un fait divers dans la région nantaise au début de l'année 2011. Laëtitia et sa soeur jumelle sont placées chez monsieur et madame Patron, famille d'accueil. Elles viennent d'un milieu défavorisé et violent. Ici elles tentent de se reconstruire espérant trouver un foyer aimant et reconnaissant. Elles viennent juste d'être majeures et suivent des cours, l'une pour être serveuse, l'autre cuisinière. Laëtitia sera enlevée, torturée, rouée de coup, poignardée, étranglée et pour finir démembrée et jetée à l'eau. Son bourreau, un ferrailleur du coin en mal d'amour, lui aussi venant d'un milieu violent.
L'affaire fait grand bruit, c'est le calme plat côté médiatique et le président de l'époque et ses acolytes ajoutent de l'huile sur le feu en pointant du doigt le dysfonctionnement de l'appareil judiciaire qui descendra dans la rue en colère pour réclamer plus de moyen. de la à dire qu'il y a un avant et un après l'affaire Laëtitia il n'y a qu'un pas.
Un livre que j'ai pris comme un coup de poing. On se croit à l'abri dans nos habitations confortables et proche de chez vous se passe des scènes dont nous ne sommes même pas conscient. La misère guette les plus faibles de nos congénères, dans ce livre ce sont les femmes qui sont les victimes. Victime de l'égo surdimensionné des hommes de tous poils et de leur taux de testostérone.
Ivan Jablonka a enquêté, interrogeant les uns et les autres : familles et amis de la victime, mais aussi de l'agresseur, avocats, magistrats, enquêteurs pour nous éclairer sur tous les dessous de cette affaire. Il nous livre un bouquin d'un travail remarquable, livre qui se veut factuel, sans parti pris. Pourtant difficile de na pas être emporter pas ses émotions devant un tel déchainement de haine et de violence.
Arrive ce chapitre 54 "fait divers, fait démocratique", une merveille sur l'analyse et le traitement de l'information.
Un livre qui me restera.
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jujuramp
  03 mai 2017
Je lis rarement des ouvrages tirés de "faits divers" mais j'ai lu de nombreuses critiques de celui-ci et me suis lancé.

J'en suis ressorti pétri de sentiments contradictoires.

De la "gêne" d'abord, ce côté voyeur qui m'empêche souvent d'aller vers ce genre de littérature car j'ai du mal avec la réalité. C'est réellement arrivé et ça me bouleverse. Peu-être est ce faire l'autruche, je ne sais pas ...

J'ai également été bien sûr bouleversé par le destin de Laetitia, comme prédestinée au malheur.

C'est remarquablement documenté et donne la part belle à une réflexion sur notre justice ou sur notre société car derrière l'horreur des faits, l'auteur nous brosse aussi le tableau juridique, social et moral de notre pays.

Ce livre m'a beaucoup beaucoup fait réfléchir mais reste une expérience douloureuse.

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Renod
  20 septembre 2017
Le fait divers passionne l'opinion publique. La voilà indignée par un crime, émue par une victime, fascinée par un meurtrier. Elle suit chaque jour les avancées de l'enquête et veut tout connaître des détails de l'horreur. Une fois le sensationnalisme évacué, l'analyse du fait divers nous apprend beaucoup de choses sur notre corps social. Ainsi l'historien Ivan Jablonka choisit-il d'étudier l'affaire Laetitia Perrais en utilisant les outils des sciences sociales pour comprendre ce qui a rendu possible cette tragédie et pour obtenir un éclairage en retour sur l'état de notre société. Il dissèque et interprète quand les faits manquent. Sa démarche est originale puisque ce n'est ni un livre d'histoire, ni une enquête journalistique. Il n'hésite pas à associer à la rigueur de son étude des passages personnels à la limite du lyrisme. Il s'attache plus à Laetitia qu'à son assassin car il souhaite l'arracher à son statut de victime. Elle ne doit pas être réduite à sa mort mais rendue à son existence joyeuse et tourmentée. Il faut dire que Laetitia a vécu dix-huit années bien chaotiques… L'affaire a eu un écho médiatique important qui a vite été récupéré par un Président au programme sécuritaire. L'auteur s'attache donc à déconstruire son discours et à décortiquer le fonctionnement des services de justice. J'ai été parfois surpris par la manière dont le narrateur se mettait en scène et j'ai été gêné par certaines répétitions. Mais « Laetitia » n'en reste pas moins un livre à l'approche globale, érudite et documentée
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Drych
  15 novembre 2016
Un documentaire sérieux et dépassionné, dont j'aimerais tant voir plus de journalistes et plus de politiques s'inspirer. Au delà de l'intention louable et réussie de redonner son identité à Laetitia, le traitement de ce "fait divers" est exemplaire de sobriété. Et c'est ce recul qui fait tout son intérêt, par un regard lucide sur les failles de notre société, et par l'analyse sans compromis mais sans haine de ce qui amène certains à déroger à ses règles, d'autres à en être les victimes. le travail est celui d'un universitaire qui sait poser les questions que suscite ce drame, et chercher des réponses. Les allers retour chronologiques dont je ne suis d'ordinaire pas fanatique sont ici bien gérés et participent avec simplicité aux interrogations de l'auteur. le style est clair. le sujet est dur, mais la lecture est enrichissante.
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MaminouG
  19 octobre 2016
Refermer le dernier roman d'Ivan Jablonka "Laëtitia" est une chose, se détacher de son contenu et l'oublier en est une autre. Laëtita, qui ne se souvient pas de cette histoire abominable, de ce crime odieux et de la vague médiatique qui s'en suivit ? Personnellement, je n'ai rien oublié de ce que l'on nomme un "fait divers". C'est peut-être parce que je connais les lieux, parce que je suis originaire de cette région, parce que je suis une maman, parce que je suis, ou plutôt, j'ai été une enseignante et qu'au fond je le suis restée, et que tout ce qui touche aux jeunes m'est important. Alors, non, je n'ai rien oublié de cette horreur.
Mais se plonger dans ce "Laëtitia" là, c'est tout revivre au centuple. Aux confins du roman policier, de l'étude sociologique, de l'oraison funèbre, du récit historique, du devoir de mémoire, sans être rien de tout ça, l'ouvrage est d'une qualité exceptionnelle d'humanité. L'écrivain écrit, certes, mais derrière les mots on entend l'homme, le père.
Ivan Jablonka est un historien et un sociologue et on le sent. Alternant les chapitres techniques, historiques et politiques à la fois et ceux qui racontent la vie de la victime, il nous entraîne dans un compte-rendu précis, détaillé, un point de vue humain. Il rend ainsi un hommage à la victime mais recherche également la justice et la vérité. Il va essayer, tout au long du livre, sans porter de jugement et tout en retenue, d'analyser, de comprendre, d'argumenter, de rechercher les tenants et les aboutissants d'une mort que l'on peut presque croire annoncée.
Ce récit est foisonnant qui est à la fois une étude sur l'inégalité des chances et une observation de l'instrumentalisation de ce type de drame par les politiques. C'est aussi l'occasion de pointer du doigt les manques de moyens de la justice, des instances de réinsertion, les dangers de la prison, les récidives.
En lisant ce document d'une richesse incomparable, j'ai, en effet, du mal à croire à l'égalité des chances. Laëtitia semblait s'être sortie de sa condition d'enfant en souffrance et pourtant. Réussit-on à se relever d'une enfance cabossée ? Et les questions lancinantes… pouvait-on faire quelque chose, était-elle au mauvais moment, au mauvais endroit ou inconsciemment est-elle allée vers ce qu'elle pensait être son destin ?
Ivan Jablonka a réalisé un travail de fourmi pour ressortir cette histoire des cartons et il livre un hommage magnifique à cette jeune Laëtitia à laquelle il redonne toute sa dignité.
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Jall
  28 décembre 2016
Voilà un livre que je m'étais promis de ne pas lire : du voyeurisme, selon moi, dont le seul intérêt était commercial, pour l'auteur.

Or, ce livre s'est trouvé entre mes mains, et j'ai ouvert les premières pages. Je n'ai plus pu décrocher.

Ivan Jablonka, l'auteur, universitaire en sciences humaines, explique son projet : Laëtitia n'est connue que comme un nom de victime, qui apparaît sur la notice Wikipédia de son meurtrier. Ce livre est une enquête biographique sur sa vie et a pour but de lui redonner une identité, autre que celle de victime.
De plus, ce "fait-divers" a, à l'époque, eu des retentissements politiques (exploitation par Sarkozy), juridiques (les magistrats de Nantes se sont mis en grève), médiatiques et sociétales (le père de la famille d'accueil qui hébergeait Laetitia a par la suite été accusé d'agressions sexuelles).

Cette enquête, car c'en est une, nous tend un miroir forcément laid mais extrêmement précis de notre société contemporaine : comment certains enfants, dans des familles fragilisées, deviennent victimes désignées ou bourreaux. Comment fonctionne l'Aide sociale à l'enfance. Comment les économies dans les secteurs sociaux et juridiques ne permettent pas à des personnels compétents de faire correctement leur travail. Pourquoi les médias s'intéressent à certaines affaires et comment travaillent les journalistes. Comment fonctionne une enquête de police et quelles sont les relations de celle-ci avec la Justice.

Ivan Jablonka a interrogé les proches de Laëtitia, depuis sa petite enfance, famille, amis, collègues. Il dresse le portrait d'une jeune fille vivante. Il a enquêté auprès de tous les services qui ont été mêlés à sa destinée.

C'est réellement intéressant, car au-delà du destin individuel, forcément tragique, ce livre parle de notre pays et de notre société contemporaine. le lire, c'est mieux les comprendre aussi.

Laissez vos préjugés de côté : Laëtitia n'est pas un croisement de Paris-Match et de Faites entrer l'accusé. C'est un ouvrage très fouillé et de surcroît très bien écrit (l'auteur parvient à introduire une dimension poétique dans les passages les plus dramatiques), c'est un miroir qui nous est tendu sur notre société.

A conseiller, vraiment.
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Patsales
  03 mai 2017
D'abord j'ai eu du mal. Et quand on lit la bibliographie, plutôt étoffée, il est difficile de ne pas se demander: "Tout ça pour ça ?" Jablonka rappelle le déroulé des faits -plus précis que dans mes souvenirs; bien sûr, c'est important la vérité, mais je suis pas jurée, cette vérité là m'indiffère. Il nous remet en tête l'affreuse compassion de Sarkozy, sa propension inouïe à dresser les Français les uns contre les autres -je m'en souvenais d'ailleurs très bien. Alors c'est quoi sa valeur ajoutée, au prof de sciences sociales ? Que va-t-il m'apprendre? Que c'est difficile de s'en sortir quand on a mal commencé dans l'existence? Ah ah ah. C'est bon, je suis au courant, j'ai lu Zola et je sais bien que Gervaise va dégringoler plus vite qu'elle n'a réussi à ouvrir sa blanchisserie.
Mais pourquoi, pourquoi, me suis-je dit, pourquoi ne pas avoir ecrit un roman qui donnerait de la chair aux personnages, et quitte à faire des hypothèses sur les raisons pour lesquelles Laetitia a suivi Tony Meilhon, autant assumer la fiction.
D'ailleurs, on sent bien que Jablonka hésite , consciemment ou pas. Tiens, l'organisation du livre: chapitres alternés, vie de Laetitia, mort de Laetitia, procès, passé proche, passé lointain: à quoi rime ce saucissonnage temporel, si ce n'est à nous renvoyer à la montée du suspens chère au genre du thriller ?
Il m'a donc fallu attendre les cent dernières pages pour être vraiment emportée par le texte. Une bonne moitié du récit me paraît clairement de trop, entre affèteries et évidences. Mais c'est comme si l'auteur en avait eu besoin de ces pages en trop, pour se lancer dans ce récit de mort et d'auto-culpabilisation, comme s'il lui avait fallu des détours avant de se colleter au grand mystère.
Mystère de la mort, de la souffrance, mystère aussi de la résilience et du deuil portés par tous les professionnels de la justice, par les travailleurs sociaux, qui côtoient sans cesse la barbarie et vivent quand même. Jablonka est un universitaire, et on sent bien qu'il se demande à quoi il sert, lui. Et puis il est un homme et devant le gâchis engendré par tous ces mecs qui frappent, cognent, violent, gueulent, insultent, il se sent mal.
Les dernières pages m'ont vraiment émue. Mais elles ne m'ont pas bouleversée comme j'ai pu l'être en lisant "D'autres vies que la mienne ". Et surtout je conteste cette vision de l'homme. Qui n'est brutal et violent que parce qu'il a généralement la force physique de l'être. Mais qu'on lui en donne le pouvoir et la femme aussi peut se faire monstre (d'avoir laissé mourir des mineurs n'a pas empêché Madame Thatcher de dormir,non?)
D'ailleurs, à ce propos, moi, dimanche, j'irai voter.
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Gaoulette
  27 février 2017
5/5
Une critique qui me laisse sans mot. Ivan Jablonka je l'ai découvert lors d'un reportage et qui parlait de son essai. Et j'étais intriguée par comment il voulait traiter le fait divers tragique de Laetitia Perrais de janvier 2011 au niveau historique et sociologique. Je m'étais même dit allez un journaliste qui veut utiliser une affaire criminelle qui a fait couler beaucoup d'encre pour donner un jugement.
Alors d'abord milles excuses à Mr Jablonka, vous n'êtes pas journaliste loin de là. Vous êtes professeur d'histoire et je rajoute un homme émouvant.
Je ne vais pas revenir sur l'affaire criminelle car avec cet essai l'auteure prend une direction déroutante et surtout qui donne à réfléchir. Dans ce récit, l'auteur parle des faits qui ont intéressé la population, mais surtout de qui sont Laëtitia et Jessica et leur parcours. Celui d'une jeune fille frappé par un monstre à ses 18 ans et celle qui continue à vivre avec son drame.
Dans cet essai, le lecteur en tout moi, j'avais des certitudes et Ivan Jablonka vous les balaye et vous enlève vos oeillères. Nous croyons tout savoir avec les médias mais lui va plus loin dans le passé et l'avenir. Sans jugement, sans aller plus loin que les faits il nous pousse à la réflexion.
Il rend hommage à ces deux jeunes filles (car Jessica il ne faut pas l'oublier) et surtout nous parle avec sa plume de Laetitia vivante et non un cadavre démembré. Plus les chapitres avançaient et plus je me demandais comment j'allais terminer ce « documentaire ». Parce que Ivan Jablonka va aussi parler de son ressenti et là les larmes me sont montées aux yeux. Je n'avais qu'une chose à lui demander comment il a fait ce parcours d'hommage sans abandonner vu la pression émotionnelle.
Ce n'est pas un écrivain qui a voulu surfer sur la vague d'un fait divers et je l'en félicite, il a voulu donner vie à Laëtitia et laisser une image positive à sa soeur Jessica. Moi en tout cas je l'ai perçu comme cela. Je lui donne tout mon respect aussi pour ne pas avoir dévoilé dès le départ le nom du meurtrier. Car je vais être honnête il m'était sortie de la tête. Place à Laëtitia pas à ce monstre (désolée le mot Homme j'ai du mal) vu son comportement au procès.
En conclusion les prix Médicis 2016 et le prix du Journal le Monde sont amplement mérités. Alors pour ceux et celle qui ont peur que ce ne soit pas accessible au niveau lecture vu le pédigrée de l'auteur, n'ayez crainte. Pas de grandes phrases philosophiques, pas de poésie incompréhensible ni de grand mot d'Elitiste. Juste un homme comme il le dit bobo parisien qui se retrouve face à la population de « masse » et veut enlever nos oeillères. Des mots simples bon je suis d'accord beaucoup d'abréviations mais Monsieur nous les traduits à la fin. Et d'ailleurs toutes ces références historiques sont vraiment instructives et expliqués à la fin aussi.
Je pense que je n'ai rien à rajouter de plus à part FELICITION pour votre ouvrage et vos prix amplement mérités. Je refuse de dire que c'est un coup de coeur car ce serait irrespectueux pour Laëtitia et Jessica. Je veux juste dire que Mr Ivan Jablonka a très bien son travail et il mérite la note maximale tout simplement.
Je le conseille fortement ! Petit conseil, faut vraiment avoir les nerfs solides avant de le lire. On en sort pas indemne.
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