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ISBN : 2757836692
Éditeur : Points (10/10/2013)

Note moyenne : 4/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Je suis parti, en historien, sur les traces des grands-parents que je n'ai pas eus. Leur vie s'achève longtemps avant que la mienne ne commence : Matès et Idesa Jablonka sont autant mes proches que de parfaits étrangers. Ils ne sont pas célèbres. Pourchassés comme communistes en Pologne, étrangers illégaux en France, juifs sous le régime de Vichy, ils ont vécu toute leur vie dans la clandestinité. Ils ont été emportés par les tragédies du XXe siècle : le stalinisme,... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  09 novembre 2016
Une fois encore, Ivan Jablonka m'a captivée par la recherche pointilleuse, exigeante, tâtillonne, presque, qui le caractérise – sa rigoureuse méthode d'historien ! - …et il m'a cueillie au débotté, touchée en plein coeur par la sincérité de l'aveu d'impuissance, le sentiment d'échec qu'il confesse au terme de cet immense travail.
Il est douloureux de se faire l'historien d'une période en même temps que celui de son histoire familiale.
Non que la lucidité, l'objectivité en souffre plus que si le sujet n'était pas aussi intime : quand on est, comme Ivan Jablonka, un éminent historien, on sait quelle est la bonne distance à maintenir, et on sait bien, aussi, que, si l'objectivité absolue en histoire est impossible, on se doit d'éviter tout récit arrangé, tout pathos, toute irruption de l'émotion qui viendrait fausser les perspectives de la recherche.
Mais tenter de retracer l'histoire des deux jeunes disparus- que même le père d'Ivan Jablonka a à peine connus, lui qui fut orphelin à deux ans,- c'est être amené à trahir au nom de l'universel ce que ces deux existences avaient de particulier, tant la tourmente qui les a emportés a été sans pitié et leur passage presque sans traces.
Les recherches dans les archives, longues, fastidieuses, difficiles- la Pologne d'aujourd'hui semble avoir escamoté les traces de son immense population juive d'avant-guerre, avec la même constance qu'elle a mise à la persécuter , avant l'arrivée des nazis …
La famille Jablonka a subi comme tant d'autres familles juives d'origine polonaise une diaspora sévère : il a fallu retrouver les témoins survivants en Amérique du Sud, en Israël, en France…Les voisins du XXè arrondissement parisien, tous plus en moins clandestins, en fuite, en séjour illicite dans ces temps troublés ont dû être recherchés, retrouvés , de même que les quelques Justes qui les ont aidés, protégés, avertis des rafles et qui ont recueilli et sauvé leurs enfants.
Ce lent et passionnant travail de compilation, de recoupements des sources et des témoignages fait revivre la noble figure de Matès, le bourrelier-gantier, leader marxiste et forte tête, éternel rebelle, actif et follement courageux, et de sa belle Idesa, militante elle aussi, vive, rapide, tendre et pleine de fermeté, dans la tourmente qui déferle sur elle, son jeune mari et ses deux petits enfants.
Avec l'obstination de l'amour doublée de celle du chercheur, Ivan Jablonka les suit pas à pas, dans la trentaine d'années – même pas- qu'ils ont passée sur terre.

Matès et Idesa Jablonka, communistes militants, polonais, échappent aux geôles de Pilsudski; juifs laïques et athées , ils se dérobent à l'antisémitisme ambiant, à l' embrigadement sioniste, refusent l'alyah en Israël ou l'exil en Amérique, et courent se jeter dans la gueule du loup d'une France , ex- patrie des droits de l'homme où, sous Daladier, et avant Pétain, les circulaires contre les étrangers préparent déjà le terrain à ce qui deviendra la collaboration avec l'Allemagne nazie.
Clandestinité, prison, camps d'internement- mais bientôt la guerre : une opportunité de gagner –chèrement-ses galons de Français en s'engageant dans les régiments étrangers ? Point du tout ! Une expérience traumatisante du feu, puis c'est la démobilisation et à nouveau, la misère, la clandestinité, - les luttes politiques, toujours, mais un peu plus prudentes ! Jusqu'à la dernière rafle, celle de février 1943, qui les interne à Drancy avant de les envoyer dans le même convoi, le convoi 49, à Auschwitz.
On suit aussi, bien sûr, le parcours cahotique mais finalement salvateur, des deux enfants, que l'amour de leurs parents avait mis à l'abri , chaque nuit, chez un voisin de palier polonais mais goy.
Toutefois, opiniâtre et terrassé d'horreur, le petit-fils- historien reprend la piste de Matès et Idesa jusque dans l'enfer d'Auschwitz.
Et c'est le pire des récits que j'aie jamais eu à lire sur le sujet. Sans doute parce que, progressivement, ces grands-parents inconnus ont peu à peu pris corps, et que justement quand on croit les avoir un peu mieux cernés, un peu mieux compris, on les perd dans l'enfer de l'Enfer que sont les SonderKommandos.
Les ingénieurs nazis sont en train d' organiser scientifiquement l'élimination massive des convois : nouvelles chambres à gaz pour Birkenau, nouveaux incinérateurs. Il y faut une main d'oeuvre consacrée, elle existe déjà, mais on doit la multiplier : les SonderKommandos. Tandis que les constructeurs s'activent et expérimentent, une centaine d'hommes sélectionnés du convoi 49 sont désignés pour les SonderKommandos. Dont Matès. Et 19 femmes. Dont peut-être Idesa.
Mais dans le feu et l'horreur de la géhenne, les traces définitivement se perdent. Les réponses aussi. Sur les papiers officiels il ne sera marqué que « mort à Drancy, Seine ».
Ce n'est pas seulement le sort atroce de ces grands-parents éternellement jeunes qui noue la gorge du lecteur, ni qui arrache à l'écrivain l'aveu désolé d'impuissance et d'échec dont je parlais plus haut : c'est aussi de ne pas trouver une réponse qui puisse donner un sens, une certitude qui puisse fermer le récit, une parole qui se fasse le digne tombeau de tant de lutte et de courage.
Auschwitz, c'est une arithmétique, une entreprise démentielle du crime de masse.
Les SonderKommandos c'est le fin fond de cette horreur-là, qui fait des victimes les assistants contre leur gré, les aides asservis du génocide.
Aucun récit, aucune recherche, aucun amour filial ne peut accompagner ces morts-là jusqu'au bout.
« Leur mort n'appartient qu'aux disparus. » conclut sobrement Jablonka.
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mariecesttout
  28 janvier 2014
Dans un entretien vidéo, Jablonka parle de son travail d'historien. Il part donc ici de l'histoire de sa famille, ses grands-parents paternels ont " disparu". Tous savent qu'ils sont morts, comme tant d'autres, à Auschwitz, mais leur vie elle-même, qu'en reste-t-il? Même pas une tombe.
"Je suis parti, en historien, sur la trace des grands-parents que je n'ai pas eus. Leur vie s'achève longtemps avant que la mienne ne commence: Matès et Idesa Jablonka sont autant mes proches que de parfaits étrangers. Ils ne sont pas célèbres. Ils ont été emportés par les tragédies du XXème siècle: le stalinisme, la Seconde Guerre mondiale, la destruction du judaïsme européen."
Matès est né au shetl de Parczew de parents juifs religieux dans une fratrie de 5 enfants, qui, tous, rejettent le joug d'une religion qui les étouffe et embrassent la cause communiste, dans l'idée de construire un monde meilleur.
Lui et son épouse Idesa, emprisonnés, persécutés, fuient la Pologne et arrivent en 1936 à Paris, sans argent, sans amis, sans papiers. L'accueil est basée sur la tracasserie administrative, le rejet et les menaces d'expulsion.
C'est sûr qu'il ne faisait pas bon être juif, communiste et pauvre dans la Pologne des années 30. Quand Jablonka retourne à Parczew, pour enquêter, il rencontre le fils d'un homme qui a été fait " Juste parmi les nations" pour avoir aidé des Juifs. Pas un vrai juif, bien sûr, il n'y en a plus. En fait, les derniers Juifs survivants ont quitté la ville après le pogrom de 1946...
Matès et Idésa, comme bien d'autres ( une partie de la fratrie était partie en Argentine) , ont tenté leur chance en France, patrie des Droits de l'Homme. Clandestins, sans papiers , misérables, vivant de petits boulots, ils ont survécu tant bien que mal et eu deux enfants, dont le père d'Ivan.
Matès a été arrêté une première fois en mai 39, Ivan retrouve le registre d'écrou:
"Nous tournons les pages fébrilement. Emotion: il est là.
Je crois que je suis devenu historien pour faire un jour cette découverte. La distinction entre nos histoires de famille et ce qu'on voudrait appeler L Histoire, avec sa pompeuse majuscule, n'a aucun sens. C'est rigoureusement la même chose. Il n'y a pas, d'un côté, les grands de ce monde, avec leurs sceptres ou leurs interventions télévisées, et, de l'autre, le ressac de la vie quotidienne, les colères et les espoirs sans lendemains, les larmes anonymes, les inconnus dont le nom rouille au bas d'un monument aux morts ou dans quelque cimetière de campagne. Il n'y a qu'une seule liberté, une seule finitude, une seule tragédie qui fait du passé notre plus grande richesse et la vasque de poison dans laquelle notre coeur baigne. Faire de l'histoire, c'est prêter l'oreille à la palpitation du silence, c'est tenter de substituer à l'angoisse, intense au point de se suffire à elle-même, le respect triste et doux qu'inspire l'humaine condition. Voilà mon travail; et, en caressant cette archive du tribunal, en suivant des yeux les traces laissées par la plume du greffier, je ressens un soulagement indicible."
Et son travail, Jablonka le fait, comme un bon historien, de façon méthodique. Tout est examiné, étudié, tout peut servir à reconstituer un parcours.
Il n'est resté en prison qu'un mois, la première fois, Matès. Puis on avait besoin d'hommes , il s'est engagé. Enfin, ces bataillons n'étaient pas la bienvenue au coeur de l'armée française. Etrangers, juifs.. pour aller se faire tuer, passe encore, mais il ne fallait pas prétendre à autre chose:

"Pourtant, leur courage ne leur vaut pas d'être traités en hommes. Comme le dit le lieutenant Garandeau, du 12ème Etranger, " les Juifs polonais de nature peu courageuse, ont fait leur devoir."Valeureux youpins!"
Démobilisé, c'est la suite de la galère pour lui et sa famille. Car maintenant, c'est leur judaïté qui va les contraindre à se cacher encore et encore, espérant échapper à l'étau qui se resserre. Ils sont arrêtés le 25 juin 43, et là commence une partie de l'histoire que Jablonka n'arrivera pas à élucider. Les enfants, heureusement, ont été confiés à des amis, et une dernière lettre , déchirante, leur sera écrite.
Après, l'itinéraire connu. Drancy et terminus Auschwitz. Là aussi, que sont-ils devenus, l'historien se heurtera au mystère. du moins, partiellement. Il apprendra certaines choses, c'est une grande part du livre, cette enquête.

Comme le dit Jablonka dans l'entretien, l'histoire de ses grands-parents est d'une banalité tragique. Et leur itinéraire fait écho à tous les autres. Tous n'ont pas eu un petit fils historien , soucieux de réparer le monde" , qui a oeuvré à retrouver toutes les traces de leurs courtes existences.
En exergue:
"L'âme des pères, qui, tant de siècles, souffrirent et moururent en silence, revint dans les fils-et parla."( Jules Michelet: Histoire de la Révolution française)
"L'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie."( Georges Perec: W ou le souvenir d'enfance)

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som
  07 septembre 2014
Suzanne et Marcel Jablonka, des juifs polonais arrivés à Paris dans la tourmente des années 1940, sont arrêtés par la police pour être déportés vers les camps de concentration où ils disparaitront. Deux victimes anonymes du nazisme aux côtés de millions d'autres.
Leur petit-fils, Ivan, professeur d'histoire et rédacteur en chef de la Revue des idées, part à la recherche de ses grands-parents inconnus. Cette aventure l'amènera en Pologne, terre natale de la famille Joblonka, mais aussi en Israël, en Argentine et en Russie, pays d'accueil de ses oncles et tantes, pour mieux revenir à Paris dans le quartier de Belleville-Ménilmontant, dernière résidence de ses grands-parents disparus à deux pas de sa propre habitation. Ironie et échos de l'histoire individuelle et collective, entre hier et aujourd'hui.
Tout au long de son périple, Ivan Jablonka applique ses méthodes d'historien : recherches et croisement des sources d'archives, recueil et confrontation de témoignages. Peu à peu, cette quête qui avait commencé sur un immense vide prend forme. Les visages, les caractères, les faits et gestes, les motivations de ses grands-parents sont retrouvés. Longtemps figures énigmatives, Suzanne et Marcel deviennent alors des êtres de chairs et d'émotions. Au-delà de la démarche familiale, intime et scientifique, ce documentaire nous rappelle aussi l'histoire collective de ces étrangers, juifs polonais communistes, ballotés puis emportés par le vent du stalinisme et du nazisme. Par cela, l'ouvrage est important, par son écho sur l'actualité, il est indispensable à lire.
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Prilla
  24 avril 2015
J'ai bien souvent du mal avec les biographies, car je me sens souvent à l'écart de la vie de la/des personne(s), et parce que je n'arrive pas vraiment à accrocher, à m'intéresser à tous les événements. J'ai lu ce roman car c'est une lecture obligatoire pour un concours, et je n'était pas du tout motivée au début. Et puis, petit à petit, mon regard a changé sur ce roman.
L'auteur, Ivan Jablonka, fait ici la biographie de ses grands-parents paternels, juifs, qu'il n'a jamais connu. Pour cela, il utilise de nombreuses sources : témoignages de la famille, d'amis de la famille, récits de personnes ayant vécu les mêmes situations que ses grands-parents, et archives. Il trace leur vie depuis la Pologne, où ils ont vécu à Parczew, jusqu'à leur déportation à Auschwitz, en passant par leur immigration à Paris.
J'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à me mettre à la lecture de cette oeuvre. L'époque, tout d'abord, m'a freinée, puisque, même avec mes cours d'Histoire, il y avait de nombreux événements que je ne connaissais pas. Ensuite, j'ai eu du mal à me visualiser Matès et Idesa, les grands-parents de l'auteur. Et je trouvais la narration longue, longue... Je n'arrivais pas à accrocher. En parallèle, on découvre aussi l'enfance de leurs enfants, Suzanne et Marcel (le père d'Ivan), et de leurs frères, soeurs, cousins, cousines... Certains viennent à Paris et son déportés, d'autres non, alors que d'autres vont en Argentine. Les enfants, quant à eux, vivent avec leurs parents, puis sont accueillis par différentes personnes. Cela faisait beaucoup de personnes à assimiler. J'étais un peu perdue. Mais ensuite, au fur et à mesure que la vie de cette femme et de cet homme changeait, j'ai commencé à m'attacher à eux, comme s'ils étaient de bons amis. Et les faits historiques décrits et vécus me devenaient de plus en plus familiers, et donc plus intéressant pour moi. Lorsque j'ai fini cet ouvrage, je me suis sentie comme si je connaissais vraiment Matès et Idesa, et que je venais d'apprendre leur mort.
J'ai finalement beaucoup apprécié les informations que cette biographie apporte sur de nombreux sujets: le communisme, l'immigration, la vie des Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, et la déportation. C'est une lecture enrichissante, notamment parce qu'elle apporte différents regards sur certains événements en croisant différentes sources. Même si je n'y étais pas obligée, je pense que j'aurais fait des recherches supplémentaires pour approfondir certains points qui me sont un peu flous.
En conclusion, même si je n'étais pas emballée au départ par Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus, j'ai finalement réussi à apprécier un minimum ma lecture et à en retirer un nouveau regard sur certains épisodes historiques et de nouvelles connaissances.
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Peteplume
  01 octobre 2016
C'est un livre d'histoire, celle, comme le dit le titre, des grands-parents que l'auteur n'a pas connus, mais qu'il a eus cependant car, même s'ils ont disparus avec tant d'autres dans les camps d'extermination nazis, ils ont existé et ils déterminent inexorablement le destin de leurs descendants, des leurs enfants, de leurs petits-enfants et sans doute aussi des générations suivantes. Ce livre remplit de façon exemplaire le devoir de mémoire que nous avons tous dans la façon, peut-être pas objective (peut-on l'être?) mais honnête, dont Ivan Jablonka a mené son enquête pour reconstituer les bribes d'information, les vestiges que le nazisme n'a pas réussi à complètement anéantir. Le début du livre m'a paru difficile : beaucoup d'acronymes, de notes en fin de livre auxquelles je pensais qu'il était important de me référer, une écriture que j'ai trouvé plutôt brouillonne... En somme, c'est la partie qui se passe dans le shtetl polonais qui m'a paru laborieuse; mais dès l'immigration et l'installation à Paris de Matès et Idesa, dès que j'ai été en territoire connu (non seulement sa géographie, mais aussi l'Histoire et quand j'ai apprivoisé la technique narrative de l'auteur), la lecture de ce livre m'est devenu addictive et je n'ai eu de cesse que de découvrir le fin mot de cette histoire tragique.
Il est étonnant de constater que le père de l'auteur n'a pas voulu tout savoir, en ne rencontrant pas par exemple les personnes qui avaient connu son père au camp (mais peut -être pas tant que ça de la part d'une personne qui a vécu en bas âge le traumatisme de la séparation d'avec ses parents et la condition d'orphelin juif au sortir de la guerre); frappant tout de même de voir que c'est seulement poussé par son fils qu'il a mené la recherche de concert avec lui.
Tout est intéressant dans ce livre qui apporte un éclairage sur la condition d'immigré clandestin en France et, aussi, sur les choix politiques difficiles des pays d'accueil, la France en l'occurrence, sur le sentiment de culpabilité sans doute encore vivace aujourd'hui de n'avoir su intégrer ceux qui fuyaient les persécutions pour délit d'appartenance à un groupe ethnique ou religieux, pour délit d'opinion, ceux qui fuyaient simplement la guerre...
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Les critiques presse (4)
LaPresse   05 décembre 2016
Un livre bouleversant et hors-norme.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Bibliobs   16 avril 2012
Ce travail ne répond pas pour Ivan Jablonka à la simple injonction d'une histoire positiviste, mais à une exigence poétique et métaphysique qui n'est pas sans rappeler la posture du narrateur dans l’œuvre de Proust.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Telerama   08 février 2012
L'enquête de Virginie Linhart auprès des survivants, qui se sont heurtés à la surdité et au silence d'une France trop pressée de tourner la page, montre le conflit entre volonté de dire et incapacité à transmettre l'indicible.
Lire la critique sur le site : Telerama
Liberation   10 janvier 2012
Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus est une enquête qui se lit comme un texte littéraire, constamment vivant, humain, jusque dans la description finale des camps, à laquelle l’auteur s’astreint comme on saute dans les flammes.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations & extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
mariecesttoutmariecesttout   26 janvier 2014
Vivre dans le passé, tout particulièrement dans ce passé, rend fou. Mais la vraie cause de mes insomnies, c'est l'échec. Au cours de cette recherche qui m’a fait explorer une vingtaine de dépôt d'archives, qui m'a fait rencontrer toutes sortes de témoin, qui m’ a mené en Pologne, en Israël, en Argentine, aux États-Unis, qui m'a fait travailler sur des textes en yiddish, hébreu, polonais, espagnol, anglais, allemand, j'ai donné le meilleur de moi-même, petit-fils et historien, attiré par la flamme nue de la vérité à laquelle nos cœurs tentent vainement de se cautériser. J'ai cherché à être non pas objectif -cela ne veut pas dire grand-chose, car nous sommes rivés au présent, enfermés en nous-mêmes -, mais radicalement honnête, et cette transparence vis-à-vis de soi implique à la fois la mise à distance la plus rigoureuse et l'investissement le plus total. La double nécessité de dire « je » et de fuir le ton emphatique et larmoyant que les circonstances pourraient justifier, le devoir de faire part de mes certitudes comme de mes doutes, de mes intuitions comme de mes renoncements, rendent mon travail intransigeant, un peu comme je me figure mon grand-père. Il est vain d'opposer scientificité et engagements, faits extérieurs et passion de celui qui les consigne, histoire et art de conter, car l'émotion ne provient pas du pathos ou de l'accumulation de superlatifs : elle jaillit de notre tension vers la vérité. Elle est la pierre de touche d’une littérature qui satisfait aux exigences de la méthode.
Pourtant je n'éprouve aucune satisfaction. Je ne sais rien de leur mort et pas grand-chose de leur vie. (....) Après avoir brassé, réuni, comparé, recousu, je ne sais rien. La seule consolation c'est que je ne pouvais faire mieux.
Je suis historien comme, à sept ou huit ans, je regardais avec terreur un livre d'astronomie annonçant, dans un milliard d'années, la destruction de la vie sur Terre par un Soleil devenu géant. Mais alors, il ne restera rien de nous, de notre maison, de notre rue, de nos livres et même de nos tombes?
.. Je suis historien pour réparer le monde.
Réparation du monde, tikkun olam en hébreu. Suis-je moi-même un de ces « Juifs non juifs », aussi radicaux que leurs pères parce que tout leur être se consume dans la recherche de la vérité ? Ce livre exprime ma fidélité au judaïsme, moi qui ne parle pas yiddish et qui me contrefiche de fêter Pessah. C'est le seul judaïsme dans lequel je me reconnaisse, avec celui de la mémoire et de l’ étude. Ni mes grands-parents, ni mon père, ni moi ne sommes « nés juifs », et la plaque commémorative scellée à l'entrée de l'école primaire de ma fille ne devrait pas cautionner cette interprétation : « Assassiné parce que les juifs. » Ceux qu'on pousse dans la chambre à gaz, c'est moi et ma famille, bien sûr, mais c'est aussi vous, avec vos enfants, vous, avec votre mère, votre frère, vos petits-enfants. Pourquoi vous ? Je ne sais pas, mais c’est vous. Et vous souffrez pour rien, et vous mourrez avant l'heure, sans laisser d'autres traces d'un dossier médical ou militaire, des lettres insignifiantes et une poignée de photos dans un album ou sur un compte Facebook. Mon histoire ne parle pas des juifs et encore moins « des juifs qui ont tellement souffert ». Dans la famille, on ne va pas la synagogue. Quel rapport Matès et Idesa ont-ils avec les notables juifs de Parczew sous qui voudraient les voir en prison, avec les bourgeois israélites de Paris effrayés par ces hordes de miséreux -sinon, justement, qu’on les enferme dans les mêmes wagons pour les mettre à mort ? Mais n'envisager que leur fin, c'est prendre le point de vue des bourreaux.
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michfredmichfred   09 novembre 2016
Les mots sont mensongers. A peine prononcés, ils trahissent le foisonnement des êtres, bafouent leur liberté. Quand je dis "Juifs", je referme sur mes grands-parents la chape identitaire que, toute leur vie, ils ont voulu faire sauter pour embrasser l'universel. Quand je dis "ma grand-mère" , tout le monde pense à une mamie aux bajoues duveteuses qui me prend sur ses genoux pour me lire un conte; mais Idesa est morte à l'âge de vingt-huit ans, et je suis déjà plus vieux qu'elle.
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mariecesttoutmariecesttout   26 janvier 2014
Je crois que je suis devenu historien pour faire un jour cette découverte. La distinction entre nos histoires de famille et ce qu'on voudrait appeler l'Histoire, avec sa pompeuse majuscule, n'a aucun sens. C'est rigoureusement la même chose. Il n'y a pas, d'un côté, les grands de ce monde, avec leurs sceptres ou leurs interventions télévisées, et, de l'autre, le ressac de la vie quotidienne, les colères et les espoirs sans lendemains, les larmes anonymes, les inconnus dont le nom rouille au bas d'un monument aux morts ou dans quelque cimetière de campagne. Il n'y a qu'une seule liberté, une seule finitude, une seule tragédie qui fait du passé notre plus grande richesse et la vasque de poison dans laquelle notre coeur baigne. Faire de l'histoire, c'est prêter l'oreille à la palpitation du silence, c'est tenter de substituer à l'angoisse, intense au point de se suffire à elle-même, le respect triste et doux qu'inspire l'humaine condition. Voilà mon travail; et, en caressant cette archive du tribunal, en suivant des yeux les traces laissées par la plume du greffier, je ressens un soulagement indicible.
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michfredmichfred   06 novembre 2016
Je crois que je suis devenu historien pour faire un jour cette découverte. La distinction entre nos histoires de famille et ce que l'on voudrait appeler l'Histoire, avec sa pompeuse majuscule, n'a aucun sens. C'est rigoureusement la même chose. Il n'y a pas, d'un côté, les grands de ce monde, avec leurs sceptre ou leurs interventions télévisées, et, de l'autre, le ressac de la vie quotidienne, les colères et les espoirs sans lendemain, les larmes anonymes, les inconnus dont le nom rouille au bas d'un monument aux morts ou dans quelque cimetière de campagne. Il n'y a qu'une seule liberté, une seule finitude, une seule tragédie qui fait du passé notre plus grande richesse et la vasque de poison dans laquelle notre coeur baigne. Faire de l'histoire, c'est prêter l'oreille à la palpitation du silence, c'est tenter de substituer à l'angoisse, intense au point de se suffire à elle-même, le respect triste et doux qu'inspire l'humaine condition.
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levanahbatiahlevanahbatiah   28 août 2015
Tout le monde se souvient d'eux, et pour cause : ce sont les concierges des trois immeubles. Ils s'expriment par borborygmes, elle n'est pas aimable, lui est un rustre. (...)
Pourquoi ces concierges mal aimables, tout droits sortis d'une hutte au fond des bois, mènent-ils une existence digitale dans le centre de documentation juive ? Parce que, pendant la guerre, ils vont avertir les locataires juifs chaque fois qu'une rafle se prépare. Ils montent l'escalier, grattent à la porte et repartent sans un mot. Plusieurs familles sont ainsi sauvées, à plusieurs reprises. M. Georges aide aussi les mères à prendre le train pour aller voir leurs enfants cachés à la campagne. (...) Non pas des gardiens : des anges gardiens.
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Videos de Ivan Jablonka (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ivan Jablonka
Retour sur le débat « Comment la pensée vivante peut-elle s?engager ? » .Retour sur les meilleurs moments du Mardi des Bernardins du 17 mai 2016, consacré à l?engagement des chercheurs et de la pensée. Pour (re)voir l?émission dans son intégralité, c?est par ici : https://vimeo.com/167117150 Avec la participation de : - Michaël Foessel, philosophe - Ivan Jablonka, professeur d?histoire à l?université Paris 13, Rédacteur en chef de laviedesidees.fr - P. Éric Morin, docteur en théologie - Élisabeth Roudinesco, historienne et psychanalyste
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