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ISBN : 2070301443
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 20 notes)
Résumé :
À Albert Samain.


Mon cher Samain, c’est à toi que j’écris encore.
C’est la première fois que j’envoie à la mort
ces lignes que t’apportera, demain, au Ciel,
quelque vieux serviteur d’un hameau éternel.
Souris-moi pour que je ne pleure pas. Dis-moi :
« Je ne suis pas si malade que tu le crois. »
Ouvre ma porte encore, ami. Passe mon seuil
et dis-moi en entrant : ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
laura_palmer
  10 avril 2016
Francis Jammes, inspiré dans sa jeunesse par Baudelaire, remarqué par Stéphane Mallarmé et Gide, est un poète profondément inspiré par la campagne et les références religieuses. A première vue, il peut faire penser à Paul Claudel, notamment pour la dimension sacrée qu'il donne à la nature et aux figures archétypales.
Personnellement, les Elégies m'ont moins convaincue que « La jeune fille nue » ou « le poète et l'oiseau », écrits comme des pièces de théâtre.
On ne peut nier la qualité littéraire de l'oeuvre. Pour le reste, c'est une question de goût.
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Wyoming
  02 août 2018
Très belles poésies de Francis Jammes réunies dans ce deuil des primevères où il célèbre les fleurs, les oiseaux, les insectes, l'amour, l'automne. Des textes souvent émouvants, des touches impressionnistes éparpillées à travers la nature, de la mélancolie et de la tendresse, des poèmes paisibles très agréables à lire et à méditer.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   11 juillet 2014
J'ALLAIS DANS LE VERGER

J’allais dans le verger où les framboises au soleil
chantent sous l’azur à cause des mouches à miel.
C’est d’un âge très jeune que je vous parle.
Près des montagnes je suis né, près des montagnes.
Et je sens bien maintenant que dans mon âme
il y a de la neige, des torrents couleur de givre
et de grands pics cassés où il y a des oiseaux
de proie qui planent dans un air qui rend ivre,
dans un vent qui fouette les neiges et les eaux.

Oui, je sens bien que je suis comme les montagnes.
Ma tristesse a la couleur des gentianes qui y croissent.
Je dus avoir, dans ma famille, des herborisateurs
naïfs, avec des boîtes couleur d’insecte vert,
qui, par les après-midi d’horrible chaleur,
s’enfonçaient dans l’ombre glacée des forêts,
à la recherche d’échantillons précieux
qu’ils n’eussent point échangés pour les vieux
trésors des magiciens des Bagdads merveilleuses
où les jets d’eau ont des fraîcheurs endormeuses.
Mon amour a la tendresse d’un arc-en-ciel
après une pluie d’avril où chante le soleil.
Pourquoi ai-je l’existence que j’ai ?… N’étais-je fait
pour vivre sur les sommets, dans l’éparpillement
de neige des troupeaux, avec un haut bâton,
à l’heure où on est grandi par la paix du jour qui tombe ?
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NuitDeChineNuitDeChine   19 avril 2014
Elégie n° 16.

Les roses du château de X..., le grand perron,
le bois humide où l'on cueillait des champignons,
les midis ennuyés sur le cadran solaire,
et les baguenaudiers dans le parc séculaire,
c'est le deuil de mon cœur, et je suis mort de vivre.

Mamore, ô ma morte aimée, n'était ce pas
ton chapeau qui tremblait sur la torpeur des vignes,
ce soir triste où je m'embarquai pour l'Angola
comme Robert-Robert, et les caoutchoucs noirs ?
Que je voudrais savoir si le cadran solaire
existe encore à l'angle où les lauriers d'Espagne
luisent dans la tristesse humide de l'allée.
Je me souviens du jour de mon embarquement :
les bouches contractées avalèrent des larmes,
et les dernières fleurs que tu m'avais cueillies
furent les plus dorées de la chaude prairie.

Je ne parlerai pas comme Robert-Robert
des nègres bleus que les coups de rotin brûlèrent,
ni du typhus ardent, ni des larges averses.
D'autres, autorisés plus que moi, évoquèrent
les voyageurs prostrés sous les coups de tonnerre.

Je parlerai de l'ensuite de cette vie,
et du deuil qu'aujourd'hui me laisse ma naissance.
Pourquoi si tout est mort est-ce donc que j'existe ?
En vain,je vois blanchir la poussière aveuglante.
Et la charrette à âne où tu te promenas
ne peut plus apparaître au sommet de la route.
Et je suis inquiet. Mon cœur pleure. Je doute.
Ton fouet aux néfliers ne s'accrochera pas.
Le pommier du matin ne pleuvra pas sur loi.
Je n'aurai que mes chiens et ma boueuse canne.
Et de tout cet amour dont éclate mon âme,
je ne rapporterai que du vide et du sable.

Morte, toi. Morts tous. Mort. Ils ont coupé les branches
que longeait en tremblant la vieille diligence.
Ils ont comblé l'ornière. Ils ont mis du gravier
là où la source coupait la route en deux. Et
le char virgilien n'y peut plus cahoter.

Mais je sais : Il est pour nous une autre contrée,
celle que les anciens nommaient Champs-Elysées
et dont, un soir d'avril, me parla un poète.
C'est là que, devisant, les amoureuses ombres
vont défiant a le Temps et l'Espace et le Nombre ».

C'est là que tu iras dans ta charrette à âne.
Et je viendrai à toi, que tu veuilles descendre.
Tu souriras, des lys sur ton chapeau de paille,
ainsi qu'un chèvrefeuille et ployée, et ta taille
succombant sur mon bras et ta joue à ma tempe.

Dans ces Champs bienheureux tout nous sera rendu,
jusqu'au moindre grillon, jusqu'à la moindre mûre.
Par les ruisseaux touffus couleront les murmures
qu'ont aujourd'hui nos cœurs d'ôtre long-temps perdus.
Les fruits seront gonflés, les palmes seront noires,
et Dante, soulevant sa robe, passera.

Le soir, nue et couchée aax fraîches anémones,
la grâce de tes bras me donnera l'aumône.
Une rosée glacée, qui pourtant sera douce,
caressera tes reins plus souples que la mousse,
et tes seins ronds et durs et ensemble dressés
feront qu'en les voyant s'étonnera Pomone.

Mais il n'est point encore de ces Champs-Elysées.
La vie reprend. Le château vide est toujours là,
et dans les Atlas clairs dorment les Angolas.
On ne sait pas. On ne sait pas. On ne sait pas.
Ton fouet aux néfliers ne s'accrochera pas.
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NuitDeChineNuitDeChine   19 avril 2014
Elégie n° 11.

Où es-tu ? Quelle a été ton existence paisible,
toi que j'ai connue vers nos quatre ans, petite fille
qui habitais chez ton vieux grand-père de notaire,
toi dont j'ai déjà parlé dans mes poésies?
Souviens-toi du jardin, souviens-toi de la claire
journée, où les boutons de roses du Beingaie
parfumaient les poiriers où criaient les moineaux ?
Sur le perron, avec sa casquette de velours
et sa chaise en arrière appuyée contre le mur,
ton aïeul regardait le temps tourner au beau.
Peut-être song-eait-il à de vieilles amours,
et le vent, qui soufflait aux glycines d'azur,
lui apportait-il le son d'une guitare morte.

O ma petite amie qui t'appelais Marie,
tu n'as pas, comme moi, sans doute, sur la vie
jeté je ne sais quel regard un peu poseur
qui me fait maintenant me mourir de langueur,
mais bien sincèrement m'agenouiller. Ecoute:
Tu as dû, par un beau jour d'été de Saint-Martin,
te fiancer à quelque simple et doux jeune homme.
Puis vint la noce et, aux bordures du jardin,
la servante paysanne a dû cueillir du thym
pour le repas où était le civet de lièvre.
Et puis, bien simplement, tu as donné tes lèvres
à ton mari qui est un gentil petit notaire.

Va, mon amie, tu as choisi la belle existence.
Peut-être, ce matin, lorsque j'écris ces vers,
tu te seras levée et tu auras ouvert,
avec ta fraîcheur honnête, les contrevents verts.
S'il me fallait choisir un souhait pour la journée,
je voudrais savoir ce que tu es devenue.
Dans la salle à manger où une vierge en tulle
est sous un globe, je voudrais redéjeuner.
Je te dirais: j'ai bien pensé à vous souvent,
depuis ces vingt-six ans où nous avions quatre ans.

Je causerais avec ton mari jusqu'au soir.
Et, après le dîner, sur le perron usé,
je m'assoierais avec vous deux sous la glycine.
Je vous dirais que j'ai souffert toute la vie.
Et vous, sans trop comprendre à cause de quel motif,
votre cœur sentirait mon horrible souffrance.
Mais vous seriez heureux de me sentir plus calme,
par la belle soirée qu'il ferait ce soir-là.
Nous écouterions monter le chant des âmes,
de la route où Ion voit s'allumer et s'éteindre,
dans la tiède obscurité, les voitures, vite.

Puis vous me donneriez, pour que j*y dorme bien,
la chambre bleue à la jolie tapisserie.
Existe-t-elle? Y a-t-il de tendres dessins
où une paysanne tire de l'eau du puits
à côté d'une vache suivie de la génisse ?
Le dessin y est répété tant de fois ! De l'église,
l'Augelus du matin coulerait en tremblant
comme de l'eau de ciel, d'azur et ruisselante.

O petite Marie, le jour où je mourrai,
- on meurt presque toujours aux fins des élégies ~
cueille de la fougère à la noire forêt.
Voici comme je veux que soit le bouquet frais
que tu déposeras sur ma tombe poétique;
Tu mettras, tout autour, de la mousse translucide,
et de ces Iys violets qu'on appelle colchiques.
Tu mettras, en souvenir de Gide, des narcisses,
car c est lui qui paya l'édition d''Un Jour,
Tu y mettras aussi, avec leurs longues tiges,
des nénufars en pierre blanche, au cœur doré,
car ils rappelleront, non pas un jour d'amour,
mais un jour de tristesse infinie et charmante
ou, sur un lac pareil aux lacs de Lamartine,
j'en couvris une dame au sourire lassé.

Tu y mettras aussi des brujères d'un rouge vif
cueillies sur l'ocre de quelque coteau aride.
Tu les y cueilleras à l'heure de midi,
quand le bourdonnement des guêpes s'entend seul.
J'aime ces fleurs que les écolères effeuillent.
Tu y mettras aussi une fleur que Mamore
cueillit dans la saison triste de notre amour.
Tu y mettras aussi, ma chère amie, des roses
qui te rappelleront mon enfance morose.
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coco4649coco4649   24 février 2014
J’AI VU REVENIR LES CHOSES...

J’ai vu revenir les choses de l’année dernière :
l’orage, le printemps et les lilas flétris,
et j’ai bu du vin blanc dans le noir presbytère.
Et mon âme est toujours terrible, douce et triste.

Pourquoi mon cœur n’a-t-il pas toujours été seul ?...
Je n’aurais pas ce vide affreux au fond de moi :
et, prêtre paysan, j’aurais orné les croix
de coquelourdes, de fenouil et de glaïeuls.

Notre vie extérieure eût été peu changée,
ô mère... qui aurais porté dans le jardin
le reflet aveuglant de l’eau pour arroser
les terreaux granuleux d’ombre bleue du matin.

... Plus rien. Je veux dormir à l’ombre de la lampe,
le front contre les poings et les poings sur la table,
bercé par ce continuel bourdonnement
qu’entendent ceux qui n’entendent pas d’autre voix.
+ Lire la suite
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NuitDeChineNuitDeChine   19 avril 2014
Elégie n° 04.

Quand tu m'as demandé de faire une élégie
sur ce domaine abandonné où le grand vent
fait bruire au ciel gris les bouleaux blancs et tristes,
j'ai revu^ dans la verte ombre des fourrés humides,
une robe ennuyée avec de longs rubans.

Du parc gazon né, au froid soleil mort d'Octobre,
une Diane cassée montait comme un jet d'eau.
Les faux-pistachiers, les noisetiers rouges,
les vernis-du-Japon, les lauriers et les roses
faisaient vers l'horizon une allée triste et belle
où des vapeurs de bleu décoloraient le ciel.

La mort a revécu doucement dans mon âme.
J'ai songé à tous ceux qui habitèrent là,
aux enfants qui jouaient à tuer des lilas,
à l'aboiement de la cloche pour les repas,
et aux corbeaux croassant dans le ciel mou et gris
où crie la girouette à l'ouest, signe de pluie.

La jeune fille avait sa chambre au sud -est, vers
J allée des ifs, non loin du vivier à l'eau verte.
Le mobilier de cette chambre était d'érable.
Un dé et des ciseaux luisaient sur une table,
cl sur la glace bleue qui reflétait des feuilles
un trumeau réparé montrait des amours bleus.

Ou entendait un coup de fusil dans la plaine,
et la salle à manger avait des paravents
Des oiseaux jaunes coloriaient les porcelaines.
Les déjeuners glacés des déclins de Septembre
étaient silencieux, ennuyés et sévères,
et quand la jeune fille descendait de sa chambre,
elle baisait au front le maniaque grand-père.

C'est sa robe, sans doute, que mon songe a rêvé
sur le banc que la mousse et l'humidité mordent.
Il est encore au fond de la plus noire allée,
parmi les aiguilles de pin flexibles et mortes.
C'est là que Célia, tristement accoudée,
venait au soleil pâle après les déjeuners.

Tu as voulu revoir, avec moi, la maison.
Tu savais mieux que moi l'histoire douloureuse
de cette Célia qui mourut de langueur,
qui se mourut d'un mal dont on cacha le nom,
d'un mal sur qui des bruits singuliers coururent,
mais que soigneusement les servantes ont tu.

Et nous sommes allés, sous la mort des feuillages,
jusqu'à cette fenêtre que nous avons ouverte
en attirant, du bois pourri, le fil de fer.
Nous nous sommes trouvés dans la cuisine noire,
si noire qu'on eût dit qu'il brûlait de la suie
dans le foyer g-lacé par un carré de nuit.

Les escaliers avaient des trous de moisissure.
De la rouille glacée poudr.ait les vieilles clefs
qu'on avait suspendues à côté des serrures.
Nous entendions de là le grand vent de l'allée,
ce vent si désolé du déclin des vacances,
gémir comme un roman parmi les sycomores
qui prennent en mourant la couleur de l'aurore.

Tu me dis : « C'est ici la chambre de Célia »
Une glace cassée, prise à la boiserie,
la meublait seulement. Tu me dis : « Il y a
de singuliers sujets sur la tapisserie. »
C'étaient des chars romains qu'aimait le sombre Empire,
l'époque vicieuse où sous les repentirs,
la Nucingen trompait des amours politiques.

Tu repoussas un contrevent sur les gljcines.
Là, sur le mur, dormait la cloche au timbre mort
que l'on sonnait jadis du seuil de la cuisine.
Tu tiras lentement le fil de cette cloche,
et sa voix de douleur, lente à se faire entendre,
pleura comme un grand deuil dans l'âme de la chambre.

Que la paix sur lâme de Célia repose.
Je cueillerai, au parc où elle fut, des roses,
des abutilons roux et des lilas terrestres.
Je les déposerai, pieux, au pied du tertre
où elle fut ensevelie un jour d'Octobre.
Que la paix sur l'âme de Célia repose.
+ Lire la suite
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L'église habillée de feuilles (extraits), Francis Jammes lu par Jean Marchat
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