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EAN : 9791095438199
246 pages
Éditeur : L' Iconoclaste (07/09/2016)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 18 notes)
Résumé :
L’écrivain cherche les mots pour écrire une lettre d’amour à la femme qui partage sa vie, pour dire le plaisir de toucher sa peau et pour décrire ses émotions, à travers les tableaux et les peintres qui l’inspirent comme les étoffes sensuelles de Poussin, le mouvement fébrile des corps enlacés chez Bacon, etc.
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Sirenna
  30 octobre 2017
Coup de foudre ,coup de coeur pour ce livre exquis.
Alexis Jenni m'emmène avec lui dans sa quête : du beau, du vrai.
Une merveilleuse déclaration d'amour à travers et grâce à ses émerveillements d'esthète .
Les tableaux de Bonard ,de Rembrandt,
qui diront ses troubles de peau .
Des mots visuels qu'il
effleure,
caresse.
Je l'accompagne dans cette flânerie et il me murmure à l'oreille devant le tableau :"Cabinet de toilette au canapé rose » : « Que Bonard a l'héroïsme des tendres et la vigueur des mélancoliques ».
Il parle avec passion.
Et je le lis avec application ^^
Je suis happé par son émerveillement quand il pose son regard sur les plus belles fesses de toute l'histoire de la peinture.
Tout est frisson sur la peau.
Ses mots déploient une sensualité de la parole qui décrit les courbes.
L'intime se dévoile
dans une jubilation d'esthète :
de l'art et de la femme !
Aimer la femme jusqu'à la transcender,
Jusqu'à l'effleurer de son regard,
La faire exister,
Dans la beauté d'un instant,
Dans une méditation silencieuse !
Dans un élan du beau,
Dans un élan du vrai,
Juste pour lui,
Juste pour ELLE,
Celle qui l'inspire de son corps !
Aimer les tableaux et y retrouver celle qui fait vibrer son âme.
Un émerveillement tactile qui transporte dans un monde de sens
Celui du toucher qui effleure,
De la main qui se dépose,
Qui s'aligne,
Qui dévoile,
Qui s'entremêle ,
Qui vibre,
Ses mots déploient une sensualité de la parole qui :
Décrits les courbes,
Exhibe la beauté,
Expose la délicatesse,
Enveloppe le corps d'un regard sensible.
Je deviens Maria Boursin la muse …qui s'amuse !
Je m'offre aux pinceaux du peintre qui trace mes contours de lumières et de couleurs.
Alexis m'impressionne par sa connaissance de l'histoire de l'art !
Il m'impressionne car il a réussi à m'embarquer dans ce voyage dans le confins du doux, du sensible et de cet art pictural qu'il analyse si bien !
J'aime l'importance qu'il donne à cette main qui devient tout à coup la pourvoyeuse de toutes ces sensations tactiles qui s'envolent dans un concert d'émotions.
Il est fasciné par la peinture de Rembrandt « la fiancée juive » où les deux mains s'effleurent !
« On y voit l'infini agitation du désir délimitée par l'enveloppe fragile du vêtement ».
« L'âme agitée par le tendre désir quand l'autre est tout près de soi, l'âme ballottée de mouvements,
de courants, de frissons, l'âme toujours mobile ; lieu intérieur de tous les mouvements »
Je reste sans voix juste prise par cette mélodie sensible qui me transporte dans un monde enchanté : celui des sensations !
Quel merveilleuse déclaration d'amour à la femme qu'il aime à travers ces tendres et enveloppantes paroles !
A lire ,relire, parcourir, admirer !
Je termine ce billet par une citation sur le toucher qui m'a touché ^^ :
« le toucher un mode de reconnaissance bouleversant :
Par transformation intérieur apparait en moi une image de toi et c'est celle-ci que je montre, peinte sur ma peau ».
Moi aussi j'ai été peinte par votre merveilleuse poésie !
Merci pour cet enchantement !
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berni_29
  01 novembre 2018
Je suis entré dans ce livre à tâtons. Il fallait bien des gestes pour vous en parler. Alexis Jenni est davantage connu pour avoir été récompensé du prix Goncourt en 2011 pour l'Art Français de la Guerre. Ici, dans l'Attente de toi est un objet insolite, je ne sais pas comment on pourrait le qualifier. C'est une sorte de longue lettre d'amour à l'être aimé, une femme qu'il aime, qu'il a aimée, et pour laquelle il a convoqué l'art, le désir et les mots.
L'attente est quelque chose qui brûle au fond de nos veines, parfois l'être aimé est là-bas sur l'autre rive. Il suffit de tendre les doigts qui tremblent, comme un cœur qui bat. Il suffit de franchir le gué... Mais voilà, le chemin n'est pas toujours aisé.
Ce livre est une caresse. Les pages viennent nous effleurer jusque sous la peau. J'ai senti comme un frisson dès ses premières pages. Je risque ici de vous dire des choses intimes, ce que je ressens du désir de la personne qu'on aime, ce que j'ai ressenti à la lecture de ce livre, là sous ma peau, comme des gestes qu'il me faudrait peut-être vous dévoiler. Ce sont des mots qui inventent des chemins sous les draps.
Et puis parfois, au premier abord, les mots de l'auteur ne viennent pas facilement, il le reconnait humblement, sans doute à cause de la pudeur. Il faut d'autres chemins, celui de l'art par exemple, la peinture, quelque chose de transgressif, quelque chose qui délivre la parole et les gestes pour dire enfin le trouble de la peau et d'autres choses tout aussi exquises aussi...
Ce livre est un objet insolite avec des représentations de tableaux. On y croise aussi des photos de Francis Bacon et de son amant. J'ai trouvé particulièrement touchants et cocasses ces instants cueillis dans l'intimité de l'artiste.
Ce livre est une invitation à cheminer, à aimer, à se chercher. Ce livre est une errance, une invitation à enfin se perdre dans nos sentiers les plus intimes.
J'ai aimé ce regard, j'ai aimé ces mots, je m'en suis imprégné comme dans une forme d'ivresse où brusquement le vertige prend la main. Parfois j'aime qu'on me prenne la main pour me guider là où je ne sais pas où je suis, là où soudain tout vacille, là où je suis invité à venir parce qu'une fenêtre s'ouvre dans un courant d'air.
Avec l'auteur, nous visitons des villes abandonnées le temps d'une nuit, des pas dans la rue où frémit déjà l'odeur du désir, une chambre qui bascule dans l'ombre encore inconnue, des gestes qui viennent dans cette chambre, cherchant à éteindre la lampe tandis que les corps se cherchent comme des funambules au-dessus du vide.
Faute de mots pour le dire, l'auteur s'aide par la peinture, le geste des autres. Bonnard, Fragonard, Picasso, Poussin. Et aussi Francis Bacon comme je vous l'ai dit tout au début de ma chronique. Nous découvrons aussi des photos de Rodin.
Ici, c'est la lueur d'un corps nu dans le fragment de la nuit. Un corps que l'on aime pour s'y perdre presque à jamais. La nuit est une agitation douce et silencieuse, qui donne sens aux corps qui vibrent comme l'accord d'une partition musicale.
Tout est rivage ici. Tout est dialogue. Un dialogue entre les tableaux de peintres et les mots de l'auteur. L'instant devient sublime. Est-il possible que le temps s'arrête dans des gestes qu'on croyait insoupçonnés ?
Plus tard, sur ce corps reposé vient un baiser. Ce baiser est apaisant, c'est un réconfort. C'est une ode aux corps inachevés et à leurs imperfections. C'est un livre qui nous réconcilie avec l'imperfection de ce que nous sommes et de ce que nous voulons être. Nous avons besoin d'aspérités pour vivre, tenir debout et ce livre nous délivre ce message de manière réconfortante et magistrale.
Ce livre convoque aussi des écrivains, Cendrars par exemple, mais toujours en faisant venir leur regard sur la peinture et l'usage des corps dans cet art.
À travers les pages, l'auteur continue d'effleurer la peau de celle qu'il aime. Mon coeur fut comme une balançoire dans cette lecture grisante.
Ici nos yeux caressent les pages de ce livre merveilleux comme des mains et les mots viennent comme des dessins dans les nuages. Quand j'étais enfant, je m'allongeais bêtement dans un champ ou dans mon jardin pour contempler les nuages qui peuplaient mon ciel breton, forcément peuplé de beaucoup de nuages, mais donc aussi de beaucoup d'imaginaires. Les ciels bretons regorgent d'images érotiques, je vous l'avoue à présent.
J'aime ce livre qui invite à voir, à toucher, à sentir. Quoi de plus beau que cette exquise invitation à vivre en harmonie avec nos sensations !
Je referme ce livre et je ne vous dirai pas ce que mes gestes du soir viendront éveiller comme étoiles nouvelles dans ma nuit.
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fanfanouche24
  19 décembre 2016
J'avais repéré ce texte original il y a déjà quelques semaines. Tout m'attirait: les thématiques et l'angle de vision choisi par son auteur, biologiste de formation...
Un hommage soutenu à la femme aimée... hommage exprimé de manière insolite, et particulier: L'auteur passionné par la peinture va choisir des oeuvres picturales pour argumenter ses élans amoureux et parallèlement nous offrir un hymne à tous nos sens, dont La Vue et le Toucher, inséparables pour savourer les arts...
" Faute de mots, je m'aiderai de la peinture. Elle sera une métaphore, une série de digressions, un miroir tendu à mes lèvres. Bonnard, Picasso, Rembrandt, d'autres encore, réussiront à traduire l'émotion infinie que j'ai à te toucher, à te regarder...à t'aimer"
Hymne à la peinture , à travers de grands artistes [Rembrandt, Bacon, Georges de la Tour, Fragonard, Picasso, Rodin, Bonnard, Nicolas Poussin], mais aussi surviennent des détours buissonniers empruntés par Alexis Jenni qui nous relate l'éveil très jeune de son élan énorme pour les beaux-Arts, grâce à un tableau de Georges de la Tour, qui se trouvait dans sa chambre, digressions passionnantes sur les autoportraits de Pierre Bonnard, ainsi que sur les oeuvres de Francis Bacon [ artiste dont les toiles me mettent
très mal à l'aise et dans une sorte de rejet personnel. J'ai d'autant plus apprécié le regard affiné d'Alexis Jenni sur cet artiste...]
Une lecture jubilatoire, avec un ton, un regard aussi original que déroutant parfois, surtout dans le choix des artistes: car passer avec autant de facilité et de conviction de Francis Bacon à Fragonard, cela tient du "grand Art" !...
Ma curiosité pour cet auteur a été " émoustillée" par ce très beau livre...
Texte d'amour tellement inhabituel !!! ... Je songe à emprunter très vite, à la médiathèque le texte antérieur qui lui a valu le prix Goncourt en 2011,
" L'Art français de la guerre"....où les arts, la peinture ont une part différente mais aussi fort présente !
Cet écrit est aussi une manière d'aborder de la manière la plus originale et la plus personnelle, notre appréhension et notre regard face à une oeuvre d'art...sans omettre l'amour de la Vie, la magie de nos sens...nos relations aux autres. Une lecture dont je me souviendrai longtemps !
J'achève cette trop rapide chronique par un extrait parmi d'autres, plus significatif....
"La main intérieure
Quand elle est bien faite, la peinture se voit avec les mains. (...)
cela signifie qu'elle touche celui qui la regarde au-delà de ce que lui montrent ses yeux. (...)
Les yeux ne sont plus seuls en cause: se promener dans un musée provoque une discrète agitation des mains.Les gardiens sont là pour ça." (p. 32)
+ Lire la suite
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Zakuro
  16 octobre 2016
"J'aime ta peau".
Une phrase qui exprime en peu de mots l'amour charnel.
Pour Alexis Jenni, ces mots ne suffisent pas à traduire l'émerveillement des sens.
Démuni par la pauvreté des mots à exprimer la beauté du corps et de la peau de la femme qu'il aime et au plaisir qu'il a de la regarder, l'auteur va remplacer ce vide par le plein de silence des tableaux des plus grands maîtres.
Un silence puissant qui réveille les émotions les plus enfouies et fait vaciller. Car l'essentiel n'est pas montré de manière directe, le tout est suggéré par les couleurs et les figures.
Alexis Jenni nous invite donc dans une muséographie intime et sensorielle où voir et toucher s'imbriquent et forment une union tactile très sensuelle.
Le regard se pose sur des représentations métaphoriques de la peau dans tous ses états : une chair vivante " le boeuf écorché " de Rembrandt , des touches de couleurs du "cabinet de toilette au canapé rose" de Pierre Bonnard, des mouvements légers et audacieux comme l'escarpolette de Fragonnard ou tissu drapé à la texture douce et enveloppante d'un tableau de Poussin.
La sensation du toucher est là, la peau invisible est révélée à l'intérieur d'un blanc, la malaxation d'une pâte ou les contours d'une forme.
La main ingénieuse du peintre et du sculpteur sont les doigts qui effleurent et caressent : "Reproduire la chair non comme elle se voit mais comme elle se touche, fluide et souple".
A travers de nombreuses illustrations de peintures qui lui rappellent des moments partagés à deux, Alexis Jenni offre un hommage particulier à la beauté d'une femme.
Je remercie Babelio et les éditions "L'iconoclaste" de m'avoir fait découvrir ce très bel ouvrage qui mêle art et amour et traite de manière élégante et avec pudeur un thème intimiste.
+ Lire la suite
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Killing79
  26 mai 2017
Pour déclarer sa flamme à sa bien-aimée, Alexis Jenni utilise ses cinq sens. Il sait très bien définir son ressenti par la vue, l'ouïe, l'odorat et le goût mais le toucher lui pose problème. Il n'arrive pas à le préciser avec des mots. Il décide donc de mettre en parallèle sa passion pour la peinture, afin d'exprimer ce sentiment.
Chaque chapitre est consacré à un tableau. Il décrit ce qu'il voit, ce qu'il imagine et s'arrête sur certains détails importants pour lui. Les oeuvres s'égrainent ainsi au fil des pages. Cela permet à l'auteur de nous présenter ses artistes préférés et ceux qui le touchent le plus. On en profite aussi pour apprendre des informations sur cet art et s'intéresser un peu plus au sujet. C'est donc un livre qui pourrait être instructif.
Malheureusement je n'ai pas du tout accroché à cet ouvrage. Pour moi, cela n'a été qu'une succession de divagations intérieures, sans queues ni têtes. L'auteur utilise sa plume lyrique pour nous montrer son amour de la peinture, mais toutes ses réflexions m'ont semblé trop personnelles comme si le lecteur n'était pas invité. Je suis resté à la porte sans jamais entrer et je me suis donc ennuyé copieusement devant cet enchaînement d'analyses dénuées de sens.
Dans ce texte plus proche de l'essai que du roman, je n'ai pas compris le lien entre sa définition du toucher amoureux et ses contemplations de toiles de maîtres et seule la qualité de la prose m'a plu dans ses moments les plus réalistes.
Je n'avais déjà pas adhéré à son livre « L'art français de la guerre », qui avait pourtant remporté le Prix Goncourt. Je pense donc que la relation entre l'oeuvre d'Alexis Jenni et moi est vouée à l'échec et que définitivement, je ne suis pas réceptif à son écriture…sans rancune !
Lien : https://leslivresdek79.wordp..
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critiques presse (2)
Lexpress   12 octobre 2016
Chaque court chapitre est construit autour d'une toile, d'une sensation ou d'une partie du corps aimé et sublimé (...) Le tout est servi par un regard plein de finesse et de fraîcheur sur l'art.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Culturebox   22 septembre 2016
Un hymne à l'art et à la sensualité.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
berni_29berni_29   08 août 2020
Fragonard peint l'instant. Il peint l'extraordinaire mousse rose de la robe, qui exhibe violemment ce dont il est question, mais que l'on ne voit jamais ; pas ici, pas tant ; ou alors il faut être très près. Dans les frondaisons agitées d'un vent d'orage, dans ce jardin très luxuriant est très luxurieux, la mousse rose de la robe est l'affirmation violente de la chair, de cette chair-là que l'on ne voit pas et à laquelle on pense toujours. Le personnage peint, lui, voit, il en est renversé dans les buissons, il en est tout illuminé, figé dans une brève extase, un sourire violent éclaire ses traits : il voit. Mais le spectateur ne voit pas, ce qui est à voir est caché dans les profondeurs du tableau, il faudrait y entrer, être à la place de l'homme renversé, décalé, pour voir comme il voit ; on voit qu'il voit car il est ravi, il est emporté par sa vision, la prodigieuse mousse rose de la robe nous dit que c'est bien là qu'est le lieu de l'événement. Le grand sexe rose s'épanouit devant lui comme une fleur.
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche24   18 décembre 2016
Voir et toucher

je veux parler des mains qui voient car nous allons dans ce monde les mains en avant. Nos mains sont nos vibrisses, nos tentacules, notre langue bifide: elles sont l'organe spontané du toucher de l'espèce humaine, au point que l'éducation des petits enfants consiste surtout à crier : " Touche pas" ! quand ils vont heureux dans la rue, heureux d'un monde surprenant qu'ils veulent absolument connaître, touchant à tout en ignorant les catégories du propre et du sale (...) (p. 53)
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berni_29berni_29   12 avril 2018
Quand elle est bien faite, la peinture se voit avec les mains. Mais bien faite ne signifie pas bien coloriée sans dépasser les traits, bien ressemblante à ce qu'elle doit représenter, ou toute autre qualité qui mérite une bonne note, une bonne place aux concours académiques, non : cela signifie qu'elle touche celui qui la regarde au-delà de ce que lui montrent ses yeux. Cela signifie qu'elle atteint au coeur de ce qu'est vraiment la peinture, une expérience totale, et l'image que l'on voit devant soi n'en est que la porte. Les yeux ne sont plus seuls en cause : se promener dans un musée provoque une discrète agitation des mains. Les gardiens sont là pour ça.
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flambotteflambotte   19 novembre 2019
Cela a dû arriver, que ma mère me prenne dans ses bras, ne serait-ce que pour des raisons techniques, pour me baigner, m'habiller, me mettre dans ma chaise haute, mais je ne m'en souviens pas. Dans toute ma vie consciente, dont je sais bien qu'elle n'est qu'une part de la vie, pas la plus vaste, pas la plus profonde, je n'ai pas le souvenir qu'elle m'ait touché affectueusement, comme on dit que les mères font avec leur enfant. C'est une chose que j'ai observée chez d'autres, que j'ai apprise au cours de ma vie, mais que je n'ai pas vécue. Je ne me rappelle rien d'autre que les bises qu'elle faisait pour dire bonjour, nettes comme les formules de politesse au bas des messages électroniques, même pas celles d'une lettre que l'on écrivait sur du papier, incompréhensibles, mais qui savaient prendre le temps, veuillez agréer, etc., l'expression de mes sentiments les meilleurs, etc., non, c'était : cordialement, smack. De la peau d'une mère je ne me rappelle que ça : la bise piquée à toute vitesse, comme le pivert pique le tronc ; ou comme l'avion d'assaut pique sur sa cible avant de se cabrer après qu'il a lâché sa bombe, en se désintéressant de l'effet que ça fait, c'est passé, c'est derrière.
Ce qui n'empêche pas un lien fort, mais distant ; donc obscur.
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche24   19 décembre 2016
Fragonard toujours souriant est le peintre de l'instant intense; il est le peintre du bonheur d'être; il n'est rien de plus, mais il n'y a pas grand-chose d'autre qui mérite d'être peint. (p. 166)
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Videos de Alexis Jenni (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alexis Jenni
Alexis Jenni interviewé pour son livre Féroces Infirmes aux éditions Gallimard , au Salon du livre de Genève à Palexpo avec le Club du Livre https://www.club-livre.ch
Alexis Jenni a passé son enfance et suivi sa scolarité à Belley, dans la région naturelle du Bugey, dans l'Ain. Titulaire d'une agrégation, il exerce d'abord en tant que professeur de sciences de la vie et de la Terre au lycée Saint-Marc de Lyon.
Il reçoit le prix Goncourt 2011 pour son premier roman publié, L'Art français de la guerre. 2011 : Prix Goncourt pour le roman L'Art français de la guerre. 2015 : Prix spiritualités d'aujourd'hui pour l'essai Son visage et le tien. 2018 : Prix du roman historique (Festival Les Rendez-vous de l'histoire de Blois) pour le roman La Conquête des îles de la Terre Ferme.
A propos du livre "Féroces Infirmes"
Jean-Paul Aerbi est mon père. Il a eu vingt ans en 1960, et il est parti en Algérie, envoyé à la guerre comme tous les garçons de son âge. Il avait deux copains, une petite amie, il ne les a jamais revus. Il a rencontré ma mère sur le bateau du retour, chargé de ceux qui fuyaient Alger. Aujourd'hui, je pousse son fauteuil roulant, et je n'aimerais pas qu'il atteigne quatre-vingts ans. Les gens croient que je m'occupe d'un vieux monsieur, ils ne savent pas quelle bombe je promène parmi eux, ils ne savent pas quelle violence est enfermée dans cet homme-là. Il construisait des maquettes chez un architecte, des barres et des tours pour l'homme nouveau, dans la France des grands ensembles qui ne voulait se souvenir de rien. Je vis avec lui dans une des cités qu'il a construites, mon ami Rachid habite sur le même palier, nous en parlons souvent, de la guerre et de l'oubli. C'est son fils Nasser qui nous inquiète : il veut ne rien savoir, et ne rien oublier. Nous n'arrivons pas à en sortir, de cette histoire.
« Je n'aimerais pas que mon père atteigne quatre-vingts ans. II en a soixante-quinze, il a bien vécu, je ne sais plus comment l'écouter, je ne sais plus comment lui parler, je ne veux plus l'entendre. Je ne veux pas sa mort, ce n'est pas ça, mais je ne sais pas comment faire pour que ça s'arrête. Quoi ? Ce qui brûle en lui, ce qui rayonne par sa parole. Que ça s'arrête, ce radotage, cette vitupération et cette hargne, que ça s'arrête ce récit de sa jeunesse violente qu'il radote à chaque tour avec de nouveaux détails, des détails cruels que je découvre.»
REMERCIEMENTS: Alexis Jenni Editions Gallimard SALON DU LIVRE DE GENEVE @salondulivregeneve Laurence Brenner, Maud Couturier CLUB DU LIVRE @clublivreswiss Manuela Nathan @Manuela.nathan , Aurelie Garcia @aurelieautheatre , Williams Mouriere, Yves Jaques, Michael Bouvard @Michael_Bouvard Interview de l'Auteur : Manuela Nathan Prod/Post-prod Interview de l'Auteur : Aurélie Garcia, Reportage Suisse Romande Partenaire : Valeur Suisse Institut
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