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Patrick Honnoré (Traducteur)
EAN : 9782330134235
288 pages
Éditeur : Actes Sud (04/03/2020)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 42 notes)
Résumé :
Un roman d'amour à la japonaise : la lumière comme métaphore de la solitude. Le métier de correctrice comme métaphore du langage, de l’expression de soi et d’une attitude devant la vie qui s’interdit de lire ce qu’on corrige… Après le succès de son roman "Seins et oeufs", Mieko Kawakami s’attache ici encore à la condition féminine dans une société japonaise où le travail semble être la seule voie pour exprimer sa personnalité.
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Osmanthe
  07 février 2019
Fuyuko est une jeune femme célibataire de 34 ans. Correctrice initialement comme salariée d'une maison d'édition, elle décide de devenir free-lance. Elle va travailler pour une femme de son âge, Hijiri. Fuyuko est une solitaire, entièrement dévouée à son travail. Elle ne sort pas et n'a pratiquement pas de relations sociales, et a toujours l'air de tomber de l'armoire (dans les conversations avec ses rares connaissances féminines, elle se contente neuf fois sur dix d'un « Ah bon ? » en guise de relance). C'est qu'elle n'a pas grand-chose à raconter. Alors qu'Hijiri est l'archétype de la femme moderne, célibataire qui assume ses aventures masculines sans s'engager, que Kyôko, son ancienne collègue de travail, mère de deux enfants, se plaint d'avoir une morne vie de couple, Fuyuko noie le poisson quand il s'agit de parler des hommes. C'est qu'elle n'en a connu qu'un, il y a longtemps déjà, un camarade étudiant qui l'a forcée sexuellement. Alors pour affronter le monde, se donner du courage en société, elle boit des bières et du saké…jusqu'à s'endormir d'ivresse dans un lieu public, où elle fera la connaissance d'un homme qui l'aide à émerger. M. Mitsutsuka a 58 ans, il se dit enseignant en sciences physiques. Il a l'air emprunté aussi, lui non plus n'a pas grand-chose à raconter. Ils vont nouer une curieuse relation, se donner des rendez-vous régulièrement au café pour malgré tout échanger un peu sur la pluie et le beau temps, mais surtout, du mystère de la lumière qui manifestement les rapproche. Mais Fuyuko est complètement chamboulée, et s'enfonce de plus en plus dans la déprime au fur et à mesure qu'elle comprend qu'elle est tombée amoureuse…Elle finira par prendre l'initiative, par se faire violence pour approcher M. Mitsutsuka dont elle rêve, se fait belle comme jamais (avec d'élégants vêtements qu'Hijiri lui avait donnés) pour l'inviter au restaurant et fêter l'anniversaire de cet homme dont elle ne connaît même pas le prénom. Mais au-delà de la magie d'une soirée, le rêve va s'évanouir, laissant place à un retour sur terre à la fois douloureux et dans l'ordre des choses, qu'Hijiri l'amie réaliste facilitera et adoucira.
Au début, j'étais dubitatif, entre le sentiment d'un manque d'action et la crainte d'un scénario superficiel et à l'eau de rose, et puis j'ai découvert peu à peu la richesse sous-jacente du propos. Car ce livre baigne dans un esprit bien japonais, au centre duquel émergent entre autres thèmes les interrogations de la femme japonaise dans son rapport au couple, aux enfants, la solitude, les blessures intimes, l'incommunicabilité entre les êtres, la destinée, et ce qu'on se cache à soi-même et aux autres.
Un beau et subtile roman, qui suscite attachement et compassion envers la narratrice Fuyuko, dont la vie intérieure est faite de souffrance permanente. L'auteur s'y entend pour nous faire toucher du doigt son mal être intérieur et ses peurs, sans pathos exagéré, et finalement avec un relatif optimisme.
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kuroineko
  19 novembre 2014
Je me suis lancée dans la lecture de ce nouveau roman de Kawakami Mieko un peu à reculons. Je n'avais pas accroché avec Seins et oeufs.
Une bonne chose d'avoir surmonter cet a-priori car le récit m'a d'emblée emballée.
Irie Fuyuko a 34 ans, travaille comme correctrice, d'abord dans une maison d'édition puis en free-lance. Sa vie au départ est réglée comme les feuilles quadrillées japonaises: travail, pas de petits amis, pas de sortie, travail, pas d'alcool, et toujours travail, travail, travail. Seul "point de fantaisie" dans son univers: se promener la nuit de son anniversaire (le 25 décembre, d'où son prénom qui signifie "Enfant de l'hiver") pour contempler les lumières, qu'elles soient artificielles ou des étoiles.
Son caractère est extrêmement réservé. elle parle peu, a une confiance en elle qui frôle le négatif. Elle se met peu à peu à boire pour pouvoir supporter les inévitables rapports à ses semblables humains, tombant dans l'alcoolisme.
C'est dans cette situation qu'elle fait la connaissance de Mr Mitsutsuka, un professeur cinquantenaire de sciences physiques. Cette rencontre marque un point de nouveau départ pour Fuyuko, très lent, voire chaotique car on ne revient pas comme cela sur plus de 30 ans de quasi invisibilité sociale.
A-travers sa narratrice ou des personnages gravitant autour d'elle, Kawakami Mieko aborde des sujets sociaux d'importance: la condition de la femme japonaise, au travail comme dans son couple (l'accroissement des couples "sexless" bien étudié par Muriel Jolivet dans son ouvrage sur la jeunesse japonaise, les brimades en milieu professionnel, ...), le conformisme de façade, l'alcoolisme, etc...
Dans ses échanges avec Mr Mitsutsuka, Fuyuko met en avant son attrait pour les lumières. Un moyen pour elle de retourner dans la lumière, quitter les ombres qui la font ployer depuis des années.
L'écriture est pleine de richesses, subtile et poétique. Les émotions ne s'étalent pas mais se répandent avec discrétion, ce qui ne leur enlève pas leurs forces pour autant. La narratrice apparaît souvent comme à travers un brouillard (trop de saké peut-être), un peu nébuleuse. Pourtant on se prend, à la lecture, assez rapidement d'amitié pour elle, pour sa fragilité.
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nounours36
  17 septembre 2014
Je n'allais pas rester sur Seins et oeufs, j'ai donc dévoré le dernier roman paru de Mieko Kawakami. Un livre également sur les femmes et leur condition féminine, le travail, l'isolement, l'alcoolisme.

Fuyuko, la narratrice a trente-quatre ans ; correctrice, elle travaille en free-lance pour une maison d'édition, vit seule et ne s'imagine aucune relation affective. Elle ne se nourrit pas de ses lectures : elle décortique les mots, cherche la faute cachée, l'erreur embusquée.
Fuyuko est une jeune femme complètement introvertie, repliée sur elle-même avec très peu de centres d'intérêt : la lumière "Elle ne sort la nuit qu'au soir de ses anniversaires en hiver", et le saké comme palliatif (pour communiquer, sortir) . Elle n'a que peu de contact avec le monde extérieur, ‘Personne ne m'adressait la parole, Je n'adressais la parole à personne p142.
Elle se laisse entraîner par les évènements et ne prend que peu de décisions, disant oui à presque tout. Ou "non", mais si doucement que personne n'entend sa petite voix. "Je n'avais jamais rien fait par ma décision propre" p148. Fuyuko nous est décrit comme une personne dont son comportement social est proche de l'autisme. Elle ne prend soin ni de son esprit ni de son corps "C'est mon corps qui faisait pitié" p142.
Fuyuko se lie avec Ishikawa, qui n'a besoin que d'un auditoire pour vivre, donc arrive à trouver une complémentarité à leurs besoins, puis un étrange professeur de physique, qui semble lui aussi atteint de mutisme. Une étrange alchimie entre ces deux personnes qui n'arrivent à communiquer se met en place. Il semble que l'on soit dans le roman Appel du pied "Les rebuts s'assemblent aux rebuts". Leurs rencontres sont des échanges de communication silencieuse de quelques mots.
On pourra avoir un avis partagé sur ce roman. Certains seront agacés de ne trouver que de l'aridité, et un manque d'action, une narration qui traîne en longueur. Ou au contraire apprécier le combat de Fuyuko qui vit dans sa sphère intérieur, l'analyse et essaye de la briser maladroitement. Peut-être un roman très Japonais, délicat et en retenue, de par sa poésie douce et lente, mais qui à le mérite de n'avoir aucune frontière quant à la personnalité de ses personnages.
J'ai également trouvé que prendre une personne totalement introvertie et fragile telle Fuyuko comme narratrice principale de ce roman est remarquable. Ceci en la mêlant s'une atmosphère de silence indiciblement poétique. Comme ces silences et tous les non dits remplis de banalités que le professeur de physique et Fuyuko s'échangenet lors de leurs rencontres.
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traversay
  08 avril 2014
Plus encore que Seins et oeufs, qui a fait connaître Mieko Kawakami, de toutes les nuits, les amants est un roman profondément japonais mais dont la résonance atteint une forme d'universalité sur la condition féminine d'aujourd'hui. Un livre minimaliste, dans ses dialogues notamment, lesquels semblent constamment perchés sur les crêtes de l'indécision. Fuyuko est une héroïne singulière. A près de 35 ans, elle n'a jamais connu l'amour et ne semble pas décidée à vivre autrement que dans la solitude, exerçant un métier de correctrice free lance qui lui permet de se désocialiser sans états d'âme. Dire qu'elle est introvertie serait un euphémisme, elle sort à peine, ne se lie jamais, n'a pas de hobbies particuliers si ce n'est de boire plus que de raison. Elle pourrait être ennuyeuse, Fuyuko, puisqu'elle n'a rien à dire à personne, mais c'est tout le talent de la romancière japonaise que de la rapprocher progressivement de nous avec une grande finesse psychologique. D'une certaine manière, de toutes les nuits, les amants est une comédie romantique (dysfonctionnelle) puisque rencontre il y a, avec un professeur de physique lui-même légèrement à côté de la plaque. Leurs rendez-vous sont des sommets de non dits et de banalités subtilement ciselés. le livre est le portrait touchant d'une jeune femme fragile, craintive et inhibée qui tente de s'ouvrir à l'amour et au monde. Y parviendra t-elle ? le suspense vaut largement celui du plus palpitant des polars.
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cathulu
  22 mai 2020
Scrupuleuse dans son travail de correctrice, Fuyuko, jeune femme de trente quatre ans , vit dans une solitude extrême. Très introvertie, elle ne peut concevoir d'établir des interactions avec les autres sans auparavant consommer d'alcool , pour se donner un peu confiance en elle.
Elle réussira néanmoins à tisser des ébauches de liens avec un professeur de physique, avec qui elle s'entretient de la lumière, mais également avec une jeune femme qui semble être son exact opposé : Hijiri, une éditrice qui lui confie du travail.
Amateur de rebondissements, passez votre chemin car ici il semble ne se passer presque rien dans ce roman , mais ce presque rien est très évocateur de ce qui fait les forces et les faiblesses de Fuyuko. On est ému par cette jeune femme qui se tient au bord du monde .Un texte d'une infinie douceur.
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critiques presse (1)
Actualitte   03 avril 2015
Comme une rédemption, une amitié s'élève au milieu d'un champ de ruines. Avec l'écriture comme une psychanalyse.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
OsmantheOsmanthe   07 février 2019
L'espace d'un instant la bougie fichée sur le chandelier marron et orange eut comme une bouffée, éclairant la joue gauche de M. Mitsutsuka.
- Oui, très nettement dessiné, dit M. Mitsutsuka en souriant.
J'ai failli lui demander : et vous me trouvez comment, très nettement dessinée ? mais j'ai vite bu une gorgée de vin pour me sortir cette bêtise de la tête.
- Et puis j'ai comme qui dirait l'impression qu'il y a quelque chose de changé par rapport à d'habitude, a dit M. Mitsutsuka en riant.
- Non vraiment ? j'ai dit en riant moi aussi.
- Vous venez souvent ici ? a demandé M. Mitsutsuka en baissant la voix.
- C'est la première fois, mais une amie m'avait dit que c'était bien alors j'ai réservé.
- Le nom est assez spécial...a dit M. Mitsutsuka en souriant et en regardant autour de lui. Comment c'est déjà ? Nu...nuré...
- Nu-re-se-pa, j'ai dit en riant. Etrange comme sonorité, n'est-ce pas ?
Le vin était très bon. Je regardais M. Mitsutsuka, nos regards se croisaient, je déviais le regard et je prenais une gorgée de vin, et je comprenais bien que ces choses invisibles à l'oeil qui existaient entre M. Mitsutsuka et moi, l'espace, la distance, les souvenirs, toutes ces choses invisibles à l'oeil, s'étaient endormies dans l'alcool et étaient en train de se métamorphoser en chair. Aussi bien M. Mitsutsuka que moi avons continué à boire beaucoup. Quand la femme est venue débarrasser les assiettes, je lui ai demandé le sens du nom du restaurant.
- C'est du français, cela signifie "Ne me laissez pas", elle a dit avec un sourire.
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OsmantheOsmanthe   03 février 2019
Je m'appelle Fuyuko Irié, je travaille comme correctrice free-lance, j'ai trente-quatre ans. Trente-cinq cet hiver, en décembre. Je vis seule. J'habite le même appartement depuis que je suis à Tokyo. Je suis née à Nagano. Dans le département de Nagano, à la campagne. Dans la vallée. Une seule fois par an, la nuit de mon anniversaire, je sors me promener, c'est mon seul plaisir. Mais j'imagine mal que ce petit plaisir puisse intéresser qui que ce soit. D'ailleurs je n'en ai jamais parlé à personne. Pour commencer, je n'ai pas d'amie à qui je pourrais en parler. C'est tout ce qu'il y a à dire de moi.
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art-bsurdeart-bsurde   07 août 2017
- Monsieur Mitsutsuka ...
- Oui?
- Ça vous plait de parler avec moi?
M. Mitsutsuka se redressa et répondit d'un ton enjoué.
- C'est toujours plaisant de parler avec vous, Fuyuko.
- Qu'est-ce qui est plaisant? j'ai demandé
- Ce qu'il y a de plaisant? répéta M. Mitsutsuka, l'air un peu surpris. Ce qu'il y a de plaisant ... En voilà une question difficile, dit-il après une gorgée de café et un temps d'arrêt. Je suis désolé mais je ne peux pas répondre comme ça du tac au tac ...
- Il y a aussi des moments pas plaisants?
- Non, ça, il n'y en a pas, a répondu M. Mitsutsuka. C'est toujours plaisant.
- Pourtant, j'ai dit ... je bois tout le temps. Je bois tous les jours, et de grosses quantités. Si je ne suis pas ivre, je suis incapable d'avoir une conversation normale. Aujourd'hui non, je n'ai pas bu ... Moi, depuis ces quelques mois, que nous nous voyons ici et que vous acceptez de parler avec moi c'est ...
Les mots se sont coincés à cet endroit là, je n'arrivais pas à dire quoi que ce soit de plus.
- Oui, a dit M. Mitsutsuka au bout d'un moment, je sais.
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OsmantheOsmanthe   05 février 2019
Tout le monde demande tout le temps de l'aide ou un conseil, pas vrai ? Mais ceux qui demandent conseil, ça n'a jamais été pour écouter l'avis des autres et s'y référer, c'est juste parce qu'ils ont envie de dire ce qu'ils pensent eux et de parler de leur situation. C'est pour ça qu'on n'a jamais trouvé la solution à son problème en demandant conseil à quelqu'un.
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nounours36nounours36   17 septembre 2014
Je suis seule, j’ai pensé.

J’avais toujours été seule, si longtemps, je pensais qu’il n’était pas possible de l’être plus, et pourtant, là, j’étais vraiment seule.
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