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ISBN : 2330002408
Éditeur : Actes Sud (01/02/2012)

Note moyenne : 3.12/5 (sur 100 notes)
Résumé :
La narratrice de ce roman se prénomme Natchan.
Célibataire, elle vit à Tokyo. Au début du livre, sa sœur aînée Makiko, bientôt quarante ans et sa nièce Midoriko à peine treize ans, débarquent chez elle, lui imposent leur présence et plus précisément leurs problèmes. Car Makiko semble avoir profondément changé depuis que son mari l’a quittée.

A Osaka, seule avec sa fille, une obsession s’est peu à peu emparée de tout son être : le projet de modi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Iansougourmer
  29 juin 2013
Seins et oeufs est un livre satisfaisant au travers duquel j'ai pénétré dans l'univers de la romancière Meiko Kawakzmi, artiste montante de la scène littéraire japonaise et encensée par les critiques. Elle a obtenu le prestigieux prix Akutagawa pour ce roman.
Makiko, hôtesse dans un bar miteux d'Osaka, élève seule sa fille Midoriko après sa séparation avec le père de celle ci. Les deux personnages voyagent à Tokyo et s'installent pour trois jours dans le petit appartement de Natsu, soeur de Makiko qui vit une existence morne de célibataire. Midoriko ne parle plus à son entourage et ne communique plus que par un cahier ou elle écrit ce qu'elle veut communiquer et où elle expose le malaise dans lequel les affres de la puberté la jettent. Sa mère Makiko n'est guère plus raisonnable : fataliste dans sa relation houleuse avec sa fille, elle se réfugie dans son unique obsession qui l'a fait voyager à Tokyo : se faire refaire les seins dans une clinique privée. Coincée entre les deux, Natsu peine à échanger et a faire office de médiateur.
Le style de Kawakami me laisse partagé, il m'a semble que le bon alternait avec le banal. Les passages où l'adolescente écrit dans son carnet sont très efficaces : l'écriture est réaliste et correspond bien à une personne de cet âge, les émotions sont là, alternant entre tristesse, dégoût et incompréhension de la part de Midoriko, ce qui en fait un personnage attachant. Enfin, un soupçon de cynisme vient pimenter le tout.
Je suis moins convaincu par la narratrice, Natsu, qui parle de manière un peu plate et nous ennuie parfois en faisant preuve d' une certaine placidité.
Il n'en reste pas moins que la scène des oeufs conserve une certaine puissance qui vient rehausser l'intensité de ce livre.
Ce que j'ai trouvé intéressant dans ce livre c'est la manière dont l'auteur parvient à nous montrer les problèmes auquel la gente féminine est confrontée au Japon : ces femmes doivent se débrouiller seules si elles n'ont pas de mari pour avoir des revenus, elle sont cantonnées au travaux pénibles et peu gratifiants : il est difficile pour des femmes de vivre de manière autonome au Japon, comme nous le montre Kawakami au travers des parcours de Natsu et Makiko.
De plus ces femmes subissent un mal plus général qui est dénoncé par beaucoup d'auteurs nippons dans leurs livres : elles souffrent d'une impossibilité de communiquer entre générations et individus qui sévit même au sein de chaque famille, comme le montre la relation de Makiko et de sa fille qui ne parviennent pas à se comprendre et à échanger sans conflits. La figure de Natsu illustre aussi ce phénomène : elle ne comprend pas sa soeur qui lui semble presque être à certains passages du livre une étrangère. Pour pallier ce déficit d'échanges, les individus se réfugient dans un univers personnel artificiel et absurde qui a le mérite de maintenir l' illusion d'un monde stable et protecteur pour les individus. L'obsession de Makiko pour se faire refaire les seins ne vise t-elle pas à masquer un vide existentiel, à oublier qu'elle n'arrive par à parler avec sa fille ?
La moindre chose qui perturbe cet ordre des choses bouscule le personnage qui perd ses repères, comme Midoriko qui voit son corps changer avec la puberté.
Kawakami livre un roman intelligent qui porte un style personnel affirmé. Je me rallie à tous ceux qui aiment cet écrivain. Je lirai d'autres livres d'elle avec plaisir.
PS : ce qui est intéressant est que j'ai pu être intéressé par ce livre même si il abordait des thèmes féminins.
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fabienne2909
  14 février 2013
"Seins et oeufs" est un livre que j'attendais de lire avec impatience. Inutile de dire à quel point j'ai été contente de le trouver à la bibliothèque (j'aime beaucoup aller à la bibliothèque découvrir, puis rafler, les nouveautés de la semaine, je me sens toujours comme une chercheuse de pépites d'or dans le Yukon. Digression qui n'a absolument rien à voir, mais comme je suis dans ma propre critique, je le reconnais volontiers :) ) pour pouvoir enfin poser les yeux dessus. Las, ma joie a été refroidie, et rapidement.
J'ai eu énormément de mal à entrer dans l'histoire, dont je n'ai pas vu (et ne vois toujours pas, malgré cette critique) l'intérêt. "Seins et oeufs" raconte l'histoire de la relation difficile entre Makiko et Midoriko, qui viennent passer quelques jours chez Natsu (la soeur de Makiko) à Tokyo. Cette relation entre mère et fille n'était déjà pas bien brillante puisqu'à l'issue d'une dispute, Midoriko refuse de parler à sa mère et note ce qu'elle a à dire dans un carnet, mais elle s'est encore plus dégradée depuis que Makiko a décidé de se refaire les seins (c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle et sa fille sont à Tokyo). Opération dont elle ne cesse de rebattre les oreilles (et nos yeux par la même occasion) à sa soeur.
Le roman est choral, à la fois narré par Natsu, de manière classique, à la première personne, et par Midoriko, à travers des extraits de son journal intime.
Ce procédé aurait pu être une bonne idée, sauf que les personnages ne sont pas bien consistants (surtout Makiko, dont on n'a pas accès à l'intériorité, à supposer qu'elle en ait une, d'après ce que Natsu dit d'elle), et les propos manquent singulièrement de relief et d'originalité, alors qu'ils sont censés être le sujet central de l'histoire : Natsu aborde la trentaine et s'interroge sur le début de sa vieillesse, reflétée par le corps trop maigre de Makiko (qui est de dix ans son aînée) et la perfection enfantine de Midoriko (qui est âgée de douze ans), tandis que cette dernière évoque son mal-être, ses regrets d'être sur terre, son refus de grandir (ce qui explique qu'elle prenne aussi mal l'envie de sa mère de se faire refaire les seins, symbole de la maternité et de l'âge adulte) et sa volonté de ce fait de ne jamais avoir d'enfants.
Bref, un roman sur le rapport à sa propre féminité envisagé par trois figures féminines, et les thèmes qui en découlent (la maternité, etc.) dont le thème est traité un peu trop superficiellement.
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brigittelascombe
  25 novembre 2012
"On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs" dit le dicton et lorsque les non-dits éclatent, l'abcès se vide pour construire une relation plus forte.
Voilà, en quelque sorte, le conseil que divulgue Mieko Kawakami (philosophe,actrice,comédienne et romancière japonaise, qui en 2008 a été élue Femme de l'année par le magazine Vogue Japan) dans son roman (très) psychologique Seins et oeufs dont la trame se déroule à Tokyo, alors qu'une mère ( "Makiko" hôtesse de bar maigrichonne un brin vulgaire portée sur la bière car abandonnée par son mari et rejetée par sa fille, vient, avec sa fille "Midoriko" adolescente mal dans sa peau livrée à elle-même, chez sa soeur célibataire "Natsu" compatissante, avant de faire augmenter le volume de ses seins).
Comme toujours les Editions Actes Sud ont su choisir très judicieusement leur auteur étranger qui évoque ici les relations houleuses mère-fille à l'adolescence et le problème de féminité rencontré par trois générations de femmes d'une même famille.
Qu'est-ce qui fait qu'une adolescente, du jour au lendemain, ne communique plus que par "journal de conversation" interposé?
Que se passe-t-il dans sa tête? Sur ses origines? le désir du couple qui l'a conçue? Quelles sont les violences réprimées? A-t-elle peur de sa propre beauté qui la met en rivalité avec sa mère?Des changements de son corps?
Pourquoi une mère, sans vie sexuelle apparente, désire-t-elle une chirurgie mammaire jusqu'à la fixation? Comment vit-elle sa féminité? Quels sont ses complexes?Remontent-ils à l'enfance?Qu'est-ce que la normalité?
De Natsu, on ne sait pas grand chose, car sa voix (qui alterne avec le journal de Midoriko) ne s'élève que pour commenter, pourtant c'est elle qui saura "allumer une petite lumière de plaisir" dans le regard éteint de sa nièce. Ce qu'elle verra à la fin dans son miroir, cachée derrière une image affable, à nous de l'imaginer:d'où le talent de l'auteur!
L'écriture très imagée de Mieko Kawakami est teintée d'humour: Midoriko a des jambes longilignes de "flamant rose", les seins de Makiko ressemblent à une "piqure de moustique"...
L'ambiance angoissante qui tourne à l'hystérie est fort bien rendue.
A lire et à découvrir: Mieko Kawakami très en vogue sur "la scène artistique et intellectuelle japonaise". Elle a d'ailleurs obtenu un prix pour Seins et oeufs!
Ce roman m'a évoqué: Ces années blanches de Julie Jacob Coeur pour l'adolescence mal vécue et le Pavillon des enfants fous de Valérie Valère pour le bien que peut apporter l'écriture exutoire chez une adolescente perturbée.
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kuroineko
  03 décembre 2018
Relecture de Seins et Oeufs de Kawakami Mieko. Lorsque je l'avais lu la première fois à sa sortie en 2012, je n'avais pas accroché. Et la grande scène finale m'avait paru d'un ridicule inouï.
Cette seconde lecture m'a permis d'appréhender différemment ce roman. Natsu, la narratrice, trentenaire célibataire, doit recevoir pour trois jours et deux nuits sa soeur aînée Makiko, 39 ans, divorcée, et la fille de celle-ci Midoriko, 11 ans, dans son studio à Tokyo. Sa soeur et sa nièce vivent à Osaka; elles ne se voient donc pas souvent.
Murakami Mieko a opté pour une structure à deux voix dont les paragraphes s'intercalent. En italique figurent les propos de Midoriko dans son journal. En écriture normale, le récit de Natsu. Quelques descriptions et les échanges rapportés aux onomatopées près. La communication, force est de constater, n'est guère brillante. Midoriko n'adresse plus la parole à sa mère et se contente d'écrire ce qu'elle a à dire sur son carnet depuis six mois. Makiko, elle, tombé dans une épuisante logorrhée sur son désir de se faire opérer pour avoir de plus gros seins. Et Natsu... elle fait ce qu'elle peut, consciente de ne pas trouver les mots adéquats ni pour l'une ni pour l'autre.
Si Makiko semble démarrer une crise de la quarantaine mammaire, sa fille voit se profiler la puberté, les changements corporels, les saignements des règles avec tout ce que ça implique d'ovulation, de fécondation, etc. Tout ça la répugne violemment au point de ne pas vouloir d'enfant et de regretter d'être née si c'est pour subir ces modifications non désirées. C'est vrai que c'est une période difficile que la puberté avec ces hormones qui explosent de partout et ajoutent des rondeurs et des courbes, des contraintes mensuelles. On l'oublie souvent, une fois qu'on l'a dépassée, ne voyant plus - comme Natsu - que la peau fine et sans ridule, le corps respirant la jeunesse...
L'auteure met en scène un trio féminin en proie à des questionnements et des angoisses, sans trouver le moyen de se parler. Avec les incompréhensions que cela peut engendrer. Elles sont touchantes, au final, ces trois femmes. Elles sont chacune à un moment éprouvant de leur existence. Elle crée sur une courte période un quasi huis-clos où tout ce qui mijote depuis déjà un bon moment se met à bouillonner dans la chaleur étouffante de la capitale en plein été.
Reste que je continue de trouver la grande scène un peu trop exagérée à mon goût. Même si, parvenues au paroxysme de la non-communication, il ne leur restait plus que ça à faire peut-être. Quoi donc, me demanderez-vous? Decouvrez le directement avec ce titre plutôt décalé. Court (108 pages) mais qui en dit long sur les rapports familiaux, entre soeurs ou mère-fille.
En conclusion, une seconde lecture bénéfique. Même si Seins et Oeufs ne figurera pas parmi mes meilleurs souvenirs littéraires japonais. Son troisième roman, Heaven, me tente néanmoins beaucoup par son résumé.
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nounours36
  12 septembre 2014
Mieko Kawakami nous décrit dans ce court roman le malaise de plusieurs femmes, de leur rapport à leur corps, de leurs rapports familial, et de leur place dans la société.

La première qui ouvre ce roman est Midoriko, la jeune fille d'une douzaine d'années qui est en révolte. Parce que sa mère n'est pas assez présente, ou que le dialogue passe mal (elle aurait voulu ne pas être née). le dictionnaire devient sa référence "Alors quand on cherche des mots à la chaîne, on finit par faire tout le tour du dictionnaire ?" se demande-t-elle. Et Midoriko va essayer de comprendre les métamorphoses de son corps d'adolescente à travers des définitions de dictionnaire. Dans son journal, elle écrit des notes très touchantes : pleine d'émotion et avec beaucoup de révoltes, des mots qu'elle ne peut qu'écrire et ne peux pas dire à sa mère. "Par exemple on peut dire détester, ou être dégoûtée de. Mais je trouve que c'est répugnant, ça donne mieux l'idée. Alors je m'entraîne à écrire le mot. Répugnant. Répugnant"
Midoriko est comme une chrysalide dans son cocon, qui voit avec étonnement et dégout les modifications des son corps, qui les refuse "Aujourd'hui, nous allons encore parler des seins. Je n'en avais pas, et maintenant ils me poussent.Je ne leur ai pourtant rien demandé. Pourquoi ils poussent ? D'où ils sortent ? Pourquoi je ne reste pas comme j'étais ? " et qui s'interroge sur le fonctionnement du monde qui l'entoure. Surtout l'incompréhension pour sa mère qui ne pense qu'à se refaire les seins. Elle voudrait disparaitre, ne plus exister retourner dans la matrice utérine ou dans le Robocon de son enfance.
Puis, Natsu la soeur de Makiko, la tante de Midoriko : qui les héberge et assiste comme témoin étranger à leurs problèmes, tout en essayant de les comprendre et de leur faire plaisir.
Kawakami nous livre une histoire bien menée de femmes au japon, une description des relations mère-fille, des incompréhensions et du manque de dialogue entre elles. Il me reste une interrogation sur le titre, oeufs pour ovules ou pour l'omelette finale ?
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critiques presse (3)
LePoint   19 mars 2012
Mieko Kawakami réussit dans ce petit livre à faire entendre une voix originale sur le malaise de la femme japonaise d'aujourd'hui, les dérives des fantasmes esthétiques et, de manière plus universelle, le sentiment d'étrangeté à son propre corps.
Lire la critique sur le site : LePoint
Bibliobs   19 mars 2012
C'est une tragicomédie crue, et cruelle. Et un passionnant instantané de vie féminine dans le Japon d'aujourd'hui.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   16 mars 2012
L'écriture de Mieko Kawakami se pose avec insistance et compassion sur le corps des femmes, dans ses recoins les plus intimes.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
SeijoliverSeijoliver   17 avril 2019
Makiko s'était fait le même maquillage épais qu'à l'aller. Pour éviter la gênante cérémonie des adieux sur le quai du Shinkansen, nous avons attendu l'heure devant les guichets.
- Mais oui, bien sûr ! Du lai de soja, voilà ! je me suis écriée. Voilà ce qu'il te faut, Makiko ! Il faut boire du lait de soja.
- Mais je n'ai jamais bu ça, moi..., elle a dit.
Pourquoi du lai de soja ? a demandé Midoriko.
- Parce que c'est plein de bonnes choses pour plein de trucs, j'ai expliqué. Surtout pour les femmes. On en trouve partout maintenant, vous pourriez prendre l'habitude d'en boire tous les jours, toutes les deux.
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fabienne2909fabienne2909   14 février 2013
Pour échapper au mien, de visage, je me suis tournée vers Midoriko. Une peau uniforme et lisse, pure, sans la moindre fronce, bien entendu. Les cils fournis, les paupières baissées, vues de ma hauteur, avec des contours parfaitement purs, à un monde de distance de la ligne que moi je trace péniblement à l'eye-liner par-dessus les petites ridules. Fins cheveux noués derrière la tête. Il paraît qu'elle ne permet plus à sa mère de les lui attacher, elle fait elle-même sa queue de cheval, ce qui fait qu'il y a quand même quelques cheveux qui s'échappent. Mais quand même, l'ovale du visage, la blancheur du duvet, l'arc du nez. Je regarde tous ces détails l'un après l'autre, tout chez elle est en conformité exacte avec l'idée que je me fais de la perfection. Le sait-elle ? A-t-elle conscience de sa perfection présente ? Moi aussi j'ai eu son âge un jour, mais de celle que j'ai été alors, il ne reste plus rien nulle part.
+ Lire la suite
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YzouYzou   16 novembre 2013
[aux bains publics]

Elle grommelle une supposée réponse sans cesser le moins du monde de suivre les femmes des yeux : femmes qui enjambent le bassin, femmes qui s'allongent dans l'eau, femmes environnées de bulles, femmes qui sortent de la salle et femmes qui entrent. Le tout sans un mot, et je ne vais pas parler toute seule, évidemment. Alors je me retrouve aussi à lorgner des femmes nues. Comme on pouvait s'en douter, au-delà de la large palette de formes et de silhouettes couleur chair, on peut repérer de façon assez constante des paires de nichons. En ce lieu de la nudité, les visages, qui en temps normal portent sans doute l'identité de chacune, ont perdu leur individualité. Ici, ce sont les corps qui marchent, qui parlent, qui pensent. Au cœur de chaque geste et de chaque action, il y a le corps et rien d'autre . Et soudain, alors que je suis des yeux ces corps qui passent devant moi, je rencontre ce sentiment de brutale étrangeté qui vous prend par surprise quand on écrit ou qu'on regarde trop longtemps un caractère chinois, ou même un caractère syllabique : on voit un i et on est soudain pris d'un doute : ça s'écrit comme ça, un i? Incrédulité devant l'évidence de ces corps de femmes si insistants qu'ils en deviennent irréels. Et pourquoi que c'est gonflé, là? Et pourquoi qu'au bout il y a un bouton? Et c'est quoi ces formes molles? Et pourquoi il y a deux jambes? Et pourquoi qu'elles sont tellement arquées? Finalement je ne sais même plus ce que je regarde, ou peut-être au contraire vois-je tout ça d'un œil trop neuf. Pour me sortir de cette oppression, je dis :
- Rhô, voyons Makiko, qu'est-ce que tu regardes depuis tout à l'heure?
- Hein? Bah, les nichons, me répond-elle en toute spontanéité.
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YukoYuko   26 septembre 2012
Je repense souvent à la dispute que j'ai eue avec maman, pour une bête question d 'argent, pendant laquelle je lui avais répondu par colère : "Pourquoi tu m'as mise au monde d'abord ?" sur le coup j'ai pensé, zut, c'est pas une chose à dire, ça m'a échappé. Elle était fâchée mais elle n'a rien dit, ça m'a laissé un sale goût dans la bouche. C'est à ce moment que j'ai décidé qu'il valait mieux ne plus parler avec maman, d'abord parce que quand on parle ça tourne tout de suite à la dispute, et c'est à moitié ma faute aussi parce que quand j'ouvre la bouche je lui dis des horreurs alors qu'elle est crevée à cause de son travail. Non, pas à moitié, c'est cent pour cent de ma faute. Je voudrais vite devenir adulte pour pouvoir travailler et lui apporter de l'argent. Pour l'instant, puisque je ne peux pas encore, je voudrais être gentille avec elle au moins. Mais même ça, je n'y arrive pas. J'en pleure par moments.
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nounours36nounours36   11 septembre 2014
Ni l’une ni l’autre ne prononçaient un mot ni ne riaient, je pouvais voir les particules de rire émises par l’écran se désintégrer avant de les atteindre. Une sorte d’ennui était en train de s’installer, un sentiment vague et pénible, pénible pour moi en tout cas. Alors, même s’il ne faisait pas encore nuit, pour changer d’air j’ai dit :
— Et si on allait prendre une bonne suée au bain public, toutes les trois ?
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Videos de Mieko Kawakami (3) Voir plusAjouter une vidéo
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