AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9781090724069
Monsieur Toussaint Louverture (03/10/2013)
4.24/5   396 notes
Résumé :
Alors que la grève installée à Wakonda étrangle cette petite ville forestière de l'Oregon, un clan de bûcherons, les Stampers, bravent l'autorité du syndicat, la vindicte populaire et la violence d'une nature à la beauté sans limite. Mené par Henry, le patriarche incontrôlable, et son fils, l'indestructible Hank, les Stampers serrent les rangs...

Mais c'est sans compter sur le retour, après des années d'absence, de Lee, le cadet introverti et rêveur,... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (92) Voir plus Ajouter une critique
4,24

sur 396 notes

Crossroads
  27 octobre 2013
Roman fleuve qui m'a souvent transporté , parfois submergé...
Dès sa réception , deux constats évidents : la beauté indéniable de l'ouvrage et un format atypique susceptible de vous faire abandonner les haltères à son profit . Provenant de Ken Kesey ( 1935 – 2001 ) auteur du célèbre Vol Au-dessus d'Un Nid de Coucou ( 1962 ) , je fis fi de quelques appréhensions bien légitimes , convaincu que le temps allait suspendre son vol .
La grève est décrétée par le syndicat à Wakonda , petite ville forestière imaginaire de l'Oregon où sévit le clan Stamper . Problème , vouloir leur en imposer , c'est un peu sortir le canoé et décider de dompter les chutes du Niagara à contre-courant . D'emblée , la tâche s'annonce coriace , pas insurmontable , mais quand même...
Tout comme les petites marionnettes , ils feront front , bien décidés à fournir en bois la Wakonda Pacific , quitte à s'aliéner l'ensemble de la communauté .
Mais pour venir en aide au charismatique Hank Stamper , à son jovial cousin Joe Ben et à l'opiniâtre patriarche Henry qui a fait «  lâche rien de rien «  sa devise journalière , seul un Stamper pourrait prétendre au poste . Leland dit Lee , érudit , raffiné , chétif , tout ce que n'est pas son demi-frère Hank avec qui il a un méchant contentieux , décide de réintégrer la séculaire maison familiale et de fourbir ses armes .
Dire que j'ai adhéré immédiatement serait mentir . Dense et protéiforme , l'histoire s'apprivoise mais ne se livre pas d'emblée , la coquinette . Ajouter à cela une narration trompeuse , ayant aboli toute ponctuation au profit d'une graphie différente histoire de signaler que les protagonistes ont changé et c'est un certain temps d'adaptation nécessaire à défaut d'un temps certain .
Une fois la bête domptée , place aux immensités boisées , aux conflits ouverts et larvés , à l'âpre quotidien de bûcherons considérant le progrès comme une bête sournoise et mortifère .
Le programme est conséquent . le repas gargantuesque . L'invitation à la table des Stamper est une offre que l'on peut difficilement décliner . Evoluer en leur compagnie , c'est naviguer en eaux troubles , à la rude , s'adorer , se détester , se déchirer pour mieux se reconstruire car au-delà d'un patronyme , les Stamper sont un art de vivre immémorial , une volonté farouche de subsister par ses propres moyens sans être redevables de qui que ce soit , chérir sa liberté par dessus tout et emmerder ouvertement tous ceux qui voudraient les en priver .
Ce livre est un combat perpétuel . Outre un contexte géographique et humain hostile , un duel fratricide rampant , il est aussi le questionnement d'une femme et d'une épouse , Viv , qui en vient à douter de sa place et de son rôle à tenir aux côtés de son mari , Hank .
Face à une telle profusion de thèmes , le mieux est encore de se lancer à corps perdu dans ce que l'auteur lui-même considère comme son chef-d'oeuvre absolu .
Un grand merci à Babélio et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture qui , à leur seule évocation , invitent déjà au voyage .
3.5/5
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          759
michemuche
  04 octobre 2015
Il y a peut-être trois semaines j'ai commencé un roman qui pour moi est un chef d'oeuvre.
"Et quelquefois j'ai comme une grande idée " est comme dirait Lehan-fan " une oeuvre grandiose ".
Ken Kesey est l'auteur du célèbre " vol au-dessus d'un nid de coucou ", c'est aussi ce joyeux luron qui avec sa bande des "merry pranksters "sillonnèrent les États Unis dans ce bus bariolé, ces fameux "acid test " si bien narré par Tom Wolfe.
" Et quelquefois j'ai comme une grande idée " est un roman sur le combat, un combat permanent, celle de deux frères que tout oppose.
Hank,l'aîné, le costaud, celui qui remplace le patriarche Henry, qui fait face à la grève des bûcherons.
Leland le second fils issu du deuxième mariage de Henry est l'intellectuel de la famille plutôt introverti, mal dans sa peau à cause d'un secret qui l'étouffe.
C'est aussi le combat de l'homme contre la nature, cette forêt de l'Oregon, des arbres centenaires magnifiques, ces feuilles qui craquent sous les pas, les odeurs de mousses qui pourrissent, la rivière Wakonda, puissante qui a chaque crue emporte des pans entiers de rivage, se sont le vol des oies sauvages, leurs cries assourdissants qui annonce la fin de l'automne.
La lune et son aura lumineux, la confidente de Leland.
Ce récit m'a pris au ventre, un roman dense, touffu comme cette forêt.
La narration particulière de Ken Kesey avec ces parenthèses qui ponctue le récit.un grand merci aux éditions de monsieur Toussaint l'ouverture pour ce grand livre jubilatoire et mes excuses à celles et ceux qui m'ont envoyé des messages.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          6711
BillDOE
  16 novembre 2020
Un doigt d'honneur… 
Et sur la toiture, dressé vers le ciel, un bras au bout d'une pique, dont le poing fermé ne laisse s'ériger que le majeur, comme une invitation à tous, d'aller se faire foutre…
Les Stamper ont passé un contrat avec la Waconda Pacific pour bucheronner la forêt mal grès l'avis de grève de leurs confrères. Ils sont la famille emblématique de cette bourgade de l'Oregon, Waconda, que la rivière du même nom borde. Afin d'honorer leurs engagements et par manque de main d'oeuvre, ils font revenir Lee, le demi-frère de Hank, parti faire ses études sur la côte Est. Mais derrière la lutte syndicale qui les oppose au reste des habitants, une vengeance fratricide ne demande qu'à être ranimée…
Ce n'est pas une histoire que l'on apprivoise facilement. le caractère entier des personnages, bourru, la nature sauvage des situations, les rivalités qui se sont développées entre eux n'autorise pas le lecteur à dompter facilement la narration et à se permettre de prendre des raccourcis. Chaque mot de l'auteur est pesé. Chaque mot de l'auteur compte. Ken Kesey prends son temps et un malin plaisir à épaissir l'atmosphère déjà chargé d'humidité et de testostérone. C'est une histoire sur le courage, la force et la volonté d'individus plongés dans un milieu hostile, qu'il s'agisse de la forêt à déboiser ou de la petite circonscription et des rivalités syndicales. C'est une histoire d'égo, où il est mal vu de baisser les bras devant l'adversité, ainsi, la devise des Stamper : « Ne rien lâcher ».
Le style de Ken Kesey est particulier car il fait parler chacun des protagonistes à la première personne, permettant au lecteur d'être pratiquement dans la tête de ceux-ci. Il ouvre ainsi la vision sous différents angles de son histoire, un peu comme le phénomène de l'hyper conscience qu'il a expérimenté avec le LSD. Ken Kesey a connu cette drogue lors d'un passage en tant qu'étudiant en médecine dans un hôpital psychiatrique, à la suite duquel il a écrit « vol au-dessus d'un nid de coucou ». Il a poursuivi cette aventure hallucinée avec un groupe d'amis, dans un autocar repeint dans des couleurs psychédéliques, au volant duquel on retrouve Neal Cassady, compagnon de route de Jack Kerouac et figure emblématique de la beat génération. Cette joyeuse troupe a traversé les Etats-Unis, distribuant des « jus d'orange arrangés » aux populations qu'ils croisaient…
Grâce à la parfaite maitrise de cet effet de style et au talent de Kesey, il en ressort un texte d'une grande qualité littéraire et la sensation d'être plongé dans un état de conscience omnisciente car on finit par être partout et en tout, à la fois.
L'auteur dira lui-même qu'après avoir écrit « et quelques fois j'ai comme une grande idée… », il ne pourrait plus jamais écrire quelque chose d'aussi bon.
Ce roman de Ken Kesey est un grand moment de lecture, fastidieux et magique, qu'il ne faut surtout pas manquer. Il a été adapté au cinéma par Paul Newman : « le clan des irréductibles ».
Traduction d'Antoine Cazé.
Illustrations de Nicolas Badout / NKL.
Edition limitée Waconda, N°0137.
Editions Monsieur Toussaint Louverture, 767 pages.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          507
JIEMDE
  24 décembre 2020
À propos d'un monument…
S'attaquer à Et quelquefois j'ai comme une grande idée, de Ken Kesey – traduit par Antoine Cazé – est déjà une aventure en soi. Tenter de le chroniquer ensuite, confine à l'inconscience. Ou à une forme extrême de suffisance. Deux raisons de refuser l'obstacle et de me limiter à quelques conseils adressés aux futurs lecteurs de ces 894 pages.
D'abord, commencer par la fin, et ce conseil de « l'époustouflant » éditeur, Monsieur Toussaint Louverture : « Ne vous laissez pas décourager, prenez le temps, remettez à plus tard si besoin, mais n'abandonnez pas, c'est l'un des plus grands livres qu'il nous ait été donné de lire ». Dont acte.
Ensuite, se laisser porter et emporter par le souffle épique (bien qu'en prose) qui balaie cette vengeance familiale au sein de la famille Stamper, sur fond de fronde et de grève dans les forêts de l'Oregon. Apprécier l'incroyable précision apportée dans la construction des personnages, que ce soit le clan Stamper – Leland, Henry, Hank, Joe Ben ou Viv – ou les autres, qu'on ne peut pas vraiment qualifier de secondaires : Teddy le barman du Snag, Jenny l'indienne la prostituée qui connaît le passé ou Floyd Evenwrite le syndicaliste aux petits pieds.
Essayer de s'accrocher pour comprendre la psychologie des liens qui séparent ou relient les frangins Stamper, interpréter ce qui se transmet dans ce qui ne se dit pas, s'y retrouver dans les époques dont Keysey se joue, tout comme des personnages dont les noms et les prises de paroles peuvent changer à chaque page.
Et aussi se délecter de ces paysages exceptionnels, tout aussi indispensables à l'oeuvre que le sont les Stamper : la rivière, la forêt, un arbre qui tombe, une plage, la pluie, l'eau qui monte… Et avoir le souffle coupé par quelques scènes d'anthologie : un bras suspendu, une chasse de nuit, un bucheronnage mortel…
Le reste se résume à un gigantesque ouragan littéraire dans lequel Keysey te prend, te retourne, te perd, te câline, te réconforte et te remet dans ta lecture avant de t'abandonner à nouveau comme une loque épuisée sur les pentes boisées de la Wakonda.
Cette lecture est une contradiction permanente : réjouissante et épuisante, addictive et inabordable, douloureuse et impossible à lâcher. Comme souvent les grands livres. Comme toujours les monuments. Qu'il faudra que je relise pour essayer d'en faire une vraie chronique !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          526
Archie
  23 mars 2021
Que ce roman est long ! C'est pourtant avec un plaisir fou que je me suis laissé embarquer par son auteur, l'Américain Ken Kesey (1935-2001), dans les huit cents pages touffues et fourmillantes de son deuxième roman au titre surprenant, Et quelquefois j'ai comme une grande idée.
Pionnier du mouvement psychédélique des années soixante, Kesey expérimenta largement ce que l'on pourrait appeler la création assistée par substances hallucinogènes. Son premier roman, Vol au-dessus d'un nid de coucou », avait rencontré un succès dopé par le cinéma et Jack Nicholson. Et quelquefois j'ai comme une grande idée, publié en 1964, porté à l'écran en 1972 (Le Clan des irréductibles, de Paul Newman, avec lui-même et Henry Fonda), attendit 2013 pour être publié en français.
Dans l'Oregon, sur la façade pacifique des Etats-Unis, se dressent des millions de sapins géants, certains pouvant atteindre la hauteur vertigineuse de cent mètres. L'action se passe en plein coeur d'une forêt, dans un petit bourg traversé par une rivière tumultueuse qui va se jeter dans l'océan. Ses habitants vivent directement ou indirectement de l'abattage des arbres. Mais les temps sont durs, les bûcherons décident de se mettre en grève et leur syndicat en appelle à la solidarité de tous.
Chez les Stamper, un clan de bûcherons structuré comme une PME familiale, on ne l'entend pas de cette oreille. On a même l'intention de profiter de l'occasion pour augmenter la production de grumes, ces tronçons de sapins abattus qui descendent la rivière jusqu'aux scieries. Leur chef, Hank Stamper, trente-six ans si mes calculs sont bons, est un mâle alpha, une force de la nature, un homme qui ne doute ni n'a peur de rien, animé d'une mentalité typique de pionnier américain.
Pour faire face à l'afflux de travail, Hank fait appel à son demi-frère, Leland ou Lee, vingt-quatre ans, parti depuis douze ans vivre à New York avec sa mère. Fondamentalement différent de Hank, envers lequel il garde une rancune haineuse, Lee est un étudiant cérébral d'apparence chétive. Il revient dans la famille avec des plans de vengeance…
L'on pourrait imaginer que Lee ne fera pas le poids devant la personnalité écrasante de Hank, mais tous deux ont appris à ne jamais rien lâcher, une devise rabâchée par leur père, Henry, fondateur du clan, un octogénaire dont les moyens physiques et intellectuels déclinent fortement. La rivalité entre les deux frères prend le pas en intensité dramatique sur le conflit des bûcherons, sous l'oeil fasciné du lecteur, qui doit bien reconnaître que le brutal Hank n'a pas que des défauts et que le subtil Leland ne manque pas de perversité. Un bras de fer infernal, non dénué d'humour ; une incertitude haletante ; et un manège troublant qui se dessine autour de Viv, la jolie épouse de Hank.
S'y mêlent de nombreux personnages secondaires hauts en couleur, présents tout au long d'un texte d'une audace incroyable, où les voix s'intercalent, différenciées par les typographies, chacun prenant la parole ou s'exprimant par la pensée en contrepoint des descriptions du narrateur, un peu comme dans une scène polyphonique d'opéra. Ce parti littéraire, associé à une traduction d'une justesse saisissante, m'a réellement plongé en plein coeur de l'intrigue, comme si j'y étais... Et j'y étais si bien, que je relisais certains passages deux fois, trois fois…
Un séjour fascinant dans une nature moite et agressive, où soufflent des vents furieux poussant des nuages noirs, où les berges sont indéfiniment taillées et retaillées par la rivière, où des oiseaux et des insectes multicolores vibrionnent autour d'arbres géants menaçants, sans oublier, tout proche, le rugissement d'un océan majestueux.
Et quelquefois j'ai comme une grande idée est un livre difficile, notamment dans les soixante premières pages, incompréhensibles à la première lecture. Il faut savoir les franchir et venir les relire après la fin de l'ouvrage. Elles paraissent alors limpides, parce qu'on se sera adapté au mode d'écriture de l'auteur. le livre comporte quelques extravagances, quelques invraisemblances, peut-être même quelques incohérences. Peu importe ! Ce roman éblouissant m'a fait vivre une expérience étonnante.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          514


critiques presse (2)
Telerama   09 décembre 2015
Un grand roman, époustouflant par son écriture et sa sauvagerie.
Lire la critique sur le site : Telerama
LePoint   12 novembre 2013
Ce roman, le second de Ken Kesey date de 1964, mais vient à peine d'être traduit et édité en français par la maison Monsieur Toussaint Louverture. Et s'il abandonne le décor d'hôpital psychiatrique du premier, il reste fou. Radicalement, superbement.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (73) Voir plus Ajouter une citation
R-MDominikR-MDominik   09 octobre 2013
« Docteur...çà y est, je deviens fou, je disjoncte dans les grandes largeurs, çà me tombe dessus! »

« Non, Leland, pas vous. Vous, ainsi que beaucoup d'autres de votre génération, vous trouvez en quelque sorte exclu de ce refuge-là. Il vous est désormais impossible de « devenir fou » dans le sens classique de l'expression. Il fut un temps où les gens « devenaient fous » fort à propos, et disparaissaient de la circulation. Comme des personnages de fiction à l'époque romantique. Mais de nos jours... », et là je crois qu'il s'était même payé le luxe de bailler, « ...vous êtes trop bien informés sur vous-mêmes et votre psychisme. Vous connaissez trop intimement un trop grand nombre de symptômes de la maladie mentale pour vous laisser prendre par surprise. Et autre chose encore: tous autant que vous êtes, vous avez le don de vous libérer de votre frustration par le biais de fantasmes trop malins pour être honnêtes. Et vous, Leland, vous êtes le pire de la bande de ce point de vue. Alors...vous serez peut-être névrosé jusqu'à la moelle pour le restant de vos jours, et malheureusement aussi vous serez peut-être bon pour un petit séjour à Bellevue et vous allez sans aucun doute en prendre pour 5 années supplémentaires de séances payantes avec moi – mais j'ai bien peur que vous ne soyez jamais complètement dingue. »
Et il s'était renversé dans son élégant fauteuil club avant d'ajouter: « désolé de vous décevoir, mais le meilleur diagnostic que je puisse vous offrir, c'est une bonne vieille schizophrénie à tendance paranoïaque. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
VALENTYNEVALENTYNE   26 mars 2016
Joe était de si bonne humeur qu’elle surpassait même sa bonne humeur habituelle. Il avait échappé aux hostilités de la veille, étant monté se coucher sans rien savoir de la reprise de la guerre froide entre Hank et moi, et il avait passé une nuit pleine de rêves visionnaires de fraternité, tandis que sa chère famille se déchirait à l’étage du dessous, loin de son Utopie : un monde coloré plein de guirlandes et d’arbres de mai, d’oiseaux bleus et d’azalées, où l’homme est bon pour son prochain simplement parce que la vie est plus marrante ainsi. Pauvre imbécile de Joe, avec ta cervelle en Meccano et ton monde désordonné… On raconte que quand il était gosse, ses cousins avaient vidé sa chaussette de Noël et remplacé les cadeaux par du crottin de cheval. Joe avait jeté un œil au fond de la chaussette et s’était précipité vers la porte, les yeux brillants d’excitation. « Attends, Joe, où tu vas ? Il t’as apporté quoi le Père Noël ? ». Si l’on en croit l’histoire, Joe se serait arrêté dans l’entrée pour chercher une longe : « Il m’a apporté un joli petit poney, mais il s’est échappé. Si je me dépêche je pourrais le rattraper. »
Et depuis ce jour-là, on dirait bien que Joe a accepté tous les malheurs de l’existence comme des gages de bonne fortune, et toute la merde du monde comme un signe indiquant la présence de poneys Shetland à proximité immédiate, des étalons pur sang caracolant juste un peu plus loin. Si quelqu’un s’était avisé de lui montrer que le poney n’existait pas, ou n’avait même jamais existé, seulement une blague et de la merde, il aurait dit merci pour l’engrais et planté un potager. Si je m’avisais de lui dire que mon désir de l’accompagner à l’église n’avait pour seul motif que d’honorer mon rendez-vous avec Viv, il se serait réjoui de me voir consolider mes liens avec Hank en apprenant à mieux connaître sa femme. (Page 428)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
GoldleadGoldlead   25 janvier 2015
Le pas de deux avec mon frangin n'était pas terminé. C'était juste l'entracte, rien d'autre qu'une pause sanguinolente, quand les deux adversaires reprennent des forces, fourbus... mais pas encore la fin du combat. Peut-être n'y aurait-il jamais de fin. Là-bas sur la berge, nous avions tous les deux pressenti que lorsque chaque adversaire est de force égale, il n'existe aucune issue, pas de victoire, pas de défaite, pas de fin... Il n'y a que l'entracte, quand l'orchestre prend cinq minutes de pause cigarette. Si j'avais assommé Hank pour de bon — je dis bien si, car j’avais perdu trop de sang et fumé trop de clopes pour qu’une telle possibilité devienne plus qu’une hypothèse — je n’aurais toujours rien prouvé sinon qu’il était assommé. Pas vaincu. Je le sais maintenant, et je pense que même alors, je le savais. Tout comme il a dû savoir, quand je me suis défendu, que ma défaite était désormais hors de portée de ses armes. Le tourne-billes dont je m’étais inquiété ne pouvait que déchirer mes entrailles ; les brodequins cloutés ne pouvaient que réduire en charpie mes neurones […] ; même par la menace, même s’il avait tenu son couteau de poche à douze lames contre ma gorge en me forçant à signer un papier où j’aurais juré mon allégeance éternelle tout à la fois à John Birch, au Ku Klux Klan et aux filles de la Révolution américaine, il ne m’aurait pas plus vaincu que moi je ne l’aurais vaincu, si je l’avais accompagné jusque dans le sanctuaire de l’isoloir pour le forcer, sous la contrainte d’un révolver, à voter communiste.
Car il existe toujours un autre sanctuaire, une porte qui ne peut jamais être forcée, quelle que soit l’énergie qu’on y met, une ultime forteresse inviolable qui ne peut jamais être prise, quelle que soit l’attaque ; on peut vous prendre votre voix électorale, votre nom, vos entrailles, et même votre vie, mais cette ultime forteresse peut simplement capituler. Et l’amener à capituler pour une autre raison que l’amour, c’est amener l’amour à capituler. Hank savait cela depuis toujours sans le comprendre, et en l’en faisant brièvement douter, je nous avais permis à tous les deux de le découvrir clairement. Je le savais désormais. Et je savais que pour gagner mon amour, gagner le droit d’être moi-même, je devais reconquérir mon droit à cette ultime forteresse.
Ce qui voulait dire regagner la force que j’avais dilapidée au bénéfice d’un amour à l’eau de rose.
Ce qui voulait dire reconquérir la fierté que j’avais troquée contre la pitié.
Ce qui voulait dire ne pas laisser ce salopard descendre cette putain de rivière sans moi, pas une fois de plus, pas cette fois-ci, même si nous devions nous noyer tous les deux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
R-MDominikR-MDominik   31 octobre 2013
« Ecoute fiston, voilà le topo, lui disait le lion pour résumer la situation. Il y a les huiles comme eux autres, et puis les lampistes comme nous autres. C'est pas difficile de dire qui est qui. Des huiles, il y en a qu'un petit peu: tout leur appartient, les champs de blé, la terre entière. Des lampistes comme nous, il y en a des millions: ils cultivent le blé et tous, ils crèvent la dalle. Les huiles, ils croivent qu'ils peuvent s'en tirer à bon compte parce qu'ils pensent qu'ils valent bien mieux que nous – peut-être que quelqu'un a cassé sa pipe et leur a laissé un gros paquet de fric, voilà pourquoi, et comme çà ils payent ce qu'ils veulent. Nous, faut qu'on les déloge de là-haut, tu piges? Faut qu'on leur montre une bonne fois pour toutes qu'on est tout aussi importants qu'eux! Tout le monde est aussi important qu'eux! Tout le monde cultive du blé! Tous le monde en bouffe! C'est pas plus compliqué que çà! »
Il se levait alors d'un bond pour tituber dans la pièce, rugissant à pleins poumons:
« Dans quel camp es-tu?
Dans quel camp es-tu?
Quand on se range pour la bataille...
Dis-moi donc dans quel camp tu es? »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
michemuchemichemuche   10 septembre 2015
On apprend dès le plus jeune âge à se méfier du contact : ne jamais faire confiance, nous apprend-on.....
Tu veux vraiment que quelqu'un caresse de ses doigts sales l'intimité de ton âme ? N'accepte jamais de bonbons d'un inconnu.
Commenter  J’apprécie          250

Videos de Ken Kesey (40) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ken Kesey
Le choix des libraires vous emmène à Auxerre, à la rencontre de Grégoire Courtois qui anime avec passion la Librairie Obliques !
Voici ses conseils : le livre nécessaire : Platon, "Gorgias" (Flammarion) le livre pour une soirée confinée : Ken Kesey, "Et quelques fois j'ai comme une grande idée" (Monsieur Toussaint Louverture) le livre antidépresseur : Douglas Coupland, "La pire personne. Au monde." (Au diable vauvert) le livre clique et collecte : Hoai Huong Nguyen, "Sous le ciel qui brûle" (Éditions Viviane Hamy).
Retrouvez l'émission en intégralité ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
+ Lire la suite
autres livres classés : oregonVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Dead or Alive ?

Harlan Coben

Alive (vivant)
Dead (mort)

20 questions
1592 lecteurs ont répondu
Thèmes : auteur américain , littérature américaine , états-unisCréer un quiz sur ce livre