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ISBN : 1090724063
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture (03/10/2013)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 249 notes)
Résumé :
"Sometimes a Great Notion", 1964 ; traduction française "Et quelquefois j'ai comme une grande idée", 2013.

Alors que la grève installée à Wakonda étrangle cette petite ville forestière de l'Oregon, un clan de bûcherons, les Stampers, bravent l'autorité du syndicat, la vindicte populaire et la violence d'une nature à la beauté sans limite. Mené par Henry, le patriarche incontrôlable, et son fils, l'indestructible Hank, les Stampers serrent les rangs...... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (69) Voir plus Ajouter une critique
Crossroads
  27 octobre 2013
Roman fleuve qui m'a souvent transporté , parfois submergé...
Dès sa réception , deux constats évidents : la beauté indéniable de l'ouvrage et un format atypique susceptible de vous faire abandonner les haltères à son profit . Provenant de Ken Kesey ( 1935 – 2001 ) auteur du célèbre Vol Au-dessus d'Un Nid de Coucou ( 1962 ) , je fis fi de quelques appréhensions bien légitimes , convaincu que le temps allait suspendre son vol .
La grève est décrétée par le syndicat à Wakonda , petite ville forestière imaginaire de l'Oregon où sévit le clan Stamper . Problème , vouloir leur en imposer , c'est un peu sortir le canoé et décider de dompter les chutes du Niagara à contre-courant . D'emblée , la tâche s'annonce coriace , pas insurmontable , mais quand même...
Tout comme les petites marionnettes , ils feront front , bien décidés à fournir en bois la Wakonda Pacific , quitte à s'aliéner l'ensemble de la communauté .
Mais pour venir en aide au charismatique Hank Stamper , à son jovial cousin Joe Ben et à l'opiniâtre patriarche Henry qui a fait «  lâche rien de rien «  sa devise journalière , seul un Stamper pourrait prétendre au poste . Leland dit Lee , érudit , raffiné , chétif , tout ce que n'est pas son demi-frère Hank avec qui il a un méchant contentieux , décide de réintégrer la séculaire maison familiale et de fourbir ses armes .
Dire que j'ai adhéré immédiatement serait mentir . Dense et protéiforme , l'histoire s'apprivoise mais ne se livre pas d'emblée , la coquinette . Ajouter à cela une narration trompeuse , ayant aboli toute ponctuation au profit d'une graphie différente histoire de signaler que les protagonistes ont changé et c'est un certain temps d'adaptation nécessaire à défaut d'un temps certain .
Une fois la bête domptée , place aux immensités boisées , aux conflits ouverts et larvés , à l'âpre quotidien de bûcherons considérant le progrès comme une bête sournoise et mortifère .
Le programme est conséquent . le repas gargantuesque . L'invitation à la table des Stamper est une offre que l'on peut difficilement décliner . Evoluer en leur compagnie , c'est naviguer en eaux troubles , à la rude , s'adorer , se détester , se déchirer pour mieux se reconstruire car au-delà d'un patronyme , les Stamper sont un art de vivre immémorial , une volonté farouche de subsister par ses propres moyens sans être redevables de qui que ce soit , chérir sa liberté par dessus tout et emmerder ouvertement tous ceux qui voudraient les en priver .
Ce livre est un combat perpétuel . Outre un contexte géographique et humain hostile , un duel fratricide rampant , il est aussi le questionnement d'une femme et d'une épouse , Viv , qui en vient à douter de sa place et de son rôle à tenir aux côtés de son mari , Hank .
Face à une telle profusion de thèmes , le mieux est encore de se lancer à corps perdu dans ce que l'auteur lui-même considère comme son chef-d'oeuvre absolu .
Un grand merci à Babélio et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture qui , à leur seule évocation , invitent déjà au voyage .
3.5/5
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michemuche
  04 octobre 2015
Il y a peut-être trois semaines j'ai commencé un roman qui pour moi est un chef d'oeuvre.
"Et quelquefois j'ai comme une grande idée " est comme dirait Lehan-fan " une oeuvre grandiose ".
Ken Kesey est l'auteur du célèbre " vol au-dessus d'un nid de coucou ", c'est aussi ce joyeux luron qui avec sa bande des "merry pranksters "sillonnèrent les États Unis dans ce bus bariolé, ces fameux "acid test " si bien narré par Tom Wolfe.
" Et quelquefois j'ai comme une grande idée " est un roman sur le combat, un combat permanent, celle de deux frères que tout oppose.
Hank,l'aîné, le costaud, celui qui remplace le patriarche Henry, qui fait face à la grève des bûcherons.
Leland le second fils issu du deuxième mariage de Henry est l'intellectuel de la famille plutôt introverti, mal dans sa peau à cause d'un secret qui l'étouffe.
C'est aussi le combat de l'homme contre la nature, cette forêt de l'Oregon, des arbres centenaires magnifiques, ces feuilles qui craquent sous les pas, les odeurs de mousses qui pourrissent, la rivière Wakonda, puissante qui a chaque crue emporte des pans entiers de rivage, se sont le vol des oies sauvages, leurs cries assourdissants qui annonce la fin de l'automne.
La lune et son aura lumineux, la confidente de Leland.
Ce récit m'a pris au ventre, un roman dense, touffu comme cette forêt.
La narration particulière de Ken Kesey avec ces parenthèses qui ponctue le récit.un grand merci aux éditions de monsieur Toussaint l'ouverture pour ce grand livre jubilatoire et mes excuses à celles et ceux qui m'ont envoyé des messages.
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Goldlead
  25 janvier 2015
Un PAVÉ. Oui, un pavé de 800 pages (mélangées et compactées comme un granit) ; « 235x160x40 mm », « 8 années de travail acharné d'une vingtaine de personnes » (précise l'achevé d'imprimer) ; un kilo cent sur la balance (ajoutera-t-on pour faire bonne mesure)… Un pavé, donc, qu'on s'est trimbalé à bout de bras pendant toute une semaine. Qu'on n'en finit pas de digérer parce qu'il vous reste forcément sur l'estomac. Qu'on s'est pris, en plus, en pleine tronche plus d'une fois, car ça cogne et ça morfle aussi là-dedans, au physique comme au moral… Et pourtant on en redemande ! Qui le croirait ? On vient à peine de tourner la dernière page qu'on reprend illico depuis le début… Pour savoir la suite, paradoxalement. Pour se redonner une chance de mieux comprendre. Pour ne pas lâcher comme cela les personnages auxquels on s'est attaché. Pour prolonger l'envoûtement. Pour ruminer ses impressions, réverbérer ses réflexions. Bref, parce qu'on n'en a pas fini — et qu'on n'est pas prêt d'en avoir fini —de ce livre qu'on a reçu comme un choc et qui va laisser des traces.
Plantons d'abord le décor (si le mot peut convenir pour qualifier ce qui est acteur ou facteur de l'histoire plus que simple toile de fond). Les pentes boisées et les forêts de conifères de l'Oregon, battues l'hiver par les vents et les pluies venues de l'océan, hantées par l'ours et le lynx. Une nature sauvage, impériale, mystérieuse… naguère encore territoire sacré des Indiens, dorénavant chantier ouvert à une industrie forestière en plein développement. Au milieu, un fleuve nourri de toutes les eaux irriguant les montagnes, qui les rejette sans cesse à la mer toute proche sans jamais se vider, qui flue et reflue comme un coeur au rythme des marées, qui, bringuebalé d'amont et d'aval, ne cesse d'éroder les rives de son lit et menace à tout instant de déborder et d'engloutir. Un fleuve, donc, comme un baromètre du temps qu'il fait (avec les crachins et les brumes toujours accrochés à la surface de ses eaux) ; comme une métaphore du temps qui passe et qui repasse (au fil et à la boucle des saisons, des générations ou des migrations d'oies sauvages) ; comme une allégorie du chemin, du tao ou de la Voie (que suivent identiquement les grumes débardées vers la scierie et les hommes projetés vers leur destin). Et sur le bord du fleuve, constamment rafistolée, consolidée et protégée contre les attaques sournoises de celui-ci, sentinelle héroïque et solitaire, une grande maison de famille en bois, qui tient encore le coup, depuis trois générations malgré tout, et qui focalise toute l'histoire.
Les protagonistes ? Une communauté de bûcherons qui fait vivre la petite ville côtière de Wakonda. Des hommes durs, frustes et têtus, pour qui vivre, au quotidien, c'est lutter. Toujours lutter. Lutter à la vie, à la mort… Contre les fûts gigantesques qui les narguent depuis le ciel et qui répliquent aux attaques de la tronçonneuse (« les salopards ! ») en s'abattant brutalement et en écrasant tout dans leur chute. Contre la pluie, la boue, le froid, le vent, ou sinon contre le cagnard, la fatigue, les éblouissements, et toujours le vent… tous ces éléments toujours ligués pour prendre le corps en faute et le lui faire payer salement. Lutte contre la déclivité des pentes et les accidents du terrain. Contre les caprices et les lâchages des machines ou des matériels vétustes et dangereux. Contre les contraintes économiques, les échéances draconiennes des contrats de production, contre les tenailles de l'exploitation sociale. Mais lutte intestine aussi, déterminée, jusqu'au-boutiste, impitoyable, dans un contexte dramatique de conflit syndical. Deux camps dressés l'un contre l'autre : les grévistes contre les jaunes, dirait-on à première vue. D'un côté, les Stamper, groupés autour de la petite entreprise familiale indépendante, de Hank le chef de clan et de Henry le vieux patriarche excentrique, qui entendent profiter de la situation de crise pour honorer un contrat juteux avec la compagnie qui achète le bois. de l'autre, la ville entière, faisant cause commune avec les syndiqués et grévistes qui font le gros de la population et la font donc vivre. Mais, derrière ces positions ostensibles, se cachent et s'affrontent en réalité deux manières d'être, deux modes et presque philosophies de vie, deux types d'hommes aussi. Voici l'alternative en effet : loi du groupe, dont l'union fait la force, ou exigence des individualités, qui les pousse sans cesse à se surmonter elles-mêmes et entre elles ? Communisme rampant, attroupement et nivellement des égaux, ou bien individualisme triomphant et sursaut des egos ? Bref, solidaires ou solitaires (comme dans l'anecdote ou l'apologue qui ouvre le dernier chapitre) ? En fait, les hommes sont ici comme les arbres : tiraillés entre la pression qui les serre les uns contre les autres, pour se protéger des éléments, et l'élan qui les dresse les uns contre les autres, pour jaillir chacun le plus droit et le plus haut possible vers le ciel. de ce point de vue, les Stamper rappellent un peu les anciens séquoias, aujourd'hui disparus de forêts dorénavant entièrement dévolues au pin industriel… Et l'affrontement final des deux frères ennemis, dans un flirt obstiné et absurde avec la mort, pour le simple prestige, pour obtenir coûte que coûte la reconnaissance, prend alors soudain comme des accents hégéliens (ni Maître ni Esclave ? Mais alors où va-t-on, nom de Dieu !?).
D'abord, de ces personnages, on ne voit que l'écorce, épaisse et rugueuse. de sombres brutes en apparence, qui bossent aussi dur qu'ils cognent, boivent sec, parlent dru et cru, jurent d'ailleurs et invectivent plus qu'ils ne parlent, et semblent marcher à l'instinct plus qu'à la pensée ou au sentiment. Mais l'auteur use d'un procédé original et déconcertant pour dépouiller progressivement cette enveloppe grossière. Moyennant en effet quelques simples conventions typographiques, il interpole constamment, dans la narration et les descriptions objectives, des fragments ou des segments de subjectivité brute, entrelaçant même indifféremment à la première personne du singulier les voix intérieures et extérieures des différents protagonistes. Ainsi perce-t-il les carapaces et découvre-t-il, à petites touches, des émotions, des impressions, des convictions, des résolutions pourtant bien masquées, et même des tendresses et des finesses insoupçonnées, soudain mises à nu, troublantes et fragiles, comme le bois écorcé.
Du coup, cette histoire de bûcherons (une histoire d'hommes, dopée à la testostérone, brutale, tendue et explosive jusque dans l'écriture), qui ressemblait assez à un western décalé dans l'espace (au nord-ouest) et le temps (en plein XXe siècle), prend bientôt — comme chez Faulkner à qui elle fait irrésistiblement penser… et comme à un pair plus que comme à un maître — une épaisseur, une profondeur, une consistance psychologiques, archétypiques et quasiment ontologiques, en même temps qu'une signification véritablement universelle. Ajoutons à cela la créativité de l'écriture, la démiurgie du style, l'habileté architecturale, l'ambition du projet, le tour de force du résultat (sans oublier le magnifique travail du traducteur tout au service de l'oeuvre)… et nous tenons assurément là un chef-d'oeuvre, à l'égal des plus grands et qui a tout pour devenir un classique.
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Sando
  20 novembre 2013
Alors que la grève a fait cesser toute activité à Wakonda, une petite ville de l'Oregon encerclée par une nature imposante et dominante, la famille Stamper, elle, résiste au mouvement général et fait front. Menée par son doyen, Henry Stamper, qui à 80 ans montre encore bon pied bon oeil, et par son fils Hank, une véritable force de la nature, cette grande famille de bûcherons va tout mettre en oeuvre pour honorer son contrat avec la Wakonda Pacific, sans se soucier de se mettre à dos tout le reste de la petite communauté…
Mais pour tenir les délais, Hank va devoir faire appel à tous les Stamper, proches comme éloignés, qu'il connait. C'est ainsi que Leland, dit Lee, son jeune demi-frère considéré comme l'intellectuel de la famille et qu'il n'a pas vu depuis ses 12 ans, va être convié à se joindre à ce grand projet familial… Mais Lee ne va pas venir seul… C'est armé d'une rancoeur vieille de plusieurs années et d'un sombre projet de vengeance longuement médité qu'il va renouer avec les siens. Dans cette guerre fratricide, nul ne sera épargné…
J'ignorais complètement à quoi m'attendre en recevant « Et quelquefois j'ai comme une grande idée » et comme toujours avec Monsieur Toussaint Louverture j'ai d'emblée été séduite par le magnifique travail d'édition. La lecture en elle-même par contre s'est révélée un peu plus compliquée… Il m'a bien fallu 100 pages avant de pénétrer vraiment dans ce texte dense, de repérer les liens entre les différents personnages et commencer à saisir la teneur de l'intrigue. 100 pages qui se méritent et qui pourront en décourager plus d'un mais qui, une fois digérées, laissent place à un véritable plaisir de lecture, une soif d'en apprendre plus sur les liens familiaux complexent, entre haine et amour, jalousie et admiration, qui unissent les deux frères rivaux.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste d'ailleurs ! Que ce soit le cousin Joe Ben, cet éternel optimiste, la discrète Viv, l'infatigable Henry, l'énigmatique Draeger, le teigneux Evenwrite ou encore Teddy, le barman du Snag, tous sont fouillés et ont un rôle à jouer dans cette grande aventure humaine. Et s'il excelle dans la description des rapports entre chacun, Ken Kesey brille aussi quand il s'agit de raconter le quotidien difficile et dangereux des bûcherons, ces travailleurs au grand air soumis aux caprices de la météo et à une nature aussi belle qu'impitoyable… A cette lutte fratricide qui est au coeur de l'histoire, se mêle aussi une lutte enragée entre les Stamper et le syndicat de Wakonda, une guerre dans laquelle tous les coups sont permis… Bref, « Et quelquefois j'ai comme une grande idée » est un récit extrêmement dense, qui dresse le portrait d'une petite ville de l'Oregon rongée par l'ennui et la colère, et celui d'un clan au-dessus des autres mais qui menace d'imploser sous la tension, le tout dans un cadre impétueux et magnifique. Une belle découverte, qui se mérite et qui demande du temps et de l'attention !
Un énorme merci à Libfly et à Monsieur Toussaint Louverture pour cette lecture réalisée dans le cadre de « La Voie des Indés ».
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Corboland78
  28 décembre 2013
Ken Kesey (1935-2001), né Kenneth Elton Kesey, est un écrivain américain. Il a écrit Vol au-dessus d'un nid de coucou (1962) même si le film de Milos Forman en 1975 avec Jack Nicholson a certainement eu plus de retentissement. À côté de son activité d'écrivain, Ken Kesey, avec son groupe communautaire les Merry Pranksters, est aussi l'un des inspirateurs les plus importants du mouvement psychédélique des années 1960. Son second roman, Et quelquefois j'ai comme une grande idée, paru en 1963 vient seulement d'être traduit en français.
L'histoire se déroule dans une petite ville fictive de l'Oregon, bâtie le long d'une rivière et suit l'évolution d'une famille de bûcherons, les Stamper. Après une baisse du besoin de main-d'oeuvre dans la région causée par l'arrivée des tronçonneuses, les travailleurs syndiqués de la ville entament une grève pour réclamer le maintien de leur salaire malgré moins d'heures de travail. de leur côté les Stamper qui possèdent et gèrent une entreprise non syndiquée, décident de secrètement continuer le travail et de fournir à la scierie tout le bois qu'elle aurait normalement dû recevoir de la ville si la grève n'avait pas été entamée.
Les principaux acteurs du drame qui va se jouer ici sont Henry Stamper, le patriarche à grande gueule, Hank le fils et Viv sa femme ainsi que Lee, demi-frère cadet revenu de New York où il faisait ses études, officiellement à la demande de Hank qui a besoin d'une aide temporaire pour gérer l'entreprise mais qui compte sur cette occasion pour se venger de lui car « il était à bien des égards l'archétype du genre d'homme que je considérais comme le plus dangereux pour mon monde à moi, et cela justifiait déjà amplement que je cherche à le détruire. »
Que les choses soient tout de suite claires pour un éventuel futur lecteur, c'est un très bon roman mais s'y attaquer, ou se le colleter plutôt, sera un exercice aussi physique qu'intellectuel. le bouquin fait huit cent pages et pèse un âne mort ! Peu de chapitres et quasiment pas de paragraphes, le texte est d'une densité asphyxiante qu'on ne rencontre que rarement. Les digressions sont nombreuses, on passe d'un personnage à un autre sans crier gare, l'un peu se nommer Joe, Joe Ben ou encore Joby selon les passages mais ce sera le même, des bribes de pensées des acteurs sont incluses dans le texte en italiques, un bout de dialogue de l'un répond à une situation décalée passée, mais tout se tient ! Il y a des scènes rêvées ou remémorées et l'écriture de Kesey ne lambine pas en chemin, ça pulse, ça speed, d'ailleurs parfois on croit y deviner des traces d'amphétamines. La construction du roman donne le tournis, on hésite entre abandon peu glorieux et admiration totale. le lecteur se retrouve dans la position inconfortable de ces bûcherons héros du roman, conduisant les grumes le long du cours du fleuve, quand le train de troncs file et que vous devez garder l'équilibre au risque d'y laisser votre peau.
J'avoue avoir été déconcerté souvent, perdu quelquefois mais aussi sous le charme de séquences éblouissantes (la rencontre entre Hank et Viv ; Hank au chevet de son cousin Joe, coincé et condamné sous une grume). Ce n'est pas un roman, c'est un bouquin monstrueux aux tentacules innombrables. le trop est l'ennemi du bien, dit un dicton populaire, ici nous sommes à l'extrême limite et vous passerez d'un sentiment à l'autre au fil de votre lecture. J'ai lu des critiques évoquant Steinbeck ou Faulkner, il y a effectivement du premier le roman prolétarien et l'exploitation d'une certaine misère, et du second l'expiation, mais je crois plus simplement qu'il y a un style Ken Kesey et qu'il se suffit à lui-même.
Je ne sais pas à quel public est destiné cet ouvrage car il faudra d'abord avoir le courage de s'y atteler et ensuite la force et l'endurance pour aller jusqu'au bout de sa lecture. Mais sachez que ceux qui en seront venus à bout en sortiront grandis. Alors, qui veut s'engager sur la rivière sans retour ?
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critiques presse (2)
Telerama   09 décembre 2015
Un grand roman, époustouflant par son écriture et sa sauvagerie.
Lire la critique sur le site : Telerama
LePoint   12 novembre 2013
Ce roman, le second de Ken Kesey date de 1964, mais vient à peine d'être traduit et édité en français par la maison Monsieur Toussaint Louverture. Et s'il abandonne le décor d'hôpital psychiatrique du premier, il reste fou. Radicalement, superbement.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (66) Voir plus Ajouter une citation
R-MDominikR-MDominik   09 octobre 2013
« Docteur...çà y est, je deviens fou, je disjoncte dans les grandes largeurs, çà me tombe dessus! »

« Non, Leland, pas vous. Vous, ainsi que beaucoup d'autres de votre génération, vous trouvez en quelque sorte exclu de ce refuge-là. Il vous est désormais impossible de « devenir fou » dans le sens classique de l'expression. Il fut un temps où les gens « devenaient fous » fort à propos, et disparaissaient de la circulation. Comme des personnages de fiction à l'époque romantique. Mais de nos jours... », et là je crois qu'il s'était même payé le luxe de bailler, « ...vous êtes trop bien informés sur vous-mêmes et votre psychisme. Vous connaissez trop intimement un trop grand nombre de symptômes de la maladie mentale pour vous laisser prendre par surprise. Et autre chose encore: tous autant que vous êtes, vous avez le don de vous libérer de votre frustration par le biais de fantasmes trop malins pour être honnêtes. Et vous, Leland, vous êtes le pire de la bande de ce point de vue. Alors...vous serez peut-être névrosé jusqu'à la moelle pour le restant de vos jours, et malheureusement aussi vous serez peut-être bon pour un petit séjour à Bellevue et vous allez sans aucun doute en prendre pour 5 années supplémentaires de séances payantes avec moi – mais j'ai bien peur que vous ne soyez jamais complètement dingue. »
Et il s'était renversé dans son élégant fauteuil club avant d'ajouter: « désolé de vous décevoir, mais le meilleur diagnostic que je puisse vous offrir, c'est une bonne vieille schizophrénie à tendance paranoïaque. »
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VALENTYNEVALENTYNE   26 mars 2016
Joe était de si bonne humeur qu’elle surpassait même sa bonne humeur habituelle. Il avait échappé aux hostilités de la veille, étant monté se coucher sans rien savoir de la reprise de la guerre froide entre Hank et moi, et il avait passé une nuit pleine de rêves visionnaires de fraternité, tandis que sa chère famille se déchirait à l’étage du dessous, loin de son Utopie : un monde coloré plein de guirlandes et d’arbres de mai, d’oiseaux bleus et d’azalées, où l’homme est bon pour son prochain simplement parce que la vie est plus marrante ainsi. Pauvre imbécile de Joe, avec ta cervelle en Meccano et ton monde désordonné… On raconte que quand il était gosse, ses cousins avaient vidé sa chaussette de Noël et remplacé les cadeaux par du crottin de cheval. Joe avait jeté un œil au fond de la chaussette et s’était précipité vers la porte, les yeux brillants d’excitation. « Attends, Joe, où tu vas ? Il t’as apporté quoi le Père Noël ? ». Si l’on en croit l’histoire, Joe se serait arrêté dans l’entrée pour chercher une longe : « Il m’a apporté un joli petit poney, mais il s’est échappé. Si je me dépêche je pourrais le rattraper. »
Et depuis ce jour-là, on dirait bien que Joe a accepté tous les malheurs de l’existence comme des gages de bonne fortune, et toute la merde du monde comme un signe indiquant la présence de poneys Shetland à proximité immédiate, des étalons pur sang caracolant juste un peu plus loin. Si quelqu’un s’était avisé de lui montrer que le poney n’existait pas, ou n’avait même jamais existé, seulement une blague et de la merde, il aurait dit merci pour l’engrais et planté un potager. Si je m’avisais de lui dire que mon désir de l’accompagner à l’église n’avait pour seul motif que d’honorer mon rendez-vous avec Viv, il se serait réjoui de me voir consolider mes liens avec Hank en apprenant à mieux connaître sa femme. (Page 428)
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R-MDominikR-MDominik   31 octobre 2013
« Ecoute fiston, voilà le topo, lui disait le lion pour résumer la situation. Il y a les huiles comme eux autres, et puis les lampistes comme nous autres. C'est pas difficile de dire qui est qui. Des huiles, il y en a qu'un petit peu: tout leur appartient, les champs de blé, la terre entière. Des lampistes comme nous, il y en a des millions: ils cultivent le blé et tous, ils crèvent la dalle. Les huiles, ils croivent qu'ils peuvent s'en tirer à bon compte parce qu'ils pensent qu'ils valent bien mieux que nous – peut-être que quelqu'un a cassé sa pipe et leur a laissé un gros paquet de fric, voilà pourquoi, et comme çà ils payent ce qu'ils veulent. Nous, faut qu'on les déloge de là-haut, tu piges? Faut qu'on leur montre une bonne fois pour toutes qu'on est tout aussi importants qu'eux! Tout le monde est aussi important qu'eux! Tout le monde cultive du blé! Tous le monde en bouffe! C'est pas plus compliqué que çà! »
Il se levait alors d'un bond pour tituber dans la pièce, rugissant à pleins poumons:
« Dans quel camp es-tu?
Dans quel camp es-tu?
Quand on se range pour la bataille...
Dis-moi donc dans quel camp tu es? »
+ Lire la suite
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GoldleadGoldlead   25 janvier 2015
Le pas de deux avec mon frangin n'était pas terminé. C'était juste l'entracte, rien d'autre qu'une pause sanguinolente, quand les deux adversaires reprennent des forces, fourbus... mais pas encore la fin du combat. Peut-être n'y aurait-il jamais de fin. Là-bas sur la berge, nous avions tous les deux pressenti que lorsque chaque adversaire est de force égale, il n'existe aucune issue, pas de victoire, pas de défaite, pas de fin... Il n'y a que l'entracte, quand l'orchestre prend cinq minutes de pause cigarette. Si j'avais assommé Hank pour de bon — je dis bien si, car j’avais perdu trop de sang et fumé trop de clopes pour qu’une telle possibilité devienne plus qu’une hypothèse — je n’aurais toujours rien prouvé sinon qu’il était assommé. Pas vaincu. Je le sais maintenant, et je pense que même alors, je le savais. Tout comme il a dû savoir, quand je me suis défendu, que ma défaite était désormais hors de portée de ses armes. Le tourne-billes dont je m’étais inquiété ne pouvait que déchirer mes entrailles ; les brodequins cloutés ne pouvaient que réduire en charpie mes neurones […] ; même par la menace, même s’il avait tenu son couteau de poche à douze lames contre ma gorge en me forçant à signer un papier où j’aurais juré mon allégeance éternelle tout à la fois à John Birch, au Ku Klux Klan et aux filles de la Révolution américaine, il ne m’aurait pas plus vaincu que moi je ne l’aurais vaincu, si je l’avais accompagné jusque dans le sanctuaire de l’isoloir pour le forcer, sous la contrainte d’un révolver, à voter communiste.
Car il existe toujours un autre sanctuaire, une porte qui ne peut jamais être forcée, quelle que soit l’énergie qu’on y met, une ultime forteresse inviolable qui ne peut jamais être prise, quelle que soit l’attaque ; on peut vous prendre votre voix électorale, votre nom, vos entrailles, et même votre vie, mais cette ultime forteresse peut simplement capituler. Et l’amener à capituler pour une autre raison que l’amour, c’est amener l’amour à capituler. Hank savait cela depuis toujours sans le comprendre, et en l’en faisant brièvement douter, je nous avais permis à tous les deux de le découvrir clairement. Je le savais désormais. Et je savais que pour gagner mon amour, gagner le droit d’être moi-même, je devais reconquérir mon droit à cette ultime forteresse.
Ce qui voulait dire regagner la force que j’avais dilapidée au bénéfice d’un amour à l’eau de rose.
Ce qui voulait dire reconquérir la fierté que j’avais troquée contre la pitié.
Ce qui voulait dire ne pas laisser ce salopard descendre cette putain de rivière sans moi, pas une fois de plus, pas cette fois-ci, même si nous devions nous noyer tous les deux.
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michemuchemichemuche   10 septembre 2015
On apprend dès le plus jeune âge à se méfier du contact : ne jamais faire confiance, nous apprend-on.....
Tu veux vraiment que quelqu'un caresse de ses doigts sales l'intimité de ton âme ? N'accepte jamais de bonbons d'un inconnu.
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