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Lone Wolf & Cub - Intégrale tome 1 sur 8

Kazuo Koike (Autre)Goseki Kojima (Autre)
EAN : 9782809498998
688 pages
Panini France (20/10/2021)
4.5/5   20 notes
Résumé :
Autrefois kogi kaishakunin du shogun, fonction qui faisait de lui l’un des hommes les plus importants du pays, Ogami Itto n’est plus rien. Victime d’un complot, il a tout perdu : sa famille, son pouvoir, son prestige. Il erre désormais en compagnie de son jeune fils Daigoro à travers le Japon féodal à la recherche de ses ennemis. Tel un vieux loup solitaire, il loue ses services de samouraï au plus offrant et enchaîne des missions toutes plus périlleuses les unes qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Si tu rencontres le bouddha, tue-le.
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Ce tome comprend les quinze premiers chapitres de la série, pour environ six cent soixante pages de manga. le texte sur le premier rabat intérieur indique qu'il s'agit d'une édition complète en douze tomes, ce qui correspond au découpage de 2013-2016 par l'éditeur Dark Horse Comics. Il s'agit d'un manga en noir & blanc, dans une édition avec un sens de lecture de droite à gauche. Les pages originellement en couleur ont été réimprimées en nuances de gris car elles ne sont plus disponibles en couleur au Japon. Il s'ouvre avec une préface de Xavier Guibert qui évoque rapidement la vie des auteurs, et la particularité de la dynamique relationnelle entre Ogami Ittô et son fils Daigorô. Il se termine avec une galerie de trois illustrations en noir & blanc, une postface de trois pages présentant le Japon du clan Tokugawa à la fin du dix-septième siècle, et un glossaire de quatre pages comprenant cinquante-huit mots, allant de Ashigaru (fantassin au service d'un daimyo, et grade le plus bas chez les guerriers) à Zhuge Liang (célèbre général et stratège de la Chine ancienne, 181-234).

Fils à louer, sabre à louer. Dans une pièce sombre, un homme agenouillé explique la situation et ce qu'il attend de son interlocuteur. Il présente les cinq cents ryô convenus. Sugito Kenmotsu, le kuni-karô du han de Mibu, est protégé par des maîtres sabreurs du Nen-Ryû, surnommés les huit de Mibu. Les camarades du han qui ont tenté d'assassiner Sugito ont tous été stoppés par sa garde et aucun d'entre eux n'a survécu. Il demande à l'assassin de se servir de son sabre pour débarrasser leur seigneur de ces chacals. L'homme dans l'ombre l'informe qu'il utilisera la stratégie du Shima. Il se lève et prend son fils dans ses bras. le lendemain, sur la route sous le soleil, Ogami Ittô pousse le landau dans lequel dort son très jeune fils Daigorô. Sur le kakemono coincé dans sa ceinture est écrit : fils à louer, sabre à louer, école du Suiô, Ittô Ogami. Les voyageurs qui le croisent s'interrogent sur le sens de ces informations. Sur un rocher en surplomb, deux guerriers viennent de recevoir un message les avertissant de la venue d'un assassin qui voyage avec enfant, d'où son surnom : le loup solitaire et son petit.

Un père connaît le coeur de son fils, comme seul le fils connaît le sien. Un homme chevauche tranquillement sur le chemin. Il repère un très jeune enfant en train de se noyer dans la rivière. Il pose ses habits à terre, ainsi que son mousqueton, et il plonge pour le sauver. Il est poignardé à mort par l'assassin. Ogami Ittô sort de l'eau avec son fils et reprend sa route. Il a été engagé pour assassiner de potentiels maris à une femme prétendant ravir une seigneurie à la maîtresse en place. - du nord au sud, d'ouest en est. Ogami Ittô traverse un lac en barque avec son fils, pour rejoindre une petite maison sur la rive, où l'attend son client. Celui-ci lui explique que son han a trouvé une mine d'or, mais l'a tenue secrète pour qu'elle ne soit pas réquisitionnée par le shogunat. Malheureusement, cette découverte est parvenue jusqu'aux officiels à Edo et le shogunat a décidé d'arrêter le daikan des terres impériales en bordure pour l'interroger sous la torture et le faire avouer.

Enfin une très belle édition pour ce premier manga que j'ai lu. C'était en 1987 et en anglais : une édition de First Comics dans le sens de lecture occidental, avec un remontage des cases, planche par planche pour respecter la volonté des auteurs qui voulaient que les détails historiques restent conformes, comme le sens de fermeture des kimonos, avec également pour effet d'avoir des personnages qui restaient droitiers. le choc culturel fut total : première histoire de samouraï, ou plutôt de rônin, première plongée dans le Japon médiéval, première exposition à un une narration visuelle de type Gekiga et même manga plus simplement, et en plus le responsable éditorial avait indiqué qu'il ne connaissait pas la longueur totale de l'oeuvre, et qu'il recevait certains chapitres dans le désordre. Malheureusement First Comics ne parvint pas à la fin de cette aventure éditoriale, avec environ un tiers de l'oeuvre publiée, mais avec de magnifiques couvertures de Frank Miller, puis Bill Sienkiewicz, Matt Wagner. Puis vint la première édition de Panini en français et dans le sens de lecture original, mais je m'arrêtais avant la fin et je n'ai jamais réussi à mettre la main sur les derniers tomes après coup.

Dans ces quinze premiers chapitres les histoires fonctionnent sur une dynamique identique dont la simplicité assure une efficacité redoutable : une personne loue les services d'Ogami Ittô pour un assassinat (ou plusieurs), pour un montant toujours identique de cinq cents ryô. Il s'en suit une période d'observation ou de stratégie, et un massacre, voire un carnage. Les dessins génèrent une sensation d'urgence fruste : du noir & blanc, des cases souvent un peu chargées, un niveau de finition qui s'attache plus à la description brut qu'à une expérience esthétique sésuisante, des traits et des hachures pour augmenter le relief et les textures, des traits pour accentuer le mouvement, de nombreuses pages sans texte lors des combats, des onomatopées non traduites dont la graphie se marie avec les dessins, et en même temps une forme d'expansion narrative donnant la sensation que les auteurs disposent d'un nombre de pages très important ce qui leur permet de jouer avec des plans longs de prise de vue. Les intrigues montrent un bretteur professionnel de haut niveau sans passé ou presque, sans émotion ou presque, sans remords (aucun), prêt à mettre en danger la vie de son fils pour réussir, l'exposant à la mort violente de ses ennemis ainsi qu'aux brutalités que son père encaisse. Chaque chapitre se lit très rapidement, à l'exception d'une ou deux pages d'exposition sur les raisons du contrat passé, car l'assassin exige que le commanditaire lui dise tout.

Le lecteur perçoit rapidement que la reconstitution historique s'avère omniprésente. de manière évidente : les tenues vestimentaires, les coiffures, les objets et accessoires du quotidien, les différentes habitations, les panneaux décoratifs peints, les tatamis, les jeux d'enfants (jeu de cartes, toupie, cerf-volant), les palanquins, les villes, les clôtures et enceintes, les différentes formes de toitures, les ponts de pierre ou suspendus, les temples et leur statuaire, les milieux naturels traversés par les chemins et leur faune, avec éléments de flore également, sans oublier les armes. le lecteur fait l'expérience de cette narration visuelle qui peut paraître paradoxale : parfois des scènes étirées sans décor en fond de case, et dans le même temps une densité d'informations visuelles extraordinaire, toujours incidente, intégrées le plus naturellement du monde sous la forme de ce qui entoure les personnages, là où ils se trouvent, ce qu'ils utilisent ou simplement voient.

Cette reconstitution historique comprend une autre dimension qui est apportée par les contrats de l'assassin, et quelques bribes de dialogue : le fonctionnement de la société japonaise de l'époque, avec son système de classes sociales (paysans, artisans, marchands, guerriers, nobles, samouraïs), ses obligations, les daimyos et leur province, le shogunat de la famille Tokugawa qui vit à Edo. le lexique très fourni atteste du fait que le scénariste fait évoluer son personnage dans un contexte historique très précis et très documenté, qui affleurent dans les intrigues, sans passer au premier plan. le lecteur qui en connait déjà un peu plus sur la situation d'Ogami Ittô détecte deux ou trois remarques lors de conversations indiquant qu'il occupait précédemment une situation particulière, Kogi Kaishakunin, ce qui explique sa maîtrise des arts du combat. Cette dimension politique passe également par des informations visuelles : les uniformes de fonction, les tenues d'apparat, la déférence de certains personnages par rapport à d'autres attestant d'une hiérarchie sociale.

Un commanditaire loue les services d'un assassin pour cinq cents ryô et celui-ci mènera sa mission à bien, et en ressortira vivant : pas sûr que les auteurs puissent se renouveler ou développer une tension dramatique avec une dynamique aussi implacable et une issue courue d'avance. Au cours de la lecture, le lecteur constate que la variété provient des motifs des commanditaires, vengeance personnelle, ou enjeux politiques complexes découlant tout naturellement de la qualité de la reconstitution historique. Régulièrement, le commanditaire indique la cible et développe le contexte à l'assassin, dans une séquence d'une à deux pages, dense et explicative. le lecteur prend l'habitude de cette phase, et se concentre pour assimiler les informations, afin de savourer l'intrigue. Chaque commande provient d'un individu qui est étoffé au-delà du strict minimum, par ses motivations, et aussi par son attitude, ses gestes, les émotions visibles dans ses expressions de visage, son comportement avec d'autres personnages. Ainsi chaque situation s'incarne par le truchement de personnages secondaires créés et développés uniquement pour le chapitre, car à la fin le loup solitaire et son petit reprennent le chemin.

Tout du long de ces quinze assassinats, le lecteur perçoit et ressent la cohérence épatante de la série. Une composante évidente réside dans les assassinats, souvent des combats physiques, des duels ou des affrontements contre plusieurs guerriers. le premier se déroule sur quatre pages muettes : la violence est sèche et brutale, rapide et définitive. Les auteurs consacrent la pagination nécessaire pour montrer les attaques, les parades, les mouvements relatifs des uns par rapport aux autres, les tactiques particulières (armes ou utilisation de chevaux), mise à profit des caractéristiques du terrain (par exemple l'équivalent d'une via ferrata). Un combat peut durer de deux à douze pages en fonction du nombre d'ennemis, de leur adresse aux armes. Les auteurs ont pris le parti de refuser tout romantisme dans ces mises à mort : il s'agit de tuer et de gagner pour vivre par tous les moyens possibles, et les dessins peuvent devenir assez gore : perforation de la chair et des corps, membres tranchés qui volent, individus estropiés, énucléation. Les affrontements à mort s'avèrent sans pitié, effrayants, horribles. La mort apparaît monstrueuse, grotesque. Les individus sont concentrés sur leur survie qui dépend de leur capacité à tuer, des moments d'une intensité paroxystique sans palabre ni dialogue.

De chapitre en chapitre, Ogami Ittô dispense la mort, sans faire de différence, sans remord, sans moralité. Il rencontre son commanditaire, exige toutes les informations sur la situation, effectue des remarques quand on lui ment, et il ne prend pas parti. Pourtant, de temps à autre, il effectue un jugement de valeur, ou il infléchit le cours des événements pour rester fidèle à son code de l'honneur. Il ne se dédie pas de son contrat, il en respecte la confidentialité. Il prépare ses missions, et il acquiert une nouvelle compétence si le contrat le nécessite, comme un cheminement spirituel pour parvenir à ce que son moi ne soit plus que vacuité, afin de pouvoir assassiner un saint homme, un bouddha. À la lecture de ce seul tome, il semble pourtant avoir renié le code de l'honneur en bafouant l'une des règles de sa fonction de Kogi Kaishakunin.

Le lecteur suit donc un beau héros ténébreux, grand et fort, expert en arts de la guerre, son esprit étant sous la coupe d'une forme de fatalité. Il ne renâcle pas à tuer chaque individu désigné par un contrat, les morts affectant sa façon d'habiter le monde, de le concevoir d'où cette sensation de fatalité face à la mort arbitraire. Il peut parfois faire montre d'une once d'humanité, une pitié fugace pour une victime ou un opprimé, et même une fièvre qui le fait délirer. Quelques situations permettent d'apprécier la force de caractère de cet homme, sa discipline. D'autres mettent en lumière son expérience, sa capacité à anticiper : sa connaissance de la stratégie du Shima, les accessoires du landau (jusqu'à un fond doublé de métal pour s'abriter derrière). de manière particulièrement choquante, il vagabonde de ville en ville avec son fils Daigorô qu'il expose à une partie de ces morts, de ces violences, dont il n'hésite pas à mettre la vie en danger. Ce choix sera expliqué dans un tome ultérieur. Par de petits moments anodins, les auteurs montrent que ce jeune garçon de trois ans est affecté par ce qu'il voit, et qu'il absorbe inconsciemment, comme une éponge, le comportement de son père qu'il prend comme exemple. Tout ces petites touches font d'Ogami Ittô un individu qui ne peut pas se réduire à un deus ex machina narratif.

Ce premier tome enchaîne donc quinze contrats pour l'assassin, passant d'un village à un autre, d'une situation à une autre, sans fil rouge, comme s'il s'agissait d'une suite d'aventures indépendantes les unes des autres, sans conséquence rémanente de l'une à l'autre. Les auteurs n'y dispensent qu'une ou deux informations sur le personnage principale, son ancienne fonction de Kogi Kaishakunin, comme s'il était immuable, et que la dynamique de la série ne connaîtra pas de changement, c'est-à-dire des contrats en un épisode.

Cinquante après leur parution initiale, ces chapitres ont conservé toute leur intensité, toute leur brutalité, tout leur drame. le lecteur s'immerge dans la période Edo reconstituée de manière remarquable dense et aérée, pour découvrir un assassin à louer, implacable et infaillible, accomplissant ses missions sans pitié, en mettant son fils en danger, dans des accès de violence crue. La narration visuelle combine une remarquable qualité descriptive, avec un sentiment de spontanéité, des scènes comme prises sur le vif, en sachant aussi bien transcrire l'urgence vitale d'un combat, que la beauté contemplative d'un paysage. le lecteur se sent emporté par l'exotisme du Japon de la fin du dix-septième siècle, fasciné par ce tueur professionnel, bringuebalé par des manigances politiques, bouleversé par des vies brutalisées par des traumatismes sur lesquels l'individu n'a aucune prise.
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Voici un titre qui a beaucoup fait parler sur les réseaux sociaux. Panini a mené une superbe campagne promotionnelle et les influenceurs et consommateurs comme moi se sont fait grand plaisir d'en inonder les réseaux lors de sa sortie. Mais qu'en est-il de l'oeuvre derrière le belle objet ?

Revenons tout d'abord sur cette réédition. Panini propose un très bel ouvrage pour le retour de cette oeuvre patrimoniale. Avec une édition digne de Cornelius, qui est pour moi l'éditeur français qui propose les plus belles éditions de manga, on retrouve la même jaquette en papier ultra épais et plié, la même reliure de qualité avec surimpression en vert des titres et logo de la série, le même papier de qualité, le même accompagnement éditorial bienvenu, ne manque que le signet et peut-être des pages couleurs, mais j'ai cru comprendre que cela n'a pas été possible à obtenir. Bref, c'est vraiment un objet de qualité justifiant pour une fois son appellation d'édition prestige.

Avec 12 tomes contre 28 à l'origine, ce sont tout de même de sacrés pavés, des tomes de 700 pages bien lourds en main et pas faciles à lire pour le coup. Mais qu'importe, si c'est le moyen de retrouver ou découvrir un titre aussi important dans l'histoire du manga. Car Lone Wolf and Cub est une oeuvre emblématique qui a inspiré de nombreux auteurs et scénaristes comme le rappelle la préface. Il faut dire que nous avons aux manettes deux auteurs qui deviendront archis connus : l'un pour ses scénarios toujours très âpres, l'autre pour son dessin tout droit sorti de la plus pure tradition picturale japonaise. C'est parfait pour cette future oeuvre culte et marquante.

Venons-en maintenant à l'histoire. Dans ce premier tome de 700 pages, nous faisons la rencontre d'un père et son fils sur les routes dans un Japon médiéval, un début de scénario à la Père & fils de Mii Tagawa, mais ça s'arrête là car le père en question n'est pas apothicaire mais samouraï errant. Il vend ses services et ceux de son fils aux plus offrants et circule pour cela avec une poussette astucieusement aménagée pour cacher différentes lames. Pour introduire les personnages, leur histoire et leur univers, les auteurs nous entraînent dans une suite de chapitres quasi indépendants d'une quarantaine de pages mettant en scène ce père et son fils dans leur drôle de quotidien si différent du nôtre. A chaque fois, une mission se présente à eux et nous permet de découvrir la vie du peuple dans cet ancien Japon médiéval.

A leurs côtés, les auteurs nous proposent avec ce père qui est l'image même du samouraï à l'ancienne, qui perpétue et tranche en même temps avec les valeurs de ceux-ci, un chambara de haut vol et une représentation réaliste du Japon médiéval. D'habitude je suis plutôt les histoires des dirigeants que ce soit à travers le Chef de Nobunaga, le Tigre des Neiges ou le Pavillon des hommes, ici on change radicalement de perspective pour un récit plus proche des petites gens. C'est un peu l'ancêtre de l'Habitant de l'infini mais en moins clinquant, en plus rude et âpre. On se retrouve à hauteur d'homme, on parle d'économie, de politique et surtout de drame social : avec de la pauvreté, de la prostitution, de la violence... Il y a cependant beaucoup de noms de personnes, de lieux ou juste de mots d'éléments culturels ancrés dans cette époque, ce qui en fait une lecture pas toujours facile à suivre. Malgré mes autres lectures il me manque des références pour pleinement en profiter et le choix des notes en fin de tome n'est pas celui que je préfère surtout vu le poids de la bête. Il y a aussi le choix de garder énormément de termes japonais pas toujours explicités, ce qui rend la lecture dense et exigeante par moment.

Mais le titre est aussi un bien beau divertissement. J'ai souvent eu l'impression d'être dans un film d'action à l'ancienne. le travail graphique est incroyable. On est dans du pur gekiga d'action. On sent le souffle du sabre, le déplacement des jambes, c'est incroyable ce travail sur les traits de vitesse, la mise en scène tel un spectacle de ballet. Il y a aussi un gros travail sur les décors. On sent très bien la misère d'alors, à travers le vent qui souffle mais aussi les lieux désertiques qu'on croise. J'ai adoré lors d'un chapitre le travail sur la représentation de la neige tellement puissante et symbolique. On dirait que le dessinateur est habité.

Enfin au-delà de tout ça, c'est également une bien belle histoire humaine entre un père et son fils, une relation que l'on sent puissante, un grand amour et une transmission de valeurs. L'auteur montre souvent la puissance guerrière du père et ses pensées plus philosophiques mais également tout l'amour qu'il porte à son fils et la façon dont il en prend soin à sa façon. Il pense ainsi à montrer son influence sur son fils à travers des scènes où celui-ci tient également le premier rôle, tel un futur guerrier en puissance. C'est à la fois la relation d'un maître à son élève parfois et celle d'un père aimant envers son jeune fils quasiment tout le temps, ce qui donne quelque chose de singulier à l'ancienne, mais terriblement chaleureux et puissant malgré la misère et la violence qui les entourent.

Cependant cette espèce de huis clos perpétuel que l'on vit, en ne suivant que leurs aventures à eux deux sans autre personnage régulier, a un petit quelque chose d'étouffant surtout dans ce décor si sombre et tragique. C'est donc une lecture difficile à faire d'une traite. Les chapitres sans se répéter ont quand même beaucoup de ressemblance entre eux et peuvent lasser. J'ai donc préféré faire plusieurs pauses dans ma lecture et si le schéma est le même jusqu'à la fin, sans évolution des personnages comme c'est le cas ici, je ne suis pas sûre de voir la nécessité d'aller jusqu'au bout, pour moi ce tome se suffit à lui-même. Alors à la limite, je jetterai un oeil à la conclusion mais sauf si on me prouve un intérêt contraire, je ne ferai pas toute la série. Il faut dire aussi qu'elle a un certain coût et qu'il faut vraiment une motivation intense pour qu'un lecteur aille au bout.

Je tiens tout de même à remercier Panini d'avoir rendu à nouveau disponible ce monument du manga car clairement, si ce ne fut pas un coup de coeur, ce fut une lecture vraiment marquante. J'ai adoré découvrir cette vision du Japon d'autrefois sous la plume des deux auteurs et en particulier voir les tableaux magnifiquement peints de Gôseki Kojima. Ce serait bien maintenant de faire le même effort éditorial pour les oeuvres des mangakas femmes !
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Personnellement, j'avais seulement entendu parler de Lonewolf and Cub que par le biais d'une petite bande-annonce de la série de films Baby Cart directement inspirée de ce manga. C'est un réel plaisir que de découvrir enfin ce monumental manga publié pour la première fois en 1970. Une jolie proposition de la part de Panini qui vient ainsi clôturer une fin d'année 2021 elle-même riche en rééditions et redécouvertes.

Monumental, ce manga l'est assurément que ce soit au niveau d'une édition soignée avec une élégante (bien qu'un peu fragile) jaquette recouvrant une jolie couverture toilé assortie avec un vernis vert brillant. Certes, le prix à 32 euros peut freiner mais il va de pair avec une lecture lente et posée et vu la qualité éditoriale...c'est tout simplement justifié. Une édition du tonnerre donc qui n'a forcément d'égale que son contenu.

Un contenu signé Kazuo Koike au scénario et Goseki Kojima au dessin. Deux mangakas illustres du style Gekiga, le penchant réaliste et dramatique du manga né durant les années 60. Kazuo Koike fut l'un des enseignants majeurs de ce style et le professeur de quelques mangakas tout aussi illustres tels que Tetsuo Hara ou Rumiko Takahashi. le travail de Goseki Kojima est plus inédit en France. Son oeuvre majeure demeure surtout Lone Wolf & Cub pour lequel il a récolté diverses récompenses tout au long de sa carrière. Son dessin est magistral dans un plus pur style dramatique assorti d'une atmosphère évolutif en lien avec les saisons.

Chaque histoire de ce premier volume de Lone Wolf relate un assassinat de la part de notre héros, Itto Ogami, un ronin, ancien bourreau du Shogun , qui a décidé de suivre la voie de l'Assassin. Dans un Japon médiéval, durant l'ère Edo, notre samouraï déchu enchaine les contrats et circule de han en han ( les territoires des seigneurs locaux) en compagnie de son jeune fils Daigoro. Un père et son fils guidé par l'assassinat mais aussi l'honneur du samouraï.

Si Lone Wolf se démarque autant , c'est surtout pour ce duo de personnages mémorable entre le père qui représente la figure froide et intraitable d'un ronin imbattable et ce fils qui incarne une certaine forme d'innocence plus ou moins nuancée par les affrontements sanglants auquel il assiste. Un duo un peu antithétique qui équilibre parfaitement le ton de ces mini-épisodes entre brefs coups de sabre et petits moments d'accalmies.

Avec ce premier tome, Lone Wolf ne suit pas d'intrigue principale, chaque chapitre est calquée sur une aventure différente. Une structure qui n'est pas dérangeante et qui permet de savourer posément ce livre comme si nous suivons une espèce de petite série anthologique sauf que nous retrouvons à chaque fois ce même duo de personnages qui s'affinent tranquillement au fur et à mesure des saisons. Si nous découvrons lentement ce duo père/fils, l'écriture de Kazuo Koike est suffisamment ciselée et variée pour ne pas tomber dans la redite et la morosité. Chaque contrat possède son propre climat et présente à chaque fois quelques personnages charismatiques. . Pour en relever quelques-uns, on peut citer l'épisode avec les huit guerrières qui présentent d'intéressantes adversaires , celui de la prison qui montre à quel point la determination de notre héros est élevé dans l'accomplissement de ces contrats , celui de "la passe sans porte" profondément spirituel, le chapitre "Kantorai" qui met parfaitement en valeur le sens du sacrifice du samouraï on encore l'épisode final qui est centrée sur une confrontation digne de ce nom et porté par des dialogues et un jeu d'opposition jubilatoire.

Chaque chapitre possède sa petite histoire, son code d'honneur, sa leçon et sa conclusion révélant un peu plus la détermination d'un père fidèle à son code du samourai malgré son statut de ronin et l'incertitude quand à l'avenir de son fils qui tout en empruntant la voie de son père demeure un enfant. Pour l'heure, ce premier volume expose tranquillement ce duo dont on rejoint le voyage sans vraiment en connaître le début mais cela suffit pour nous pousser à partager un bout de chemin aux côtés de ce Loup Solitaire et de son fils.

Cette réédition de Lone Wolf permet la redécouverte d'une oeuvre majeure du manga de samourai en librairie. Un coup de coeur intemporel tout droit venu des années soixante-dix et dont les planches ne souffrent d'aucune ride...


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Oh oui ! J'ai découvert le nom de l'oeuvre par l'engouement de l'année dernière quand Panini a annoncé une édition hors normes. Mais finalement je ne savais pas complètement dans quoi j'allai me plonger.
Et c'est un réel coup de massue. C'est certes sous un format épisodique, mais il y a beaucoup de choses qui se dégage de l'oeuvre : des personnages ni méchant ni gentil, un contexte historique très étoffé et qui donne tout le sel de l'univers. Mais surtout, une ambiance dans laquelle j'ai pris plaisir à me plonger dedans.
C'est une belle surprise dans un format somptueux.
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critiques presse (1)
CNLJ
05 décembre 2022
Les dessins de Kojima sont un poème expressionniste, dont la fluidité et l’expressivité rapprochent le manga des estampes traditionnelles.
Lire la critique sur le site : CNLJ
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Comme tu le sais sans doute, notre han de Tanimura est désespérément pauvre. Notre fief est fait de montagnes, de vallées et de rochers à pic. Nous n’avons pas de terres arables. Notre dette envers les maisons de commerce de Kuramoto et les trafiquants de riz de Fudasashi dépassent déjà les impôts que nous percevrons au cours des deux prochaines années. Pour assainir nos finances, nous avons foré notre sol pour tenter de trouver des mines d’or. Et nous venons enfin de découvrir un petit filon. Le shogunat exige que l’on déclare tous les gisements d’or à Edo. Sinon, nous risquons une punition très sévère. Mais nous avons conscience que si nous nous plions à cette règle, le shogunat s’appropriera l’or et nous aurons travaillé pour rien. Par chance, Habe Wakai, le daikan des terres impériales qui bordent notre han, est un vrai gentilhomme qui comprend nos besoins. Bien qu’il connaisse l’existence de al mine, il a également choisi de fermer les yeux. Le shogunat a fini par avoir vent de la mine. Nous avons fermé le puits et supprimé le moindre indice. Le shogunat a jeté son dévolu sur Wakai. Il compte le faire quitter son poste, le faire venir à Edo et l’interroger sous la torture afin de ses servir de ses aveux pour dissoudre le han de Tanimura. S’ils emmènent Wakai à Edo, notre han est perdu. Le choix est difficile, mais clair. Nous devons faire taire Wakai pour sauver le han. Je vous demande de vous servir de vos dons pour que Wakai se taise à jamais. Cinq cents ryô, dont voici un acompte…
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Il n’est pas un homme au monde qui resterait insensible à la beauté de dame o-Sen, la veuve de feu notre seigneur. Notre regretté maître lui-même est mort prématurément d’une maladie du foie causée par ses jours et ses nuits de débauche avec cette femme. Désormais elle se sert de la beauté diabolique de sa peau claire pour séduire et plier à sa volonté des rônins téméraires. Ils ne sont, pour elle, que des pantins à travers lesquels elle cherche à éliminer dame o-Kiku. Dame o-Kiku va bientôt accoucher, monsieur. Quand ce grand jour arrivera, le han de Takai et ses soixante mille koku seront l’héritage de l’enfant. dame o-Sen n’ayant pas eu d’enfant avec son époux, le seigneur actuel vient d’une branche annexe de la lignée. Dame o-Sen n’a pas eu d’autre choix que de céder les rênes de la maisonnée. Elle cherche maintenant à gagner la faveur du shogunat à Edo et à trouver un nouvel époux dans la famille du shogun. Avec l’appui d’Edo, elle ferait de ce mari le nouveau seigneur du han de Takai. Le clan Tokugawa a trop de descendants pour les placer tous à des postes importants du shogunat. Avides d’étendre leur influence, ils accèderont sans doute à la requête de dame o-Sen, et ils l’aideront secrètement à reprendre le pouvoir. Aussi ne pouvons-nous compter que sur votre force, monsieur. Et nous implorons humblement votre aide.
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Vous connaissez tous le Kantôrai, la quintessence de l’art de la guerre selon l’école de Kôshû. Si une rivière barre le chemin, enfouissez-la sous vos propres corps. Si un château vous fait obstacle, érigez un rempart aussi haut avec vos propres corps. Même si vos camarades vous tuent pour le besoin d’une cause, passez toujours à l’attaque ! Faites en sorte de mourir dans l’honneur ! Tels la neige et le frimas, les troupes de Takeda ont progressé en glaçant l’ennemi jusqu’à la moëlle des os. La vague de froid ! C’est cela le Kantôrai. […] les hommes sont la forteresse, les pierres, les douves. Aimez vos amis, haïssez vos ennemis. La guerre concerne les hommes, pas les châteaux. La guerre est attaque et non défense. Étendez vos dépouilles pour dresser vos murs et bâtir un pont sur les douves. Attaquez vos ennemis sur les cadavres de vos amis et vous triompherez ! Takeda Shingen n’a jamais vécu dans un château. La rudesse de la règle du Kantôrai nous montre la voie à Daigorô et moi.
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Tu ne peux tuer ce qui n’existe pas. Tu ne peux tuer celui pour qui le subjectif et l’objectif ne font qu’un, qui a oublié son moi pour fusionner avec la vacuité. Si tu dois tuer un homme tu dois déployer ta soif de sang. Si ton adversaire répond à cette impulsion en exposant son désir de te tuer ou en prenant peur, tu pourras alors lever ton sabre sur lui. Mais n’oublie pas que la vacuité symbolise le néant absolu. La vacuité n’ayant ni énergie ni mouvement, la soif de sang que tu projettes se retournera contre toi. Tu ne peux pas frapper. Si tu te forces à le faire, c’est toi que tu blesseras. Tant que tu n’as pas atteint la vacuité, tu ne peux pas me tuer. […] Si tu ne peux quitter la voie de l’assassin, alors tu dois atteindre la passe sans porte. N’est-il pas dit que sur la grande route, il n’y a pas de porte, mais mille chemins entre lesquels choisir ? Trouve la porte et tu pourras marcher seul, entre ciel et enfer. Si tu peux me tuer, c’est que tu seras devenu la passe sans porte de la voie de l’assassin. Ne dit-on pas : si tu rencontres le bouddha, tue le bouddha ? Si tu rencontres les patriarches, tue les patriarches. Pourtant, tout n’est que néant. La vacuité ! Elle n’est autre que sur la voie de l’assassin.
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Êtes-vous bien celui que l’on nomme le loup solitaire et son petit ? Hier soir, nos paysans ont pris les armes. Nous avons maté les rebelles. Kizaemon Ogori, l’homme que nous vous chargé d’exécuter ancien des seize villages du han de Korube et instigateur de la révolte est mort. Par chance, notre han est situé dans une vallée entourée de montagnes, et la nouvelle de la rébellion n’a pas franchi nos frontières. Nous nous sommes débarrassé des cadavres et la reconstruction a déjà commencé. Nous n’avons plus besoin de vos services. Retournez d’où vous venez. C’est une somme dérisoire au regard de vos efforts, mais nous vous avons fait préparer la moitié de votre tarif habituel, deux cent cinquante ryô.
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Spécial 42e Quai des Bulles 1,2,3 BD ! Chez les libraires ! présente les BD coups de cœurs d’Aurélien et la librairie Momie à Saint-Malo. MOI, EDIN BJORNSSON d’ EDITH ; Éditeur. OXYMORE Collection : Noctambule Rain de Joe Hill et Zoé Thorogood chez Hi Comics Crying Freeman de Kazuo Koike et Ryōichi Ikegami chez Glenat 1,2,3 BD c’est le jeudi à 18h30 sur la chaine Youtube et les RS. Trait pour Trait parcourt toujours les librairies de France pour des conseils de lecture avec le soutien de la librairie Mine de Rien, Alfa BD, la librairie Sanzot et Krazy Kat/ Manga Kat et la planète dessin !
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