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Eugène Badoux (Traducteur)
EAN : 9782714493866
171 pages
Éditeur : Belfond (02/09/2021)
4.04/5   12 notes
Résumé :
Réédition Belfond - 02/09/2021

La vie d’un quartier de Brême, celui du port, entre le crépuscule et la nuit.
Un faisceau d’existences parallèles ou enlacées, entre lesquelles, douceâtre, étouffante comme la mort, la nuit monte par bouffées : des gamins observent rats et cygnes sur une berge ; deux compères, Antoine et Oscar, rejoignent l’Adélaïde pour une croisière direction Rotterdam ; Madame Jacobi prend quotidiennement des nouvelles de Monsi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
gouelan
  16 février 2019
Au bord de la nuit, dans la ville de Brême, l'auteur campe ses personnages là où son regard semble se poser, comme par hasard. Il attrape au détour d'une rue, sous une pergola, derrière les fenêtres allumées, des scènes, des conversations, des bribes de vie à la tombée du jour. Comme un cameraman, avec pour fond d'écran le port, les bateaux, la pourriture de l'eau, les façades d'immeubles où la vie a ses habitudes, ses solitudes, la fraîcheur d'une fin d'été et le bruissement du vent, un banc dans un parc, les rats qui furètent et rongent dans les fossés gorgés d'eau.
Il entrelace les histoires brièvement aperçues en leur faisant suivre le cours d'une mélodie. Les notes d'une flûte s'échappent par une fenêtre entrouverte, la lune dore les nuages, les réverbères s'allument, un spectacle de catch attire les passants. Un bateau est prêt pour de départ, un voilier entre au port. le train comme une chenille de lumière traverse ce temps d'un soir. Une petite fille fait un cauchemar, où les rats attaquent les cygnes, les dévorent cruellement…
Le temps s'écoule à travers cette tristesse révélée par les ombres esquissées. Une écriture pointilleuse, un travail d'artiste. On a l'impression de survoler de là-haut les nombreux personnages, de zoomer par instants, de tendre l'oreille, de donner un coup de projecteur, puis de prendre du recul pour voir ce qui se passe ailleurs. Changer de lieu puis revenir et comprendre que chaque instant est lié, que chaque personnage, sans vraiment se connaître, tisse une toile commune.
En 1933 ce roman fut saisi, retiré des librairies et des bibliothèques. Friedo Lampe eut sa fiche SUSPECT. Il montrait sans doute trop les faiblesses et les tares des hommes, leur simplicité, leur fragilité, leurs peurs. Et cela en fait d'autant plus un roman à lire.
Un roman extraordinaire, tellement innovant dans son découpage, dans sa présentation des personnages qui surgissent comme de nulle part et se laissent découvrir à l'improviste. Il offre des moments de beauté ténébreuse qui s'enroulent au crépuscule puis s'enfoncent dans la nuit.
Il dessine bien les tourments de ses années, comme une ombre qui rampe, à l'image de ces rats rongeant les cygnes majestueux. C'est une ambiance plus qu'une histoire, qui flotte encore une fois le livre fermé, comme si cette nuit ne s'achevait pas tout à fait.
Un auteur découvert dans les pages du roman Dora Bruder.
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sylvaine
  17 août 2021
Publié dans la collection vintage chez Belfond Au bord de la nuit est un roman de Friedo Lampe paru en novembre 1933 et saisi en décembre 1933 pour "outrage à l'honneur du peuple allemand". Ecrit par un auteur même pas inscrit au parti !! Friedo Lampe fut fiché SUSPECT et plongé dans la nuit de l'oubli..
Mon enfant, à sa naissance rouge et fort,
Après quatre semaines était mort
.Il aimait l'air tiède, libre et weich
Et ne pouvait respirer au Troisième Reich.
Mais nous voulons avoir patience et espérer ;
Peut-être le verrons-nous un jour ressusciter.
Le saisi..
écrit il dans la marge d'un exemplaire.
Brême, le canal, le parc, la voix de chemin de fer, quelques immeubles, la rue du Port, un bateau, une douce soirée de septembre. Des enfants, un vieillard, un jeune homme, deux étudiants en partance pour Amsterdam, une salle de spectacle , un match de catch, un jardin, un air de flûte. et des rats sur la berge ...
Atmosphère étrange, récit puzzle où les pièces finissent par s'emboiter et hypnotiser le lecteur.
A découvrir
UN grand merci aux éditions Belfond pour ce partage via Netgalley
#FriedoLampe #NetGalleyFrance !
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Zazaboum
  21 août 2021
Brême, années 30, en fin de journée, comme une suite de tableaux où les personnages peuvent aller de l'un à l'autre, Friedo Lampe raconte ce qu'il voit en éclairant tour à tour les scènes décrites, sans qu'il y ait une histoire commune.
Les personnages se côtoient, se mêlent, parfois, les faits se superposent, parfois, dans ce quartier populaire près du port. La solitude et la mort frôlent l'amour et le désir, caressent l'envie et la haine, chaque personnage est un héros mis en avant par la poursuite dont Lampe a endossé le rôle !
Nulle mention de politique mais le livre a été confisqué en 1933 parce qu'il abordait des thèmes honnis par l'idéologie nazie !
J'ai aimé cette manière d'écrire, façon BD sans dessin ou théâtre à plusieurs tableaux sur une scène pivotante. On picore ou prend tout, en tout cas on ne peut rester indifférent à toutes ces vies croisées.
#FriedoLampe #NetGalleyFrance #rentreelitteraire2021
Challenge RIQUIQUI 2021
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ludi33
  10 septembre 2021
Le soir tombe sur Brême. Alors que la nuit arrive, des enfants attendent l'apparition de rats, le gardien de parc rentre chez lui et le musicien jour de la flûte, alors que son voisin est en train de s'éteindre.
Vu comme çà, l'histoire semble poétique, on y suit une poignée de personnages qui se croisent et se recroisent au gré de leur pérégrination. Mais le roman n'est qu'une photographie du quartier, on se sent comme un oiseau qui survolerait le quartier et ne saisirait que des instantanées de chacun. On ne sait pas vraiment d'où ils viennent, et encore moins où ils vont
Alors, peut-être que je suis exigeante ou peut-être que je ne suis pas le public visé par ce roman, mais j'ai eu du mal à me projeter dans l'intrigue, qui soulève trop de question et les laisse toutes en suspens. D'autant que la fin est assez abrupte.
Si le style est clair et imagé nous plonge avec talent dans le quartier du port à Brême, il ne restera dans ma mémoire qu'une image floue montrant des personnages errants sans but dans les rues.
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Mariemrc
  07 septembre 2021
Un port, des hommes, des femmes, des enfants. Des ruelles étroites et sombres, un vendeur de saucisse, un douanier solitaire, un catcheur malheureux …
Ouvrir ce roman c'est laisser surgir une constellation de personnages, entrer dans une vie un bref instant avant de s'envoler quelques minutes plus tard vers une autre. Les mots coulent, fluides et guident le lecteur dans un mouvement incessant, celui d'une nuit chaude du mois de septembre. On se pense presque en voyage. le lecteur flotte au-dessus de la ville portuaire tandis que l'auteur écarte des rideaux, entrebâille une porte, éclaire l'obscurité pour mieux nous laisser distinguer ces ombres passantes. Alors on referme le livre avec la sensation d'avoir compris quelque chose, peut-être l'auteur a-t-il réussi à nous révéler la poésie qui hante chaque instant de nos vies. Mais cela sans extravagance, avec une douceur caressante et une justesse délicieuse.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
MariemrcMariemrc   05 septembre 2021
Le jour était passé, la nuit était venue, une nuit quelconque, une des innombrables, et qui jamais ne reviendrait semblable. Car le dessin qu'elle composait présentement avec la vie ne se reproduirait jamais ; et qui ne la vivait pas, rêvant ou éveillé, qui la laissait échapper, l'avait perdue pour toujours, et sa vie se trouvait d'un peu, d'un rien, appauvrie.
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gouelangouelan   16 février 2019
Oui, le temps passait, pour l'un trop lentement et pour l'autre trop vite. Et pourtant il ne passait ni vite ni lentement, mais d'un pas régulier, inexorable, incessant; il était rigoureux et inéluctable comme le chant de la flûte de monsieur Berg, qui planait sur les jardins, montait, descendait, sans trêve, rythmé par une loi d'airain. Et ce passage, cet écoulement, n'était ni joyeux ni triste, mais simplement était — impénétrable. Le temps se mouvait en toute chose, mouvait tous et tout, et tous se mouvaient en lui; sa coulée traversait les eaux, les arbres, le vent, le sang et le battement des cœurs; surgi de l'obscur, il poussait et entraînait tout, et replongeait à l'obscur — sans commencement et sans fin. Le jour était passé, la nuit était venue, une nuit quelconque, une des innombrables, et qui jamais ne reviendrait semblable.

p.52
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sylvainesylvaine   17 août 2021
Oui, le temps passait, pour l’un trop lentement et pour l’autre trop vite. Et pourtant il ne passait ni vite ni lentement, mais d’un pas régulier, inexorable, incessant ; il était rigoureux et inéluctable comme le chant de la flûte de M. Berg, qui planait sur les jardins, montait, descendait, sans trêve, rythmé par une loi d’airain. Et ce passage, cet écoulement, n’était ni joyeux ni triste, mais simplement était – impénétrable. Le temps se mouvait en toute chose, mouvait tous et tout, et tous se mouvaient en lui ; sa coulée traversait les eaux, les arbres, le vent, le sang et le battement des cœurs ; surgi de l’obscur, il poussait et entraînait tout, et replongeait à l’obscur – sans commencement et sans fin. Le jour était passé, la nuit était venue, une nuit quelconque, une des innombrables, et qui jamais ne reviendrait semblable.
page 38
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gouelangouelan   16 février 2019
Présentation de l'auteur, p. 14

Il faut aimer la vie, plus que le sens de la vie, cette parole de Dostoïevski, où s'entend comme une supplication, eût pu monter du fond de son être. S'il abhorrait idéologies et passions politiques, c'est qu'elles niaient ce pour quoi il vivait, déshumanisaient l'homme, sacrifiaient la vie à une idée. Vingt ans avant Camus, il en sentait la tragique absurdité.
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