AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 9782266323123
352 pages
Pocket (18/08/2022)
3.88/5   64 notes
Résumé :
Vingt ans après la mort de sa mère, Katmé Abbia, enseignante, apprend que la tombe doit être déplacée. Son mari, Tashun, préfet de la capitale, voit dans ce nouvel enterrement l’occasion providentielle de réparer les erreurs du passé et surtout de donner un coup d’accélérateur à sa carrière politique. Quand Samy, artiste tourmenté, ami et frère de toujours de Katmé, est arrêté et jeté en prison, les ambitions politiques de son mari entrent en collision avec sa vie e... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
3,88

sur 64 notes
5
6 avis
4
19 avis
3
3 avis
2
0 avis
1
0 avis

Kirzy
  24 août 2021
Rentrée littéraire 2021 #6
Ce roman pourrait se dérouler dans de nombreux pays subsahariens tant le tableau politique est tristement familier : régime ploutocrate, corruption généralisée, vieux dictateur népotique entourée d'un cour clientéliste, homophobie légalisée. Osvalde Lewat a préféré choisir un pays fictif, le Zambuena, afin de pouvoir déployer une réflexion fertile et profonde sur la société contemporaine africaine, en toute liberté.
Sans concession, dès le premier chapitre. L'enterrement bâclé d'une femme, dans un cercueil trop petit, par mesure d'économie car elle n'était pas mariée mais concubine d'un homme riche et puissant. Il est décrit avec un talent évident à maitriser le tragi-comique avec un humour froid très acide dont ne se départira jamais le récit, notamment lors du deuxième enterrement de la même femme qui tourne à la farce pour servir les ambitions de son beau-fils en pleine campagne électorale.
C'est sa fille, adulte que l'on suivra à l'heure des choix. Katmé ne veut plus vivre au rabais d'elle-même, elle ne veut plus vivre un ersatz de vie mais le faire à la hauteur de ce qu'elle est. Elle qui est écrasée par de lourds compromis qui ont envahi son quotidien de femme entretenue, épouse de préfet, empêtrée dans un patriarcat sournois mais profitant d'un confort de privilégiée largement financé par le gouvernement corrompu. le déclic a lieu lorsque son meilleur ami, Sammy le presque frère, un artiste, est dénoncé et arrêté pour homosexualité ostensible. C'est le déclic.
Ce bilan de vie suite à une prise de conscience ne pouvait fonctionner que grâce à un personnage fort. C'est le cas avec Katmé, pas nécessairement sympathique d'ailleurs, dont l'auteur brise habilement l'hermétisme en révélant progressivement, par touche, son passé, afin d'éclairer son choix de la convention, de compromis en renoncement, puis les germes de la révolte pour se libérer. L'introspection est sombre et énergique, portée par une écriture âpre et ciselée qui dit parfaitement toute l'urgence de cette quête de soi émancipatrice. le personnage de Samy, dont les oeuvres sont perçues par le gouvernement comme agressives car critiques à l'égard de l'ordre établi, est également très convaincant.
Un premier roman intelligent qui pose clairement l'univers affirmé d'une auteure à suivre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          1214
Kittiwake
  29 septembre 2021
Du haut de ses treize ans, Katmé n'a pas versé une larme le jour lors de l'enterrement de sa mère, témoignant de la rancune envers cette femme qui l'avait abandonnée. Des années plus tard, dans ce pays imaginaire d'Afrique subsaharienne, elle quitte son poste de professeur « Bonne sauce », autrement dit enseignante d'économie ménagère au lycée, pour revêtir le costume de « Madame Préfète ». Son ambitieux mari envisage de procéder à une nouvelle cérémonie, avec le faste qui avait manqué la première fois aux funérailles bon marché. Derrière cette volonté de réhabilitation, se dessinent les tractations d'une campagne électorale qui pourrait le hisser au rang de gouverneur. Samuel, le frère de coeur de Katmé, l'artiste à la sensibilité exacerbée, pourrait représenter un obstacle sur le chemin de gloire du politicien : dans ce pays où l'homosexualité est sévèrement punie, les moeurs contre nature du jeune homme déchainent les passions.

Entre tradition et modernité, c'est un portrait de l'Afrique du vingt-et-unième siècle que nous propose Osvalde Lewat. A travers le portrait et les confidences d'une jeune femme qui choisit de rejeter toute forme de compromission, dût-elle pour cette raison subir l'opprobre de ses proches, c'est aussi un état de lieux du fonctionnement politique du pays, et la campagne électorale en exacerbe les aberrations.

Si le propos est parfois drôle, grâce aux dialogues qui mettent en valeur les expressions imagées et fleuries qui sont un vrai bonheur, le récit est loin d'être mièvre et la violence n'est pas occultée.

Le message est clair : il est une génération de femmes qui souhaitent se débarrasser du carcan des traditions qui relèguent les épouses au rang de faire-valoir de leur mari, avec une volonté réelle de vivre selon leurs aspirations personnelles.

Un premier roman au franc-parler remarquable.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          550
spleen
  02 octobre 2021
Les Aquatiques : c'est une immersion intégrale au coeur de l'Afrique sub-saharienne contemporaine dans un pays imaginaire , le Zambuena ...
Le ton est donné , à la fois drôle et tragique , dès le prologue , avec le rappel du premier enterrement de Madeleine, à la hâte , avec un cercueil trop juste, une tombe trop petite pour cette femme non respectable car non mariée avec deux filles qu'elle a eu d'un homme riche et puissant . Katmé, 13 ans à l'époque n'a pas versé une larme , ne pardonnant pas à sa mère de les avoir abandonnées.
Vingt ans plus tard, Katmé est Maman Préfète, l'épouse de Tashun, un homme politique ambitieux et prêt à tout. Elle a une vie dorée , fréquentant la bonne société de la capitale , profitant des nombreux privilèges liés au statut de son mari . Elle est , pour tous, le modèle de la femme qui a réussi , ancienne enseignante , elle a un mari puissant et riche et deux enfants ...
L'édifice se craquelle lors de l'arrestation de son meilleur ami, Samuel , un artiste qui vient de réaliser la première exposition de ses oeuvres , osées et perturbantes , accusé d'homosexualité dans ce pays ancré dans ses croyances religieuses profondes et où l'homosexualité est impensable .
Cet événement survient au même moment où la tombe de Madeleine doit être déplacée pour construire une autoroute .
Mais pour Katmé, seule compte la libération de Samy alors que son mari voit dans ce nouvel enterrement qu'il veut grandiose ,une opportunité à saisir avant l'élection au poste de gouverneur .
Les questions existentielles qu'elle avait éludées jusqu'à présent la hantent . Cette rétrospection où elle sait bien qu'elle n'a fait que des choix par défaut , qu'elle a renoncé à ses rêves pour rester dans le moule , l'oblige à décider : continuer d'obéir à son mari et à la norme bien pensante ou bien sauver Samy par tous les moyens et pouvoir se regarder en face ...
Osvalde Lewat nous fait voyager dans une Afrique toujours gangrenée par des hommes politiques corrompus ,des élections truquées , des présidents qui s'accrochent à leur pouvoir et une société patriarcale guindée dans des principes moraux d'un autre temps avec également une violence qui ne demande qu'à s'exprimer.
Un roman qui secoue car l'auteur remue des sujets dérangeants sans compromis , pas de langue de bois, les choses sont dites avec franchise et écrites avec réalisme, humour et un brin de férocité , enrobées dans une prose imagée .
J'ai grandement apprécié cette lecture et je remercie beaucoup Masse Critique et les Editions Les Escales pour ce beau moment !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          282
ELO1313
  03 novembre 2021
L'histoire se déroule au Zambuena, un pays africain imaginaire, mais qui n'est peut-être pas très éloigné de la réalité de certains pays.
Un pays gangrené par la corruption, dirigé d'une main de fer par « le Vieux », le « Père de la Nation » depuis des décennies.
Un pays où les homosexuels sont traités comme les pires criminels et sont sauvagement réprimés, où les femmes battues ne peuvent s'attendre à aucun soutien des autres femmes (« Toutes les femmes mariées passent par là au moins une fois dans leur vie, tu ne vas pas en faire un drame »), où les juges ne rendent une justice équitable que si « les deux parties leur donnent la même somme d'argent ».
Katmé, une jeune femme intelligente et d'une grande force de caractère, a abandonné sa carrière d'enseignante après son mariage pour endosser les rôles de femme de préfet et de mère au foyer. Malgré son statut privilégié et son aisance financière, elle ne dispose en réalité que d'une liberté limitée et toute relative.
Muselée et méprisée par son mari, véritable tyran domestique dévoré par ses ambitions politiques, la jeune femme doit ravaler sa fierté et encaisser jour après jour les coups bas et les tromperies.
Au fil des ans, elle étouffe dans cette vie, mais comme lui fait remarquer ironiquement l'une de ses amies, « quand on mange avec quatre couverts de chaque côté de l'assiette, on ne fait pas la révolution ! ».
Deux événements vont marquer un tournant dans sa vie : 20 ans après la mort de sa mère, l'organisation d'un nouvel enterrement en grande pompe, qui n'est autre qu'une manoeuvre politique de son mari, et l'arrestation de son meilleur ami.
Pour enfin cesser de « vivre au rabais d'elle-même », Katmé, dont le prénom signifie « l'évoluée », devra faire des choix courageux.
Avec une écriture pleine de vivacité et parfois crue, Osvalde Lewat dresse le remarquable portrait d'une femme se battant pour son émancipation, dans une société patriarcale qui peut se montrer d'une grande violence envers ceux qui refusent de se laisser enfermer dans les carcans.
Un premier roman prometteur et intelligent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          227
MELANYA
  21 juillet 2021
**Rentrée littéraire 2021**
Franco-camerounaise, Osvalde Lewat, publie pour la prochaine rentrée littéraire (19/08/2021), « Les Aquatiques » (Editions Les Escales), « un roman d'apprentissage d'une femme africaine au XXIe siècle, entre ombre et lumière. »
Atiq Rahimi, auteur de Syngué Saboun (Prix Goncourt », en a dit tout simplement : « MAGNIFIQUE. »
Le récit est écrit à la première personne et l'héroïne, Katmé Abbia, enseignante, que l'on doit déplacer la tombe de sa mère (Madeleine Lapteu), d'ailleurs, elle la nomme Madeleine et pas « maman ».
Sa mère avait déjà été enterrée vingt ans auparavant, « quelque part, au milieu de nulle part », dans le Haut-Fènn..
Le mari de Katmé, Tashun, (préfet qui voit là une occasion de monter plus haut) – il y a aussi Samy, frère de Katmé, (un artiste « tourmenté »). Ce qui est à noter, c'est que la mère, Madeleine, était « partie comme une voleuse à 39 ans ». Roulant à toute vitesse, elle avait eu un terrible accident.
Si le sujet principal du livre est ce nouvel enterrement, on peut aussi y lire de la poésie – on rencontre de nombreux personnages exotiques (Maman Caramel – Keuna – Mama Récia – Tonton Ambroise et bien d'autres). Mais la peinture y est également bien présente avec les tableaux de Samy, qui a toujours l'habitude d'intégrer des phrases latines. Parmi ses oeuvres, une série de tableaux photographiques « Les Aquatiques », représentant des visages terrifiés, des noyés…. Samy voit sa soeur sceptique, et d'ailleurs, celle-ci finit par lui dire, avec ménagement, que ces photos sont trop crues.
Nous avons donc :
- le nouvel enterrement,
- Les problèmes de Samy et ses tourments,
- Reste le mari, Tashun, à fond dans la politique,
- Les traditions et coutumes…..
Tout cela finit par se rejoindre et oblige Katmé, à faire un choix très difficile, car il lui faut faire un choix.
Ecriture forte – un peu d'humour – portrait d'une femme – réflexions sur le pouvoir en Afrique contemporaine.
C'est ici que je me limite pour ne pas trop en raconter, mais chaque page donne des notifications intéressantes ainsi que les réflexions sur l'art et la poésie.
Il ne me reste plus qu'à souhaiter à Osvalde Lewat, du succès pour ce roman « Les Aquatiques. »

Lien : https://www.babelio.com/monp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260


critiques presse (1)
LeSoir   09 janvier 2022
Dans un pays africain imaginaire, l’épouse d’un haut dignitaire assiste à l’avènement d’un monde nouveau, qui marque l’heure de son émancipation.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
MELANYAMELANYA   21 juillet 2021
Au premier coup de pioche, sa tante se frappa de nouveau violemment la poitrine. Katmé fixa des yeux sa tante au chagrin spectaculaire. (…) Tenez-vous éloignés du pêché, mes enfants. On ne visite pas la tombe d'une pêcheresse.
Commenter  J’apprécie          110
oreeoree   06 janvier 2022
Katmé se dégagea de l'emprise de son père, s'approcha de sa soeur, lui prit la main. Leurs doigts se reconnurent, d'instinct se soudèrent. Comme lorsqu'elles étaient petites pour faire obstacle à une punition, invoquer un miracle ; comme à l'hôpital le jour de la mort de leur mère lorsqu'elles étaient persuadées de la faire revenir à la vie ; ou encore, plus tard, pour faire réapparaître leur père évadé de leur existence sur la pointe de ses Weston richelieu. Ce matin, au bord de la tombe délabrée de leur mère, les noeuds tressés avec leurs doigts empêcheraient qu'elles cassent, qu'elles s'effondrent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
LucpraxLucprax   01 septembre 2021
En descendant du taxi, près de la rigole, elle avait cherché dans les flaques d'eau, sur les visages qui l'épiaient, dans le vrombissement du moteur du moulin à maïs, l'odeur d'essence frelatée des motos, les vendeuses de safous et plantains, les voix innocentes d'enfants jouant au football, les hommes ricanant devant une partie de damier, les jeunes filles en pagne, le vendeur de livres usagés, les nuées de moustiques, de mouches batifolant au dessus des eaux noires de la rigole, dans le ciel dégagé, l'air frais et sec; elle avait cherché les traces, les signes montrant qu'un éclair inaltérable avait zébré le ciel d'un brun pluvieux le jour où Samy avait été ici effacé du monde.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
MelleFifiMelleFifi   21 juillet 2021
Adolescente, quand Sennke perdait sa gouaille devant un garçon qui lui plaisait, elle se défendait en disant : « C’est parce qu’il marche dans mon cerveau. »
Commenter  J’apprécie          90
MelleFifiMelleFifi   18 juillet 2021
Trente-quatre ans, le visage rond, presque poupin, le regard prématurément vieilli, mon mari avait l’air d’un jeune homme ayant commis une effraction physique dans le monde des seniors.
Commenter  J’apprécie          72

Videos de Osvalde Lewat (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Osvalde Lewat
Invitée de France 24
autres livres classés : afriqueVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus