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EAN : 9782213699110
168 pages
Éditeur : Fayard (28/10/2015)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 8 notes)
Résumé :
« Voici bientôt soixante ans que je parcours l’Arctique, du Groenland à la Sibérie, ses immenses déserts glacés habités par des sociétés ancestrales au destin héroïque.
Adressée aux citoyens du grand Nord, cette lettre est un cri d’alarme : Résistez mes amis ! En n’acceptant l’exploitation des richesses pétrolières et minières de l’Arctique qu’avec votre sagesse. L’Occident est mauvais et nous avons besoin de vous. Le matérialisme nous conduit à notre perte.<... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Ledraveur
  12 juillet 2016
Jean Malaurie – né en 1922 , (« lettre pour 2022 » y est donc une allusion, un legs !) fait parti de la génération de “grands aventuriers humanistes” de la science du XXe siècle ainsi que Paul-Émile Victor (1907 – 1995), Théodore Monod (1902 – 2000), Haroun Tazieff (1914 – 1998), Alain Bombard (1924 – 2005), Jacques-Yves Cousteau (1910 – 1997) pour ne citer que les plus connus plus particulièrement en nos contrées, qui nous ont aidés à mieux comprendre notre monde, notre Vie, le lien des interactions qui nous lient au sein de la nature, aux uns et aux autres, notre fraternité humaine si souvent déchirée …
Ce fascicule, une “lettre ouverte” sous forme de plaidoyer pour les peuples du “Grand-Nord” , les Inuits du Groenland plus spécialement, est un appel poignant au respect d'une Civilisation, la plus ancienne connue, très malmenée (voir l'extrait de « Cosmos » en annexe) depuis des siècles par notre culture de “profits” sans frein ; les Ancêtres de notre humanité dans la symbolique du monde des méandres “des inter-espaces du perçu et de l'imperçu”*, l'animisme des “shaman” (celui qui a la connaissance). Jean Clottes (spécialiste du Paléolithique supérieur et de l'art pariétal) autour de la Grotte Chauvet de l'Aurignacien en Ardèche, est un de ceux qui rendent compte aujourd'hui de la richesse et de la profondeur des origines de notre humanité**.
J. Malaurie dans sa relation privilégié, de longue date, avec les Inuit, dans son appel au peuple du Groenland (Kalaallit Nunaat) pour que se développe une véritable entité culturelle et géopolitique, nous sensibilise à travers son investissement à l'énorme enjeu qui est en train de se jouer dans cette région Arctique entre les grandes nations avides de ses “richesses matérielles” potentielles, sans aucune (ou si peu !) considération pour le très fragile équilibre environnemental de cette partie du globe. Cette région planétaire concerne, comme l'Antarctique, l'ensemble des courants marins de la Terre, mais elle ne bénéficie pas du protocole de Madrid*** (1991) qui lui-même est pris “d'assaut” par la Russie depuis 2011 !
J. Malaurie adresse ici, à l'occasion de la COP 21, un appel à notre conscience humaine, retraçant depuis « l'affaire Thulé »**** (le 21 janvier 1968, un B-52 s'est écrasé avec quatre bombes H à quelques kilomètres de la base) un historique d'un très grand intérêt.
Nous encouragerons la lecture de cet ouvrage à destination de l'Édification d'une Humanité plus mature et gage de sa pérennité, à défaut de pouvoir faire plus !
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* voir à ce sujet l'ouvrage remarquable : « L'Ensorcellement du monde », Boris Cyrulnik, éd. Odile Jacob © 2001
** « Chauvet-Pont d'Arc », “Le Premier Chef-d'oeuvre de l'humanité”, Pedro Lima, éditions - SYNOPS © mai 2014
*** https://fr.wikipedia.org/wiki/Protocole_de_Madrid
**** en annexe un extrait pages 19 et 20 de : « COSMOS », “Une ontologie matérialiste”, Michel Onfray, éd. Flamarion, © 2015
« Le rude personnage, septuagénaire, qui avait eu pour mon père, plus âgé que lui, tous les égards dus aux anciens et qui, un soir, sur une île, au milieu des pierres, près d'un feu de bois, lui apporta, venue de nulle part, une chaise pour que mon père s'y assoie, Atata, donc, tétanisa l'assemblée. Les passeurs de l'inuktitut à l'anglais s'étaient tus. Un long silence de mort envahit la petite bicoque en bois que l'ours aurait pu démonter d'un seul coup de patte.
L'Inuit édenté donna l'explication : l'ancien rapportait une histoire terrible. Au moment de la guerre froide, lorsque les États-Unis et l'URSS envisageaient une guerre nucléaire, le pôle Nord était une zone stratégique. Une base au Groenland avait d'ailleurs permis aux Américains d'avancer leurs pièces — un bombardier muni de ses bombes atomiques y a même raté une manoeuvre d'atterrissage avant de couler sous la glace, emportant avec lui ses armes de mort.
À cette époque, les Américains ont déporté les peuplades inuits afin d'occuper la région plus au nord : les familles, les femmes et les enfants, les anciens, leurs maigres outils de chasse et de pêche, leurs kayaks, leurs chiens et leurs traîneaux. C'était compter sans le fait que, plus haut vers le pôle, la glace est plus épaisse, impossible à percer pour la pêche, donc. Les Inuits sont repartis vers le sud pour ne pas mourir de faim et mourir tout court, puisque le phoque leur donne tout : de quoi se nourrir, se loger (les intestins servent de vitres pare-vent), s'habiller (la peau des bêtes est cousue avec leurs nerfs), se déplacer (la peau de l'animal enveloppe le kayak).
Quand les Américains ont constaté ce trajet des Inuits en sens inverse, ils ont recommencé leur déportation vers le nord. À nouveau les familles, les femmes et les enfants, les anciens, à nouveau les maigres outils de chasse et de pêche, à nouveau les kayaks, les chiens et les traîneaux. Mais pour empêcher que ce peuple ne revienne sur ses lieux de chasse et de pêche plus au sud, l'armée américaine a tué les chiens et les a empalés. C'est en rapportant le meurtre de ses chiens qu'un demi-siècle plus tard Atata pleurait.
Mon père qui ne vit pas ce qu'il venait voir a vu ce qu'il ne venait pas voir : le récit de la fin d'un peuple, d'une civilisation, d'un monde. Atata était à la mer et aux chiens ce que mon père était à la terre et aux chevaux. Ces hommes n'ont jamais été séparés de la nature, ils savaient qu'ils en étaient des fragments et leur sagesse tout entière procédait de cette évidence. Atata pleurait ses chiens empalés comme j'ai le souvenir d'avoir vu un jour mon père ému jusqu'aux larmes me rapporter comment un cheval qu'il aimait (peut-être était-ce « Coquette », il parlait souvent de ses chevaux et il ne me revient que ce nom-là) et avec lequel il labourait est tombé raide mort dans les champs, terrassé par une crise cardiaque,
Ce moment a lié Atata et mon père. Dès lors, et jusqu'à la fin du voyage, l'Inuit et le Normand se souriaient, se regardaient, se parlaient sans se comprendre verbalement mais en sachant que la véritable compréhension se moque bien des mots, du verbe et des discours. le monde de l'hyperboréen et celui du Viking étaient un seul et même monde. J'étais témoin de cette osmose, de cette symbiose de deux hommes qui, sages, savaient qu'ils étaient une petite partie du grand cosmos, un savoir qui mène au sublime chez qui le sait. »
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Wyoming
  24 avril 2019
Un livre plaidoyer à la fois pour peuple inuit, pour l'animisme et la nature sauvage qu'il pourrait être encore temps de préserver. Jean Malaurie connaît parfaitement le Grand Nord, particulièrement le Groënland et respecte la culture des peuples qui l'habitent. Il développe dans ce livre les errements de certains missionnaires et leurs conséquences néfastes sur un peuple qui vivait sa propre relation avec Dieu, probablement pas au sens de la culture judéo-chrétienne mais qui peut dire qu'elle était inférieure, à tout le moins différente. Les pensées philosophiques qu'il développe, spécifiquement dans les dernières pages sont riches d'enseignement. Sa relation avec l'animal -- ici précisément le chien de traîneau -- donne également à réfléchir. Un bon livre pour s'imprégner quelque peu d'une culture très éloignée de la nôtre dans laquelle plusieurs attitudes peuvent interpeller mais qui détient une valeur intrinsèque forte que l'auteur a voulu s'attacher à protéger.
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NastasiaK
  29 septembre 2016
Ce livre a été une très belle découverte. Jean Malaurie livre ici un véritable cri du coeur. Les Inuits ne doivent en aucun suivre le mode de vie des Occidentaux. Au contraire, explique l'auteur, ils doivent garder leur singularité, leurs croyances, leurs relations avec la nature, leur mode de vie. Dans ce livre, Jean Malaurie leur lance un appel au secours. Ils doivent prendre conscience de leurs richesses avant qu'elles ne disparaissent au profit de l'uniformisation, de la mondialisation.
Un livre que je conseille fortement.
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critiques presse (3)
Actualitte   14 février 2019
Amplifié encore aujourd’hui par les effets sans cesse plus visibles du réchauffement climatique, le cri d’alarme de Jean Malaurie doit résonner, être multiplié, démultiplié, transmis, universalisé pour toutes ces cultures en stress d’assimilation.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeFigaro   30 novembre 2015
L'aventurier, infatigable défenseur de la civilisation du Grand Nord, adresse une lettre aux Inuits à la veille de la conférence parisienne sur le climat.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Telerama   18 novembre 2015
Une magnifique lettre en forme d'alarme et de testament.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
LedraveurLedraveur   12 juillet 2016
On sera surpris que ces mangeurs de chair crue, qui ne savent ni lire ni écrire, aient cette qualité de « méditant contemplatif » avec des expériences quasi zen. On pourrait y songer lors de leur méditation, assis face à “l'aglou” ou trou aménagé par le phoque, avec ses petites griffes acérées noires, dans la banquise pour respirer. En effet, il y a toute une dialectique d'intégration qui, grâce à un vide intérieur, permet de percevoir la micro-physique ondulatoire, et je retrouve dans mes réflexions de géographe-physicien, cette intuition d'Ernest Solvay : l'idée de l'équivalence entre la matière et l'énergie. On ne peut évoquer le chamanisme, qui est une approche essentielle chez tous les peuples racines, qu'en se référant à cette dialectique d'intégration.
Il est dans les roches, dans les mers, dans les glaces, une uummaa, un battement du cœur. Il appartient à l'homme de se mettre en phase avec cette énergie issue du cosmos qui est née au moment de la naissance de l'univers avec des échanges thermodynamiques, avec la matière, avec l'énergie noire — la cinquième force*, qui ne cessera de s'exercer qu'à la mort de notre planète. Cet échange astrophysique, ce rayonnement électromagnétique, exprimé par des radiations, est d'autant plus significatif que nous sommes aux abords du pôle géomagnétique qui aboutit, dans le ciel, à des conflits de forces se traduisant par des aurores boréales …
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*. Pier Binétruy, À la poursuite des ondes gravitationnelles, Paris, Dunod, 2015.
p. 103 -104
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2016
Le Groenland est ta patrie ; avec les scientifiques de l'Occident, réaffirme ton alliance inaliénable avec l'environnement. Les “Verts”, il faut les blanchir un peu. Avec les Inuit, il faut leur ré-apprendre, sur la terre glacée, à respirer le souffle régulateur de l'univers.
Inuit ! Nous avons besoin de vous, dans nos folies dominées par des mécanismes financiers hors contrôle qui nous préparent, sous couvert de tyrannie déguisée, un monde vassalisé. Nous avons besoin d'une résistance, et ta prise de conscience est trop lente.
Levez-vous donc, peuples de demain ! Lors des obstructions des pêcheurs devant les projets périlleux du développement de l'uranium avec Alcoa, je croyais entendre les interlocuteurs financiers me murmurer : « Comme ce serait plus simple si ce Groenland, riche en terres rares, en diamants, en rubis, en uranium, en pétrole, etc., était inhabité ! »La distance entre les classes sociales occidentales et les autochtones serait-elle décidément infranchissable ?
p. 142
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« Lettre à un Inuit de 2022», Jean Malaurie - éditions Fayard © mai 2016
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2016
Je commençais ainsi à découvrir ce qu'ultérieurement, avec mon ami Claude Lévi-Strauss, nous avons appelé la « pensée sauvage ». Cette intelligence est une mémoire sans cesse ravivée par l'enseignement des mythes, dicté le soir par la mère, devant moi, aux jeunes qui l'entourent, mais aussi un chuchotement des pierres, un bruissement. Si le “shaman” veut vivre sa force de médium, alors il s'assied sur certaines roches soigneusement choisies. Après une ascèse alimentaire, sexuelle, et une intériorisation intense, il sent monter en lui des fulgurances qui peuvent dans une séance chamanique se traduire par des transes et même des visions. Le chaman, la pierre dans sa main, interprète alors les sons, qu'il traduit comme une langue inconnue de l'au-delà ; un message personnel lui est transmis de très très loin. Ils ont été frappés par mon souci de mieux comprendre la qualité des roches selon leur forme, leur dimension et, je dirais, leur densité. Ma volonté d'être précis me conduit à mesurer le même échantillon à plusieurs reprises, et cela les frappe en ma faveur — « Cet homme, décidément, est sérieux dans cette lecture qui paraît très difficile. C'est un chaman de la pierre. » S'ils me suivent, c'est qu'ils veulent eux aussi écouter et apprendre : « celui qui parle avec les pierres », tel est le surnom que m'a donné le grand chaman Uutaaq.
p. 103
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2016
Le refus a été si profond chez les jeunes qu'ils ont, hélas, été victimes du fléau de l'alcoolisme, des drogues et d'un des taux de suicide les plus élevés au monde. Ils méprisent la société qui leur est proposée. Le désastre se poursuit depuis plus de vingt ans. J'en ai connu et ils faisaient partie de ceux qu'on pouvait appeler des « hommes d'avenir ». Habités par leur inconscient animiste, ils ne se reconnaissent pas dans la société matérialiste que leur proposent les Danois, sous patronage déguisé d'un christianisme vidé de ses préceptes de charité. Désormais, une seule perspective : l'argent.
Ce que vivent certains jeunes est donc une tragédie. Pendant deux siècles, l'Église les a contraints à désapprendre le chamanisme. Le chaman, colonne vertébrale, n'était pas seulement un ordonnateur de la vie de chasse et de l'organisation sociale ; c'était une pensée, une géo-philosophie qu'un Gilles Deleuze ou un Gaston Bachelard ont admirée et étudiée, une métaphysique complexe permettant un approfondissement de la personnalité sous l'autorité du Cosmos.
p. 73
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LedraveurLedraveur   12 juillet 2016
Or, le “pasteur” l'ignore d'autant plus qu'il déteste avec sa foi ce paganisme de sorcellerie et d'hybridation avec l'animal. Aussi, non seulement, n'encourage-t-il pas, comme durant les dix mille ans passés, le respect inné de l'enfant pour les voyants et médiums ; mais refoule-t-il de toute sa force ce passé obscur de barbarisme en le combattant de sa conviction d'apôtre.
L'enseignement élémentaire — primaire, à mieux dire — de l'alphabet et de l'arithmétique est le parent pauvre de ce programme d'éducation ; l'enfant ne peut s'y opposer que par un refus d'attention, voire une volonté de somnolence. Je l'ai vérifié, lors de mes enquêtes d'instituteur volontaire dans une école de Thulé en 1950, dans une école Inuit canadienne en 1987, et une école esquimaude soviétique de Tchoukotka en 1990, avec des tests systématiques d'attention : le « zazzo » notamment. L'élève soutenu par les parents opposait un refus instinctif de participer à l'auto-destruction de son être historique le reliant à ses coutumes d'Inuit.
p. 77
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Video de Jean Malaurie (14) Voir plusAjouter une vidéo

Les esquimaux
Avant la diffusion du film tourné en 1934 par Knud RASMUSSEN sur les esquimaux ("Printemps au Groenland"), Jean MALAURIE s'entretient avec André VOISIN au sujet de la civilisationinuit.
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