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EAN : 9782072849817
152 pages
Éditeur : Gallimard (10/10/2019)
3.97/5   351 notes
Résumé :
« Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du
Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites
physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du
mythe qui rejoint la réalité ; le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (88) Voir plus Ajouter une critique
3,97

sur 351 notes

Kirzy
  03 mai 2020
Nasstaja Martin est une anthropoloque spécialisée dans les peuples arctiques, détentrice d'une thèse sur les Gwich'in d'Alaska et du Yukon. Ici, direction la péninsule du Kamtchatka dans l'extrême-orient sibérien chez les Evènes, plus particulièrement dans un clan ayant fait le choix de vivre en forêt profonde au plus près de la nature pour retisser un dialogue avec les être non humains qui parcourent leur territoire.
Le sujet en soi est passionnant mais là il devient captivant, c'est par le je de l'auteure qui raconte sa transformation après avoir survécu à une attaque d'ours qui lui a déchiqueté le visage. Mais là, où n'importe qui n'aurait lu dans cet événement qu'une simple attaque, terrible mais une attaque, Nasstaja Martin propose une autre lecture, celle d'une confrontation.
Un des évènes dont elle proche lui explique que si elle a été attaqué, c'est parce que son regard a croisé celui de l'ours, et que lorsque ce dernier y a vu un fonds commun, un miroir de son âme. Nasstaja Martin explique d'ailleurs comment, avant la rencontre avec l'ours, elle était déjà surnommée « matukha », l'ourse, comment ses rêves préfiguraient le moment, peuplés d'ours.
Cette vision des choses est forcément troublante et déstabilisante pour un occidental non initié à l'animisme. Il faut l'accepter pour apprécier ce récit très singulier, très éloigné du naturalisme qui voit en l'animal une altérité. Nasstaja dit être devenue une « miedka », «  celle qui vit entre les mondes » un être qui est passé sans retour au-delà des frontières de la normalité humaine, portant une part d'ours en elle, comme l'ours en porte une d'elle en lui.
Bien sûr, le récit narre aussi du très factuel comme le marathon médical de la reconstruction faciale, mais c'est avant tout une plongée dans la pensée vive et habité d'une femme incroyable de force et de caractère, quasi un manifeste en quête de guérison ontologique. Cela fuse tellement que c'en est un tourbillon, parfois complexe à suivre, mais cela ne m'a pas gênée, sans doute parce que ce voyage intérieur tout en mouvement est conté avec une écriture toute aussi intense que le propos. Nasstaja Martin est une écrivaine, c'est une évidence.
Un récit captivant et iconoclaste, secoué d'émotions fortes, qui pousse indéniablement à une réflexion profonde sur nos valeurs occidentales et notre rapport à la nature. Suffisamment puissant pour chambouler nos certitudes.

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Cannetille
  16 janvier 2020
En 2015, lors d'une mission anthropologique chez les rares nomades Evènes subsistant encore des rennes au Kamtchatka, l'auteur partie seule en forêt est attaquée par un ours : le fauve lui emporte la moitié du visage avant de s'enfuir, lui laissant miraculeusement la vie sauve. S'ensuivra pour la jeune femme une longue et douloureuse reconstruction physique, mais aussi une vaste introspection sur les raisons et l'impact de cette fulgurante collision entre l'humain et l'animal.

L'on reste d'abord sans voix devant l'inimaginable et terrible mésaventure de cette femme : une épreuve atroce, à l'issue improbable, suivie d'un parcours médical à faire froid dans le dos, à la merci de la brutalité d'un petit hôpital russe d'un autre âge, mais aussi, très ironiquement, des failles des plus grands établissements de santé français. L'on devine ensuite la tornade qui a dû s'emparer du psychisme de cette survivante, l'énorme travail sur soi pour parvenir à passer le cap, concrétisé par ce livre posé, réfléchi, plein de la maturité et de la sagesse de qui a déjà vécu cent vies.

C'est avec toute son expérience d'anthropologue, son ouverture d'esprit et sa conscience de la complexité des êtres que l'auteur envisage l'enchaînement de faits qui l'ont menée à ce face-à-face avec un fauve. Sans jamais trancher, elle ouvre une à une des hypothèses issues de différentes cultures, explorant aussi bien la psychanalyse, le chamanisme ou l'animisme. Cela l'amène avant tout à mieux se connaître, à comprendre ce que cet ours lui a pris et lui a donné en échange. Cela finit par nous faire réfléchir à notre avenir d'humains sur une planète au bord de la ruine, où l'anthropologue met en lumière ce que nous sommes en train de perdre : les mythes anciens, l'harmonie avec la nature et l'équilibre entre les espèces vivantes, les espaces de liberté et de vie sauvage…

Cette méditation, au texte parfois exigeant et toujours lucide, se lit avec d'autant plus d'intérêt qu'elle accompagne le récit sincère et sans complaisance d'une authentique expérience de terrain, où transparaissent l'estime et l'amitié d'hommes et de femmes au mode de vie en voie de disparition, et en l'avenir desquels, pourtant, l'on aimerait bien pouvoir croire encore.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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DoubleMarge
  12 février 2021
"Avec Croire aux fauves, Nastassja Martin renoue le lien que l'anthropologie entretient avec la littérature. En effet, c'est bien d'un texte littéraire qu'il s'agit là. À l'image de la cosmologie animiste qu'étudie l'auteure depuis des années, il vient nous parler d'intériorité, d'âme partagée avec tous les êtres. Il unie le poétique et le rationnel, l'extérieur et l'intime. Car qu'y a-t-il de plus intime que de se retrouver dans la gueule de l'ours ? Sentir son haleine pestilentielle, vivre le noir qui y règne, les crocs de l'animal qui défoncent la mâchoire, dents contre dents. Être mangée par un ours. Croquée par un ours. Et en sortir vivante.(...)
Pour Daria, la cheffe de clan évêne qui l'accueille depuis des années à Tvaïan, « l'un des bouts du monde, pour de vrai », dans les montagnes du Kamtchatka aux confins de la Sibérie, Nastassja Martin était déjà, Matukha, ourse ; la chercheuse voyait souvent l'animal la nuit en songe. Lorsque le rêve « rejoint l'incarné », qu'elle rencontre l'ours sur son chemin, qu'ils se fixent dans les yeux, et que celui-ci broie sa tête mais pas tout à fait, lorsqu'elle lui plante un piolet dans le corps, lorsque les deux survivent à cela, « le temps du mythe devient réalité ». Et la jeune femme devient Miedka, « moitié-moitié », celle dont les rêves sont en même temps ceux de l'ours.
Devenir femme-ourse, entrer de plain-pied dans la zone métamorphique lors d'une rencontre qui réactualise un mythe premier, sans perdre de vue le processus, voilà ce que raconte l'écrivaine dans ce texte hors-norme qui nous explique notre époque comme aucun autre. En résonnance, dit-elle. Nastassja Martin fait oeuvre d'anthropologie ; la « rencontre de l'entre-deux mondes » avec l'ours lui donne accès à un espace « entre l'humain et le non-humain » (...)
À la croisée des zones, à son retour de « cet endroit très spécial où il est possible de rencontrer une puissance autre, où l'on prend le risque de s'altérer, d'où il est difficile de revenir » , débordée par ses rêves et occupée à survivre physiquement à la rencontre violente avec un ours, l'anthropologue est devenue elle-même poreuse au monde des non-humains, elle est devenue l'un de « ces êtres qui se sont enfoncés dans les zones sombres et inconnues de l'altérité et qui en sont revenus, métamorphosés, capables de faire face à ce qui vient de manière décalée , ceux qui font à présent avec ce qui leur a été confié sous la mer, sous la terre, dans le ciel, sous le lac, dans le ventre, sous les dents. »
Ce qui se passe après cette implosion des frontières, le séjour de Nastassja Martin dans les hôpitaux russes, ses sentiments, les interventions chirurgicales, les nouvelles opérations en France, le regard porté par notre société sur elle, sur l'ours, sur son histoire, sa détresse, les réactions de son entourage, tout est documenté dans le livre. (...)
En tant que chercheuse, occidentale, et femme-ourse, elle parle depuis cette zone de mouvement qu'elle habite désormais entre les mondes et leurs différentes interprétations.
Cette histoire pourrait être l'un des récits des temps à venir, des temps où nous sommes déjà. À travers elle, Nastassja Martin nous donne la réponse de l'animisme, quand ce qui nous différencie les uns des autres n'est qu'une enveloppe extérieure. Elle nous raconte un moment de création archaïque. (...)
L'union implosive de la femme et de l'ours, ainsi que ce qui en découle, nous dit Nastassja Martin, correspond aux processus mythiques de l'avant spéciation. C'est, dit-elle, l'endroit exact où nous nous trouvons aujourd'hui, avec l'effondrement écosystémique global. Les êtres s'hybrident, des espèces se mélangent entre elles pour en créer de nouvelles ; les animaux et les plantes, tout se recompose à grande vitesse. et « on est à un moment crucial de l'histoire où l'on peut vraiment repenser nos manières de nous relier au vivant, et même repenser le vivant, puisque le vivant est lui-même en train de se repenser. » *
Et c'est bien ce que fait Nastassja Martin, dans ce livre essentiel, ancre, chercheuse, habitante des zones liminaires, elle qui s'est trouvée mélangée à l'ours dans un moment de genèse, elle se repense à travers l'évènement « qui doit être mangé et digéré pour faire sens », et, ce faisant, elle nous repense nous, dans ce vivant qui se métamorphose sous nos yeux."
Kits Hilaire dans Double Marge (Extrait)
* Nastassja Martin dans Par les temps qui courent, France Culture
Lien : https://doublemarge.com/croi..
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Litteraflure
  05 décembre 2019
Il n'eut pas été compliqué de donner un coup de griffe au roman de Nastassja Martin. « Croire aux fauves », c'est Sylvain Tesson qui tombe sur un ours, s'en sort miraculeusement, tel di Caprio dans le film « The revenant » puis se fait rafistoler les maxillaires à la Salpêtrière comme Philippe Lançon. Tout ça reste dans la famille Gallimard, et la caravane passe. Pour évoquer les bêtes sauvages, Tesson n'a pas son pareil - son dernier livre en témoigne. Quant au martyr d'une gueule cassée, « le lambeau » restera une oeuvre inégalée. Alors à quoi bon se coltiner un livre qui aborde des sujets traités avec maestria par d'autres auteurs ? Parce ce que la voix de Nastassja Martin est singulière, profonde, inoubliable. Je n'en reviens toujours pas. Ce récit m'a pris à la gorge dès les premières pages et ne m'a plus lâchée. Il y a quelque chose d'hypnotique et de viscéral dans ce livre, aux limites du surnaturel. La science ne parvient pas à expliquer certains mystères. L'ours croque Nastassjya au visage. Elle en ressort vivante mais persuadée que l'animal vit en elle depuis la morsure, qu'il fait corps avec son être (très beaux passages sur l'animisme). Défigurée, Nastassjya s'interroge sur son identité et sur sa place dans le monde. Son seul moyen de s'en sortir, c'est d'accepter la présence douloureuse de l'animal qui, quelque part au Kamtchatka, pense à elle en pansant sa blessure. Car la nature nous observe, elle nous a précédés. J'ai eu la chance de descendre le lac Baïkal, de rencontrer un chaman. Sans doute ce voyage m'a prédisposée à aimer ce livre qui, j'en suis certaine, vous touchera au coeur et à l'âme. Il ne vous reste plus qu'à vous faire une opinion.
Bilan : 🌹🌹
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Wyoming
  07 juillet 2021
Un livre qui emporte une large majorité de lecteurs vers des avis positifs auquel je ne parviens à accorder qu'une appréciation moyenne car, pour ma part, je l'ai trouvé non structuré et dépourvu des qualités littéraires que j'attends.
L'histoire dramatique d'une anthropologue attaquée, défigurée par un ours, parvenue à se défendre avec son piolet -- la scène se déroule dans les montagnes du Kamtchatka -- est certes intéressante, son parcours de résurrection douloureuse suscite compassion, son aversion des hôpitaux très compréhensible, mais j'ai trouvé la narration assez pénible, avec quelques lueurs qui s'estompent trop vite à mon goût.
L'identification progressive de la victime à l'ours, les références animistes, ne m'ont vraiment pas convaincu, peut-être trop réalistes, le mystérieux me paraissant trop évoqué comme certitude alors qu'il n'est constitué que de doute.
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critiques presse (6)
Actualitte   23 novembre 2020
Ce livre est le livre d'une rencontre fortuite et traumatisante : celle d'une anthropologue et d'un ours aux fins fonds du Kamtchatka !
Lire la critique sur le site : Actualitte
Actualitte   20 décembre 2019
Entre immersion dans les paysages sauvages et parcours hospitalier, l’autrice nous fait vivre une véritable expérience philosophique, elle dont le destin se trouve désormais lié à l’esprit de l’ours. Ce texte j’en suis ressortie impressionnée et pleine d’un immense respect, je ne peux que vous le recommander.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Liberation   05 décembre 2019
Attaquée par un ours en 2015 qui l’a mordue au visage, l’ethnologue Nastassja Martin est restée fascinée par cette étrange «rencontre». Elle en a tiré un récit à la fois savant et littéraire.
Lire la critique sur le site : Liberation
LaLibreBelgique   04 décembre 2019
Experte des populations arctiques et férue d’animisme, l’anthropologue française Nastassja Martin livre, dans Croire aux fauves, le récit de l’expérience qui a bouleversé sa vie : la rencontre, dans les montagnes du Kamtchatka (Extrême-Orient russe), avec un ours qui l’a défigurée.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   12 novembre 2019
Attaquée par un plantigrade aux confins de la Sibérie, Nastassja Martin en tire une réflexion sur la rencontre entre humain et non-humain. [...] En digne élève de Philippe Descola, elle explore les zones imprécises où l’humain et le non-humain dialoguent, mondes de l’animisme, du chamanisme, que la pensée rationnelle peine à cerner.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   22 octobre 2019
Experte des peuples et des cosmologies du Grand Nord, l’anthropologue Nastassja Martin raconte dans son livre “Croire aux fauves” sa rencontre avec un ours. Qui l’a laissée défigurée, et a ouvert la voie à une renaissance. [...] Croire aux fauves est le récit, intense, déroutant, de cette renaissance.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (125) Voir plus Ajouter une citation
cjozrolandcjozroland   13 septembre 2021
P 115 – rêver avec la forêt, ce n’est pas confortable. Je pensais qu’après l’ours ça se calmerait, peut-être même que ça s’arrêterait. J’espérais. Passer des nuits noires et vides, justes le sommeil, ne plus se réveiller en sueur avant l’aube, être envahie d’images incompréhensibles au matin, avoir à en questionner le sens tout au long du jour. Ça continue. Soit. Ce n’est pas que je ne comprends pas ce qui m’arrive ; ce qui m’est arrivé. Neuf ans que je travaille chez ceux qui « partent rêver plus loin », comme dit Clarence. Que fais-tu, avec ta tente sur tes épaules ? Je lui demandais.
Il y a cinq ans lorsqu’il s’éloignait subrepticement hors de Fort Yukon vers la forêt. Je n’entends rien ici. Je ne vois rien non plus. Trop de bavardages, trop de confort, trop de famille et pas assez d’autres. Too much fuss ! Je sors rêver plus loin. Bon, je note. A force de temps, moi aussi j’ai commencé à rêver là-bas, mais juste un peu.
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cjozrolandcjozroland   12 septembre 2021
P 99 – plus tard dans la journée Vassilina dessine. Elle dessine des arbres, la rivière, des renards, la maison de Tvaïan, des poissons. Elle trace le contour des absents, les colorie, inlassablement. J’aime ça, dessiner, parce que comme ça je m’&échappe d’ici, elle m’explique. Papa dit qu’il faut pas trop rêver. Tu en penses quoi toi ? Je réfléchis. Je crois qu’il ne faut pas fuir l’inaccompli qui git au fond de nous, qu’il faut s’y confronter. Je ne sais pas comment traduire ça avec des mots simples, alors je dis : Vassilina, si grandir c'est voir mourir ses rêves, alors grandir devient mourir. Mieux vaut snober les adultes, lorsqu'ils nous font croire que les cases sont déjà là, prêtes à être remplies.
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CannetilleCannetille   16 janvier 2020
La première chose à dénouer, avant le pourquoi de ma fuite hors de la forêt cet été-là, c’est le comment de ma fuite hors de mon propre monde vers la forêt, quelques années en arrière. Une pensée assez triviale me trotte dans la tête depuis longtemps : personne n’a écouté Antonin Artaud qui pourtant avait raison. Il faut sortir de l’aliénation que produit notre civilisation. Mais la drogue, l’alcool, la mélancolie et in fine la folie et/ou la mort ne sont pas une solution, il faut trouver autre chose. C’est ce que j’ai cherché dans les forêts du Nord, ce que je n’ai que partiellement trouvé, ce que je continue de traquer.
(…)
Combien de psychologues me prendraient pour une folle, si je leur disais que je suis affectée par ce qui se passe hors de moi ? Que l’accélération du désastre me pétrifie ? Que j’ai l’impression de ne plus avoir prise sur rien ? Ah, voilà donc la raison qui vous pousse à vous accrocher aux montagnes ! Oui, et là où ça devient grave, c’est que même la montagne s’effondre. Faute de cohésion, à cause de la glace qui fond, faute à la canicule. Les prises cassent, les rochers tombent, voilà la réalité.
(...)
Cela aurait été si simple, si mon trouble intérieur se résumait à une problématique familiale irrésolue, à mon père disparu trop tôt, aux attentes insatisfaites de ma mère. Je pourrais dès lors « résoudre » ma dépression. Mais non. Mon problème, c’est que mon problème n’appartient pas qu’à moi. Que la mélancolie qui s’exprime dans mon corps vient du monde. Je crois que oui, il est possible de devenir « le vent qui souffle à travers nous », comme disait Lowry. Et qu’il est commun de ne pas en revenir, comme lui, comme tant d’autres. J’ai rejoint les Êvènes d’Icha et j’ai vécu dans la forêt avec eux pour une raison bien en deçà de celle d’une recherche comparative. J’ai compris une chose : le monde s’effondre simultanément de partout, malgré les apparences. Ce qu’il y a à Tvaïan, c’est qu’on vit consciemment dans ses ruines.
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michelekastnermichelekastner   16 mai 2020
Je ne rentre pas chez moi, je fuis les bois, je pars en montagne. Quelque chose cloche, quelque chose d'essentiel. Lui le sait, le sent. Je le revois me donner la griffe au moment de partir. Tu sais que tu es mathuka, je ne t'apprends rien. Prends-la avec toi quand tu marcheras là-haut. Je t'entends me rappeler mes discussions pendant mes délires fiévreux, et me mettre en garde contre l'esprit de l'ours, qui me suit, qui m'attend, qui me connaît. Pourtant il ne me retient pas. Il ne fait pas un geste pour m'empêcher de monter aux volcans. Et c'est bien ce que Daria lui reproche. Qu'il sache, pour moi, pour l'ours, et qu'il ne fasse rien. Qu'il n'ait jamais rien fait, rien dit ; ou plutôt : qu'il ait tout dit à un fauve qui par défi courait de toute manière vers sa perte, au-devant de mon initiation, et qu'il faudrait l'intervention d'un miracle pour qu'elle y survive. Non, rien n'est sa faute. Ce qu'il a fait : il a guidé mes pas pour que j'aille au-devant de mon rêve.
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WyomingWyoming   05 juillet 2021
Je ne rentre pas chez moi, je fuis les bois, je pars en montagne. Quelque chose cloche, quelque chose d'essentiel. Lui le sait, le sent. Je le revois me donner la griffe au moment de partir. Tu sais que tu es mathuka, je ne t'apprends rien. Prends-la avec toi quand tu marcheras là-haut. Je t'entends me rappeler mes discussions pendant mes délires fiévreux, et me mettre en garde contre l'esprit de l'ours, qui me suit, qui m'attend, qui me connaît. Pourtant il ne me retient pas. Il ne fait pas un geste pour m'empêcher de monter aux volcans.
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Videos de Nastassja Martin (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nastassja Martin
Jeudi 6 août 2020, dans le cadre du cycle de rencontres « Lire, lier » qui s'est déroulé du 4 au 14 août 2020, Yann Potin interrogeait Nastassja Martin.
Nastassja Martin est anthropologue, diplômée de l'EHESS et spécialiste des populations arctiques. Elle est l'auteure d'un essai, Les Âmes sauvages. Face à l'occident, la résistance d'un peuple d'Alaska, publié à La Découverte en 2016. Croire aux fauves, paru en octobre 2019 aux éditions Verticales, a été un événement. Elle y raconte son aventure, à la fin du mois d'août 2015, dans les montagnes du Kamtchatka. Sa rencontre avec un ours, et la lutte dramatique qui s'ensuivit, dans laquelle elle fut près de perdre la vie. Mais le livre est aussi le récit des failles et des doutes sur la place de chacun dans ce monde, hommes et bêtes, corps et esprits. Une interrogation profonde et forte, qui a connu une nouvelle résonance dans la crise sanitaire que le monde vient de traverser.
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