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EAN : 9782072849817
152 pages
Éditeur : Gallimard (10/10/2019)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 154 notes)
Résumé :
« Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du
Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites
physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du
mythe qui rejoint la réalité ; le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (53) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  03 mai 2020
Nasstaja Martin est une anthropoloque spécialisée dans les peuples arctiques, détentrice d'une thèse sur les Gwich'in d'Alaska et du Yukon. Ici, direction la péninsule du Kamtchatka dans l'extrême-orient sibérien chez les Evènes, plus particulièrement dans un clan ayant fait le choix de vivre en forêt profonde au plus près de la nature pour retisser un dialogue avec les être non humains qui parcourent leur territoire.
Le sujet en soi est passionnant mais là il devient captivant, c'est par le je de l'auteure qui raconte sa transformation après avoir survécu à une attaque d'ours qui lui a déchiqueté le visage. Mais là, où n'importe qui n'aurait lu dans cet événement qu'une simple attaque, terrible mais une attaque, Nasstaja Martin propose une autre lecture, celle d'une confrontation.
Un des évènes dont elle proche lui explique que si elle a été attaqué, c'est parce que son regard a croisé celui de l'ours, et que lorsque ce dernier y a vu un fonds commun, un miroir de son âme. Nasstaja Martin explique d'ailleurs comment, avant la rencontre avec l'ours, elle était déjà surnommée « matukha », l'ourse, comment ses rêves préfiguraient le moment, peuplés d'ours.
Cette vision des choses est forcément troublante et déstabilisante pour un occidental non initié à l'animisme. Il faut l'accepter pour apprécier ce récit très singulier, très éloigné du naturalisme qui voit en l'animal une altérité. Nasstaja dit être devenue une « miedka », «  celle qui vit entre les mondes » un être qui est passé sans retour au-delà des frontières de la normalité humaine, portant une part d'ours en elle, comme l'ours en porte une d'elle en lui.
Bien sûr, le récit narre aussi du très factuel comme le marathon médical de la reconstruction faciale, mais c'est avant tout une plongée dans la pensée vive et habité d'une femme incroyable de force et de caractère, quasi un manifeste en quête de guérison ontologique. Cela fuse tellement que c'en est un tourbillon, parfois complexe à suivre, mais cela ne m'a pas gênée, sans doute parce que ce voyage intérieur tout en mouvement est conté avec une écriture toute aussi intense que le propos. Nasstaja Martin est une écrivaine, c'est une évidence.
Un récit captivant et iconoclaste, secoué d'émotions fortes, qui pousse indéniablement à une réflexion profonde sur nos valeurs occidentales et notre rapport à la nature. Suffisamment puissant pour chambouler nos certitudes.

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Cannetille
  16 janvier 2020
En 2015, lors d'une mission anthropologique chez les rares nomades Evènes subsistant encore des rennes au Kamtchatka, l'auteur partie seule en forêt est attaquée par un ours : le fauve lui emporte la moitié du visage avant de s'enfuir, lui laissant miraculeusement la vie sauve. S'ensuivra pour la jeune femme une longue et douloureuse reconstruction physique, mais aussi une vaste introspection sur les raisons et l'impact de cette fulgurante collision entre l'humain et l'animal.

L'on reste d'abord sans voix devant l'inimaginable et terrible mésaventure de cette femme : une épreuve atroce, à l'issue improbable, suivie d'un parcours médical à faire froid dans le dos, à la merci de la brutalité d'un petit hôpital russe d'un autre âge, mais aussi, très ironiquement, des failles des plus grands établissements de santé français. L'on devine ensuite la tornade qui a dû s'emparer du psychisme de cette survivante, l'énorme travail sur soi pour parvenir à passer le cap, concrétisé par ce livre posé, réfléchi, plein de la maturité et de la sagesse de qui a déjà vécu cent vies.

C'est avec toute son expérience d'anthropologue, son ouverture d'esprit et sa conscience de la complexité des êtres que l'auteur envisage l'enchaînement de faits qui l'ont menée à ce face-à-face avec un fauve. Sans jamais trancher, elle ouvre une à une des hypothèses issues de différentes cultures, explorant aussi bien la psychanalyse, le chamanisme ou l'animisme. Cela l'amène avant tout à mieux se connaître, à comprendre ce que cet ours lui a pris et lui a donné en échange. Cela finit par nous faire réfléchir à notre avenir d'humains sur une planète au bord de la ruine, où l'anthropologue met en lumière ce que nous sommes en train de perdre : les mythes anciens, l'harmonie avec la nature et l'équilibre entre les espèces vivantes, les espaces de liberté et de vie sauvage…

Cette méditation, au texte parfois exigeant et toujours lucide, se lit avec d'autant plus d'intérêt qu'elle accompagne le récit sincère et sans complaisance d'une authentique expérience de terrain, où transparaissent l'estime et l'amitié d'hommes et de femmes au mode de vie en voie de disparition, et en l'avenir desquels, pourtant, l'on aimerait bien pouvoir croire encore.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Litteraflure
  05 décembre 2019
Il n'eut pas été compliqué de donner un coup de griffe au roman de Nastassja Martin. « Croire aux fauves », c'est Sylvain Tesson qui tombe sur un ours, s'en sort miraculeusement, tel di Caprio dans le film « The revenant » puis se fait rafistoler les maxillaires à la Salpêtrière comme Philippe Lançon. Tout ça reste dans la famille Gallimard, et la caravane passe. Pour évoquer les bêtes sauvages, Tesson n'a pas son pareil - son dernier livre en témoigne. Quant au martyr d'une gueule cassée, « le lambeau » restera une oeuvre inégalée. Alors à quoi bon se coltiner un livre qui aborde des sujets traités avec maestria par d'autres auteurs ? Parce ce que la voix de Nastassja Martin est singulière, profonde, inoubliable. Je n'en reviens toujours pas. Ce récit m'a pris à la gorge dès les premières pages et ne m'a plus lâchée. Il y a quelque chose d'hypnotique et de viscéral dans ce livre, aux limites du surnaturel. La science ne parvient pas à expliquer certains mystères. L'ours croque Nastassjya au visage. Elle en ressort vivante mais persuadée que l'animal vit en elle depuis la morsure, qu'il fait corps avec son être (très beaux passages sur l'animisme). Défigurée, Nastassjya s'interroge sur son identité et sur sa place dans le monde. Son seul moyen de s'en sortir, c'est d'accepter la présence douloureuse de l'animal qui, quelque part au Kamtchatka, pense à elle en pansant sa blessure. Car la nature nous observe, elle nous a précédés. J'ai eu la chance de descendre le lac Baïkal, de rencontrer un chaman. Sans doute ce voyage m'a prédisposée à aimer ce livre qui, j'en suis certaine, vous touchera au coeur et à l'âme. Il ne vous reste plus qu'à vous faire une opinion.
Bilan : 🌹🌹
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Zakuro
  05 janvier 2020
J'ai rêvé du Kamtchatka et du seigneur des lieux, l'ours brun.
J'ai navigué entre les magnifiques photos de Vincent Munier dans son ouvrage "la vie sauvage aux confins du monde" et l'eblouissant récit de l'anthropologue Nastassja Martin sur le sens à donner de sa rencontre avec un ours qui l'a attaqué au visage.
De ce corps à corps sanglant, l'un et l'autre blessés, tous les deux emportant un bout de chair de l'autre, l 'anthropologue m'a guidée vers la voie de l'apaisement et de l'animisme.
En tant que lectrice, mon esprit flottait dans la brume des volcans et des lacs aux côtés des derniers chasseurs Evènes.
Le récit aux accents chamaniques profondément envoûtant est amplifié par la beauté sauvage de la péninsule russe.
C'est un très beau texte sur la reconstruction de soi, médicale et humaine. Une aventure exceptionnelle si elle n'était pas aussi dramatique auprès des derniers peuples chasseurs de rennes aux croyances marquées par l'esprit de l'ours.
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JIEMDE
  29 février 2020
Un livre fort, personnel, atypique, profond, intime...
C'est cette intimité que Nastassja Martin souhaite nous faire partager dans Croire aux fauves, partage public mais pudique de son parcours introspectif après son attaque par un ours dans le Kamtchatka en 2015. Attaque ou plutôt rencontre. Rencontre ou plutôt naissance. Naissance ou plutôt renaissance.
Car peu importe les faits, ce corps laissé à moitié mort par la bête, ce visage défiguré, ces multiples opérations réparatrices et ces nuits de douleurs à 9,9 sur une échelle de 10. L'anthropologue reprend le dessus sur la femme en souffrance et analyse l'accident sous un angle différent : par cette rencontre, une partie de son corps et de son âme est devenue ours, et Nastassja a besoin de retourner là-bas pour comprendre et vivre pleinement son nouvel état.
Ses amis évènes du Kamtchatka l'avaient déjà baptisée « mathuka », l'ourse ; la voilà désormais devenue « miedka », mi-femme, mi-ourse. Les frontières entre l'homme et l'animal s'estompent, les rêves décodent le réel et le retour en milieu naturel accomplit son oeuvre reconstructrice.
Une lecture parfois ardue et complexe, mais assurément belle, poétique et inspirante.
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critiques presse (5)
Actualitte   20 décembre 2019
Entre immersion dans les paysages sauvages et parcours hospitalier, l’autrice nous fait vivre une véritable expérience philosophique, elle dont le destin se trouve désormais lié à l’esprit de l’ours. Ce texte j’en suis ressortie impressionnée et pleine d’un immense respect, je ne peux que vous le recommander.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Liberation   05 décembre 2019
Attaquée par un ours en 2015 qui l’a mordue au visage, l’ethnologue Nastassja Martin est restée fascinée par cette étrange «rencontre». Elle en a tiré un récit à la fois savant et littéraire.
Lire la critique sur le site : Liberation
LaLibreBelgique   04 décembre 2019
Experte des populations arctiques et férue d’animisme, l’anthropologue française Nastassja Martin livre, dans Croire aux fauves, le récit de l’expérience qui a bouleversé sa vie : la rencontre, dans les montagnes du Kamtchatka (Extrême-Orient russe), avec un ours qui l’a défigurée.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   12 novembre 2019
Attaquée par un plantigrade aux confins de la Sibérie, Nastassja Martin en tire une réflexion sur la rencontre entre humain et non-humain. [...] En digne élève de Philippe Descola, elle explore les zones imprécises où l’humain et le non-humain dialoguent, mondes de l’animisme, du chamanisme, que la pensée rationnelle peine à cerner.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   22 octobre 2019
Experte des peuples et des cosmologies du Grand Nord, l’anthropologue Nastassja Martin raconte dans son livre “Croire aux fauves” sa rencontre avec un ours. Qui l’a laissée défigurée, et a ouvert la voie à une renaissance. [...] Croire aux fauves est le récit, intense, déroutant, de cette renaissance.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (71) Voir plus Ajouter une citation
MonidesMonides   28 juin 2020
Les jours s'étirent dans le froid, les nuits n'en finissent pas. L'air est givré, figé. Il est temps de partir, mais on tait l'imminence de ce départ. C'est comme ça en forêt ; on ne part jamais petit à petit, on ne se prépare pas, on fait comme si rien n'allait jamais changer jusqu'à ce que tout bascule d'un coup. C'est précisément cela, le qui-vive. Profiter de l'immobilité du corps jusqu'à ce qu'il faille bondir, toujours lorsqu'on s'y attend le moins. Il ne faut jamais parler du moment où l'on se séparera ; du moment où rien ne sera plus pareil. On vit ainsi consciemment dans l'illusion de l'éternité, parce qu'on sait pertinemment qu'en un instant tout ce que l'on a toujours connu se délitera, se recomposera, ici ou ailleurs, se métamorphosera et deviendra ce quelque chose insaisissable dont on ne pourra plus rien assumer. Cette potentialité terrifie tout le monde. Parce qu'elle est connue de tous en forêt et parce qu'on l'attend toujours au détour du chemin, on s'accorde silencieusement pour la taire. p.140
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MonidesMonides   28 juin 2020
Ma mère pleure mais sait, au fond, que c'est ma seule issue. Plus tard, la plupart de ses amies feront vaciller sa foi en lui resservant cette histoire de limites. J'ai rencontré l'ours parce que je n'ai pas su mettre de limites entre moi et l'extérieur ; je n'ai pas su mettre de limites parce que ma mère n'a jamais était capable de m’en mettre. Tu aurais dû être autoritaire pour une fois et dire non à ta fille. Tu devrais la cadrer. La raisonner. L'arrêter. La borner. Pauvre maman, pauvres amies. En vrai, je n'ai jamais aimé les normes ni le concordat et encore moins la bienséance. Mais ma petite mère, cette fois, je pars pour que tu comprennes qu'entre moi et l'ours, il y a autre chose qu'une histoire de frontière mal placée et de violence projetée. Ma mère tient bon, elle ne flanche pas ; ma mère réalise que sa fille est liée à une forêt et qu'elle va devoir y replonger pour finir de se guérir à l'intérieur. p.90
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MonidesMonides   28 juin 2020
Combien de psychologues me prendraient pour une folle, si je leur disais que je suis affectée par ce qui se passe hors de moi ? Que l'accélération du désastre me pétrifie ? Que j'ai l'impression de ne plus avoir prise sur rien ? Ah, voilà donc la raison qui vous pousse à vous accrocher aux montagnes ! Oui, et là où ça devient grave, c'est que même la montagne s'effondre. Faute de cohésion, à cause de la glace qui fond, faute à la canicule. Les prises cassent, les rochers tombent, voilà la réalité. Et les amis s'écrasent aux pieds des parois. Suis-je en train de filer une mauvaise métaphore d'alpiniste ? Je ne crois pas. Je ne peux pas la circonscrire exactement, mais j'ai une certitude : quelque chose résonne en moi, quelque chose qui fait mal et qui désoriente. p.122
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MonidesMonides   28 juin 2020
"Délivrer un peu le passé de sa répétition, voilà l'étrange tâche. Nous délivrer nous-mêmes - non de l'existence du passé - mais de son lien, voilà l'étrange et pauvre tâche. Dénouer un peu le lien de ce qui est passé, de ce qui s'est passé, de ce qui se passe, telle est la simple tâche." J'ai commencé à lire Pascal Quignard il y a dix ans, quand j'étais sur le terrain en Alaska. Disons que ce fragment n'avait pas encore pris tout son sens. p.120
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MonidesMonides   28 juin 2020
Ivan arrive, c'est sa spécialité, faire barrage à la mélancolie, il dit toujours : ici on vit, pas le temps de s'apitoyer. p.132
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