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EAN : 9782070410545
239 pages
Gallimard (14/09/1999)
3.9/5   234 notes
Résumé :
Comme le dit très justement le gendarme Poustacrouille, qui participa à la tuerie finale, «tendre la joue c'est bien joli», mais que faire quand on a en face de soi «des gens qui veulent tout détruire ?» On crache sur le pays, la famille, l'autorité, non mais des fois ! Quelle engeance, ces anars ! Et quelle idée aussi de croire qu'on va tout révolutionner en enlevant l'ambassadeur des États-Unis à Paris !
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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Renod
  05 juin 2016
Le roman débute par une gentille lettre du gendarme Poustacrouille à sa maman. Il lui raconte sa participation à l'assaut d'une ferme où s'étaient retranchés des anarchistes. Bon bah, la messe est dite, le lecteur sait d'emblée que la conjuration va s'achever en une « sanglante boucherie qui lève le coeur ».
Le groupuscule « Nada », un terme espagnol qui peut être traduit par « rien », comprend cinq pieds nickelés aux profils divers réunis par une même idéologie libertaire. Ils projettent d'enlever l'ambassadeur des Etats-Unis. L'homme est bien protégé mais il se rend chaque vendredi dans un club privé, c'est ainsi que l'on désigne un lupanar dans le très chic XVIème arrondissement. le groupe parvient à le kidnapper et à se retrancher dans une propriété isolée dans la campagne seine-et-marnaise. le commissaire Goémond est chargé personnellement de l'enquête par le Ministre de l'Intérieur. Tous les moyens seront bons pour mettre la main sur les ravisseurs….
Le roman publié en 1972 a un message politique marqué par le contexte des années de plomb qui ont vu l'Europe de l'Ouest secouée par des groupuscules ultra-violents. Pour Manchette, la lutte armée, quand elle est séparée de tout mouvement social offensif, est un « piège à cons ». L'Etat détourne ces actions pour alimenter « une stratégie de la tension ». En clair, le terrorisme révolutionnaire n'a d'autre résultat que de justifier et d'intensifier la répression des forces de l'ordre. Dans la note préliminaire au roman écrite en 1988, il considère que ce message est désormais caduc car il ne prend pas en compte la manipulation directe des mouvements révolutionnaires par les services de l'Etat.
La force de Manchette est de faire passer ce message fort dans un texte qui reprend les codes du roman noir. le récit est un concentré d'actions parfois proches du western. le final est tout simplement grandiose ! Les phrases courtes donnent un rythme nerveux à l'histoire. Les personnages qui oscillent entre le foutraque et le nihilisme sont atypiques et attachants. La conspiration est tout à la fois organisée et improvisée. Les motivations des terroristes sont floues et répondent plus à des errements personnels qu'à de véritables revendications politiques.
Un roman réussi tant sur la forme que sur le fond, ce qui n'est pas une surprise quand on connaît la maestria de Manchette. « Nada » est l'histoire de ces desperados qui se lancent dans la lutte armée avec désinvolture et qui vont être écrasés par une force bien plus cynique, celle de l'ordre public. N'oubliez que noir c'est noir, il n'y a jamais d'espoir.

*******************
A noter que l'on retrouve deux personnages de « l'Affaire N'Gustro » : le bourgeois Ventrée et le commissaire Goémond. Et Manchette domicilie le bordel rue « Robert-Soulat » du nom d'un éditeur de l'époque à la Série Noire...
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Pavlik
  21 mars 2021
"Nada", ou l'histoire d'un groupe d'anarchistes qui projettent d'enlever l'ambassadeur américain en France.
Un polar noir, comme seul sait en réaliser l'ami Manchette. Si les motivations des principaux protagonistes demeurent relativement obscures, comme souvent avec l'auteur, ce n'est pas le cas de celle de Jean-Patrick qui renvoie dos à dos violence (légitime ?) d'Etat et violence terroriste, "les deux mâchoires du même piège à con"..."L'Etat rêve d'une fin horrible et triomphale dans la mort, dans la guerre civile absolument généralisée entre les cohortes de flics et de mercenaires et les commandos du nihilisme. C'est le piège qui est tendu aux révoltés et je suis tombé dedans", se lamente Buenaventura Diaz à la fin de l'histoire, une balle logée dans le biceps
Pour le fond, on peut donc y voir un manifeste déguisé des convictions politiques de l'auteur. du moins, chacun se fera son avis...Pour la forme, c'est toujours aussi noir, tendu et teinté d'une ironie mordante où chacun (les flics, les politiques comme les anarchistes) en prend pour son grade.
A déguster en écoutant du jazz et en sirotant un Scotch...Je pense que Jean-Patrick n'y trouverait rien à redire.

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oblo
  20 mars 2022
Sur un lit, un homme, lunettes rondes et chemise bleue, est allongé. Il demande à un autre homme, chevelure poivre et sel, assis avec lui dans la même pièce, à voir son chef ; l'autre répond qu'ici, il n'y a pas de chef. L'homme en chemise bleue est l'ambassadeur des États-Unis en France, celui à la chevelure poivre et sel est un activiste politique d'extrême-gauche, et son ravisseur. Deux hommes se font face, sans fonctions ni idées, dans une fermette isolée de la Brie. Bientôt, le sang coulera, sans distinction de classe ou de nationalité. Bientôt le système avalera cette humanité. Adaptation du roman de Jean-Patrick Manchette, Nada est un roman graphique noir qui, dans le Paris du début des années 1970, évoque le terrorisme rouge et les méthodes de barbouzes d'une certaine police. Surtout, Nada questionne la légitimité de l'usage de la violence en politique, de quelque bord que l'on se trouve.
Le roman graphique s'appuie d'abord sur un travail graphique remarquable de Max Cabannes. Son dessin réaliste rend parfaitement tant les décors que les ambiances. le Paris des années 1970 est très bien reconstitué, des zincs des bistrots aux intérieurs plus ou moins coquets des appartements particuliers, des ministères ou des maisons de prostitution de luxe. Pluie et neige ajoutent à l'ambiance un côté tantôt crépusculaire, tantôt immaculé. Cabannes use aussi de traitements chromatiques différents sur la même planche, ce qui permet de mettre en valeur tel personnage ou telle action.
Le schéma de narration est relativement simple. Un groupe d'action, dénommé Nada, formé de six personnes, monte une opération pour enlever l'ambassadeur des États-Unis et en réclamer une rançon. Buenaventura Diaz est le cerveau de l'opération ; D'Arcy, instable et alcoolique, représente la violence aveugle ; Treuffais est un professeur de philosophie désabusé par le monde moderne et il est le pendant intellectuel non-violent de Diaz ; Véronique Cash, ancienne prostituée et vraie pasionaria du récit, tombe sous le charme d'Épaulard, contacté en tant qu'expert, et qui participa lui-même à des opérations au cours de la décennie précédente, pour lesquelles il a connu l'exil ; de Meyer, enfin, dont le couple bat sérieusement de l'aile, on ne sait presque rien, sinon qu'il est extrêmement jeune. L'opération est un demi succès, car si le rapt réussit, des policiers sont tués par le commando. Pour une action rapide, le directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur met sur la piste des ravisseurs le commissaire Goémond, aux méthodes illégales et expéditives. L'épilogue de l'histoire a lieu dans une ferme briarde dans un siège sanglant dont ne ressort vivant qu'un seul membre du commando. Un ultime face-à-face met aux prises Diaz et Goémond, symboles à eux seuls d'un activisme politique violent et d'un État prêt à tout pour ne pas être déstabilisé.
Dès le début du récit, une interrogation demeure sur l'utilité de la violence dans le combat politique. Treuffais, pour cette raison, est exclu de l'opération par Diaz. En réalité, par sa mise en scène et son omniprésence, la violence est discréditée par la narration, peu importe la raison - s'il y en a une - qui est invoquée. le contexte du terrorisme rouge est très prégnant à cette époque, que ce soit en Allemagne ou en Italie. La question se pose alors de savoir si la violence permet de faire avancer la cause, et si son influence auprès de l'opinion publique est davantage positive ou négative. Pour éviter les conflits idéologiques et rester dans l'interrogation philosophique, les auteurs évitent soigneusement de classer les personnages selon les branches de l'extrême-gauche (maoïsme, marxisme ...). Epaulard, par exemple, ne se réclame d'aucune d'entre elles, et s'agrège à l'action du groupe autant par désoeuvrement que par sympathie pour Diaz. Si la violence trouve une justification intellectuelle dans le combat idéologique de classe - l'ambassadeur, en sa qualité, représente le capitalisme américain -, elle est souvent immonde et injustifiable. Ainsi D'Arcy qui tue le policier avec sa fronde le fait par haine du flic, plutôt que par nécessité ou par obligation idéologique. de la même manière, et dans l'autre camp, l'assaut ultra violent de la ferme mené par Goémond est dirigé par la haine des gauchistes. Dans les deux cas la violence est aveugle - de la même façon, les coups de feu échangés avant la prise d'assaut de la ferme sont tout autant aveugles - et manifestement hors du droit. Quant à l'enseignement qu'en tire Diaz, il démontre bien la double inutilité de l'usage de la violence chez les militants d'extrême-gauche : non seulement elle représente une défaite sur le plan physique et moral (la mort des preneurs d'otage est approuvée par l'opinion publique, au lieu de diriger celle-ci vers l'acceptation du grand soir) mais elle justifie aussi l'existence d'un État coercitif dans sa fonction proclamée de protecteur du peuple. Une sorte de désespoir plane alors sur les sympathisants de Marx, Lénine ou Mao. En effet, la publicité de leurs arguments ne peut que passer par les canaux des médias nationaux qui, partie intégrante du système politique, dénigre ces mouvements.
Derrière le polar se cache une histoire politique. Nada signifie rien en espagnol, comme ce que ces hommes et ces femmes sont prêts à laisser à un État considéré comme un ennemi, comme la profession de foi d'un nihilisme qui rejette les valeurs bourgeoises et toute contrainte sociale. Nada, comme ce que dira Treuffais à Goémond malgré la torture, comme le degré de pitié dont peuvent faire preuve Goémond ou le directeur de cabinet vis-à-vis de leurs semblables. Nada, comme l'ultime manifeste d'une idéologie révolutionnaire et combattante qui échoue. Au moins la littérature et la bande-dessinée peuvent réhabiliter ces hommes et ces femmes, et en montrer l'humanité, ses faiblesses d'exécution et sa force de croyance en un avenir meilleur.
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Kickou
  13 décembre 2018
Les amateurs de polars sociaux 70's, sombres et violents, vont être servis avec cette adaptation en B.D. du roman de J.P. Manchette. Résumé : Une bande d'extrémistes de gauche, anarchistes, maoïstes, ...ist-érique - Ils ne le savent plus eux-mêmes -, enlèvent l'ambassadeur des E.U. en France pour demander une rançon et passer leurs slogans sur les ondes. Avant même l'opération, ça merde grave ; l'un d'eux lâche l'affaire (le prof. de philo enragé), puis l'enlèvement dans un lupanar parigot fait deux morts. Dans une atmosphère hivernale, ils parviennent à s'enfuir et séquestrent le ricain dans une fermette non-loin de la région parisienne. Mais un flic encore plus acharné qu'eux, leur file le train, Manchette cible là les sales petits secrets des polices occultes de l'époque (SDECE & SAC). Inéluctablement l'histoire se termine dans la nuit, la fureur et le sang. A la fin ... Nada ! Les dessins de Cabanes, leurs couleurs et notamment les lumières, sont impecs. Seul bémol, les lettrages des bulles sont trop serrés pour une lecture fluide, dommage. Allez, salut.
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monromannoir
  04 septembre 2020
Entre les éditions originales, les réimpressions, les rééditions dans d'autres collections, les recueils et les adaptations BD, on ne compte plus le nombre d'illustrations ou photos qui ont orné les romans de Jean-Patrick Manchette. Il faut bien l'avouer beaucoup d'entre elles sont assez médiocres à l'exception des adaptations BD et plus particulièrement la couverture du dessinateur Max Cabanes pour Nada qu'il a adapté avec Doug Headline qui n'est autre que le fils de Jean-Patrick Manchette. On y voit cette femme, les yeux fermés, exhalant la fumée de la cigarette qu'elle tient entre ses doigts. Il s'agit de Veronique Cash l'une des membres d'un groupuscule d'extrême-gauche composé d'amateurs qui s'est mis en tête de kidnapper l'ambassadeur des Etats-Unis, stationné à Paris. On y perçoit ce qui fait la quintessence de l'oeuvre de Manchette que sont l'élégance, la désinvolture, la séduction et le danger omniprésent qui précède les éclats de violence marquant ce récit politique d'un auteur résolument engagé à une époque où les groupuscules révolutionnaires sévissaient dans le contexte des années de plomb.
On ne s'est pas encore vraiment remis des lendemains désenchantés de mai 68 et l'heure est à la lutte armée comme le décrète ces six paumés composant le groupe Nada qui ne trouvent rien de mieux que d'enlever l'ambassadeur des Etats-Unis en goguette dans une maison close de Paris. Contre toute attente, les révolutionnaires amateurs parviennent à leur fin, même si l'opération tourne au vinaigre avec une fusillade laissant plusieurs membres des forces de l'ordre sur le carreau. Désormais sur la sellette, le ministre de l'intérieur est bien décidé à neutraliser les membres du groupuscule et laisse donc carte blanche au commissaire Goémond pour faire le ménage. Un nettoyage définitif qui va virer au carnage au bout duquel il ne restera "nada".
Publié en 1972, Nada s'inscrit dans le contexte particulier de la stratégie de la tension qui sévissait dans toute l'Europe et plus particulièrement en Italie et en Allemagne avec des mouvements d'extrême gauche entrés dans la clandestinité afin d'entamer une lutte armée à l'instar de la Fraction armée rouge ou des Brigade rouges. "Le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoique que leurs mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires du même piège à con.» fait partie de ces phrases cinglantes qui caractérisent le style de Manchette en résumant parfaitement le thème abordé dans un roman qui met en scène un groupe d'amateurs se lançant dans un projet d'enlèvement d'un diplomate américain sans que l'on ne connaisse la raison de leurs actes. On découvre ainsi six individus aux profils différents, plutôt pathétiques qui s'engouffrent dans un cycle de violence qui prend de plus en plus d'ampleur à la mesure de la réponse des institutions étatiques et des forces de police qui répliquent dans un déferlement de violence qui dépasse l'ensemble des protagonistes.
Dans cette excellente adaptation du roman, il faut saluer l'énergie du trait de Cabanes qui restitue parfaitement cette période dynamique des années 70 et plus particulièrement les fusillades qui jalonnent le récit. On reste particulièrement fasciné par la prise d'assaut des forces de l'ordre qui encerclent le corps de ferme dans lequel s'est réfugié le groupe Nada. Une mise en image sublime de cette escalade de la violence qui devient incontrôlable avec la confrontation entre Véronique Cash et le commissaire Goémond qui vire à l'exécution pure et simple en nous donnant une idée de cette raison d'état qui autoriserait les pires exactions. Trench coat pour André Epaulard, gilet de berger pour Buenaventura Diaz, pantalon "patte d'éph" pour Véronique Cash, on apprécie le look des séventies des personnages ainsi que les voitures de l'époque que Cabanes restitue avec cette précision qui rend hommage aux descriptions très méticuleuses sur lesquels s'attardaient Manchette, notamment pour ce qui à trait aux véhicules et aux armes utilisés par les protagonistes du récit.
Incarnation du schéma béhavioriste, cher à l'auteur, Nada est une superbe adaptation d'un récit cinglant qui s'inscrit dans l'air du temps d'une époque tragique où la violence devient l'unique échappatoire d'un groupuscule qui n'est plus en mesure de contrôler les conséquences des actes qu'ils ont déclenchés. Un album somptueux.
Max Cabanes/Jean-Patrick Manchette : Nada. Dupuis/Aire Libre 2018.
A lire en écoutant : Route 66 : Chuck Berry. Album : Blues. 2003 Geffen Records.
Lien : https://monromannoiretbiense..
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critiques presse (5)
BoDoi   18 décembre 2018
Cabanes peut tout dessiner, de son trait charnel et pourtant enlevé, et donne en plus l’impression de le faire sans effort. On pourrait traquer les scories, couper les cheveux en quatre. Non. Autant abdiquer : on touche ici à la perfection. Nada est à couper le souffle.
Lire la critique sur le site : BoDoi
BDGest   23 octobre 2018
Des personnages complexes, une reconstitution convaincante du Paris des années 1970 et un polar très agréable.
Lire la critique sur le site : BDGest
Sceneario   22 octobre 2018
Alors peut-être qu'en effet Nada reste un polar très série noire, avec tout ces codes et ces gars infréquentables, toutefois, personne n'est ici rachetable, tous sont perdus d'avance et cette atmosphère qui en ressort est un pur délice de lecture. Je vous ai prévenu ! Très recommandé, bien sur !
Lire la critique sur le site : Sceneario
BDZoom   08 octobre 2018
Après « La Princesse de sang » et « Fatale », le remarquable auteur de « Dans les villages » récidive [...] en adaptant, sur 184 superbes pages, ce classique du néo-polar qu’est « Nada » de Jean-Patrick Manchette, aux éditions Dupuis, dans la collection Aire libre…
Lire la critique sur le site : BDZoom
BDGest   19 septembre 2018
Chef-d'oeuvre du néo-polar écrit en 1972 par Jean-Patrick Manchette, puis adapté au cinéma par Claude Chabrol, « Nada » dessine les trajectoires écorchées d'une poignée de desperados révoltés. Un roman noir magnifiquement adapté en bande dessinée par Max Cabanes et Doug Headline, qui en restituent tout l'amer désespoir.
Lire la critique sur le site : BDGest
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
RenodRenod   05 juin 2016
— T’es une drôle de fille, dit Épaulard.
— Et toi, tu es un vieux con, déclara Cash. Je t’ai attendu pendant une heure cette nuit, dans ma chambre, figure-toi. Pourquoi est-ce que tu n’es pas venu ?
Épaulard s’étrangla avec son pain beurré, histoire de gagner du temps.
— À vrai dire, fit-il, l’idée m’était venue…
— J’espère bien ! cria Cash.
— Mais, poursuivit Épaulard, j’hésitais… Enfin je me posais la question. Et… et pendant que je me posais la question, eh bien merde, quoi, je me suis endormi.
Il regarda Cash qui luttait contre le fou rire.
— Je suis désolé, ajouta-t-il.
— Quel homme viril ! s’exclama la fille. Il s’endort en se posant la question, et il est désolé. C’est ridicule. Tu as envie de faire l’amour avec moi, oui ?
— Oui.
— Bon. Ce soir. Bois ton café.
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RenodRenod   04 juin 2016
- On peut savoir pourquoi vous marchez dans une combine comme celle dont il est question ?
Cash eut une moue ironique.
- Je suis pour l’harmonie universelle, dit-elle, et pour la fin du pitoyable État civilisé. Sous mon apparence froide et apprêtée se cachent et bouillonnent les flammes de la haine la plus brûlante à l’égard du capitalisme technobureaucratique qu’a le con en forme d’urne et la gueule en forme de bite. Dois-je continuer ?
Épaulard la regardait, l’œil rond.
- T’esquinte pas, camarade, dit Buenaventura. C’est la grande incompréhensible, cette morue.
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doublepagedoublepage   15 février 2016
Treuffais était dans un état semi-comateux. Un des officier de police lui donnait sans conviction des coups de pied. L'autre fouillait l'appartement. Assis dans le fauteuil du père, Goèmond considérait avec agacement son prisonnier couché par terre et qui ne réagissait plus au coups. Il se leva et passa dans la cuisine, rejoignant celui de ses subordonnés qui achevait une perquisition sommaire.
- il ne dit toujours rien? demanda l'homme. Goèmond secoua la tête.
- Vous avez essayé de lui tordre les couilles?
- Ce serait torturer dit Goèmond. Chez nous on ne torture pas.
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PavlikPavlik   30 janvier 2021
Sérieusement, petite Maman, tu voudrais d'un pays sans police ? [...] Tu voudrais que sur notre bien péniblement amassé se ruent niveleurs et partageux dans une orgie de destruction ? Je ne dis pas qu'il n'y a pas une majorité de bonne gens au bourg mais toutefois, rien que dans notre paisible communauté rurale, s'il n'était pas su qu'il y a une police et prête à tirer au besoin, j'en vois déjà qui n'hésiteraient pas, sans parler des romanichels.
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Charybde2Charybde2   06 mai 2017
Buenaventura prit sur le bureau un bloc et un crayon et griffonna.
– Au fait, demanda-t-il, qu’est-ce que c’est que cette connerie de conseil juridique ?
– Un coup qui a foiré, dit Epaulard. On avait accroché un pigeon sur l’histoire classique de se récupérer le trésor de guerre du F.L.N., le pognon que Khider a étouffé. J’avais besoin d’une surface. Total, mon partenaire s’est fait repasser en Allemagne par des Turcs, l’autre semaine, et le pigeon s’est fait la malle. Je me retrouve avec le bureau payé jusqu’à la fin du mois, et une Cadillac 1956, et mes yeux pour mater.
Buenaventura ricana brièvement et se versa une autre vodka.
– En tant qu’expert, dit-il, on pourrait t’appointer.
– Avec la rançon de l’ambassadeur, j’imagine ?
– Exact.
– Vous la toucherez jamais.
– Qu’en sais-tu ? Viens ce soir.
– Non.
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Vidéo de Jean-Patrick Manchette
Gilles Magniont présente "les Lettres du mauvais temps : correspondance 1977-1995" de Jean-Patrick Manchette aux éditions La Table ronde.
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