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EAN : 9782070408184
224 pages
Gallimard (14/04/1999)
3.72/5   117 notes
Résumé :
Une vraie tête à claques, ce Butron. Méchant, prétentieux, naïf, paranoïaque et sadique sur les bords, il voulait tout et tout de suite et se prenait pour un dur. Il se mêla de politique et de complots, pour la rigolade, l'argent, la gloire, et N'Gustro, un leader du Tiers Monde, paya les pots cassés. Butron, floué par les puissants, les barbouzes, les politicards, n'avait aucune chance de s'en tirer. Il ne s'en tira pas.
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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sur 117 notes
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Renod
  01 juin 2016
Dans une propriété de la Région parisienne, le Maréchal Oufiri, chef de l'armée du Zimbabwin, un État imaginaire du continent africain, se délasse sur un divan. Sa nuit d'insomnie s'étire. Dans une chambre à l'étage, le colonel Jumbo, chef des services secrets du même Etat, besogne une jeune femme tandis que N'Gustro, un opposant politique est pendu par les pieds dans la cave. le Maréchal écoute une bande magnétique enregistrée un peu plus tôt par Henri Butron, un homme qui vient d'être assassiné par ses nervis.
Butron revient au cours de l'enregistrement sur son parcours personnel et sur l'affaire N'Gustro. Il a grandi à Rouen au sein d'une famille bourgeoise mais il s'est très vite rebellé. Il emprunte des voitures pour faire des virées jusqu'au jour où il tombe nez-à-nez avec un propriétaire mécontent auquel il fracture le crâne. L'affaire est étouffée mais pour rentrer dans le rang, il doit s'engager dans l'Armée. Destination l'Algérie ! Blessé au cours d'un exercice, il revient en Normandie avec son lot d'histoires glorieuses, la plupart inventées, et se met à fréquenter les milieux d'extrême-droite. Peu après, il ouvre le feu sur des policiers venus l'arrêter. Direction le centre pénitentiaire. Amnistié, il retourne au domicile d'Anne, une militante communiste avec qui il a entretenu une relation mais il la surprend avec deux visiteurs. le salon de la jeune-femme est rempli de caisses d'armes. Butron offre son aide aux deux hommes pour expédier ces caisses vers le Zimbabwin, plongé en pleine guerre civile après la décolonisation. Voilà Butron pris dans un engrenage qui va rapidement le dépasser et se jouer de lui.
Le roman est directement inspiré de l'affaire Ben Barka et en reprend les circonstances. Un opposant enlevé à Paris par des policiers, l'implication d'un haut dignitaire étranger, la collaboration d'un journaliste et d'un réalisateur de cinéma, la coopération de barbouzes et de malfrats français, etc.
Le récit se fait en deux temps, avec d'une part les chapitres consacrés à Oufiri et Jumbo au cours de la longue nuit qui précède leur retour au pays et d'autre part, l'écoute par étapes de l'enregistrement de Butron qui fait un exposé chronologique des événements marquants qui l'ont conduit à participer à l'affaire. Butron s'est engagé dans la violence politique moins par conviction que par goût de l'aventure et pour échapper à son quotidien. Il est dépourvu d'idéal ou de maître à penser et n'hésite pas à fréquenter des gauchistes. Il impressionne par sa violence et sa cruauté. Mais quand le jeu va se durcir, il va se faire duper par un agent double ou, plus tard, se jeter dans une manipulation la tête la première.
Dans ce roman noir, les salauds sont pathétiques et les idéalistes finissent le visage en sang ; seuls les plus cyniques s'en sortent vainqueurs. La fiction est si proche de la réalité…
Le récit est d'une construction aboutie qui mêle le parcours erratique d'un insoumis aux considérations cyniques et meurtrières de barbouzes. le récit est servi par un style travaillé et incisif. le langage qui comprend des mots d'argot est percutant et donne un rythme nerveux au récit.
Peu de surprises dans ce roman mais il ne fallait pas en attendre plus d'un roman s'inspirant d'un fait divers célèbre. Il n'en reste pas moins original dans son traitement et agréable à lire. Voilà un polar riche en sens et en style. Si le contexte politique a changé, l'esthétique de Manchette, elle, a conservé toute sa puissance. Et la vérité n'a toujours pas été faite sur la disparition de Ben Barka...
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Opuscules
  10 août 2020
Bel hommage à Jean-Patrick Manchette, décédé il y a vingt-cinq ans, que de rééditer L'affaire N'Gustro. L'écrivain, devenu culte pour les amateurs de romans noirs, s'est forgé au fil du temps une réputation de mastodonte du genre. Il s'est fait l'instigateur d'un autre polar, politique et sociétal. L'affaire N'Gustro, directement inspirée de l'enlèvement de Ben Barka en 1965, n'échappe pas à la règle, au contraire. Servi par un protagoniste ahuri, fasciste et détestable, ce grand roman se dévore d'une traite, et laisse dans la bouche de son lecteur ébouriffé un étrange goût de reviens-y.
Manchette débarque sur la scène littéraire en 1971 et L'affaire N'Gustro est son deuxième texte publié dans la Série Noire. D'un coup de pied tonitruant, le jeune écrivain envoie bourlinguer au diable la fourmilière ordonnée du roman policier bon-enfant. Il apporte avec lui un nouveau genre de polar, un polar qui se veut noir et rouge ; noir comme les tréfonds de la vie politique, rouge à forte tendance internationale. Ce registre inédit en France lui est directement inspiré par les auteurs d'outre-Atlantique, fers de lance du roman noir : Raymond Chandler ou William Burnett, entre autres. Intrinsèquement sociétaux, les textes de Jean-Patrick Manchette sont ancrés dans une réalité politique trouble, et sont servis par un style trépidant, à cent à l'heure.
Henri Burton est un crétin. Un imbécile oisif porté sur l'extrême-droite sans conviction, un vaurien prétentieux, une petite frappe du dimanche. En 1960, tout jeune lycéen déjà, le goût du vice est chez lui irrépressible. le malotru trouve ainsi la grande idée de piquer une jolie Fiat, se faisant mousser pour draguer la galerie, sans être suffisamment malin pour esquiver le propriétaire du véhicule. En désespoir de cause, Burton lui fend le crâne, et, pour étouffer l'affaire, le voyou est parachuté en Algérie. Commence ainsi le parcours anecdotique d'un imbécile en vadrouille. Mythomane averti, Burton s'invente un passé de tortionnaire, puis fricote avec l'OAS, avant de se retrouver au trou pour dix piges. Finalement gracié, il reprend ses bas larcins, et devient trafiquant d'armes par opportunisme. Grand bien lui fasse, puisque Burton est finalement suicidé par le chef de l'armée d'un état imaginaire, le Zimbawin, après avoir, un peu malgré lui, joué un rôle dans la guerre civile qui a secoué le pays. le Maréchal en question se repasse au cours d'une nuit insomniaque les tristes mémoires d'Henri Burton, protagoniste gerbatoire du roman qui nous occupe.

Le style Manchette tape comme un revers du gauche. Il a les mots uppercut, la langue foudroyante, la syntaxe assassine. Il réussit l'exploit difficile de retranscrire avec la même exactitude les conflits politiques qui agitent l'époque et la psychologie ectoplasmique de son personnage. le récit est lancé à cent à l'heure, les évènements s'enchaînent à un rythme effréné et magistralement maîtrisé. La langue est riche sans être prétentieuse, elle est acérée et enflammée, unique. Dans l'univers sombre de Manchette, les barbouzes défouraillent à tout-va, les mots claquent et le lecteur jubile. L'affaire N'Gustro est un roman jouissif, à lire expressément. 
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michdesol
  22 août 2020
Cette « affaire » est manifestement inspirée de l'affaire Ben Barka : un leader tiers-mondiste africain en opposition à son gouvernement est enlevé par une bande de malfrats. L'auteur alterne habilement la confession du narrateur, qui finira mal, et l'action des commanditaires africains de l'enlèvement. Butron, le narrateur, un raté issu d'une famille aisée, ébloui par le « beau monde », se trouve embarqué à ses dépends dans cette affaire sordide. L'auteur en profite pour nous faire le tableau de certains milieux d'extrême-gauche, de bobos de l'époque que l'on n'appelait pas encore les bobos, et, à peine suggéré, celui des derniers barbouzes issus de l'époque gaulliste, ainsi du monde politique africain à peine naissant
Voilà un polar à la française, bien noir, ironique et narquois, qui date de 1971 et qui pourtant n'a pas pris une ride.
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dunoirdupolar
  23 juillet 2014
Connaissez-vous cette expression : coup de tête, balayette, manchette ?
"L'Affaire N'Gustro" a été publié pour la première fois en 1971. Ce premier roman de J.P. Manchette marqua le renouveau du polar français. L'auteur redonna ses lettres de noblesse à ce genre littéraire en plaçant la critique sociale au centre de ses histoires. L'Affaire N'Gustro fut inspiré par l'enlèvement de Ben Barka, leader de l'opposition marocaine, survenu à Paris en 1965.
Hervé Butron était encore un lycéen le jour où il emprunta une Fiat 1100 pour emmener en virée sa gonzesse et une copine à elle. de retour de son périple, il tomba nez à nez avec le propriétaire de la voiture et leur entrevue se ponctua par une fracture de la mâchoire de ce dernier. de justesse, Butron évita la prison grâce à son père, docteur à Rouen, et fut incorporé en Algérie à Oran.
Revenu de sa pénitence, Butron s'inventa un passé de tortionnaire pour impressionner son monde. Dans le même temps, il intégra un groupe d'extrême droite et participa à des expéditions punitives sous le sigle de l'OAS. Cela ne l'empêcha pas de fricoter avec une partisane d'extrême gauche, Anne Gouin, car dans le fond, Butron s'en tapait pas mal de la politique.
Recherché par la police suite à un attentat à la grenade, Butron tira sur les policiers venus l'épingler. Cette fois, il prit dix ans de ballon. Gracié en 1965, il toucha à sa sortie l'héritage de son défunt père, puis reprit contact avec Anne Gouin ainsi qu'avec la mère de celle-ci, Jacquie. Par le biais d'Anne et du hasard, il fit connaissance avec des opposants à la République du Zimbabwe. Butron, désireux de se faire du fric leur vendit des armes, et finit par être l'acteur d'un complot, involontairement et par simple niaiserie...
J.P. Manchette qualifiait ses livres de "néo-polar", un genre axé sur la situation politique et sociale du moment. Aujourd'hui, nous pourrions les désigner comme "polar historique". Dans L'Affaire N'Gustro, nous nous trouvons dans la France de de Gaulle : celle des barbouzes, de l'OAS, de la guerre d'Algérie. Une France où s'affrontaient physiquement l'extrême gauche et l'extrême droite, où la décolonisation amenait des luttes de pouvoir, aidées en sous-mains par les politiques français qui visaient à défendre leurs intérêts dans des pays fraîchement indépendants.
Le style de Manchette peut surprendre au début, mais après un petit temps d'adaptation on s'y fait facilement. L'histoire qui semble décousue au premier abord, finit par prendre tout son sens, et dans le même temps, le défilement des pages s'accélère.
YB.

Lien : http://dunoirdupolar.blogspo..
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rasibus
  19 juillet 2020
"C'est un livre abominable. Il n'y apparait que la vilenie des gens. J'espère que je vais faire bruyamment vomir quelques critiques, c'est bon pour la gloire." écrivait (quelque peu provocateur) Jean-Patrick Manchette dans son Journal à la date du 30 avril 1971. Il nous offre en réalité un superbe et saisissant portrait de la France des années 60 en transposant l'affaire Ben Barka (leader tiers-mondiste enlevé avec la complicité de policiers français) dans son roman. En prime, le style inimitable de Manchette, faisant de lui mieux qu'un auteur de roman noir, un écrivain, tout simplement.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
RenodRenod   31 mai 2016
Moi je suis fasciné, je le dis. Tout ce que la civilisation a produit. C'est impressionnant de richesse, et par contrecoup, la pauvreté de l'existence est impressionnante aussi. Quand je parle de pauvreté de l'existence, je ne parle pas des marchandises. J'ai tout ce que je veux, moi par exemple, (...) ou du moins, j'ai ce qu'il me faut (...). Par pauvreté de l'existence, je veux dire le point auquel on s'emmerde. C'est extraordinaire, le point où on s’emmerde.
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SauveterreSauveterre   06 février 2017
Elle se lance dans une grande harangue sur la nécessité que la culture soit vivante ou je ne sais quoi.
- Elle est morte ! je fais.
- Elle vit de la vie de ceux qui la font chaque jour renaître.
- C'est bien ce que je dis.
- Admets que tu te mettrais à écrire, dit Anne. Tu recrées tout ce qui t'entoure en le filtrant dans le prisme de ta subjectivité.
- Ça fait rien de vivant, ça, je dis, ça fait juste du pognon.
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RenodRenod   31 mai 2016
La vie est absurde. Nous n'avons qu'une parcelle dérisoire du temps, au regard de l'éternité ; aussi ne nous sacrifions pour rien, aimons les bonnes choses. La nourriture et le Beaujolais.
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robertkonigrobertkonig   04 novembre 2020
Un moment j'avais cru qu'il pouvait exister quelque chose comme l'idée de Nation qui soit aussi réel qu'un objet, mais j'avais tort. J'avais pas bien regardé cette petite fourmilière puante qu'est la Terre. Il y a des frontières, certes, mais elles ne servent qu'à faire gagner de l'argent aux dirigeants, parce qu'ils s'opposent toujours entre eux pour rire, et ils opposent l'intérieur et l'extérieur, et l'extérieur, c'est le Mal; ils induisent donc tout le monde de l'intérieur à s'unir derrière eux contre le Mal. C'est comme ça qu'ils restent au pouvoir, les boeufs.
P. 67
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michdesolmichdesol   22 août 2020
J'aime l'appartement de Jacquie. Il y a des meubles modernes et des vieilles choses campagnardes mélangées. C'est harmonieux. C'est pas comme chez moi, tout Henri II et compagnie, avec des patins. Là, il y a des trucs exotiques, et tout s'intègre. Vous avez un lézard des sables empaillé, cadeau d'un fellhaga, il semble se trouver comme chez lui, posé sur le couvercle d'un moulin normand à grains, lequel révèle, si on l'ouvre, des livres de Léon Trotsky, reliés en veau. Et il y a beaucoup de bon café.
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Videos de Jean-Patrick Manchette (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Patrick Manchette
Gilles Magniont présente "les Lettres du mauvais temps : correspondance 1977-1995" de Jean-Patrick Manchette aux éditions La Table ronde.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2406445/jean-patrick-manchette-lettres-du-mauvais-temps-correspondance-1977-1995
Note de musique : Youtube Audio Library
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