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EAN : 9782707189578
326 pages
La Découverte (28/04/2016)
4.7/5   10 notes
Résumé :
C'est l'hiver et la température avoisine les moins quarante degrés. Les yeux levés vers les aurores boréales qui animent le ciel arctique, nous écoutons. Le chasseur commence à siffler dans leur direction. C'est un son continu, aigu mais contenu, qui résonne dans le silence de la nuit polaire. Qui appelles-tu ? Elles, les aurores, et ceux qui transitent avec elles, les esprits des disparus, des hommes, des animaux, des plantes, qui courent sur un ciel glacial dans l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Flodopas78
  09 décembre 2020
L'anthropologue Nastassja Martin a séjourné deux ans en Alaska pour écrire sa thèse sur les Gwich'in, dernière société alaskienne à avoir été touchée par l'Occident. A partir de cette expérience liminaire, elle écrit Les Ames sauvages, comme une parenthèse que l'on referme sur une tâche menée à son terme. C'est en partageant l'existence des Gwich'in et en recueillant avec patience et bienveillance leurs paroles, que Nastassja Martin est parvenue à saisir l'âme d'un peuple qui, confronté dans son quotidien aux ravages de la modernité, s'évertue malgré tout à rester en contact avec un environnement dont il tire sa subsistance par la chasse et la cueillette depuis des centaines d'années. C'est en créant des relations avec les personnes non-humaines (animaux et arbres) auxquelles les Gwich'in attribuent une âme commune, une « intériorité partagée » que ceux-ci ont réussi à survivre dans un milieu hostile à l'homme. Ces relations primordiales se donnent à voir dans les nombreuses histoires que les indigènes se transmettent de génération en génération comme ciment identitaire et pour préserver ces liens menacés par la confrontation à l'Occident.
Non seulement, ce livre nous plonge au coeur d'une culture totalement étrangère à notre façon de vivre mais il nous confronte également à notre responsabilité d'Occidentaux dans la destruction des derniers espaces sauvages de la planète par l'exploitation des ressources et l'accaparement des terres indigènes, sans oublier les effets du réchauffement climatique qui se font déjà cruellement ressentir. Quelles leçons sommes-nous prêts à tirer de leur expérience de vie en lien avec la nature, pour un avenir partagé, où chaque existant serait reconnu dans toute sa singularité ?
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Marie987654321
  26 mai 2019
Nastassja Martin, jeune ethnologue débutante a trouvé son terrain d'étude dans le lointain et glacial Alaska auprès de la population Gwich'in, un peuple de chasseurs cueilleurs de la taïga subarctique, en ces temps de bouleversements climatiques. Ceux-ci sont bien plus perceptibles là-bas car ils perturbent fortement la vie Alaskane et le cycle de retour des animaux sur lequel se fonde leur culture.
Pourtant il ne s'agit pas là de larmoyer ou de déplorer. Elle nous parle d'un peuple contemporain qui n'ignore pas que les causes des perturbations de son environnement se trouvent dans le mode de vie des occidentaux. Nastassja Martin nous fait comprendre leur vision du monde et leur façon de s'y inscrire au présent. Un chapitre très intéressant est consacré à leurs interactions et leurs incompréhensions avec les écologistes. Alors que pour les écologistes l'environnement en général et l'Alaska en particulier sont des sanctuaires de "wilderness" à protéger (contre l'exploitation capitaliste), mais auxquels les hommes (y compris les Gwich'in) sont extérieurs; qu'ils ne doivent pas déranger et en même temps un domaine à gérer pour que le "sauvage" s'y épanouisse. Pleins de bonne volonté et pour améliorer les conditions de vie et préserver l'environnement, des responsables de la protection de l'environnement envisagent de faire cultiver des patates aux Gwich'in et rachètent des terres pour qu'elles soient intégrées à la zone de préservation. Pour les Gwich'ins, il s'agit un monde à vivre ( et pas à contempler) qui n'existe que par les relations étroites entre les humains et les non humains. Chacun y trouve sa subsistance et son identité dans le respect qui n'exclut pas la prédation et la mort violente d'un des protagonistes. Dans l'univers Gwich'in, le non humain ne se donne en proie qu'à celui qui a su respecter les règles et bien se conduire, être à l'écoute. On ne gère pas les caribous qui sont des individus avec leur libre arbitre : ce serait leur manquer de respect et briser la relation. On ne cultive pas davantage des patates. Pour autant les Gwich'ins savent utiliser le langage des écologistes pour défendre leur territoire contre les projets d'exploitation minière ou pétrolière.
Après cette entrée en matière et après avoir fait le récit de l'époque du contact et de l'arrivée des missionnaires, prélude aux relations actuelles avec les autorités américaines, l'auteure va chercher au delà du discours et du visage présentés aux autorités américaines. Elle se plonge ce qu'elle appelle " l'entremonde", les zones obscures qui se déploient entre l'humain et le non humain .. les âmes sauvages qui sont extérieures aux hommes, qu'ils ne contrôlent pas mais qui vivent en relation avec eux. Cette partie est plus difficile à relater mais elle nous montre la richesse d'un autre regard sur l'environnement et les animaux.
Nastassja Martin offre un récit éblouissant de sa rencontre d'ethnologue et nous offre une rencontre avec ces hommes et ces femmes du Grand Nord en train, non pas de préserver un monde ancien, mais de construire un monde à leur façon particulière au milieu de bouleversements qui les dépassent.
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Kiarrr
  26 avril 2020
Les âmes sauvages est la traduction "grand public" de la thèse de Nastassja Martin, anthropologue qui débarque en 2011 en Alaska, à Fort Yukon, à quelques 13 km du cercle arctique pour étudier les indiens Gwich'in. Comme toute bonne anthropologue, elle va laisser sa problématique évoluer au contact du terrain et finira par étudier sous toutes les facettes le triptyque autochtones-Occident-environnement. Il faut dire que cette région s'y prête particulièrement bien, elle qui concentre tous les enjeux du 21e siècle, qu'ils soient climatiques, économiques ou écologiques.
Sans misérabilisme, ni dualisme, et avec un effort de plume fort remarquable et appréciable quand on pense qu'il s'agit d'un compte-rendu scientifique, elle rend compte avec humilité du mode de vie et de pensée Gwich'in.
Le sujet qui m'a personnellement le plus marquée ? L'analyse écologique, où elle montre avec dextérité que, lorsque les Blancs parlent d'écologie, ils s'adressent aux Blancs, pas aux Gwich'in et moins encore à l'ensemble des êtres vivants. Bref, en faisant le détour par les Gwich'in, non seulement on s'ouvre à une autre façon de "faire monde", mais on se rend compte comment deux collectifs - les Occidentaux et les autochtones - ne parlent pas du tout de la même chose lorsqu'ils se réfèrent à l'environnement, d'où l'incompréhension latente. Et c'est bien là la force de l'anthropologie: offrir des perspectives. Défi rélévé haut la main par Nastassja Martin.
Lien : https://bloglitterature.wixs..
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   10 juillet 2017
Le constat est le suivant : on ne voit rien, mais on apprend par accident que, premièrement, le sol est tapissé de pièges et que, deuxièmement, la menace s'applique à tout être qui ne sait pas "où il met les pieds", comme moi cette nuit-là. On ne voit rein, mais pourtant tout est là, et c'est l'attention qui n'est pas éduquée à chercher ce qui est caché, non ce qui se donne à voir d'emblée au regard. "C'est la guerre" signifie qu'une tension infuse le milieu en entier et que c'est elle qui noue les relations entre les êtres. Tous s'évitent, se cherchent, se poursuivent, se fuient. Tous doivent se positionner judicieusement pour échapper à l'autre ou l'attraper, élaborer des tactiques, des manoeuvres, des ruses, et toujours avancer masqués. Cette invisibilité des animaux est en elle-même le signe de ce qui existe, là sous le paysage. La dissimulation des animaux est donc la première clé pour recontacter un univers où ces derniers ne sont justement pas construits à l'image de ce que les hommes attendent d'eux, puisqu'ils les fuient, puisqu'ils sont maîtres de leur propre trajectoire, puisque les hommes n'ont de cesse de tenter de les intercepter. L'invisibilité, la dissimulation, le fait que tous se dérobent au regard et, in fine, leur absence sont les prémisses absolument nécessaires à toute relation incarnée dans le subarctique alaskien, à la possibilité de la chasse, puisque, justement, les animaux "ne se donnent pas" immédiatement aux hommes, mais se dérobent. C'est bien parce qu'ils se dérobent qu'on les traque ; parce qu'ils ne sont pas là qu'on les cherche.
C'est aussi cette opacité qui sauve les indigènes de la stabilité que voudraient leur imposer les Occidentaux, en ségréguant chacun des collectifs dans sa propre espèce pour qu'aucune des deux parties ne craigne plus l'autre, pour que les animaux s'offrent au regard des hommes en toute confiance, comme des domestiqués plutôt que comme des sauvages. De manière très poétique, les animaux migrateurs sont ceux-là mêmes qui protègent les hommes du subarctique : l'obscurité dont ils s'entourent les garde à la fois des menaces de leurs prédateurs, humains et non humains, mais elle garde aussi les Gwich'in de ces autres hommes qui tentent de les assimiler ; ceci, en les attirant dans leur sillage, sur leurs traces, jusqu'au plus profond de la forêt.
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Flodopas78Flodopas78   26 novembre 2020
Je comprends dès mon arrivée qu'il me sera impossible d'entreprendre l'écriture d'une monographie classique sur les indigènes que j'ai pris comme objet d'étude. Il semble d'emblée évident que leur actualité réside dans les conflits qui les opposent aux Occidentaux et dans la crise environnementale à laquelle ils font face.
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MonidesMonides   22 août 2020
Depuis la jeune fille bleue et la jeune fille ocre, c'est vrai les boitiers d'appareil photo me font peur, ils risquent toujours de tout gâcher, alors je préfère m'en tenir au flux ininterrompu de vie qui rythme lui-même les relations. p.11
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Flodopas78Flodopas78   07 décembre 2020
Pour des raisons que nous allons explorer par la suite, la forme du monde Gwich'in est intolérable pour l'Occident, non seulement parce qu'elle déstabilise ses évidences, mais aussi et surtout parce qu'elle les menace. Aussi, les procédés de conversion ou/et de destruction mis en place par les conquérants du subarctique à l'encontre des relations constitutives du monde gwich'in semblent de fait relever d'une forme d'iconoclasme, qui s'appliquerait non seulement aux objets-signes d'une relation inenvisageable pour l'Occident, mais aussi aux liens en eux-mêmes, la plupart du temps invisables mais se donnant à voir sporadiquement dans la vie quotidienne.
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Flodopas78Flodopas78   07 décembre 2020
Les gestionnaires de l'environnement poursuivent patiemment leur acquisition lente mais certaine des terres indigènes, et profitent amplement de l'absence constitutive de notion de propriété foncière chez les Gwich'in.
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Videos de Nastassja Martin (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Nastassja Martin
Jeudi 6 août 2020, dans le cadre du cycle de rencontres « Lire, lier » qui s'est déroulé du 4 au 14 août 2020, Yann Potin interrogeait Nastassja Martin.
Nastassja Martin est anthropologue, diplômée de l'EHESS et spécialiste des populations arctiques. Elle est l'auteure d'un essai, Les Âmes sauvages. Face à l'occident, la résistance d'un peuple d'Alaska, publié à La Découverte en 2016. Croire aux fauves, paru en octobre 2019 aux éditions Verticales, a été un événement. Elle y raconte son aventure, à la fin du mois d'août 2015, dans les montagnes du Kamtchatka. Sa rencontre avec un ours, et la lutte dramatique qui s'ensuivit, dans laquelle elle fut près de perdre la vie. Mais le livre est aussi le récit des failles et des doutes sur la place de chacun dans ce monde, hommes et bêtes, corps et esprits. Une interrogation profonde et forte, qui a connu une nouvelle résonance dans la crise sanitaire que le monde vient de traverser.
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