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Walker Evans (Autre)
EAN : 9782259001694
480 pages
Éditeur : Plon (01/10/1993)

Note moyenne : 4.35/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Un reportage de six semaines chez trois familles de métayers de l'Alabama, écrit dans la fièvre en 1936 par un journaliste et cinéaste de 27 ans. Un texte magnifique illustré par des photographies historiques Walker Evans.
C'est en 1936, à vingt-sept ans, que James Agee a écrit ce livre exceptionnel sur la misère au Sud des Etats-Unis. Louons maintenant les grands hommes est un de ces grands textes qui marquent une génération. Au premier rang des lettres amér... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  29 novembre 2019
" Il en est,  parmi eux, qui ont laissé un nom après eux, afin que soient rapportées leurs louanges.
  Et il y en a, dont le souvenir ne s'est pas perpétué, qui périrent comme s'ils n'avaient jamais été; et sont devenus comme s'ils n'étaient jamais nés; et leurs enfants après eux. "
C'est de  ceux-ci que parle Louons maintenant les grands hommes
 Pour parler de ces petits blancs, de ces misérables fermiers à bail de l'Alabama, qui tentent de survivre et de faire vivre leurs enfants dans les champs de coton du Deep South, aux heures sombres de la Grande Dépression, James Agee a choisi un comparse, une méthode,  et une écriture.
Le comparse , c'est Walker Evans, photographe,  auteur des 31 photos de la première édition  de 1941,  puis des 62 photos de l'édition de 1960, sans légende ni commentaire, mises en avant  du texte, avant même le titrage du livre où les deux noms,  celui du photographe et celui de l'écrivain, apparaissent côte à côte,  sur la même ligne, comme s'ils avaient le même statut.
La méthode est, pour Agee, celle de l'immersion.
Les dernières pages du livre racontent cette approche: d'abord  les photos prises à l'arrache, un dimanche, dans une sorte d'effroi et de rapt qui se perçoit dans les regards traqués, les postures rigides, la toilette hâtive des visages. Puis,  après un repérage et la médiation d'un fermier moins farouche ou plus bavard,   la visite de James chez George  Gudger, qui lui avait paru le plus direct, le plus éprouvé et le plus intelligent, lors des premiers contacts . Mais James , au retour, laisse son guide, et rebrousse chemin. Il revient seul chez les Gudger, sous un orage cataclysmique. La voiture s'enlise.  La route est  impraticable. La nuit est tombée.  Il frappe à la porte. La famille se relève, sert à James Agee un souper lourd et roboratif, libère pour lui  le lit des enfants , offre l'hospitalité.   Il va dès lors entrer dans leur monde, partager,  pour quelques mois, leur vie, leur nourriture,  le rythme de leurs journées et les punaises de leurs nuits.
L'écriture va naître de cette expérience.
Elle est le fruit d'une rencontre et d'une indignation, elle se nourrit de ce qu'elle voit, de ce qu'elle enregistre, de ce qu'elle comprend, de ce qu'elle ressent. Elle se voue à la mission de dire la réalité sans pour autant choisir la distance objective du journaliste de terrain pour la dire.
Car la colère passe: contre le lecteur, contre les propriétaires, contre les éditeurs, les gens de lettres, les universitaires....et contre le magazine libéral et capitaliste , Fortune(!!) , qui paye Agee et Evans -mais qui  refusera cette "enquête "hors normes, qui a pris les dimensions d'une épopée,  le ton d'un pamphlet, la profondeur d'un essai, le lyrisme d'un poème et l'architecture d'une tragédie antique. Agee crée une écriture, trouve une voix.
 Comme le souligne Bruce Jackson, dans la postface,  à  propos de tous les auteurs choisis dans la magnifique collection Terre humaine, "il s'agit de faire entendre une voix".
Mais aucun narcissisme, aucun exhibitionnisme, aucun ego dans cette voix si personnelle de James Agee. Il est habité par son sujet, ordonne son délire,  discipline sa colère pour faire entendre le son si particulier d'une misère " idéale " comme le paletot de Rimbaud dans Ma bohème. Et il devient le frère de Faulkner, de Conrad, de Céline,  de Blake, ces "agitateurs bénévoles" dont il revendique le patronage dès les premières pages du livre.
Vous l'avez compris : quel livre! Quel sacré livre! Un des livres majeurs et pourtant très peu lu de la littérature américaine contemporaine.
Je ne vous cache pas que j'ai mis un certain temps  à le lire.
Il m'a fallu faire des pauses.
Non pas à cause de cette espèce d'acharnement à tout dire par le menu pour faire exister l'innommé, l'insigne, l'insignifiant - tout ce qui fait le bric-à-brac tragique et dérisoire de la misère. L'énumération ne me fait pas peur: elle fait entrer into the cut, au contraire.
Ni non plus pour digérer l'insulte, l'invective, l'agression dont Agee use et abuse -qui n'eprouverait colère et rage devant tant de travail, tant de misère et tant d'exploitation? -
Mais plutôt pour arriver quelquefois à  "entendre " la pensée littéraire, humaniste, politique qui innerve profondément le livre et le structure.
Pour ne pas laisser passer une phrase immense, étrangement ponctuée,  pleine de bruit et de fureur,  sans en avoir extrait le sens, goûté le suc, deviné le  fin mot.
Comme si le lecteur se devait de se hisser au-delà de toute facilité de lecture, de toute compassion humiliante, de toute simplification narrative.
Louons maintenant les grands hommes est un livre qui demande qu'on fasse l'effort de venir à  lui. Mais c'est un livre qui vous transforme: un livre qui aiguise le regard, qui affûte la soif de justice, qui ouvre grandes les portes de la communauté humaine et fait découvrir la spiritualité des gestes et des traces là où la parole peine à se faire entendre.
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Bazart
  16 avril 2019
James Agee: son nom reste encore méconnu parmi les grands noms de la littérature américaine du 20e siècle pourtant il est auteur un classique de la littérature américaine Louons maintenant les grands hommes.
Ce cri de colère devant la pauvreté des fermiers du sud de l'Amérique profonde pendant la Grande Dépression, illustré par les célèbres photos de Walker Evans, un photographe avec qui sa collaboration sera particulièrement fructueuse, est sans conteste un livre important dans l'histoire de la littérature mondiale.
Ce grand livre sera un témoignage précieux sur la condition des classes populaires des USA des années 50 à ranger avec les oeuvres de Dorothée Lange.ou de John Steibneck.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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blandine5674
  22 juillet 2019
Jamais je n'aurais pensé qu'un tel livre existe ! Juin 2019 : numéro 1 du top 100 des meilleurs romans du journal le monde selon ses journalistes. Ici aussi, il s'agit d'un journaliste et d'un photographe qui vont partager la vie de trois familles de fermiers de l'Alabama dans les années 1930. Descriptions au peigne fin de l'habitat, des vêtements, de l'alimentation, de l'éducation, du travail dans les champs de coton que traversent des chemins de glaise, de l'école qui passe après les labeurs de la ferme. La pauvreté se voit bien aussi dans la soixantaine de photos fascinantes de par son réalisme et sa beauté. Et surtout une construction dont je ne trouve pas les mots. Un entracte qui coupe l'essai où il y est question de 'Quelques questions qui se posent aujourd'hui aux écrivains américains' où l'auteur avait répondu et qu'ils ont refusé de publier. Dans la troisième partie, où il y parle de leurs premières rencontres, contient une grande force de sensibilité face aux familles et à la nature, pour moi inégalée. Un index où les mots renvoient à chaque page. Lecture pas facile qu'il aurait été dommage que je passe à côté pour son côté atypique et la liberté que se donne James Agee dans une prose faite d'intelligence, de colère et d'émotions face à une constatation sociale.
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Drych
  25 janvier 2014
J'hésite un peu à commenter un livre, dont je n'ai lu qu'une centaine de pages, mais ce que j'ai lu m'a enthousiasmé par l'humanité qui s'en dégage, et je comprends la recommandation de lecture de Depardon qui m'a incité à le lire. Je ne l'ai pas lu en entier parce que la description minutieuse que fait Agee de ces paysans pauvres de l'Alabama des années 30, bien que constituant un témoignage sociologique très intéressant, s'avère très fastidieuse à lire, justement du fait de ce caractère très minutieux et de cette volonté de tout décrire dans les moindres détails. Les photos de Walker Evans qui accompagnent le récit sont de la même veine humaniste. Je l'avais emprunté à la médiathèque et l'achèterai sans doute pour pouvoir y revenir en plusieurs fois.
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Elinore
  03 février 2008
Un incontournable de la "non-fiction". James Agee et le photographe Walke Evans étaient partis faire un reportage sur les conditions de vie des paysans du Sud des Etats-Unis, et ils ont produit cet objet littéraire hors du commun. Une somme, illisible et grandiose, qui tente de dire non seulement comment vivent ces hommes-là, mais qui il sont. Agee cherche à mettre l'humanité en mots, il s'en approche parfois. Vertigineux.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
michfredmichfred   05 novembre 2019
L'être âgé vint à ma hauteur pour me couiner quelque chose, tenant à la main un magazine agricole enroulé. Dans l'effort de lui prêter attention de la façon qui lui agréerait le mieux, je me retrouvai stupide. Supposant qu'il voulait me faire lire quelque chose, je le regardai, à moitié interrogatif, et pourtant ne m'emparant pas de ce qu'il m'offrait. La femme, d'une voix qui, quoique méprisante (elle laissait entendre, Vous êtes le plus stupide des deux) pour la première fois m'abandonnait son amitié et celle de son mari, de sorte que je me sentis envahi de bonheur, fit, Il veut vous le donner. Je pris le magazine et l'en remerciai chaudement, regardant dans ses yeux empressés et leur souriant, et il demeura à mes côtés comme un enfant, m'observant avec affection en train de leur parler.
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michfredmichfred   12 novembre 2019
Un chien, s'il encombre le passage, ou n'obéit pas assez vite à un ordre, reçoit un coup de pied à lui fracasser les côtes, et de cette façon qui fait que l'homme l'appelle son meilleur ami, avec pour seule rivale sa mère, le chien présente ses excuses sur-le-champ. La maladie ou la souffrance causée par la maladie, ou la mort, de tout animal qui n'a pas de fonction à remplir, soit qu'il donne sa chair à manger ou la force de ses muscles, passent à peu près inaperçues, bien que sans malveillance.
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CalibanCaliban   31 janvier 2018
...si lachose peut présenter pour vous un interet quelconque, il est important pour vous d'oublier que ceci est un livre , et cela autant que vous le pourrez . Que vous sachiez, autrement dit, qu'il n'a pas sa place au domaine où la suspension de l'incrédulité est habituelle . C'est bien plus simple que ça . Il s'agit simplement d'un effort en vue de se servir des mots de telle façon qu'ils vous en disent autant que j'en ai le désir, et qu'ils vous rapportent une certaine chose qui arriva, et que bien entendu vous n'avez pas d'autre moyen de connaître. Il vaut bien dans une certaine mesure que ce que vous en pouvez savoir soit porté à votre connaissance, non parce que vous éprouvez pour moi un interet quelconque, mais simplement parce qu'il s'agit d'une partie minime de l'expérience humaine en général .
C'est une des façons de dire la vérité : la seule façon possible de dire le type de vérité qu'ici j'éprouve le plus d'intérêt à dire .
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ElinoreElinore   04 février 2008
Dans un roman, une maison ou une personne tient entièrement sa signification, son existence même, de l'écrivain. Ici, une maison ou une personne ne tient de moi que sa signification la plus restreinte: sa vraie signification est bien plus grande, gigantesque. Elle est d'exister ici et maintenant, comme vous et moi, et comme aucun personnage de l'imagination ne peut exister. Son immense poids, son mystère et sa dignité tiennent en ce fait. Quant à moi, je peux vous en dire seulement ce que j'en ai vu, seulement selon les moyen de la seule exactitude dont me voici capable: et ceci à son tour tient sa valeur cardinale, non de mes aptitudes, mais du fait que j'existe moi aussi, non à la façon d'un ouvrage de fiction, mais comme être humain.
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blandine5674blandine5674   21 juillet 2019
La plus grande partie de la terre qui s’étend autour de nous a été prise en charge par des êtres humains, qui s’abusaient, et peut-être s’abuseront toujours, à s’en croire les propriétaires.
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Videos de James Agee (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de James Agee
Patrice Rollet Descentes aux limbes éditions P.O.L collection TRAFIC : où Patrice Rollet tente de dire de quoi et comment est composé son nouveau livre "Descentes aux limbes", sous-titré "confins du cinéma" et où il est question notamment de cinéma et de peinture, de poésie det de prose, de Manny Farber et de Walter Benjamin, de Samuel Fuller et d'érotisme, de Stan Brakhage et de Jacques Tourneur, de Jack Kerouac et de Robert Frank, d'André Breton et James Agee, de Helen Levitt et de Mizoguchi, de Leo McCarey et de Jean-Marie Straub, de Kafka, d'éléphants blancs et de termites à l'occasion de la parution aux éditions P.O.L de "Descentes aux limbes" aux éditions P.O.L, dans la collection TRAFIC à Paris le 24 octobre 2019 "Nul besoin aujourd?hui de jouer au Christ pour descendre aux limbes, il suffit d?aller au cinéma, de payer son obole à la caisse d?une salle obscure, d?emprunter l?escalier tortueux qui conduit au sous-sol et de franchir la porte coupe-feu qui débouche sur l?enfer, le purgatoire ou le paradis des images où s?accomplissent nos désirs inavouables. L?inconscient visuel que la caméra révèle à Benjamin, le cinéma permanent où Breton se laisse détrousser comme dans un bois ou l?espace négatif que creuse souterrainement l?art termite cher à Farber ne sont que d?autres noms de ces limbes, dévoyés autant que sécularisés, de notre temps. Pour s?y rendre, il n?est point de meilleurs guides que les films eux-mêmes, qu?il relèvent ici du registre de la prose comme plusieurs productions hollywoodiennes de Sjöström, de McCarey, de Tourneur et de Fuller, de celui de la poésie comme quelques oeuvres underground plus libres de Levitt, Loeb et Agee, de Brakhage, de Frank et Leslie, ou de celui, plus inclassable encore, de l?écriture de Biette ou de Straub et Huillet. Ces Descentes aux limbes forment un diptyque avec Passages à vide dont elles constituent à la fois un prolongement et un cas limite. Là où ceux-ci s?efforçaient de décrire le vide central de l?essieu qui fait tourner la roue des films, celles-là tentent plutôt d?explorer son rayonnement vers la périphérie, aux confins du cinéma, aux abords de la peinture, de la littérature et de la photographie, tels qu?aperçus depuis cette autre rive."
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