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EAN : 9782072796487
160 pages
Éditeur : Gallimard (10/01/2019)

Note moyenne : 3.57/5 (sur 14 notes)
Résumé :
«Mystérieuse cette femme éclairée, cheveux, visage, cou, poitrine habillée d'un haut très décolleté ou seulement d'un soutien-gorge, suspendue dans l'image, légèrement surélevée car posée dans l'espace de l'habitacle de chaque camion. Succession de lucioles sur la Dark Road qu'ils n'ont pas appelée Route Sombre allez savoir pourquoi, et alors qu'elle a un nom officiel cette Route de la Pyramide, succession de bustes de femmes, une Égypte dans le Bois tout près de ch... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  17 janvier 2019
«Une reine. L'histoire pourrait commencer comme ça. Cette femme longue, déliée, une liane. Grace l'intrépide. Chausse ses sandales, marche dans la ville, marche dans le Bois, Grace, quelques milliers de mètres entre toi et moi, Porte Dorée le jour, bois de Vincennes la nuit. Il avait fallu s'approcher d'elle.»
Karine Miermont a recueilli le témoignage de Grace Amarachi Uzoma. Cette «reine» est une prostituée venue de Benin City au Nigéria et qui va se retrouver à des milliers de kilomètres de là, dans une camionnette du Bois de Vincennes. C'est ce parcours, cette histoire qu'a voulu raconter Karine Miermont dans un premier roman-choc qui va nous ouvrir les yeux sur une réalité que nous tous tentons d'occulter.
Ce remarquable travail, fruit de cinq années d'enquête, commence par une rencontre lors d'un salon du livre. Gabrielle croise Karine Miermont. Au fil de la conversation, elle lui raconte ce qu'elle fait, comment et pourquoi elle a choisi d'aider les prostituées. Elle effectue des maraudes dans cette rue que les flics appellent le Dark road, où se concentre une bonne partie de la prostitution parisienne. Elle lui parle de ces femmes exploitées à quelques mètres de chez nous et, elle en est persuadée, dont on pourrait régler le problème avec une ferme volonté politique. Karine veut en savoir davantage et accepte d'accompagner Gabrielle. Au fil des semaines, elle parvient à se faire accepter par quelques filles et à recueillir les confidences de Grace Amarachi Uzoma, l'«héroïne» de ce roman.
Faisant alors alterner le récit et le témoignage, elle va nous dévoiler l'histoire, les réseaux, les trafics à travers le parcours de cette Nigériane.
Dans son pays les familles pauvres ont quasi intégré le fait de vendre un enfant pour pouvoir survivre, mais aussi pour pouvoir vivre plus à l'aise. « Très tôt ton corps ne t'appartient plus. Ta famille et les autres décident pour toi. »
Avec le soutien des églises, qui ont établi tout un rituel – une messe de purification, la scarification à la bouillie noire, et l'instauration d'une règle du silence – et la bienveillance des autorités – qui savent aussi tirer profit de ce trafic – les familles confient leur enfant à des réseaux mafieux très bien organisés.
Si elle échappe à la mort dans son long périple qui va la mener de Benin City à Paris, elle n'échappera ni à la violence, ni à la peur. Via la Lybie, carrefour de ce trafic d'êtres humains où on vend les humains aux enchères, où ils sont traités comme des marchandises et l'Italie, où d'autres passeurs prennent la relève – il faut bien traiter avec les mafias locales – elle arrive à Paris où une Mama est chargée de lui enseigner les rudiments de français, mais surtout de la surveiller et lui rappeler le montant de la dette contractée qu'il lui faudra désormais rembourser, passe après passe.
Pour elle, l'enfer continue. «Tous les jours sont pareils, sept jours sur sept, il n'y a pas d'arrêt pas de vacances pas de pause voulue, il n'y a que des pauses nécessaires: parce qu'on change d'endroit, on n'est plus au Bois, on se retrouve à Barbès, à Château d'Eau, boulevard de Strasbourg; parce qu'on est malade; parce qu'on est enceinte et qu'il faut arrêter la grossesse. Un jour de Grace, de Joy, de Happy. Un jour et une nuit, tous les jours et toutes les nuits. » Grace est concentrée sur l'argent qu'il faut ramener, prend note de cette terrible comptabilité.
La solidarité entre filles est minime. C'est pourquoi Gabrielle joue un rôle essentiel dans l'histoire de Grace. «Gabrielle est devenue une amie, ma seule amie ici, quelqu'un qui t'aide, qui t'écoute, te soutient. Tous ces gens incroyables. les travailleurs sociaux, les bénévoles, les flics, les avocats, toutes les associations, Ies organisations! Vous vous rendez pas compte, les Français! C'est pas dans notre culture de nous occuper autant de la vie de chacun.»
Tout bascule pourtant le jour où Gabrielle est agressée. C'est le tragique déclic pour Grace qui choisit de témoigner, qui entend sortir de cette spirale infernale.
Son dossier est alors confié à une avocate que l'on appellera Agathe. Cette dernière étudie l'histoire de la traite des humains, obtient des informations sur cet esclavagisme organisé cette fois par les africains. Et réussit à remonter les filières. On y voit la loi bafouée sans scrupule, on y voit les familles vendre un enfant pour «mieux» vivre, on y voit Boko Haram participer à ce trafic après s'être servi et contrôler 10% des recettes. On découvre qu'après la drogue et avant les armes, les êtres humains sont la seconde ressource de ces trafiquants.
Karine Miermont, qui porte cette histoire depuis des années, a réussi son pari. En refermant ce livre, notre regard sur la prostitution aura changé. On ne pourra plus affirmer qu'on ne savait pas.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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lilicrapota
  30 juillet 2019
Ce livre, on ne sait pas très bien comment le situer... Ce n'est pas vraiment un roman, (mais presque), pas vraiment un documentaire (mais quand même), pas vraiment une biographie (quoique...)
L'auteur, suite à une rencontre décisive, entreprend de raconter l'histoire de Grace, une jeune prostituée nigériane à Paris. Par ce roman, elle espère mettre en lumière la vie de ces filles de rue, les trafics, les raisons d'être de ces trafics, les cultures dont sont issues les filles et qui les empêchent de dire non, qui les obligent à la soumission : la dette familiale, le devoir, le rôle de la fille aînée qui doit subvenir aux besoins, etc. Grace, elle, a réussi à s'en sortir : et par son destin un peu hors du commun quand même, par sa grande force, et parce qu'elle a la chance d'arriver en France en sachant lire et écrire, elle a su raconter son histoire à l'auteur (et à d'autres), mettre des mots, aller au delà de la "dissociation".
C'est un texte bien écrit, porté par la voix de Grace et son accent nigérien, et porté par l'auteur, avec un vrai travail de fond, chiffres, statistiques, explication des procédés, etc. C'est agréable à lire, assez poignant, et en même temps ça regorge d'infos. Chouette!
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montained
  13 janvier 2019
Au cours de ma lecture, j'apprends sur la complexité de la prostitution et ses réseaux, sur l'excision et sur la situation des femmes en Afrique. Je me dis que ce livre est résolument féministe. Et rien que pour cette raison, je veux le conseiller à mes amiEs. Puis je me dis, en fait ce n'est pas un roman, alors je vérifie sur la première de couverture. le livre a demandé un long travail de documentation. Je poursuis ma lecture et décide que c'est un roman, un roman qui ne ment pas et qui dit qu'on ne peut pas écrire toute la vérité. Grace, comme les autres, s'invente, oublie et n'oublie pas. L'écrit, les mots, les livres et les paroles importent. Grace ne se lamente pas. Elle lutte. Elle a un but. Son parcours est fou, sa détermination exceptionnelle. Dans ce roman, il y a un hommage au livre, à la musique et à la photographie qui aident et qui sauvent. le courage et l'espoir de s'en sortir éclairent cette histoire. le récit est subtil et délicat. Magnifique livre.
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Elsaragon
  17 mai 2020
Grace Amarachi Uzoma, prostitué nigériane nous conte à travers la plume de Karine Miermont les conditions difficiles, inhumaines des prostitués au rabais, de celles que l'on colle contre un arbre, pas celles des beaux salons.
Mais il n'y a pas que de l'inhumain dans ce livre-roman. Il y a également les "bons" clients, la fraternité entre filles, le travail incessant de l'association qui leur donne droit à la parole, les soutient, les panse.
Superbe travail de documentation, sans fioritures, avec des mots qui sonnent juste.
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sebito
  15 février 2019
Ce très court livre traite d'une partie de l'histoire d'une prostituée africaine du bois de Vincennes, près de Paris. le sujet est grave mais un sujet ne fait pas tout dans un livre. le livre est une suite de données chiffrées, à la manière d'un documentaire tapageur, qui rend la lecture indigeste. C'est une narration sans sentiment. Impossible de s'identifier à un personnage, d'autant plus que tout est raconté de manière très superficielle, avec une succession d'indications que tout le monde connait déjà (vente de femmes africaines, traite d'humains, viol, etc). Pour moi, ce livre n'est pas un roman mais un scénario de documentaire rédigé. Cette lecture m'a laissé froid face à la vie de ses femmes. Ce roman, sans intérêt, a donc complètement raté son but. Passez votre chemin.
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critiques presse (1)
Bibliobs   05 février 2019
Une écriture digne, limpide, à l’image de la dignité reconquise de Grace. Toutes choses qui font de ce roman vrai, magistral de douceur et de retenue dans l’énoncé du pire, une lecture incendiaire.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   17 janvier 2019
Gabrielle est devenue une amie, ma seule amie ici, quelqu'un qui t'aide, qui t'écoute, te soutient. Tous ces gens incroyables. les travailleurs sociaux, les bénévoles, les flics, les avocats, toutes les associations, Ies organisations! Vous vous rendez pas compte, les Français! C'est pas dans notre culture de nous occuper autant de la vie de chacun. On n'en revient pas, nous, on les prenait un peu pour des fous la police, la justice, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, c'est incroyable tout ça pour nous, KWÂ! Je leur ai dit: ce que vous avez fait, personne ne l'aurait fait pour moi au Nigeria! J'ai mis du temps à comprendre comment ça fonctionnait la France, ô! Maintenant je sais à peu près. J'ai obtenu l'asile, un permis de séjour longue durée. Ce qui me fait rire ici, c’est qu’il y a des gens qui se comportent comme si la France était une dictature, ou un État désordonné et bien pourri comme le Nigéria...
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hcdahlemhcdahlem   17 janvier 2019
INCIPIT
Une reine.
L’histoire pourrait commencer comme ça.
Cette femme longue, déliée, une liane.
Grace l’intrépide
Chausse ses sandales, marche dans la ville, marche dans le Bois,
Grace, quelques milliers de mètres entre toi et moi,
Porte Dorée le jour, bois de Vincennes la nuit,
Il avait fallu s’approcher d’elle.

Les flics les connaissent, toutes ces filles intrépides comme Grace. Ils connaissent leurs endroits, ils connaissent leurs chemins, leurs horaires. Les hommes les connaissent. Ils savent les lieux les plus tranquilles, là où elles sont nombreuses, abritées dans des camionnettes alignées les unes derrière les autres dans une rue sans éclairage du bois de Vincennes, cette rue que les flics appellent la Dark Road. Chaque jour les filles rejoignent la file des camions régulièrement déplacés pour ne pas être enlevés par la fourrière, régulièrement garés dans la même rue en prenant soin de laisser un espace libre entre chaque véhicule, la place pour une ou deux voitures qui pourront stationner le temps d’une passe ou d’une nuit. L’avant de chaque camionnette est éclairé par une lanterne pour dire il y a quelqu’un, pour dire je travaille ou plutôt nous travaillons car le plus souvent elles sont deux ou trois par camion, une à l’avant dans l’habitacle vitré, une à l’arrière dans la chambre simulée, une dehors et qui marche. L’avant du camion c’est la vitrine, une vitrine lumineuse, un décor de cinéma. La lumière floue diffusée par la lampe-tempête accrochée au rétroviseur crée le mystère et la beauté. Mystérieuse cette femme éclairée par le halo de la combustion de la mèche imprégnée de pétrole, femme aux cheveux sans attaches ou tressés, ondulés ou très lisses, vaporeux ou plaqués, mystérieuse cette femme que l’on devine, que l’on ne voit pas tout à fait tout en ne voyant qu’elle au milieu de l’obscurité.
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ChezLoChezLo   10 février 2019
Tu te vois d'abord comme responsable de ta dette et des espoirs de ta famille, tu te vois d'abord comme une coupable ! La plupart des femmes règlent leur dette jusqu'au bout, un truc que les policiers et les associations ont eu du mal à comprendre, il leur a fallu du temps pour comprendre que le groupe, la famille, le clan sont plus importants que chacun de nous au Nigeria ! Et que tu respectes toujours tes aînés, tes parents, quelqu'un qui est plus âgé que toi tu le respectes automatiquement et quoi qu'il fasse, c'est pourquoi les filles respectent leur Madam même quand elle les menace, même quand elle les bat, car il y a, en plus de la dette, en plus du serment et de la famille, il y a le respect, ô, le respect dû aux anciens qui sont comme une famille pour toi, tu les appelle Tantie ou Mama ou Ma, c'est une habitude au Nigeria, tu les appelle comme s'ils étaient tes parents, c'est le piège des mots, en plus du piège de la vie.
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hcdahlemhcdahlem   17 janvier 2019
Finalement, je renonçai à comprendre l’ensemble de la situation, comme quelqu’un qui tenterait de saisir le tout, la totalité d’un réel cruel, comme quelqu’un qui réfléchirait à des solutions pour éradiquer le problème. Non, c’était trop vaste et les intérêts trop nombreux, la traite de ces femmes nigérianes n’était qu’une facette d’un phénomène encore plus étendu, car dans beaucoup d’endroits les corps les plus vulnérables étaient utilisés comme des produits ou des objets que l’on vend avec le maximum de plus-value, le maximum de marge, corps vendus pour le sexe, pour les organes aussi. Corps vendus comme des machines que l’on fait fonctionner pour travailler, baiser, soigner. L’exploitation des corps semblait en expansion partout ; en 2015 l’Organisation internationale du travail estimait à 21 millions les victimes du travail forcé, dont 5 millions pour la prostitution. 
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hcdahlemhcdahlem   17 janvier 2019
Un jour de Grace c’est un jour comme un autre, tous les jours sont pareils, sept jours sur sept, il n’y a pas d’arrêt pas de vacances pas de pause voulue, il n’y a que des pauses nécessaires: parce qu’on change d’endroit, on n’est plus au Bois, on se retrouve à Barbès, à Château d’Eau, boulevard de Strasbourg; parce qu’on est malade; parce qu’on est enceinte et qu’il faut arrêter la grossesse.
Un jour de Grace, de Joy, de Happy. Un jour et une nuit, tous les jours et toutes les nuits.
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