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EAN : 9782354080662
320 pages
Mnémos (27/11/2009)
3.69/5   394 notes
Résumé :
On l'appelle Chien du Heaume parce qu'elle n'a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broc. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d'une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l'épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (127) Voir plus Ajouter une critique
3,69

sur 394 notes
Le problème récurrent à trop en attendre d'un bouquin , c'est qu'il est rarement à la hauteur...
Classé Fantasy avec tout l'imaginaire que cela induit , Chien du Heaume ne fait ni dans le magique , le mythique voire l'irrationnel mais nous plonge bel et bien dans un récit totalement plausible issu du brutal et sanguinolent cortex cérébral d'une Justine Niogret maintes fois récompensée pour cette première oeuvre plutôt enthousiasmante à défaut d'être incontournable .

An de grâce y a très très longtemps .
Chien du Heaume , mercenaire féminin qui , à l'instar d'une Thérèse de fête de fin d'année n'est pas moche mais n'a pas le physique facile , ne poursuit désormais plus qu'un seul et unique but , une quête identitaire obsessionnelle lui permettant enfin de se définir en tant qu'être humain plutôt qu'en chien de guerre impitoyable offrant ses brillants services mortifères visant à semer la terreur et le chaos en ces temps reculés d'un Haut Moyen-Age à la bestialité exacerbée...

Chien du Heaume et Druss de Gemmell , même combat !
Une arme fétiche , la hache , véritable prolongement léthal qu'elle manie sans commune mesure !
Une identité qu'elle tentera de se forger en démêlant méticuleusement le fil de son délicat passé familial au gré de nouvelles rencontres , d'incessants combats , de douloureuses désillusions , la vérité étant à ce prix...

Rien à redire sur l'écriture virile de Dame Niogret qui usite à l 'envi d'un patois des temps jadis pleinement immersif .
Rien à redire sur la trame , les divers personnages plutôt pas mal développés et ce haut Moyen-Age , monde sur le déclin , qu'elle dépeint avec brio .
J'ai , par contre , décroché pas mal de fois devant un certain manque de rythme me frustrant méchamment de mon inaltérable soif de combats épiques excessivement chargés en hémoglobine .
Pas sûr , pour le coup , de vouloir attaquer le deuxième tome dans la foulée...

Chien du Heaume : léger manque de mordant...
http://www.youtube.com/watch?v=6tlSx0jkuLM
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Livre lu dans le cadre de la pioche de Juillet 2016 et du challenge ABC 2016-2017.

Au moment du prologue, je me suis vraiment demandée ce que je lisais et puis, la vraie histoire est arrivée avec la rencontre de Chien du Heaume. Drôle de nom, mais si caractéristique dès qu'on apprend à mieux connaître la mercenaire et la femme qui se cache derrière.

Curieuse histoire que celle de cette jeune femme à la recherche de son nom. La lecture a été bien moins indigeste qu'avec « Coeurs de rouille » dont l'histoire n'avait ni queue ni tête. Celle-ci a une certaine logique même s'il y a un gros passage à vide dès qu'on dépasse la moitié du roman où on se demande pourquoi la mercenaire ne continue pas sa quête. Celle-ci lui vient des méandres de sa mémoire qui lui fait défaut sur sa prime jeunesse. Elle veut connaître son nom et savoir de quelle région elle vient. « Chien du Heaume » n'est qu'un nom que ses confrères mercenaires lui ont donné faute de mieux.

L'auteur a vraiment une imagination des plus originales et je pense que pour en apprendre un peu plus sur ce curieux personnage, je lirais la suite de celui-ci, à savoir « Mordre le bouclier ». L'univers créé autour de la mercenaire est médiéval avec les us et coutumes de l'époque et la vision de la femme très restreinte dans celle-ci. Je remercie donc l'auteur pour son petit lexique en fin de tome, bien appréciable pour certains termes.

Comme vous l'aurez compris, « Chien du Heaume » est une bien meilleure découverte que ne l'a été « Coeurs de rouille » même si je dois bien avouer que je suis un peu rentrée dans l'histoire à reculons à cause du prologue. La lecture a été très intéressante sur les 100 premières pages qui ont été dévorées, pour le redevenir sur les 20 dernières pages. J'ai du lire certains passages un peu en diagonale car je ne m'en souviens pas mais ils ne me semblaient pas essentiels à l'histoire de Chien du Heaume. Si vous êtes amateurs d'histoires sortant de l'ordinaire, je vous conseille donc de découvrir celle-ci. Pour ma part, j'espère pouvoir lire la suite prochainement pour en savoir plus sur cette mystérieuse jeune femme et son passé. Je remercie Relax pour cette pioche qui a été une très bonne découverte, elle m'a permise de renouer avec le style particulier de cette auteur.

Sur ce, bonnes lectures à vous :-)
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Ma petite fan de fantasy préférée a encore frappé ! Et me voilà lancé à l'assaut de la courte, mais intense, bibliographie de Justine Niogret, une des nouvelles têtes de la fantasy française.

Avec son premier roman, Chien du Heaume, l'auteur nous plonge dans un haut Moyen Âge âpre, violent et (ce n'est pas contradictoire du tout) féminin. Indéniablement, elle mise ici sur une ambiance noire mais réaliste, au plus près des atermoiements de la vie quotidienne, qu'elle soit celle de simples gens ou de mercenaires ayant visité mille contrées ; elle mise également sur des monologues d'un rare équilibre dans ce genre de littérature, des monologues bien ficelés qui se lisent avec un plaisir extrême. Pour dire les choses autrement, on ressent bien vite que Justine Niogret crie son amour d'un Moyen Âge sombre et réaliste, tout autant que celui de l'art de la forge qu'elle pratique elle-même : la scène entre Chien du Heaume et Regehir, à peu près au milieu de cet ouvrage, rend bien compte de cette relation.
L'auteur finit même par se faire complètement plaisir (et à nous avec, par la même occasion !) en nous livrant carrément un lexique décalé de termes usités dans son histoire, combinant des données historiques très intéressantes et son expertise de forgeronne (ça se dit au moins ?) et de cavalière à un humour ciblé et des allusions bien tendancieuses, le tout formant un mélange succulent qui m'a vraiment ravi.

Par la lecture de Chien du Heaume, j'ai donc découvert avec grand enthousiasme le talent de Justine Niogret, que j'aurai plaisir à suivre désormais avec moult assiduité !

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Commençons par le commencement : ce roman n'est aucunement fantasy, ni de près ni de loin. La Fantasy c'est des univers secondaires avec des démons et des merveilles : aucune trace de cela ici. Ce roman appartient donc d'abord et surtout à une littérature générale se concentrant sur la psychologie et les drames relationnels. Donc amateurs de littérature d'aventures et d'évasions passez votre chemin, en vous éviterez ainsi sûrement une déception…
Personnellement, je suis parti véritablement partagé et dans tous les cas très mitigé !

D'un côté, j'ai été plongé dans une vraie ambiance médiévale pour une fois par un vocabulaire peu usité et des tournures de phrase travaillées. La prose mi rugueuse mi poétique transmet bien cet aura de désenchantement qui verse parfois volontiers dans l'onirisme, trait récurrent de nos auteurs francophones (Sanglier dit lui-même qu'il n'est pas certain de ne pas avoir rêvé sa découverte de Broe…). Justine Niogret a vraiment du talent et cela se sent : on déguste la rudesse de son héroïne complexée et l'atmosphère tantôt sombre tantôt éthérée. Chaque court chapitre fait un peu office de nouvelle dévoilant Chien ou un aspect de cette micro-société médiévale entre 2 époques.

Mais d'un autre côté il n'y a pas d'univers et l'intrigue est bancale et famélique (j'ai pensé à un moment à Judoboy, ce vieux DA où un adolescent parcours le monde à la recherche de l'homme qui a tué son père avec pour seuls indices le fait qu'il s'agisse d'un artiste martial avec un oeil de verre…). Il s'agit d'une non-histoire se déroulant dans un huis-clos hivernal presque intimiste : Chien, un seigneur, un écuyer, une poufinette narcissique pré-adolescente, un prêtre obtus, un mystérieux guerrier nommé Salamandre dont on ne même pas s'il existe vraiment… et pour finir un chevalier et sa dame pour que le récit qui se permet de trainer la patte en moins de 200 pages ait un sens et soit compréhensible pour ne pas dire lisible.
On se laisse emporter par l'atmosphère certes, du coup l'auteur en profite pour nous promener gentiment. Mais dans le dernier tiers du roman, j'ai bien décroché à cause de longs monologues froids, détachés, inintéressants. Ajoutez à cela une fin qui n'en est pas une et un dénouement qui arrive presque comme un cheveu sur la soupe.

Un beau et court roman d'ambiance, assez dense et intense sur la forme mais complètement creux voire vide sur le fond. Une expérience de lecture assurément, mais qui ne sera pas forcément passionnante pour tout le monde. de là à lui donner des prix littéraires et déclarer que la SFFF française doit aller vers cela… non merci !
Je vais être honnête et ne pas évaluer le roman, mais niveau plaisir de lecture ce n'est vraiment pas terrible du tout : je me suis ennuyé, j'avais l'impression que les 200 pages en faisait 500, et aussitôt lu aussitôt oublié tellement j'avais envie de passer à autres choses. Bref un style brillant (la postface est excellente, il faut commencer par elle : on se demande comment l'enthousiaste et espiègle auteure arrive à écrire des romans aussi dépressifs), mais absolument rien de convainquant. Je ne suis pas sectaire : je compte bien redonner sa chance à Justine Niogret.
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Chien du Heaume m'avait été conseillé par le Libraire du Rayon SFFF dans ma Librairie habituelle. Et il est vrai qu'avec un Prix aux Imaginales, en 2010, il ne m'en a pas fallu plus pour attiser ma curiosité.

Chien du Heaume est le surnom d'une jeune femme mercenaire très habile de sa hache filigranée de mystérieux motifs, et transmise par son père. Mais, ce qui lui manque avant tout, c'est la connaissance de son passé et de son nom. Elle décide alors de partir sur les routes afin de lever le voile sur ses origines. Après bien des pérégrinations, elle tient enfin une piste auprès du Chevalier Sanglier, Seigneur du Castel de Broc qui aurait connu son père dans sa prime jeunesse.

Je reste relativement mitigée après ma lecture. Je reconnais des qualités indéniables à ce roman, notamment un style d'écriture remarquable par l'emploi de son vocabulaire recherché et dans le ton médiéval. Il est, de plus, très original et teinté d'humour. le lexique, à la fin du livre, est la cerise sur le gâteau : il est vraiment très drôle et on sent que l'auteure ne se prend pas au sérieux, se lâche même. Ce doit être quelque chose, je pense, de la rencontrer lors d'une dédicace! Elle doit être un véritable trublion (du moins, c'est ainsi que je l'imagine).

J'ai également beaucoup apprécié le personnage principal : durant ma lecture, il m'était d'ailleurs impossible de dissocier Chien du Heaume d'un autre personnage célèbre féminin de Game of Thrones, Brienne de Torth. Tout comme elle, je l'imagine avec une grande carrure et une forte personnalité pour s'imposer dans ce monde d'hommes.

L'univers, dépeint dans le roman, s'inscrirait dans notre Haut Moyen Âge : c'est âpre, violent, dur et il n'y a pas vraiment de place pour les faibles. Tu te bats ou tu crèves! Cela m'a d'ailleurs rappeler Wastburg de Cédric Ferrand. Personnellement, cela ne me dérange pas de lire des récits sombres et noirs, du moment que j'alterne avec quelque chose de plus gai ou léger entre temps.

En revanche, ce qui m'a beaucoup gêné dans ma lecture, c'est le manque d'équilibre entre les deux parties du roman. Si les cent premières pages possèdent un rythme effréné et sont ponctuées de cliffhanger à la fin de chaque chapitre, force est de constater qu'en revanche, les cent autres dernières pages m'ont paru bien plus longues. J'avais l'impression que l'histoire stagnait et je n'ai pas vraiment compris où l'auteur voulait emmener son lecteur. de plus, je dois reconnaître que j'ai été un peu déçue par la fin.

En conclusion, Chien du heaume est un roman qui vaut le coup d'oeil pour la qualité de son écriture. Mais, le déséquilibre entre une première partie très active et une seconde plus passive m'a décontenancé. Pour cela, je mettrai une note moyenne, ne renonçant pourtant pas à découvrir la suite de ce roman, Mordre le bouclier.
Lien : https://labibliothequedaelin..
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
L’archer se nommait Manfred, et aujourd’hui il allait tuer une vieille femme. Une nourrice, plus exactement.
Elle était assise sur l’herbe du pré et jouait avec une enfant. Manfred les regardait toutes deux ; la nourrice, grasse, des cheveux bruns lui tombant devant les yeux, et la gamine, lisse comme une châtaigne, sa robe tachée du pollen des fleurs et les joues rougies par ses galipettes. Elle courait dans les herbes hautes, le nez au vent, riant de tout son cœur, pendant que sa nourrice restait assise, sans doute fatiguée de ne pouvoir la rattraper.
C’était la fille d’un château qui lui avait fourré des pièces dans la main jusqu’à ce qu’il dise oui. Une petite femme grandie avant l’heure, qui lui avait ensuite ordonné : « Tue-la. Trouve-la et mets-lui une flèche dans le cœur. » C’était la dernière mode chez les pucelles, de faire assassiner leurs gens ; une nourrice, comme ici, ou un lettré, une dame de toilette. Les parents n’en savaient rien en général, regardaient leurs filles d’un bon œil, sans comprendre que les rages et les haines brûlaient tout aussi fortement dans les tripes de ces gamines que dans celles des guerriers au visage mangé par la barbe. Manfred faillit ricaner en songeant que ces petites traînées payaient ces meurtres sans même compter les pièces qui leur tombaient des doigts.
Manfred était caché dans le bois qui surplombait le pré et n’y avait pas bougé de la nuit. Il suivait sa cible des yeux depuis le matin, depuis que la nourrice était sortie avec les premiers rayons du soleil. L’enfant avait accouru à sa suite, déjà décoiffée, son bonnet blanc lui battant les épaules, se gonflant derrière elle comme une toute petite voile de navire. L’archer était couché sur deux planches qu’il avait fixées à un tronc assez fort pour le soutenir, lui, sa plate-forme et son arc. De flèches, il n’en avait qu’une, une seule, pâle et fine comme un oiseau. Elle était plus longue que son bras, et Manfred l’avait faite lui-même, comme toutes les flèches qu’il emportait lorsqu’il fallait tuer quelqu’un avec un nom. Les autres, les morts des champs de bataille, n’étaient que de la viande sans famille et sans appuis ; ses flèches de guerre, Manfred les achetait et prenait toujours les moins chères, les plus barbues, les moins bien forgées. Les guerriers se battaient comme des porcs et les blesser était déjà bien assez bon. Manfred préférait toujours qu’on l’envoie à la tuerie d’un seul parce qu’il était le meilleur, qu’on l’envoie lui, tuer quelqu’un. C’était là qu’il se servait de son don, qu’il transcendait son arc de forge et de bois en instrument de mort. Manfred touchait toujours juste. Manfred faisait d’un tir de flèche une œuvre d’art. Manfred en était fier. Quand l’archer partait en guerre, sa guerre secrète et furtive, sa guerre solitaire, il n’y avait pas de cris, de sang ; aucune violence et pas de chocs fer contre fer. Une seule flèche, douce et nette, le bruit d’un baiser contre la chair, toujours à l’endroit choisi, et un corps qui tombe. C’était tout. Manfred connaissait son art. Il n’avait jamais besoin de deux flèches. Une seule, et la nourrice mourrait.
Il parlait d’expérience, puisqu’il en avait déjà tué plusieurs. Assassiner les domestiques était une bonne façon d’envoyer un message aux maîtres de la maison ; et que l’enfant de ces derniers sente le vent de la flèche lui soulever les cheveux faisait entendre le message d’une oreille bien ouverte. Oui, les domestiques, surtout les vieux, ceux que le labeur avait rendus chenus. Ceux qui n’avaient plus de valeur.
Manfred serra un instant la flèche entre ses doigts avant de l’encocher sur la corde de son arc. L’archer bougeait sans bruit, habitué aux longues attentes presque immobiles. Il ne sentait même pas les crampes lui brûler les muscles. Il visa, lentement, cherchant un point d’entrée. Le cou ou la gorge ? Manfred aimait le travail bien fait, et à voir l’enfant, plus dodue qu’un agneau, la nourrice devait prendre le sien au sérieux. Autant épargner l’outil de la femme. Il visa le cou. Là-bas, dans le champ fleuri, la petite fille s’était réfugiée dans les bras de sa nourrice. La gamine éclata soudain d’un rire joyeux et des oiseaux s’envolèrent, dérangés par sa voix claire.
La femme leva le visage un instant, et Manfred vit qu’elle n’était pas si âgée. Elle avait mangé ses trente ans, ce qui était un peu avancé, mais pas vieux. En fait, son visage était marqué par les rides que creusent les soucis, et ses mains étaient fatiguées par le travail. Elle était grasse et décoiffée, et c’était tout ceci qui lui rajoutait de l’âge. Elle aurait pu vivre encore longtemps.
Manfred avait le cou de la nourrice au bout de sa flèche. Il n’en était pas conscient mais il levait imperceptiblement sa pointe de métal à chacun des souffles de la femme. Il se prépara à armer son arc. Il aimait cet instant, était fier de sa force, de sa capacité à ouvrir lentement un arc qu’il était l’un des seuls à pouvoir maîtriser sans se couper les doigts. Manfred était prêt. Le bois se plia sans effort. L’archer regarda une dernière fois la nourrice, étudia le cou gras que percerait bientôt sa flèche et, soudain, tira. Son trait partit avec un bruit sec, et les gouttes de rosée glissèrent le long des feuilles pour tomber en pluie sur lui. La femme, dans le pré, entendit le tir. En un instant, elle leva la tête, saisit l’enfant par la chemise et la jeta devant son visage comme un bouclier. La flèche vint casser les côtes de la gamine et s’y enfoncer, et Manfred entendit son cri au milieu des herbes, celui d’un chiot qu’on écrase du pied. De surprise, l’archer lâcha son arc. La femme voulut jeter l’enfant au sol, mais trébucha ; la flèche s’était logée dans son avant-bras. Elle fit glisser la gamine jusqu’à l’empennage, et força le corps sur les plumes jusqu’à ce qu’il tombe. Puis elle saisit la flèche à pleine main, cherchant l’archer des yeux, et arracha la pointe sanglante de sa chair.
Manfred ne bougea pas. La femme ne pouvait pas le voir. Il était caché haut dans les arbres, immobile derrière les feuillages. Il tendit la main vers son arc, pour le reprendre. Mais l’arme, comme fâchée de cette trahison, se mit à glisser vers le bord des planches. Manfred tenta de le saisir, mais l’arc tomba de sa plate-forme et alla percuter les branches plus basses sur le tronc.
Manfred leva les yeux. Dans le pré, la femme venait d’entendre, et elle tendit la flèche vers son archer, tout au bout de son bras ensanglanté. Elle se mit à courir au moment où il commençait à descendre de son arbre.
Manfred posa le pied sur le sol de la forêt et comprit, avant la douleur et la mort, que la femme courait bien plus vite que lui. Il comprit aussi que ses rides étaient des cicatrices, et que ses mains étaient brûlées par le travail des armes. Il y pensait encore lorsque la femme le rattrapa, se jeta sur son dos et lui enfonça sa propre flèche sous la mâchoire. Le fer fendit en deux la langue de l’archer, creva son palais et les os de son crâne. La dernière chose qu’entendit Manfred avant que la femme commence à remuer la pointe de flèche à l’intérieur de sa tête pour changer sa fierté et son art en bouillie grise, ce fut :
– Je suis Chien du heaume, fils à putain, et de l’autre côté tu sauras qu’il faut un dard plus puissant que le tien pour me percer le cuir.
Et c’est ainsi que je commencerai mon histoire.
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Épée : Contrairement à ce qu’on dit souvent, les épées (parlons d’une bâtarde, ce sera plus simple) de l’époque ne sont pas lourdes. Une bonne épée est déjà équilibrée, c’est-à-dire que la moitié de son poids se trouve dans la poignée et la garde, ce qui fait que lorsqu’on la tient en main, on ne fait presque aucun effort. Illustrons : prenez un marteau et portez-le de deux façons différentes. Une fois la main tout au bout du manche, l’auriculaire dans le vide, et une autre l’index et le pouce collés à la tête de l’outil (si un jour cette phrase est sortie de son contexte, ma réputation est faite). Normalement, avec la seconde façon, le marteau semble bien moins lourd. Eh bien les épées, c’est pareil (mais il faut de plus gros clous).
Quant à l’engin lui-même, il pesait entre, soyons fous, un et trois kilos, armes extraordinaires mises à part. Moins lourd qu’un cartable. Moins lourd que certains paquets de lessive. Ça s’envoie en colissimo facile.
Il semblerait que la fameuse épée d’Arnold Schwarzenegger (dans ses films en costumes) ait plus que participé à cette légende tenace, mais ce morceau de métal n’était qu’une haltère en forme d’épée, aussi lourd qu’un âne mort pour bien faire saillir les biscoteaux de notre ami baraqué.
Autre petit détail sordide : oui, les épées médiévales coupaient, et non, leur tranchant n’était pas épais comme un carton de déménagement. Parce que c’étaient des armes, qu’elles tuaient ou blessaient gravement des gens, que de leur qualité dépendait la vie de leur propriétaire, et que des siècles de techniques de forge portent leurs fruits, en général. Elles étaient si coupantes que celles qui ne l’étaient pas portaient un nom : des lames courtoises. Courtoises comme dans « Je vais te fracturer les avant-bras au-dessus du poignet and we’ll call it a day.«
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Bicoque : Malgré un nom étrange que les publicistes d’aujourd’hui hésiteraient à écrire en gros sur les panneaux publicitaires, ce type de casque a été utilisé, non pas à l’époque de Chien du heaume, mais plusieurs siècles après, où il est rapidement tombé en désuétude puisque le moindre choc de moyenne importance brisait ou tordait les charnières, rendant difficile l’extraction de la tête du guerrier. Or, être privé de sa propre tête occasionne certains désagréments au quotidien. Les petites pièces de métal, même d’armure, étaient à l’époque travaillées par des serruriers, métier qui avait en ce temps-là, avouons-le, une autre gueule qu’aujourd’hui.
Il fallait donc un serrurier pour ouvrir les vieilles bicoques, ce qui personnellement me fait beaucoup rire mais explique crûment pourquoi je n’ai pas d’amis.
Le heaume de la Salamandre est une variante de cette bicoque.
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Imaginez que les noms n'existent plus. imaginez que votre garçon n'en puisse porter. Comment l'appelleriez-vous ? Claqueriez-vous des doigts pour le faire venir ? Le siffleriez-vous comme un chien ? Je commence à peine et je vous vois déjà grimacer, belle dame ; c'est pourtant ce que l'on fait de moi. On me fait accourir d'un sifflement et on me nomme Chien.
Je suis mercenaire, et je crois que le métier des armes n'a qu'un but : survivre. Que ce soit aux coups ou au temps. Je n'ai plus de famille, je l'ai perdue avec mon nom ; qui me pleurera lorsque je serai passée ? Je ne survivrai ni dans le regard ni dans les rêves de ceux que je laisse derrière moi ; je suis seule. Alors ne me reste que la chanson des armes et du fer pour me faire entendre. Mais comment raconter mes faits d'armes et mes combats, si je n'ai pas un nom à poser en souvenance de ma vie ? La survie par les histoires, c'est le seul nerf de celui qui tient une épée, belle dame ; il n'y en a pas d'autre. Vivre encore après son trépas, tout auréolé de gloire et de furie. Qui serait assez fol pour s'en aller se faire trouer la panse si personne, une fois mort, ne composait sa chanson ?
Un nom fait toute la différence, parce que tout ce qui a de l'importance, sur cette terre, en porte un. Les animaux que l'on aime, on leur en offre un, mais ceux que l'on veut ignorer, on les appelle proies et on les chasse jusqu'à ce qu'ils tombent, la gorge déchirée et tout emplie de leur propre sang. Que serait l'appel à l'aide d'un frère sans un Jehan ! à crier, et qui saurait l'entendre ? A quoi ressemblerait ce que murmure une pucelle amoureuse à son oreiller sans un Arnoul sur lequel pleurer ? Et le chevalier Personne ne perdrait-il pas de sa prestance, si, après avoir défait ses ennemis, il ne pouvait crier un Ruxende en honneur de sa dame ?
Une autre raison, oyez : des dieux m'ont vue naître, et comme je ne connais plus ma langue, je n'entendrai pas leur appel quand mon heure sera passée. Devrai-je errer dans le monde des morts comme je fais dans celui-ci ?
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Un moine :
- Je ne m'occupe pas des basses œuvres, lâcha soudain son guide, et lire le message que tu portes est assez bon pour les copistes. Tu as de la chance que nous ne soyons pas un cloître, et que nos hommes aient le droit de croiser des femmes. (...) Porter les armes est triste chose, surtout pour une femme, et ta laideur n'est pas une excuse ; bien des hommes au visage malhabile cherchent une épouse, et tu ferais œuvre de charité en portant l'anneau.

Chien du heaume :
- J'ai tout le métal qu'il me faut, petit frère, et de nous deux, c'est encore toi qui portes le mieux la jupe. Je ne veux pas te manquer de respect... Mais, si ma vue te dérange, confie-moi donc vivement à tes copistes, que ma présence te soit épargnée.
(p.51-52)
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Vidéo de Justine Niogret
Présentation de Quand on eut mangé le dernier chien de Justine Niogret par l'autrice. Parution 24 août 2023. Découverte en littérature ! Un roman tranchant comme une lame dans l'étendue glacée de l'Antarctique. Inspiré par l'expédition Aurora dirigée et rapportée par l'explorateur australien Douglas Mawson en 1911 pour explorer et cartographier les confins de l'Antarctique, ce roman sous tension est une plongée immersive aux côtés de ces aventuriers dans un environnement grandiose et mortel, le froid, le blizzard, la neige et la faim, l'épuisement et l'implacable hostilité de la nature. L'écriture organique, d'une précision sans fard, de cette autrice révélée et suivie en imaginaire, transfigure l'histoire réelle pour restituer, hors du temps, la violence et la dureté des éléments et écrire un inoubliable roman de femme sur le courage de survivre.
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