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ISBN : 2070365115
Éditeur : Gallimard (19/12/1973)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 59 notes)
Résumé :
Comme c'est puissant et inflexible, une famille ! C'est tranquille comme un corps, comme un organe qui bouge à peine, qui respire rêveusement jusqu'au moment des périls, mais c'est plein de secrets, de ripostes latentes, d'une fureur et d'une rapidité biologiques, comme une anémone de mer au fond d'un pli de granit...
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  01 avril 2018
S'ils avaient été d'aujourd'hui on aurait pu penser à des bobos. Ils ont à peine passé la vingtaine, sont issus de la bourgeoisie et vivent dans l'entre-deux guerres. Et ils veulent changer le monde. Encore faut-il savoir comment il est le monde, pour le changer : « Ils ne savaient pas encore comme c'est lourd et mou le monde, comme il ressemble peu à un mur qu'on flanque par terre pour en monter un autre beaucoup plus beau, mais plutôt à un amas sans queue ni tête de gélatine, à une espèce de grande méduse avec des organes bien cachés ».
Vint d'abord le temps des idées que « La guerre civile » diffuse, puis le temps de l'action, et même de la conspiration avant la révolution. Un temps où ils ne sont pas encore nés adultes, où ils tentent de le devenir en s'opposant au droit chemin tracé par leurs familles. Leur meneur est plus impatient que naturellement leader, les autres plus désoeuvrés et suiveurs que réellement exaltés par leur cause. C'est donc Rosenthal qui décide la conspiration, l'espionnage de la société, l'industrie ou l'armée, pour mieux s'organiser. Sans vraiment savoir qu'à vingt ans les actes engagent déjà. Sans savoir non plus que l'amour, ou ce qu'on croit en être, peut tout changer. Sans reconnaître encore « la disproportion et les écarts singuliers qu'il y avait toujours eu entre leurs ambitions et ce qu'ils en avaient accompli».
Si on a plus de vingt ans, on peut revoir dans Rosenthal, Laforgue, Pluvinage ou Bloyé des figures que l'on a croisées, que l'on a peut-être même été. Un roman de 1938 aux tonalités philosophiques sur une jeunesse rebelle face à son héritage, à la silhouette intemporelle. Difficile d'en dire autant de l'écriture, un peu marquée du sceau d'une époque m'a-t-il semblé, ce qui ne m'a pas rendu la lecture désagréable pour autant.
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PiertyM
  10 février 2017
Nous sommes dans la période entre les deux guerres mondiales, une période qui n'a pas seulement vu Paris vibrer de mille couleurs avec les années folles mais aussi la montée en flèche d'une jeune génération de philosophes qui vont faire de Karl Max leur leader de la pensée, et bien évidemment adopter le communisme comme la meilleure gouvernance en politique. Un nouveau vent envahit la jeunesse, la révolution, il faut la faire à tous les niveaux. La conspiration nous parle de cinq jeunes ambitieux sortis de l'étude de philosophie à l'université qui vont la faire, cette révolution. Ils créent avant tout une revue révolutionnaire qu'ils nomment Guerre Civile, comme si les mots ne suffisaient pas à faire la révolution, par la vigueur de leur âme, de leur pensée et de leur corps, les jeunes gens veulent booster les choses en s'engageant dans une action de grande envergure, la conspiration. Ils se lancent dans un projet de voler un plan militaire, une mission dite suicide du parti communiste, mais une action demande plus de bravoure que de la compréhension des choses comme en philosophie, on serait tenter de dire laisser aux philosophes la conception et aux militaires l'action...
Ca se lit bien le livre, le seul bémol, les dialogues éloignent plus les personnages du lecteur au lieu de les rapprocher et l'excès des adjectifs alourdit certaines phrases...
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Corboland78
  23 mars 2012
Paul-Yves Nizan est né le 7 février 1905 à Tours et tué le 23 mai 1940 à Audruicq (Pas-de-Calais) lors de l'offensive allemande contre Dunkerque. Romancier, essayiste, journaliste, traducteur et philosophe, la publication en 1931 de son premier ouvrage Aden Arabie (qui débute par les phrases devenues célèbres : « J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. ») lui permet de se faire un nom dans le milieu littéraire et intellectuel. C'est en 1938 que paraît La conspiration qui sera couronnée du prix Interallié.
Roman en trois parties distinctes, qui esquisse le portrait d'une génération de jeunes gens. Cinq étudiants en philosophie dans le Paris des années 1920/1930 fondent une revue révolutionnaire sous l'impulsion de Bernard Rosenthal, leur leader, un jeune homme issu de la bourgeoisie. Exalté, ou du moins animé de cette fougue naïve propre à la jeunesse, Bernard entraîne ses amis, Laforgue, Jurien, Pluvinage et Boyé, dans ce qu'il considère être un acte héroïque, une conspiration visant à voler un plan militaire pour le compte du Parti Communiste. L'idée lancée, la réalisation en sera beaucoup moins grandiose et finira par capoter lamentablement.
La seconde partie expose l'éducation sentimentale de Bernard Rosenthal. Exalté comme je l'ai dit, en réaction contre son milieu, une riche famille bourgeoise des beaux quartiers, il s'est lancé dans la révolution pour le côté cour, pour le côté coeur là aussi, ses sentiments pour sa belle-soeur le poussent à la contraindre à quitter son mari pour venir vivre avec lui, d'amour et d'eau fraîche mais libre. Bien entendu, entre le rêve et la réalité il y a un fossé que Bernard, aveuglé par son romantisme révolutionnaire ne peut voir, contrairement à sa belle qui finit par lui écrire « Votre terrible orgueil vous perd, vous qui ne valez pas plus que tous les autres, qui n'êtes qu'un peu différent. » Seul contre tous, Bernard se suicidera.
Enfin, la dernière partie est une confession de Pluvinage, qui explique son parcours et sa trahison. Ses origines modestes, ses complexes vis-à-vis de ses amis plus fortunés, son engagement au Parti Communisme, dans un geste de reconnaissance sociale, et ce qui l'a amené à dénoncer à la police, un dirigeant du Parti.
Nizan écrit un roman intemporel, chronique d'une génération. Ou comment passer de la jeunesse à l'âge adulte, sans renier ses idéaux d'adolescence. Quadrature du cercle, renouvelée sans cesse quand les beaux sentiments s'affrontent aux dures lois de la réalité. Certains tentent le passage en force comme Bernard Rosenthal et y laissent la vie, d'autres plus nombreux passent en louvoyant au prix de compromis plus ou moins honorables, il en est majoritairement ( ?) qui abandonnent avec le temps, jeunesse et idéaux, comme le serpent sa vieille peau au bord du chemin.
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monito
  16 septembre 2009
Ce roman de Paul NIZAN se décompose en trois parties. le dépit peut en être un des fils conducteurs.
De jeunes étudiants de la rue d'Ulm, issus de la bourgeoisie, voire de la grande bourgeoisie hésitent… Ils rejettent ce monde, veulent se révolter, sont attirés par le communisme, nous sommes fin des années vingt. Ils imaginent la « conscience de leur importance » et le rôle qui pourrait être le leur dans cette entreprise révolutionnaire.
Comment faire ? Adhérer au Parti…trop simple, trop compliqué, pas encore, trop discret…
Conspirer, mener une action d'envergure. Ecrire, penser, philosopher sur le monde…
Bien assis dans le confort bourgeois qu'ils dénoncent, ils vont fomenter…mais ne savent trop quoi. Dépit d'une jeunesse bourgeoise intellectuelle à la recherche d'un Idéal, comme toutes les jeunesses, ils l'imaginent dans la révolution, comme encore beaucoup de jeunesses. Mais ne se décrète pas révolutionnaire qui veut ! le principe de réalité, la vie quotidienne, et même les sentiments amoureux apparaissent et rendent caduc ce projet, oublié par le héros trop pris par un amour contre les convenances.
Rosen succombe aux charmes de sa belle-soeur. Il s'emballe. de belles pages sur l'amour toujours un peu teinté de mépris pour la femme aimée. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Cette jeunesse qui veut tout ne veut rien, qui sait tout ne sait rien. Elle pêche par excès et par manque. Elle subit de plein fouet le sentiment de l'échec, du dépit, bien morbide celui là puisqu'il conduit notre héros à sa perte.
Enfin, personne n'est à l'abri et la troisième partie est sans doute la plus forte. Celle du dépit d'un homme jeune que ses origines, son sentiment d'échec général, conduisent à la trahison, à la délation, à la collaboration et au final à l'exclusion d'un monde qui ne veut pas de lui, du monde aussi qui n'en voudra plus.
La langue de NIZAN est belle et précise. Quelques phrases font mouche, « on ne sauve l'amour qu'en l'accueillant les yeux fermés », des ambiances estudiantines et parisiennes qui transportent, une scène mémorable de la conduite de Jaurès au Panthéon…
Il y a dans NIZAN cette force du désespoir, cette rancoeur qui peut être parfois motrice, mais dans la conspiration pas assez pour faire de l'ombre à Aden Arabie.
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ManonReal
  18 janvier 2018
L'histoire se passe en 1928 et met en scène un groupe de jeunes aux idées révolutionnaires, entre le communisme et l'anarchisme. Pour cela, ils fonderont une revue nommée "la guerre civile", qui aura son succès pour un temps. Plusieurs personnages tentent de tirer leur épingle du jeu, celui qui réussira le mieux c'est Bernard Rosenthal, jusqu'à sa fin brutale. C'était la jeunesse de l'époque, une jeunesse révoltée et engagée.
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Citations et extraits (25) Voir plus Ajouter une citation
Corboland78Corboland78   09 novembre 2011
Pour que les jeunes gens se tiennent tranquilles, les hommes de quarante ans leur racontent que la jeunesse est le temps des surprises, des découvertes et des grandes rencontres, et toutes leurs histoires sur ce qu’ils feraient s’ils avaient leurs jeunes dents, leurs jeunes cheveux, avec leur fameuse expérience de pères, de citoyens et de vaincus. La jeunesse sait mieux qu’elle n’est que le temps de l’ennui, du désordre ; pas un soir à vingt ans où l’on ne s’endorme avec cette colère ambiguë qui naît du vertige des occasions manquées. Comme la conscience qu’on a de son existence est encore douteuse et qu’on fait fond sur des aventures capables de vous prouver qu’on vit, les fins de soirées ne sont pas gaies ; on n’est même pas assez fatigué pour connaître le bonheur de s’abîmer dans le sommeil : ce genre de bonheur vient plus tard.
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GabySenseiGabySensei   12 juillet 2011
Pour que les jeunes gens se tiennent tranquilles, les hommes de quarante ans leur racontent que la jeunesse est le temps des surprises, des découvertes et des grandes rencontres, et toutes leurs histoires sur ce qu'ils feraient s'ils avaient de nouveau vingt ans, leurs jeunes espoirs, leurs jeunes dents, leurs jeunes cheveux, avec leur fameuse expérience de pères, de citoyens et de vaincus.

La jeunesse sait mieux qu'elle n'est que le temps de l'ennui, du désordre; pas un soir à vingt ans où l'on ne s'endorme avec cette colère ambiguë qui naît du vertige des occasions manquées. Comme la conscience qu'on a de son existence est encore douteuse et qu'on fait fond sur des aventures capables de vous prouver qu'on vit, les fins de soirées ne sont pas gaies; on n'est même pas assez fatigué pour connaître le bonheur de s'abîmer dans le sommeil: ce genre de bonheur vient plus tard.
Personne ne pense avec plus de constance à la mort que les jeunes gens, bien qu'ils aient la pudeur de n'en parler que rarement: chaque jour vide leur paraît perdu, la vie ratée. Il vaut mieux ne pas s'aventurer à leur dire que cette impatience est sans raison, qu'ils ont l'âge heureux et qu'ils se préparent à la vie. Ils vous répondent que c'est gai, cette existence de larve en nourrice en attendant d'être de brillants insectes de cinquante ans. Tout pour les ailes futures: nous prenez-vous pour des hyménoptères? Quelle est cette morale d'insecte?

A trente ans, c'est déjà fini, on s'arrange; comme on a commencé à s'habituer à la mort et qu'on fait plus rarement qu'à vingt ans le compte des années de reste, avec tout ce travail qu'on a, les rendez-vous, les politesses, les femmes, les familles, l'argent qu'on gagne, il arrive qu'on croit tout à fait à soi-même. La jeunesse a fait son temps, on va rendre de petites visites à cette morte, on la trouve touchante, heureuse, auréolée du pathétique halo des illusions perdues: tout cela est moins dur que de la voir mourir en vain, comme on fait à vingt ans.

(P25)
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BaronKitajimaBaronKitajima   13 août 2015
Comme c'est puissant et inflexible, une famille ! C'est tranquille comme un corps, comme un organe qui bouge à peine, qui respire rêveusement jusqu'au moment des périls, mais c'est plein de secrets, de ripostes lentes, d'une fureur et d'une rapidité biologiques, comme une anémone de mer au fond d'un pli de granit, tranquille, nonchalante, inconsciente comme une fleur, qui laisse flotter ses tentacules gorge de pigeon, en attendant de les refermer sur un crabe, une crevette, une coquille qui coule....
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Nicolas9Nicolas9   22 août 2016
Une dénonciation, ce n'est rien, c'est une phrase qu'on dit, c'est bien moins théâtral qu'un crime, ce n'est ni un morceau de roman noir, ni une scène de sombre opéra, mais c'est beaucoup plus irréparable que les meurtres, beaucoup plus profond, c'est une métamorphose dans les profondeurs, un bond, une rupture, une réincarnation: on est hors l'être comme dit Montaigne des morts.
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EmylitEmylit   19 décembre 2011
"Ce qui m'ennuie, ce n'est pas seulement de devoir mourir, mais l'idée qu'il n'y aura un jour absolument plus d'hommes. Faut-il donc n'avancer si loin dans l'histoire que pour mieux sauter dans l'anéantissement?"

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