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EAN : 9782246366539
319 pages
Éditeur : Grasset (19/01/2005)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 35 notes)
Résumé :

Elève consciencieux et intelligent, Antoine Bloyé ira loin. Aussi loin que peut aller, à force de soumission et d'acharnement, le fils d'un ouvrier et d'une femme de ménage. Ce n'est que parvenu au faîte de sa dérisoire ascension sociale qu'Antoine Bloyé constatera à quelles chimères il a sacrifié sa vie. Dans un style dont la sobriété fait toute la puissance, Antoine Bloyé constitue un portrait féroce des mœurs et des conventions de la petite bourgeoisi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Kittiwake
  23 mars 2020
Antoine Bloyé, c'est vous, c'est moi, c'est tout le monde, c'est personne…Et pourtant, elle raconte tant sur notre monde du vingt-et-unième siècle, cette vie banale, cette vie de travailleur, la vie de cet homme qui, dira-t-on plus tard, a su profiter d'un ascenseur social.
Né dans une famille humble, pourtant déjà mieux lotie que ne l'étaient ses parents, Antoine fait partie de ces quelques élèves « remarqués pour leurs capacités, et que l'on considère dignes de bénéficier d'un enseignement complémentaire un peu plus étoffé que le certificat d'études. Pas par bonté d'âme, mais par pragmatisme : l'industrie est en plein essor et réclame des bras et des cerveaux, et il faut former des travailleurs. C'est ainsi qu'il se retrouve aux Arts et Métiers à Angers. Studieux et compétent, ouvert sur le monde qui éclaire d'un jour neuf l'humilité de ses origines.
Le parcours est sans surprise, diplôme, errance affective jusqu'à ce que des parents soucieux de caser leur fille ne posent une option sur le jeune homme prometteur.
Et c'est la réussite, pour un temps, pour les apparences, comme en témoigne le train de vie.
Trop âgé pour partir au front, c'est tout de même la guerre qui rattrapera notre homme pour une fin de carrière dans la déchéance.
C'est la politique du verre à moitié vide qui se dessine chapitre après chapitre, et on imagine l'exercice qui consisterait à reprendre le même déroulement avec le verre à moitié plein! Il vaut mieux en effet avoir un moral d'acier pour ne pas sombrer dans le désespoir face au constat des manipulations dont nous sommes l'objet, par des êtres eux-aussi manipulés. La question est : qui est le maitre des manipulations?
Le recrutement, la formation des travailleurs résultait d'une vision à court terme, bousculée sans état, d'âme par la guerre, et intégrée dans un plan d'ensemble obscur. Mais si l'on compare à notre situation actuelle, on a bien l'impression qu'il n'y a plus de plan du tout, et que le navire glisse sur des eaux incertaines ayant perdu tout plan de route.

C'est écrit simplement, sans lyrisme, sans effet de manche, est c'est d'autant plus efficace.
Un roman marquant.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Ptitgateau
  21 mars 2020
Antoine Bloyé est mort… Vive Antoine bloyé ! Car ce livre raconte la vie du défunt.
Une vie qui passe comme un rêve, La vie d'un personnage qui suit sa route, bon élève, employé modèle, cadre compréhensif capable d'entendre les récriminations des ouvriers. Un homme qui semble s'exprimer peu et qui avance dans sa vie comme un train suit ses rails sans paraître se poser de question.
C'est du moins le ressenti que l'auteur, Paul Nizan, offre au lecteur. Un récit sans émotions : on se marie, on progresse dans l'échelle sociale, on a des enfants, on vit de terribles deuils et malgré tout cela, aucun état d'esprit ne se fait sentir. Ce fait est sans aucun doute lié à la troisième personne du singulier, employée par l'auteur qui se place en témoin passif de cette vie.

Cependant si l'on s'intéresse aux événements qui ont constitué cette vie, ce roman ne manque pas d'intérêt. Né en 1864 , Antoine Bloyé sera témoin du second empire, acteur dans la révolution industrielle et pour lequel aucun train ni aucune motrice n'aura de secret, il observera de loin la commune de Paris, se fera le témoin du mécontentement ouvrier et verra naître l'internationale, subira les effets de la première guerre mondiale, personnage principal d'un roman historiquement passionnant.

Un livre long à lire en raison d'une infinité de détails de la vie quotidienne, de considérations techniques pas toujours très compréhensibles, ce qui n'empêche pas la lecture, de réflexions quasi philosophiques sur l'être humain, détails qui ne sont pas précisés par hasard, il faut y voir une critique de la bourgeoisie par l'observation d'un individu issu d'une famille de « prolétaires » arrivé par son mariage et son ascension, dans un milieu bourgeois. On peut d'ailleurs qualifier ce récit d'autobiographique car il trouve son origine dans la vie du père de l'auteur qui connut un chemin de vie similaire, qui progressa sur l'échelle sociale parallèlement à l'évolution technique pour décliner en même temps que le XIXème siècle et s'effondrer avec le XXème siècle naissant.

En lisant ce récit, je n'ai pu m'empêcher de me rappeler les romans d'Emile Zola dans lesquels les différences sociales sont fortement marquées, qui se situent à la même période et qu'il serait intéressant de lire après ce livre, particulièrement la bête humaine qui aborde un sujet commun avec Antoine Bloyé, celui du début des chemins de fer et de l'apparition du syndicalisme.

Ce roman publié en 1933 mérite d'être lu par le plus grand nombre.

Lien : http://1001ptitgateau.blogsp..
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monito
  18 septembre 2009
Antoine Bloyé est le premier roman de Paul Nizan. A la mort du héros, son fils, Pierre, repense à qui était son père et, sous forme de flash-back, nous vivons au fil des 300 pages de cet ouvrage, la vie d'Antoine.
L'écriture est épurée, sobre et précise. le style est construit, bien qu'assez neutre, il donne de la puissance à cette vie qui n'en a pas.
Antoine Bloyé, fils d'un ouvrier et d'une femme de ménage, gravira les échelons de la hiérarchie sociale pour finir cadre, petit bourgeois, au sein d'une compagnie de chemin de fer dans la France des années folles.
Paul Nizan touche. Il touche en tous cas ceux qui ont une « revanche sociale » à prendre. Il parle à tous ceux qui veulent, ont voulu ou voudront s'élever socialement: faire mieux, faire plus que son milieu d'origine, s'en sortir.
Il touche aussi tous ceux qui donnent à l'effort, au travail, à la volonté, la force d'être la clé d'une réussite.
Il ébranle tous ceux qui, comme Antoine, bien que réussissant, ne se sentent pas intégrés dans leur nouvel environnement et traîtres à leur monde originel.
Il bouleverse enfin par une description cruelle de vérité sur la vacuité des vies construites de la sorte, sur l'habitude, sur la peur des choix vrais, sur le renoncement à vivre pleinement pour, au mieux, vivre petitement.
Antoine Bloyé est un miroir et au final, plus qu'un plaidoyer, une invitation à mesurer ce que nous sommes et à ne pas nous tourner le dos.
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Brooklyn_by_the_sea
  31 mai 2019
Un fils juge son père, et le résultat est d'une redoutable lucidité.
Paul Nizan dresse le portrait de son père (appelé ici Antoine Bloyé), depuis son enfance prolétaire jusqu'à l'embourgeoisement qui a fait de lui un "traître à sa classe". Pourtant, sa réussite professionnelle est méritée, au regard du sérieux qu'il a consacré à ses études. Mais son insertion sociale dans le milieu bourgeois du début du XXème siècle nécessite une autre forme de sacrifice.
Paul Nizan, communiste, philosophe et journaliste, use d'un style sec et profond pour raconter ce parcours et décrire sans compassion la "névrose de classe" qui étouffe son protagoniste. Antoine Bloyé a choisi le camp des patrons sur celui des ouvriers, alors qu'entendre "L'Internationale" l'émeut au plus profond de lui. Nizan raconte la vie d'un homme seul, qui a tout raté en croyant tout réussir. Bien que datant de 1933, cet ouvrage est d'une cruelle actualité.
(message personnel : merci à Sociolitte de m'avoir suffisamment intriguée avec sa liste des 6 livres, pour me donner envie de lire celui-ci).
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Warrenbismuth
  06 novembre 2019
le lectorat est averti dès les premières pages : cet Antoine Bloyé va mourir à 63 ans. Pour le suspense vous repasserez. Cela ne tombe d'ailleurs pas si mal puisque le suspense n'est pas précisément le coeur du récit. On va suivre l'enterrement du défunt, pas à pas, avec les larmes de crocodiles, les pics sournois. NIZAN possède un talent hors normes pour décrire une scène sombre, c'est du haut vol, une précision doublée d'un rare cynisme, succulent : « Car le corps commençait à se défaire. Lorsqu'il fut étendu dans la bière une odeur de pourriture piquante et fade commença à tourner dans le salon obscur : elle contenait comme une arrière-odeur de jacinthes, un rappel surnaturel de la place du Carrousel, au début du printemps ». Funérailles détaillées brillamment, écriture au sommet de l'art.
Puis il faut bien évoquer le parcours du mort, donc projecteur tourné vers l'arrière. Les aïeuls d'Antoine, papa, maman, leur vie pauvre, un ouvrier marié à une femme de ménage. Et puis l'ascension d'Antoine, son accession à la vie bourgeoise, dans les chemins de fer. Carrière professionnelle commencée tout au bas de l'échelle, puis atteignant peu à peu les sommets. Sur la vie du rail, on peut y voir une nouvelle plongée après « la bête humaine » de ZOLA.
Le cas de conscience : fils d'ouvrier, ancien ouvrier lui-même, Antoine Bloyé peut-il accepter les regards durs de ses propres salariés sur leur patron ? Un roman tout en questionnements sur les classes sociales, la vie qui se doit ou non d'être vécue, le bonheur à grands coups de billets de banque, de consommation, de matérialisme, de faux semblants, de paraître et de jalousies. Antoine qui va devoir faire face à une grève, lui qui jadis n'était pas parmi les derniers à défiler.
Un arc-en-ciel en forme de vacances en Bretagne, avec la petite famille, pour dépenser l'argent honnêtement gagné sur le dos de ses ouvriers. Vacances j'oublie tout. Oui mais c'est court tout ça, retour dans les usines, les chemins de fer, les locomotives qui toussent, pareils pour les ouvriers. « le travail se paie comme la noce, Monsieur ». Bloyé ébauche parfois un début de bilan : « Trois ans d'école, dix-sept et trois font vingt… Vingt ans. Si je dure jusqu'à soixante ans, c'était le tiers… il me restait deux tiers de vie… Un an de Montpellier, vingt et un ans… Six ans de chemins de fer, sur les machines… Vingt-sept ans, j'étais marié… Ma fille est morte quand j'avais trente-cinq ans… Nous sommes en 1905, j'ai quarante ans, j'aurai quarante et un ans le mois prochain… Terrifiant… ».
Ce roman est celui de la déchéance d'un néo-bourgeois, d'un « assimilé », d'un prolétaire ayant construit sa vie sur l'ambition professionnelle. Une fois au bout du chemin, aura-t-il vraiment vécu ? Loin de ses idéaux, dents longues, vanité, écrasement de ses semblables, tout ça pour finir dans un trou. Car bien sûr NIZAN tape fort. Sur la philosophie de la vie, la politique, les c(l)asses sociales, la notion de liberté, de réussite. Livre découpé en trois parties, la dernière est celle de la chute, elle est diablement Simenonienne, l'écriture est sobre mais acérée, le ton se veut neutre mais pousse le condamné dans le dos au bord du précipice.
NIZAN écrit ce livre en 1933, cet Antoine est son père qu'il romance. Alors ce Pierre, fils d'Antoine, qui constate les « dégâts » et l'inutilité de la vie de l'aïeul, est-ce Paul NIZAN lui-même ? Ce récit est aussi et peut-être surtout un constat sur la fin de l'ancien monde, ce XIXe siècle s'éteignant en fait au XXe, aux premiers coups de feu de la première guerre mondiale dont le clairon annonce le monde nouveau. Livre vitriolé, tout en violence retenue, il est l'image d'une époque, efficacité féroce au sein d'un constat quasi maléfique. Grandiose.
https://deslivresrances.blogspot.fr/
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
rkhettaouirkhettaoui   02 novembre 2013
Bien des hommes sont établis à vingt ans à un niveau au-dessus duquel ils ne s'élèveront guère, à peine peuvent-ils quelquefois en descendre. Ils naissent, ils vivent, ils meurent étranglés par le travail : au-dessus d'eux, il y a d'autres hommes qui savent simplement qu'ils mourront, mais les détours qu'ils font pour arriver à la mort ne sont pas aussi clairs et passent par des carrefours. Les bourgeois, ce sont des hommes qui peuvent changer d'avenir et qui ne connaissent pas toujours la figure qu'il prendra...
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rkhettaouirkhettaoui   02 novembre 2013
L'orgueil peut bien se laisser écraser, il n'est pas la propriété la plus profonde. Les pensées sur l'orgueil ne sont pas des pensées interdites. Cette passion que les groupes enseignent ne survit guère à leur dispersion nocturne; l'orgueil est une passion des veilles laborieuses, des termitières du soleil : le dormeur perd l'orgueil.
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rkhettaouirkhettaoui   02 novembre 2013
De plus hauts destins sont réservés aux fils des grands bourgeois, des bourgeois des métiers libéraux, des destins ornés par les mots de passe des Humanités, mais quelles réserves parmi les fils d'ouvriers bien doués, quelles inépuisables sources de bons serviteurs. On a besoin d'eux, on les séduit donc en leur promettant le grand avenir des chances égales, c'est la démocratie qui monte comme un soleil, chaque fils d'ouvrier a dans son cartable un diplôme de Conducteur d'Hommes, un diplôme en blanc de bourgeois...
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Brooklyn_by_the_seaBrooklyn_by_the_sea   31 mai 2019
Il détestait alors les ouvriers, parce qu'il les enviait en secret, parce qu'il savait au plus profond de lui-même qu'il y avait plus de vérité dans leur défaite que dans sa victoire de bourgeois.
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Brooklyn_by_the_seaBrooklyn_by_the_sea   31 mai 2019
Elles détestaient les ouvriers qui ne sont jamais contents : elles sentaient qu'il leur était difficile de rire d'eux comme par exemple des paysans : les paysans sont comiques, mais un ouvrier ne fait pas rire, un manoeuvre sur son chantier ne se laisserait pas regarder par des dames "comme une bête curieuse".
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Pierre Desgraupes sur Paul Nizan.
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